Louise Bourgeois… l’araignée, la maîtresse et la mandarine (Marion Cohen et Amei Wallach, 2008): chronique cinéma

LOUISE BOURGEOIS… L’ARAIGNEE, LA MAITRESSE ET LA MANDARINE
(Louise Bourgeois: the spider, the mistress and the tangerine)
Un film de Marion Cohen et Amei Wallach
Genre: documentaire
Pays: USA
Durée: 1h35
Date de sortie: 9 décembre 2009

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Artiste tardivement reconnue, Louise Bourgeois ne cesse de convoquer ses souvenirs, ses peurs et ses traumatismes dans son œuvre. Dessins, sculptures, installations, elle s’approprie les formes et les matériaux pour les plier à sa volonté, dans un mouvement de construction et de destruction qui témoigne d’une rage de créer. De la mémoire de ses parents et de son enfance dans les années dix, Louise Bourgeois ne cesse de travailler ses émotions, « trop grandes » pour elles selon ses propres termes. Dans ce documentaire tourné sur plusieurs années, l’artiste et la femme se confie sans détour et même avec une certaine frontalité et agressivité qui démontrent une grande force de caractère.

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Les documentaires sur les artistes en tous genres abondent mais peu d’entre eux réussissent à véritablement sublimer leur sujet. Pour peu que l’œuvre en question n’intéresse pas le spectateur et c’est l’ennui qui s’installe dès les premières images. Ici, rien de cela et que l’on aime ou pas le travail de Louise Bourgeois (pour ma part je suis assez insensible à son monde), L’araignée, la maîtresse et la mandarine nous plonge au cœur d’un processus créatif tourbillonnant et orageux qui ne s’épargne pas les doutes, les crises de colère et les pleurs. Scène touchante après plus d’une heure d’une Louise Bourgeois offensive et revancharde, celle-ci est soudainement submergée par les larmes à la mémoire d’un souvenir douloureux. Ici ce ne sont pas tant les œuvres qui s’exposent que l’artiste qui se met à nu. Derrière les rides profondes du visage, derrières les taches de peau, derrière des mains tremblantes, c’est toute une vie qui se dévoile depuis les premiers pas à Choisy-le-Roy jusqu’au décor de son studio new-yorkais. Une vie passée parmi l’élite intellectuelle de la Grande Pomme, traversant tous les mouvements artistiques qui ont suivi la Seconde Guerre Mondiale.

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Images d’œuvres in situ, d’installations imposantes ou encore des archives filmées depuis les années soixante-dix, époque de sa notoriété naissante, le documentaire ne suit pas une chronologie forcée et contrainte mais le propre cheminement de Louise Bourgeois, point avare de paroles et d’anecdotes sur sa vie bien remplie. Si le mouvement féministe d’alors a bien tenter d’en faire son icône, elle a pourtant su à chaque instant de sa vie échapper à l’encadrement ou aux récupérations. Artiste sauvage et insaisissable, elle ne se fie qu’à son propre jugement et ses propres analyses, quitte à parfois bousculer les conceptions de son entourage avec véhémence.

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Maternité, trahison filiale, confrontation avec un monde éminemment masculin, misogyne et orgueilleux, sa plus grande blessure restera celle de ne pas avoir rendu son père fier d’elle, lui qui n’a pas hésiter à faire cohabiter son épouse et sa maîtresse (qui n’était autre que la tutrice de Louise justement) pendant près de dix ans dans la même demeure. Situation familiale intolérable et troublante, Louise en gardera à jamais un désir de tordre la réalité selon son humeur. Louise Bourgeois compose, assemble, manipule, organise et construit ainsi un univers qu’elle s’approprie, très ancré dans les références psychanalytiques. Elle est la parfaite antithèse de Brancusi, ce sculpteur lui aussi déraciné qu’elle a connu et pour lequel elle avait une profonde admiration. Petit bout de femme qui semble dominée par ses propres installations, son regard affiche au contraire une volonté ferme et inébranlable. Vociférant parfois ses ordres ou ses directives à son assistant, il semble parfois que les gens se brûlent à son contact.

Agenda cinéma: semaine du 28 octobre 209

Les titres en bleu sont chroniqués dans nos pages

Les chiens de paille (Straw dogs, Sam Peckinpah, 1971) reprise

Cinéman (Yann Moix, 2008)

Clones (The surrogates, Jonathan Mostow, 2009)

Dance movie (Dance flick, Damien Wayans, 2009)

Irène (Alain Cavalier, 2008) documentaire

Le jour où Dieu est parti en voyage (Philippe Van Leeuw, 2008)

Making of (Nouri Bouzid, 2006)

Micmacs à tire-larigot (Jean-Pierre Jeunet, 2008)

Mickael Jackson’s This is it (Kenny Ortega, 2009)

L’ours et le magicien (Maris Brinkmans, Evald Lacis et Janis Cimermanis, 2009) animation

Panique au village (Vincent Patar et Stéphane Aubier, 2007) animation

Providence (Alain Resnais, 1976) reprise

Les Zintrus (Aliens in the Attic, John Schultz, 2009)

Je suis un cyborg (Park Chan-wook, 2006): chronique DVD

JE SUIS UN CYBORG
(Salbogujiman kwenchana)
Un film de Park Chan-wook
Avec Lim Soo-jung, Choi Hee-jin, Jung Ji-hoon
Genre: comédie dramatique, romance
Pays: Corée du Sud
Durée: 1h45
Date de sortie: 12 décembre 2007
Editeur DVD: Wild Side Vidéo
Date de sortie DVD: 23 juillet 2008

Je suis un cyborg DVD

Ouvrière dans une usine de montage de transistors, Young-goon pète un jour littéralement un câble et finit internée dans un hôpital psychiatrique, persuadée d’être un cyborg ayant besoin d’énergie électrique pour fonctionner. Elle y rencontre Il-soon, un jeune homme plutôt calme qui pense avoir le pouvoir de voler la qualité des gens en les observant. Pourtant lorsque ses yeux se portent sur Young-goon, l’excentricité de la jeune femme le fascine au point qu’il en tombe amoureux. Il va dès lors tenter de ramener l’élue de son cœur vers plus de réalité, comprenant toutefois l’imaginaire dans laquelle elle est plongée. Ils deviennent bientôt inséparables.

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Objet cinématographique non identifié, Park Chan-wook étonne son public après sa trilogie vengeresse entamée avec Sympathy for Mr. Vengeance en 2003, Old Boy en 2004 puis enfin Lady Vengeance en 2005. Loin des routes tranquilles d’une réalisation pépère sur un sujet rebattu et rabâché, le cinéaste choisit au contraire de donner dans le ton décalé, singulier, rêveur mais également mélancolique et romantique. Car sous ses airs de fable lorgnant vers la science-fiction, le film est avant tout une histoire d’amour entre deux êtres marginaux qui se comprennent parce qu’ils partagent le langage commun de la simplicité et de l’imagination. Deux adultes enfants, l’une croyant être un cyborg aux engrenages grippés, l’autre jouant le jeu pour mieux apprivoiser la belle. Car fichtre, ce robot a du charme. Non pas un charme superficiel de latex et autre collagène, mais celui d’un regard profond et triste doublé d’un sourire ravageur et rigolo, surtout lorsque le personnage porte son dentier à faire mourir de rire un castor.

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Le climat est posé, on quitte avec le cinéaste son univers sombre et morbide pour un voyage vers l’ailleurs, un voyage que n’aurait pas dénigré un Lewis Carroll avec sa petite Alice. La petite fille n’est pas blonde et n’a pas de nattes, elle s’appelle Young-goon et aime goûter les piles lorsqu’elle se sent un peu fébrile. Ses meilleurs compagnons ? Des distributeurs automatiques avec qui elles parlent dans la pénombre des longs couloirs de l’hôpital psychiatrique dans lequel elle est internée. L’autre énergumène est plus discret. Il regarde à l’intérieur des gens pour mieux leur voler leurs qualités mais lorsque ses yeux se posent sur la sublime Young-goon, c’est elle qui lui vole son cœur tout attendri. Une telle fantaisie thématique est rare dans le paysage, de plus en plus aride, du cinéma actuel. Alors croquer un bonbon au goût tout simplement plus prononcé ne fais pas de mal de temps en temps, surtout quand le confiseur se nomme Park Chan-wook, qui prouve ici combien il peut sortir sans difficulté du ghetto du film de vengeance bien trash. Poétique, corrosif, fou, iconoclaste, et bien d’autres choses encore…

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Agenda cinéma: semaine du 21 octobre 2008

Les titres en bleu sont chroniqués dans nos pages

Beetlejuice (Tim Burton,1988) reprise

Casanegra (Nour-Eddine Lakhmari, 2008)

The children (Tom Shankland, 2009)

Happy ever afters (Stephen Burke, 2008)

Il était une fois la révolution (Giu la testa, Sergio Leone, 1971) reprise

Jennifer’s body (Karyn Kusama, 2007)

La dolce vita (Federico Fellini, 1960) reprise

Lucky Luke (James Huth, 2009)

4,5,6… Mélie pain d’épice (Danny de Vent, Jadwiga Kowalska, Gili Dolev, Pierre-Luc Granjon, 2008) animation

Rachel (Simone Bitton, 2008) documentaire

Le ruban blanc (Weisse band – eine deutsche kindergeschichte, Michael Haneke, 2009)

Sin nombre (Cary Fukunaga, 2009)

Tempêtes de boulettes géantes (Cloudy with a chance of meatballs, Phil Lord et Chris Miller, 2008) animation

3 amis mènent l’enquête (Mullewapp – das grosse kinobenteuer der freunde, Tony Loeser et Jesper Moller, 2009) animation

Whiteout (Dominic Sena, 2007)

Winnepeg mon amour (My Winnipeg, Guy Maddin, 2007) expérimental

Liberté (Tony Gatlif, 2008): chronique cinéma

LIBERTE
Un film de Tony Gatlif
Avec Marc Lavoine, Marie-Josée Croze, James Thiérrée, Rufus, Carlo Brandt
Genre: drame
Pays: France
Durée: 1h51
Date de sortie: 2 février 2010

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Une famille de Tziganes arrivent aux abords d’un petit village de campagne comme chaque année pour les vendanges. Théodore, le maire, vétérinaire de son état, les prévient des nouvelles dispositions prises par le régime de Vichy, les communautés nomades sont désormais interdites. Se sentant peu concernés par les lois, les Bohémiens continuent de vivre selon leurs coutumes, accompagnés d’un petit orphelin, P’tit Claude qui les a suivi sur la route et qui est bientôt recueilli par Théodore. L’enfant s’est pris d’affection pour Taloche, le bohémien violoniste et rêveur un peu fou. La police, la Gestapo et les collaborationnistes rôdent jusqu’au jour où la famille tzigane est raflées pour être internée dans un camp de concentration pour les roms. Théodore, accompagnée de Mlle Lundi, institutrice et résistante, décide alors de céder la vieille maison de pierre de son grand-père aux Bohémiens pour qu’ils échappent à la réglementations des nomades. Mais le besoin de liberté ne connaît pas de frontière ni de mur, le voyage est à leurs yeux inséparable de leur existence.

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Trois ans après Transylvania, son précédent film, Tony Gatlif aborde de nouveau avec Liberté l’un de ses thèmes les plus chers, celui du voyage comme principe vital. Le cinéaste aime les personnages sans attache, sans maison, qui fuient leur passé sans se soucier de l’avenir, des êtres qui vivent l’instant présent comme un don du ciel, qui ne peuvent se résoudre à intégrer les règles et les dogmes du plus grand nombre. Mais cette fois-ci Tony Gatlif s’est détourné de la pure fiction pour s’inspirer du réel, celui de la déportation, de la concentration et du massacre des Tziganes d’Europe sous le régime Nazi. Très attaché à cette communauté itinérante, le cinéaste avait jusqu’ici évité de porter un regard sur l’histoire. C’est par l’entremise de deux Justes, Théodore et Mlle Lundi inspirés de véritables personnages historiques, qu’il nous permet d’approcher cette culture singulière, presque insaisissable de ceux qui emmènent leurs maisons avec eux.

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Contre toutes les barrières, aussi bien celles du pré où paissent leurs chevaux, que celles des pays qu’ils traversent ou bien encore celle de la langue (ils parlent plusieurs langues sans vraiment en parler aucune), les Bohémiens vivent leur vie à l’écart de toute appréhension de la société qui les entoure. Selon eux, ne pas avoir d’identité, d’adresse ou de métier, au sens littéral du terme, mène à la liberté complète là où tous veulent les cataloguer, les parquer, les humilier. Car échapper à toutes les conditions institutionnelles équivaut à ne pas se soumettre. Suprême manifestation d’indifférence, Taloche, le bohémien fantaisiste, se tamponne les fesses comme la secrétaire de mairie tamponne son carnet anthropométrique, sorte de visa d’exception qui permet aux autorités de contrôler les déplacements des Tziganes.

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Face au drame terrible des déportations, Tony Gatlif impose sa patte joviale et musicale. Véritable ode à la liberté d’être, les musiques tziganes irriguent cette insatiable volonté d’émancipation et d’indépendance. Les notes et les mélodies entraînent les personnages, et les spectateurs par la même occasion, dans un tourbillon d’insoumission momentanée. Image terrible du film, Taloche trouve sur un rail une montre gousset aux caractères hébreux abandonnée sur la chaussée. Seule image véritablement fixe du film, le tic-tac assourdissant de l’objet annonce l’horreur à venir. Sans écarter cette dimension tragique, le réalisateur ne se laisse pourtant pas piéger par la dramatisation à outrance des faits. Bien au contraire il préfère souligner l’énergie débordante de vie de ceux qui ne seront bientôt plus.

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Le syndrome du Titanic (Nicolas Hulot et Jean-Albert Lièvre, 2007): chronique cinéma

LE SYNDROME DU TITANIC
Un film de Nicolas Hulot et Jean-Albert Lièvre
Genre: documentaire
Pays: France
Durée: 1h33
Date de sortie: 7 octobre 2009

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Ancien reporter photo et animateur de l’une des émissions phares du petit écran, Nicolas Hulot s’est depuis quelques années tourné vers le militantisme écologique sur la scène politique. Son discours, ses constats, son argumentation, il les délivre depuis longtemps sous la forme de livres, de propos et d’engagements qu’il destine à tous. Rien d’étonnant à ce qu’il tente, cette fois, le médium cinématographique pour faire passer son message et sa colère. Mais Le syndrome du Titanic ne se veut pas seulement documentaire écologiste. Il est aussi un essai philosophique sur la nature de l’homme et sa place dans le monde, ou encore une analyse sociale des disparités des peuples entre l’hémisphère Nord et l’hémisphère Sud. Il est enfin une violente critique économique contre le capitalisme sauvage qui n’a d’autre mot d’ordre que la croissance à tout prix. Discours politique, réflexion humaniste et cri d’alarme, Le syndrome du Titanic nous plonge dans l’obscurité d’une société humaine en crise.

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Le cinéma a depuis quelques années pris le wagon de la prise de conscience du problème écologique. Que ce soient les documentaires davantage tournés vers la contemplation de la Nature (Microcosmos, Le peuple migrateur, La planète blanche) ou le combat de la Nature contre l’Homme (Une vérité qui dérange ou The cove – la baie de la honte plus récemment), Le syndrome du Titanic creuse davantage le sillon des conséquences de l’activité humaine sur l’évolution de notre planète, sillon notamment engagé par le documentaire très esthétisant de Yann Arthus-Bertrand, Home. Mais le long-métrage de Nicolas Hulot veut aller plus loin que les pures considérations environnementales et la réflexion se glisse d’entrée de jeu (dès le générique de début en fait) vers une pensée plus globale du phénomène humain.

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Les considérations cosmiques qui ouvrent le bal risquent d’en désarçonner plus d’un. Nicolas Hulot nous parle de galaxies, de formation de l’atome, de la Terre puis de la vie sur notre planète pour nous remettre à notre juste place d’animal pensant qui, depuis qu’il est apparu, a fait du chemin en harmonie avec la nature avant de briser cet équilibre à l’ère industrielle. Ce message malheureusement restera obscur à nombre de spectateurs tant il est parsemé au fil du film sans véritable cohésion. De plus le narrateur parsème son message de considérations humanistes, sociales et économiques qui sans aucun doute perdront d’autres spectateurs en route. Le syndrome du Titanic se veut amitieux, trop peut-être au regard des une heure trente que dure le documentaire. Plus qu’un documentaire écologiste donc, Nicolas Hulot tente une réflexion plus engagée sur le rôle de l’homme dans la machinerie mondiale.

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L’angle d’attaque du film est par ailleurs original et se démarque immédiatement des autres documentaires semblables, Nicolas Hulot y parle de sa propre trajectoire d’écologiste en devenir. D’aucun argumentera la mégalomanie de l’animateur, d’autres railleront le moralisme des propos. Pourtant il n’en est rien car si le co-réalisateur appose bien sa voix sur le film, le discours se veut avant tout personnel dans l’espoir que sa propre expérience viennent éclairer quelques lanternes. Car lorsqu’il pointe du doigt une société marchande qui porte aux nues les futilités, il se range lui-même dans cette catégorie des peuples qui ont tout et qui ne se contente de rien. Enfant du capitalisme à outrance, il en comprend donc davantage les difficultés à surpasser cette position pour regarder ailleurs, notamment vers le Sud où les ravages de l’économie mondiale se perçoivent au centuple par rapport aux pays ultra-industrialisés.

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Si le documentaire a le courage de souligner la nécessaire richesse et différence des peuples, richesse elle-même menacée par la globalisation marchande, le film met de côté toute tentative de solutions. Tout juste en invoquant la seule énergie infiniment renouvelable, celle du soleil, l’auteur laisse dans l’ombre les voies à prendre pour repenser l’homme et ses civilisations. Peut-être le film contient une première réponse dans sa forme même, celle du voyage et du regard vers l’autre, prélude à une meilleure compréhension et appréhension de nos congénères qui, sous certaines latitudes, n’ont d’autres choix que de vivre avec peu sans pour autant se plaindre.

Le sens du devoir 4 (Yuen Woo-ping, 1989): chronique DVD

LE SENS DU DEVOIR 4
(Wong ga si je ji IV: jik gik jing yan/ In the line of duty 4)
Un film de Yuen Woo-ping
Avec Cynthia Khan, Donnie Yen, Michael Wong, Yuen Yat Chor, Stephen Berwick, Chiao Chiao, Wing Cho
Genre: policier, polar, action, arts martiaux
Pays: Hong Kong
Durée: 1h21
Editeur DVD: HK Vidéo/ Metropolitan
Date de sortie DVD: 1er octobre 2008

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L’inspectrice Yeung reprend du service en étant chargée ici de retrouver un suspect de meurtre émigré aux Etats-Unis et de retour à Hong-Kong pour se réfugier. Derrière cette histoire, un trafic de drogue douteux et une pellicule photographique perdue dans la nature qui en gêne plus d’un. La CIA sur le coup, il faudra la meilleure fliquette de Hong Kong et l’aide de son partenaire expert en arts martiaux pour déjouer les plans machiavéliques des agents corrompus.

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Le troisième volet avait déçu par son manque de mise en scène rythmé et par l’absence de véritable caractérisation des personnages. Ici Yuen Woo-ping reprend les rennes et impose les combats et les cascades toutes les trois minutes, conférant au film une certaine dose de séquences d’action ne laissant aucun temps mort. Néanmoins il n’évite pas l’écueil des personnages trop vite esquissés, d’une intrigue somme toute assez mince et de la relégation au second plan du personnage principal, la fliquette justement, pour imposer un jeune et très athlétique inspecteur incarné par Donnie Yen (la série des Tiger Cage, Dragon inn, Iron monkey, Hero ou encore Ip Man). Sur ce point Yuen Woo-ping trahit le concept de la série puisque l’inspectrice, même si elle conserve son penchant pour la baston, ne s’en sort jamais véritablement seule. Contrairement au deux premiers opus (Royal warriors et Yes Madam avec Michelle Yeoh), l’inspectrice est plus commandée que commandante…

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Sans être tout à fait une suite au troisième opus, Cynthia Khan reprend néanmoins le rôle de L’inspectrice Yeung, le film faisant plutôt la part belle aux acteurs masculins avec tout de même son lot de bagarres. Ici les cascades spectaculaires et dangereuses laissent la place à des chorégraphies de combats plus rapides et plus complexes. Le contingent occidental est à son maximum, un blanc qui fait le singe (coup d’œil grotesque à la technique de boxe du même nom) et un black qui joue les gros bras sans oublié la femme occidentale type, c’est-à-dire blonde et sur-maquillée, tous les poncifs sur l’ennemi de l’ouest sont véhiculés assez bêtement. De ce point de vue, on avait connu Yuen Woo-ping plus inspiré, la faute peut-être à un cahier des charges contraignant où il s’agissait ici de plaire à la fois au public local mais aussi à l’exportation, la série ayant connu un très bon succès outre-Atlantique.

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Cynthia Khan quant à elle se laisse bercer par le film et ne brille pas par son volontarisme ni par la qualité de son jeu. La série, qui amorce sa descente avec les opus III et IV, tombera finalement dans l’impasse avec In the line of duty 5 : middle man en 1990, où l’actrice joue le rôle d’un boss à la tête d’une triade menacée par un autre clan avant de revenir à son rôle de Mlle Yeung dans In the line of duty 6 et 7 l’année suivante. Des films visiblement oubliés de la mémoire des cinéphiles. Cynthia Khan n’aura jamais vraiment réussi à s’imposer même si l’on peut lui concéder quelques réussites comme Blade of fury de Sammo Hung en 1993 ou encore Only the strong survive de Phillip Ko et Jim Gaines en 1995. A noter que plusieurs autres films portent comme prête-nom le titre de Yes, Madam !, histoire d’en rajouter encore un peu plus à la confusion…

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Le sens du devoir 3 (Arthur Wong et Brandy Yuen, 1988): chronique DVD

LE SENS DU DEVOIR 3
(Huang jia shi jie zhi III: ci xiong da dao/ Force of the dragon/ Yes madam 2/ In the line of duty 3)
Un film d’Arthur Wong et Brandy Yuen
Avec Cynthia Khan, Hiroshi Fujioka, Yung Sai-kit, Michiko Nishiwaki, Yueh Hua, Paul Chun, Eric Tsang, Richard Ng
Genre: policier, polar, action, arts martiaux
Pays: Hong Kong
Durée: 1h21
Editeur DVD: HK Vidéo/ Metropolitan
Date de sortie DVD: 1er octobre 2008

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Cette fois-ci l’intrigue amène un couple meurtrier de japonais à la solde de l’armée rouge japonaise sur les terres de l’ex-colonie anglaise. Responsable de dizaines de morts lors du braquage d’un défilé de bijoux, le couple infernal cherche à échanger les précieuses pierres contre des armes lourdes qui serviront la cause. Un policier japonais expérimenté mais impulsif est envoyé sur les lieux pour aider la police criminelle hongkongaise, et notamment l’inspectrice Rachel Yeung, dans leurs investigations mais très vite les choses dérapent et la cruauté du couple va semer la terreur.

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Pour ce troisième opus de la série Le sens du devoir, la jeune actrice Cynthia Khan remplace Michelle Yeoh partie à la retraite en 1987 pour fonder son foyer avec le producteur Dickson Poon à l’origine de cette franchise. Réalisé par le duo Arthur Wong et Brandy Yuen, ce volet n’égale en rien les deux premiers titres. Arthur Wong est plus connu pour son travail de chef opérateur et n’avait réalisé jusqu’ici qu’un seul film, The fool escape en 1980, Brandy Yuen quant à lui n’en a réalisé que deux, The champions (1983) et Three against the world (1988), et se distingue plus pour sa carrière d’acteur.

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Le film alterne selon les conventions scènes d’exposition et séquences d’action mais la sauce ne prend tout simplement pas, les personnages étant trop simplement esquissé ou bien alors complètement caricaturaux, en particulier le chef de la section criminelle qui n’est autre que l’oncle de la jeune fliquette. Idiot et froussard, ses acolytes ne le sont pas moins et bien entendus face aux assassins de l’Archipel ils ne pèsent pas bien lourd. Quelques bagarres comme celles du chantier naval peuvent retenir l’attention mais elles ne rivalisent pas vraiment avec les morceaux de bravoure des deux premiers opus.

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Cynthia Khan n’a ni le charme ni la grâce de Michelle Yeoh et son nom de scène n’est rien d’autre que la combinaison des noms de Cynthia Rothrock avec celui de Michelle Khan, nom d’artiste jusqu’alors utilisé par Michelle Yeoh. Sa filmographie comptant une petite trentaine de films entre 1987 et 1998, Cynthia Khan signera pour les opus suivant de la série depuis Le sens du devoir 4 en 1989 jusqu’à In the line of duty 7 en 1991, les trois derniers films restant inédits en France. On notera quelques titres plus intéressants tels que Tiger cage 2 de Yuen Woo-ping en 1990, Zen of sword de Yu Mang-san en 1992, Blade of fury de Sammo Hung en 1993, Madam City Hunter de Johnny Kong la même année ou encore Only the strong survive de Phillip Ko en 1995. Oeuvrant principalement dans des films d’action et d’arts martiaux, sa carrière s’est finalement tournée vers les séries télévisées au milieu des années quatre-vingt dix.

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Agenda cinéma: semaine du 14 octobre 2009

Les titres en bleu sont chroniqués dans nos pages

The descent : part 2 (The de2cent, Jon Harris, 2009)

Les deux moustiques (Jannik Hastrup et Flemming Quist Moller, 2007)

Divorces (Valérie Guignabodet, 2009)

Français pour débutant (Französich für anfänger, Christian Ditter, 2009)

Le grand voyage d’Ibn Battula – de Tanger à la Mecque (Journey to Mecca, Bruce Neibaur, 2009)

Mademoiselle Chambon (Stéphane Brizé, 2008)

Mission-G (G-force, Hoyt Yeatman, 2009)

La nana (La bonne) (La nana, Sebastian Silva, 2009)

Panda petit panda (Panda kopanda amefuri saakasu no maki, Isao Takahata, 1973)

Querelle (Rainer Werner Fassbinder, 1982) reprise

Rose & noir (Gérard Jugnot, 2008)

7 minutes au paradis (Sheva dakot began eden, Omri Givon, 2009)

Le sens du devoir 2 (Corey Yuen, 1985): chronique DVD

LE SENS DU DEVOIR 2
(Huang jia shi jie/ Yes madam/ In the line of duty 2)
Un film de Corey Yuen
Avec Michelle Yeoh, Cynthia Rothrock, John Sham, Tsui Hark, Sammo Hung, Mang Hoi, Dennis Chan
Genre: policier, polar, action, arts martiaux
Pays: Hong Kong
Durée: 1h21
Editeur DVD: HK vidéo/ Metropolitan
Date de sortie DVD: 18 septembre 2008

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Tin, l’un des chefs des triades se fait doubler par son comptable qui a fait des clichés de son dernier deal crapuleux. Lancés à ses trousses, les hommes de Tin le retrouve et le liquide sans pour autant mettre la main sur le microfilm compromettant. L’inspectrice Ng et sa collègue de Scotland Yard suivre la trace du passeport du défunt qui est tombé dans les mains d’un faussaire qui ne sait pas combien la pièce qu’il possède peut lui attirer tous les ennuis de Hong Kong. Les deux fliquettes mettent tout en œuvre pour retrouver le microfilm et ainsi coincer Tin lui-même.

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Moins efficace que Le sens du devoir/ royal warriors sorti quelques mois après, Le sens du devoir 2/ Yes Madam fut pourtant le véhicule de la renommée pour Michelle Yeoh. Découvertes quelques années auparavant par le producteur  Dickson Poon, qui deviendra peu après son mari, ce dernier l’introduisit dans le monde du cinéma et tout particulièrement de l’équipe Corey Yuen/ Sammu Hung qui feront d’elle une actrice physique très complète. Elle tournera près de six films avec son producteur jusqu’à Le casse du siècle en 1987, réalisé par Stephen Shin, avant de prendre sa retraire, provisoire, pour s’occuper de son foyer avant son grand retour en 1992 pour Police Story 3 de Stanley Tong.

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L’on comprend dès lors pourquoi dans Le sens du devoir 3 puis sa suite réalisés respectivement en 1988 et 1989, Michelle Yeoh ne reprendra pas son rôle de fliquette musclée, laissant sa place à la très belle Cynthia Khan. Anecdote amusante le patronyme de Khan fut choisi par Dickson Poon lui-même lorsqu’il lança Michelle Yeoh, qui s’appelait donc Michelle Khan à l’écran, jusqu’à ce que l’actrice reprenne son nom de famille lors de son come back au cinéma.

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Ce film voit également les débuts en tant qu’actrice de l’une des championne du kung-fu wushu aux Etats-Unis, Cynthia Rothrock. Particulièrement athlétique, sa silhouette tranche avec celle de Michelle Yeoh, plus fluette et féminine. Pourtant les scènes d’action avec les flics femmes ne manquent pas de violences et semblent particulièrement ardues en termes de cascades, surtout la scène finale, déluge de chutes très dangereuses. Contrairement à Royal warriors, Yes Madam est beaucoup plus comique et moins sérieux, accumulant les personnages gaffeurs tels que les deux voleurs, Doliprane et Hextril, et le faussaire de service, Synthol, incarné par Tsui Hark lui-même ! Sammo Hung fait quant à lui une apparition dans le rôle du vieux maître obnubilé par la nourriture dans un hospice pour personne âgée.

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Le sens du devoir (David Chung, 1986): chronique DVD

LE SENS DU DEVOIR
(Wong ga jin si/ Royal warriors/ In the line of duty)
Un film de David Chung
Avec Michele Yeoh, Michael Wong, Hiroyuki Sanada, Eddie Maher, Bai Ying, Dennis Chan
Genre: policier, polar, action, arts martiaux
Pays: Hong Kong
Durée: 1h32
Editeur DVD: HK vidéo/ Metropolitan
Date de sortie DVD: 16 septembre 2008

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De retour à Hong Kong après un séjour au Japon, l’inspectrice Michelle Yip déjoue, avec la complicité de Michael Wong et de Yamamoto, respectivement agent de sécurité et ancien policier d’Interpol, un détournement d’avion ayant pour but de libérer un dangeureux criminel sur le point d’être extradél. Congratulés et félicités par les médias, le trio héroïque va vite devenir la cible des représailles du groupe terroriste dont deux des membres sont morts lors de l’attentat dans l’avion. La police hongkongaise met tout en œuvre pour retrouver les malfaiteurs et protéger ses trois personnalités médiatiques mais très vite l’inspectrice Yip met la main à la pâte pour palier à l’inefficacité de ses collègues, discrètement rejointe par l’ancien policier japonais. En plein cœur de Hong Kong la poursuite va faire rage.

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La série Le sens du devoir fut un tremplin pour la carrière de Michelle Yeoh pourtant c’est bien Yes Madam !, titré Le sens du devoir 2 en France, qui sorti le premier l’année précédente en 1985 juste après Le flic de Hong-Kong 2, réalisé par Sammo Hung et qui présentait l’actrice dans un second rôle. Cet opus dont le titre international original est Royal warriors (titre fallacieux s’il en est) révèle donc que cette série n’en est pas véritablement une  puisque dans le second volet Le sens du devoir 2 (Yes Madam ! donc) Michelle Yeoh n’incarne pas le personnage de la policière Michelle Yip mais celui de l’inspectrice Ng. Vous suivez ?  Tout ça pour pointer du doigt les pratiques commerciales de l’époque qui mélangeait allégrement les titres originaux et les titres à l’exportation sans véritable logique cinématographique.

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Les trois années, de 1985 à 1987, consacre l’actrice dans le domaine de l’action musclée et Michelle Yeoh s’impose à l’époque comme l’alter ego féminine de Jackie Chan. Le sens du devoir est en cela éloquent, les bastons sont véritablement impressionnantes et violentes. La contribution de l’acteur Hiroyuki Sanada y est aussi peut être pour quelque chose lorsque l’on sait qu’il était lui-même à l’époque le disciple de Sonny Chiba, le roi du film d’action nippon à la fin des années soixante-dix et quatre-vingt. Contrairement à Michelle Yeoh, Sanada a déjà une décennie de carrière derrière lui, principalement des rôles à la télévision dans San Ku Kai par exemple, mais pas seulement. Il a tourné pour Kinji Fukasaku dans Shogun samourai et Les évadés de l’espace en 1978 ou encore pour Norifumi Suzuki dans Shogun ninja en 1980. En 1982 il avait déjà tourné dans un film hong-kongais de Corey Yuen, Ninja in the dragon’s den. En France il est bien sûr plus connu pour ses rôles dans Ring et Ring 2 de Hideo Nakata, Le samouraï du crépuscule de Yoji Yamada ou encore la super-production américaine Le dernier samouraï d’Edward Zwick avec Tom Cruise en 2003. Sa carrière internationale continue aujourd’hui avec des films tels que Sunshine et Speed racer.

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Dans la grande tradition du film d’action hong-kongais, Le sens du devoir 2 alterne la mise en place de l’intrigue avec des séquences de poursuites et de bagarres toutes plus impressionnantes les unes que les autres, par exemple une chute vertigineuse de l’un des protagonistes d’un immeuble, séquence filmée à plusieurs caméras donnant des points de vue incroyables sur le cascadeur en chute libre. Les chorégraphies des combats sont de hautes volées avec des retombées dangereuses et des figures complexes très maîtrisées. Michelle Yeoh révèle ses capacités physiques. Séduite par la danse et la natation dès son enfance, sa pratique des arts martiaux est cependant récente puisqu’elle a débuté avec son premier film en 1984, The owl & Bumbo, réalisé par Sammo Hung. Ici elle semble à son aise et donne de sa personne dans de nombreuses scènes très risquées. Avec les séries Police story et Le flic de Hong-kong, celle du Sens du devoir semble parmi les plus abouties.

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Mensch (Steve Suissa, 2009): chronique cinéma

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Un film de Steve Suissa
Avec Nicolas Cazalé, Sami Frey, Anthony Delon, Maurice Bénichou, Myriam Boyer, Max Baissette de Malglaive, Sara Martins, Michaël Abiteboul, Fabrice Bénichou, Evelyne Bouix
Genre: drame, polar, policier
Pays: France
Durée: 1h27
Date de sortie: 25 novembre 2009

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Casseur de coffres-forts et père d’un petit garçon qu’il élève seul, Sam tire le diable par la queue pour offrir à son fils une existence normale. Après un coup réussi à Nice avec son comparse Tonio, Simon Safran, le caïd du quartier juif de Paris, s’intéresse à lui. Le passé ressurgit alors dans la vie de Sam quand son grand-père, Victor, le met en garde sur ses fréquentation avec Simon. Pourtant Sam accepte l’offre d’un casse d’un receleur de bijoux. Entre sa famille qui désespère de le voir trouver un véritable travail et sa petite amie à qui il n’a pas encore avoué la vérité, Sam désire ardemment devenir un mensch, un homme bien mais le casse tourne mal et met Sam au pied du mur.

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Polar au ton résolument réaliste et dramatique, Mensch s’éloigne souvent des clichés du genre pour se rapprocher davantage de ses personnages ; Sam le voleur un peu perdu, Tony l’ami fidèle, Simon le gangster paternaliste. Film de comédiens avant tout, et rappeler que Steve Suissa est lui-même acteur n’est pas inutile, le film donne la part belle aux scènes de dialogues plutôt qu’à des scènes d’action. Le sujet est donc la lente descente aux enfers d’un homme qui fait tout pour aimer et protéger son fils dans un monde qui lui échappe. L’intrigue conventionnelle d’un casse qui tourne à la catastrophe rejoint celle d’un passé qui ressurgit sans crier gare. Sam apprend donc à connaître les siens sans pour autant accepter une vie honnête que son grand-père lui propose. Farouchement indépendant et doué dans sa profession, il entrevoit malgré tout les limites de son choix au contact d’Helena, sa petite-amie journaliste rencontrée par accident.

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Le film offre donc une brochette de comédiens à l’interprétation impeccable, aussi bien Nicolas Cazalé dans la peau du jeune homme se cherchant un avenir que Maurice Bénichou dans celui de Simon Safran, le gangster juif qui tient d’une main de fer les affaires du quartier ou encore Sami Frey, étonnant en épicier de luxe dont la seule valeur véritable est le travail honnête et droit, valeur qu’il n’arrive pas malgré ses efforts à transmettre à son petit-fils. Le trio d’acteurs est accompagné de seconds rôles tout aussi justes avec notamment Anthony Delon sous les traits de Tonio Massari, là on repense bien sûr aux rôles de gangster tenus par son père dans les années soixante-dix, et Sara Martins, entrevue dans Fragile(s), qui s’installe dans le rôle de la petite-amie bientôt décontenancée par le style de vie de l’homme qu’elle aime.

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L’interprétation mise à part, le film souffre cependant de maladresses scénaristiques et d’une mise en scène parfois décevante. L’enchaînement des scènes est souvent hasardeuse et quelques raccourcis faciles mettent à mal le réalisme du film. Les scènes d’action ne sont pas le fort du cinéaste qui préfère se concentrer sur les scènes de face à face dialogué, scènes particulièrement réussies. On se souvient de son précédent long-métrage Cavalcade, très peu convaincant, ou encore Le grand rôle, avec Stéphane Freiss et Bérénice Béjo, plus réussi. Ici Steve Suissa tente de maîtriser les codes d’un genre particulièrement prisé du public, le polar. Avec une écriture plus rigoureuse, Mensch aurait gagné en intensité et en émotion, reste une performance d’acteurs de très bonne facture, Nicolas Cazalé en tête, qui nous rappelle combien il est l’un des meilleurs comédiens de sa génération après ses réussites dans Le grand voyage, Pars vite et reviens tard, U.V. et Le fils de l’épicier. Mine de rien il offre à chaque fois une interprétation solide et à fleur de peau dans des rôles forts différents.

Wushu (Antony Szeto, 2008): chronique DVD

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Un film d’Antony Szeto
Avec Sammo Hung Kam-bo, Fengchao Liu, Wenjie Wang, Wang Fei, Yongchen Liu, Yachao Wang
Genre: action, drame, sport, arts martiaux
Pays: Hong Kong
Durée: 1h34
Editeur DVD: First International Production
Date de sortie DVD: 8 avril 2009

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Li Yi et Li Er sont deux frères que leur père, Li Hui, emmènent s’entraîner dans l’école d’arts martiaux où il est professeur et dont il fut lui-même, enfant, l’un des meilleurs élèves. Alors que les deux garçons commencent à s’adapter à cette nouvelle vie, ils font la rencontre de Fong Fong, l’une des élèves les plus douées, mais également de Zhang et de Yauwu, deux autres enfants avec qui ils se lient vite d’amitié. Dix ans plus tard, les cinq étudiants sont devenus des sportifs de haut niveau et se préparent à la compétition régionale de wushu. Au même moment, un gang de voyous kidnappent une série d’enfants dans les lieux publics. Ces enlèvements sont orchestrés par He Le, un ancien élève de l’école de wushu renvoyé pour avoir participé à des combats clandestins. Parce que certains pratiquants de wushu lui mettent des bâtons dans les roues, il décide d’enlever les deux frères jumeaux de l’école qui ont prévu de faire une démonstration lors de la compétition.

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Film familial qui tente de présenter un aspect peu montré dans le cinéma d’arts martiaux actuel, celle de la formation des enfants dans de grandes écoles chinoises, Wushu fait pourtant le grand écart entre le pur film de sport, les longues séquences de démonstrations ou de combats dans le cadre de la compétition sont nombreuses, et le film d’action avec l’enjeu dramatique des enfants kidnappés. Si le premier aspect du film n’est pas inintéressant, le mélange des genres lui ne fonctionne pas du tout et le long-métrage finit par acquérir un statut bancal par ailleurs amplifié par la très mauvaise mise en scène d’Antony Szeto, qui fut lui-même élève d’une école d’arts martiaux chinoise dans les années quatre-vingt avant de commencer sa carrière au cinéma en tant que cascadeur.

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Certes les performances martiales sont impressionnantes, les jeunes acteurs et actrices sont tous issus des écoles de wushu, et la présence du charismatique Sammo Hung Kam-bo permettent d’apprécier quelques scènes ici et là mais le film manque d’homogénéité et surtout de véritable identité. Sur le thème de l’importance des décisions que chacun doit prendre au cours de sa vie, Wushu tente de réconcilier l’aspect purement physique de la pratique avec son autre versant, la formation psychologique de l’individu, le wushu ne se contentant pas de former des athlètes mais aussi des individus responsables et humainement riches. Le film joue donc parfois la carte de la morale en insistant sur les valeurs telles que la piété filiale, l’abnégation, l’amitié ou la persévérance avec néanmoins une fâcheuse tendance au manichéisme. On se tournera de préférence vers les films que Jackie Chan et Sammo Hung ont tourné dans les années soixante-dix, des films bien plus impertinents et drôles sur la tradition de l’enseignement martial tel que les deux acteurs ont pu le connaître dans leur prime jeunesse.

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L’île (Pavel Lounguine, 2006): chronique DVD

L’île
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Un film de Pavel Lounguine
Avec Petr Mamonov, Viktor Sukhorukov, Dmitri Dyuzhev
Genre: drame
Pays: Russie
Date de sortie: 9 janvier 2008
Editeur: France Télévisions
Date de sortie DVD: 9 juillet 2008

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L’on peut parfois manquer un chef d’œuvre lorsqu’il sort au cinéma et, au moment de s’en apercevoir devant l’édition vidéo, on ne peut que regretter amèrement sa faute, pour ne pas dire son pêché. Mais faute avouée à moitié pardonnée, il est par contre impardonnable de passer à côté de cette édition DVD magistrale d’un film qui ne l’est pas moins. Car oui, L’île est de ces chefs d’œuvre que l’on regarde avec humilité et contemplation tout comme le personnage principal, le Père Anatoli, regarde la terre de l’île sur laquelle il vient se repentir et pleurer sa faute. On pense bien sûr aux films Andreï Roublev d’Andreï Tarkovski ou Le retour d’Andreï Zviaguintsev, et l’on aurait raison, Pavel Lounguine atteint ici une grâce non seulement divine mais surtout cinématographique. Ce film est beau, pas seulement d’une beauté picturale et sonore mais d’une beauté vraie et profonde qui traverse chaque plan, chaque son.

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La simplicité de l’histoire ne doit pas cacher la difficulté du propos, celui de la rédemption d’un homme qui en a tué un autre et qui reçoit, pour toute punition, un don divin de guérison et une souffrance morale inextinguible. Le sujet mystique par excellence mais qui trouve ici un traitement à sa hauteur, ou devrait-on dire, à ras du sol. Car Anatoli fait tout pour ramener son pauvre corps à même la terre, loin de regarder vers le ciel un signe de Dieu, il creuse le charbon chaque jour pour réchauffer les âmes d’un monastère orthodoxe et trouver la paix intérieure.

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Cette paix il la désire mais il pense qu’il ne la mérite pas. Plus sévère envers lui-même que ne l’est le Créateur, Anatoli éclaire et professe s’en jamais en avoir l’air et son caractère mauvais et sournois cache en réalité une bonté d’âme que le traumatisme de la guerre a révélé. Recueilli par les moines d’une île russe loin de toute civilisation, la retraite au monde sonne pour lui comme la providence. Seul dans ses fourneaux, face aux flammes qui crépitent, Anatoli est en même temps face à lui-même et à son crime. Charbonnier il était, charbonnier il restera mais bientôt ses dons de clairvoyance et de guérison dépasse le petit sanctuaire monacal et atteint les oreilles des laïcs qui commencent à faire pèlerinage pour quémander les faveurs divines.

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Une jeune femme qui voulait avorter, un petit garçon dont la hanche est gangrenée, une femme possédée, tous trouveront paix et réconfort dans les mots de ce vieil homme qui ne cesse pourtant de vivre et travailler dans la crasse de ses fourneaux. Espiègle et joueur, il rejette les rites et les ordres du monastère pour mieux en révéler la vacuité et l’orgueil. Philarète, le Père supérieur, et le Père Job, avec qui Anatoli se plaît à se chamailler, seront pourtant reconnaissants de cet humble qui distille toujours indirectement son enseignement. Tel un fou heureux, il chante à tue-tête ou roucoule comme un poulet à la fois pour exprimer sa joie mais surtout agacer ses camarades engoncés dans leurs principes rigides. Choisi par Lui, le paradoxe de l’innocence et de la culpabilité se révèle tout entier dans cette figure crasseuse qui cache en son sein le trésor ultime, celui de la foi inébranlable en son Créateur.

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Le fantôme de l’opéra (Rupert Julian, 1925): chronique DVD

LE FANTOME DE L’OPERA
(The phantom of the opera)
Un film de Rupert Julian
Avec: Lon Chaney, Mary Philbin, Norman Kerry, Arthur Carewe
Genre: fantastique, épouvante, drame, romance
Pays: USA
Durée: 1h31
Editeur DVD: Lobster/ Arte Vidéo
Date de sortie DVD: 19 mars 2008

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Au cœur de l’Opéra de Paris, un monstrueux fantôme hante les coulisses du bâtiment, menaçant la direction si la jeune cantatrice Christine Daaé n’obtient pas le premier rôle dans une pièce à venir. Alors que d’étranges incidents surviennent, les directeurs choisissent d’accéder aux demandes du fantôme pour faire cesser les phénomènes inexpliqués. Amoureux de cette jeune femme, le fantôme cache son visage derrière un masque lors de ses apparitions. En retour il désire être aimé de celle-ci mais lorsqu’elle découvre l’horrible faciès de son bienfaiteur, elle se détourne de lui avant d’être kidnappée dans les profondeurs des souterrains. Le Vicomte Raoul de Chagny, amateur d’opéra et amoureux de la jeune cantatrice s’engouffre lui-aussi dans les dédales du bâtiment pour retrouver sa bien-aimée.

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Classique incontournable du cinéma muet fantastique, cette version américaine produite par Carl Laemmle pour les comptes des studios Universal suit une première version allemande réalisée par Ernst Matray en 1916 (Der phantom der oper). Si quelques remakes ont vu le jour aussi bien aux USA, en Angleterre ou en Italie, ce récit adapté du roman de Gaston Leroux n’a jamais connu d’adaptation française ! The phantom of the opera est le second film tourné avec Lon Chaney pour le studio après l’énorme succès de Notre-Dame de Paris (The hunchback of Notre-Dame) réalisé par Wallace Worsley deux ans plus tôt. Il faut dire qu’après quelques mois de tournage en 1923, Carl Laemmle a tout simplement exigé de nombreuses retouches pour éviter selon lui une catastrophe annoncée. Ces retouches mettront près de deux ans a aboutir mais le film de Rupert Julian sort finalement le 6 septembre 1925.

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Le film en lui-même n’est pas le chef-d’œuvre de la filmographie de Lon Chaney, pourtant c’est bien Le fantôme de Notre-Dame qui va lancer l’acteur dans ces premières grandes performances de maquillage. Loin du visage boursouflé du bossu, ici l’acteur se creuse le visage et dilate ses narines avec des techniques originales mais radicales. Ecailles de poisson pour assécher sa peau, colle de prothésiste pour retrousser son nez, dentier douloureux pour déformer sa mâchoire, écartèlement des yeux pour les faire paraître exorbités, Lon Chaney s’impose une torture quotidienne pour incarner en chair et en os se monstre légendaire qui traîne son ombre dans les coulisses du plus bel opéra de l’époque. Le club des trois (1925), The blackbird et La route de Mandalay (1926) seront d’autres exemples de son talent de transformation, de métamorphose. Le génie de l’acteur ne s’arrête pas au seuil de l’effet spécial, c’est tout son corps, dans ses gestuelles douloureuses et torturées, que s’exprime sa volonté d’incarner au sens premier du terme.

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Il faut souligner enfin la grande qualité des décors, aussi bien la scène de l’opéra, les coulisses que les catacombes où le fantôme se réfugie. L’écho à l’œuvre gravée de Piranèse est flagrant, ces masses de pierre qui évoque à la fois l’ambiance médiévale, l’espace concentrationnaire et le complexe labyrinthique, nous paraissent le lieu primitif d’où ne peuvent surgir que des créatures maléfiques plus anciennes que l’humanité. Les salles de tortures sont autant de pièges concoctés pour les intrus, la connaissance des secrets de ses catacombes un préalable nécessaire à qui veut en sortir vivant. Mais le fantôme a beau s’évanouir alors que la foule haineuse ne débarque, la justice divine est inexorable, le fantôme, et le mythe avec lui, doivent disparaître à jamais dans les eaux purificatrices de la Seine.

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