Sherlock Holmes 2 jeux d’ombres (Guy Ritchie, 2011): chronique cinéma

SHERLOCK HOLMES 2 JEUX D’OMBRES
(Sherlock Holmes 2 a game of shadows)
Un film de Guy Ritchie
Avec Robert Downey Jr., Jude Law, Noomi Rapace, Rachel McAdams, Jared Harris, Stephen Fry, Kelly Reilly
Genre: Aventure, action, policier
Pays: USA
Durée: 2h07
Date de sortie : 25 janvier 2012

Fin du XIXème siècle, l’Angleterre s’est transformée sous les effets de l’industrialisation. Sur le continent les empires vacillent, les attentats anarchistes sèment le trouble. Depuis quelques mois la vieille Europe tremble, la guerre menace entre la France et la Prusse. Décelant une machination diabolique derrière ces évènements sombres, le célèbre détective Sherlock Holmes enquête. Mais il va devoir se passer de son fidèle assistant, le Dr Watson, car celui-ci est sur le point de sa marier avec la charmante Mary. La veille de la cérémonie, et en prétextant l’enterrement de vie de jeune garçon du Dr Watson, Holmes croise le chemin de Simza la gitane, première piste qui conduiront le duo à travers l’Europe à la poursuite d’un ennemi cruel mais à l’esprit affûté, le professeur Moriarty.

Cette suite se place dans la parfaite continuité du premier opus, celle d’un Sherlock Holmes farfelue et cérébral, agile et combatif, ironique et pince sans rire. L’atmosphère est toujours aussi sombre, la poésie et la légèreté disparaissant dans cet univers de vapeur et autres gaz étouffants dans un décor de briques et de structures métalliques. L’heure n’est plus à l’homme mais à celui des machines infernales. Contrairement au premier, ce Sherlock Holmes ancre son récit dans un certain réalisme historique, celui de la vieille Europe aux bords de la rupture. L’Europe n’est désormais plus rurale mais bel et bien industrielle, évoquant la fin d’un monde qui laisse l’individu de côté pour mieux revendiquer la lutte des nations. La fraternité, incarnée dans la relation des deux compères mais aussi par la dévotion des gitans, s’oppose à l’individualisme et la cupidité de Moriarty. Règne des moyens de locomotions motorisés, ascension de la haute-bourgeoise, course à l’armement, le film quelque part aborde ces thèmes sans en avoir l’air. Avec l’humour et la complicité des deux personnages c’est ce qui sauve le film d’un certain naufrage scénaristique.

Certains trouveront en effet ce long métrage illisible, bruyant, énervant et n’auront pas tout à fait tort. Cela n’arrête jamais dans le film, la caméra court, saute, virevolte, se penche, se redresse et repart sans compter sur un montage ultra nerveux, condensé, explosé, dilaté. Certes Guy Ritchie est un habitué de la mise en scène alambiquée et torturée mais le plus souvent au scénario inventif, original et calibré. Ici la course aux devinettes reste assez banale. L’ère du numérique permet les effets les plus spectaculaires mais aussi, il faut le dire, le plus souvent inutiles. Ces derniers font du détective un névrosé du détail, un illuminé de la prédiction, un désaxé des relations humaines. Jamais rien n’atteint Sherlock Holmes sinon la retraite forcée de son compagnon une fois le mariage prononcé. Si la première partie du film a du mal à concentrer l’attention du spectateur par une exposition des enjeux narratifs assez floue, la seconde l’entraîne de plein pied dans cette course effrénée contre la montre. En effet la guerre menace et le duel de ces deux cerveaux que sont le détective et le professeur présage un sombre destin pour l’Europe. L’humanisme contre l’obscurantisme, la désinvolture contre l’appât du gain, l’humour contre la cruauté. Au final ce blockbuster n’est pas cet échec redouté, il n’est pas non plus un grand film en soi. Reste des acteurs enjoués (mention particulière pour Noomi Rapace dans le rôle de la ravissante gitane, très loin de sa composition pour la trilogie Millenium), une certaine dose d’adrénaline dans les images et surtout une multitude de clins d’œil disséminés ici et là.

Agenda cinéma: semaine du 11 janvier 2012

Les titres en bleu sont chroniqués dans nos pages

10 jours en or (Nicolas Brossette, 2010)

Dans la tourmente (Christophe Ruggia, 2011)

El gusto (Safinez Bousbia, 2011) documentaire

Himalaya, terre des femmes (Marianne Chaud, 2010) documentaire

Il n’y a pas de rapport sexuel (Raphaël Siboni, 2011) documentaire

Intruders (Juan Carlos Fresnadillo, 2011)

J. Edgar (Clint Eastwood, 2011)

La colline aux coquelicots (Kokuriko-zaka kara, Goro Myazaki, 2011) animation

La ville abandonnée (Yellow sky, William Wellman, 1948) reprise

Le projet Nim (Project Nim, James Marsh, 2011) documentaire

Les nouveaux chiens de garde (Gilles Balbastre et Yannick Kergoat, 2011) documentaire

L’orpheline avec en plus un bras en moins (Jacques Richard, 2010)

Objection (Motforestilling, Erik Lochen, 1972) reprise

Parlez-moi de vous (Pierre Pinaud, 2012)

The darkest hour (Chris Gorak, 2011)

Une nuit (Philippe Lefebvre, 2011): chronique cinéma

UNE NUIT
Un film de Philippe Lefebvre
Avec Roschdy Zem, Sara Forestier, Samuel Le Bihan, Grégory Fitoussi, Jean-Pierre Martins, Jean-Paul Muel, Sophie Broustal, Gérald Laroche, Richard Bohringer
Genre : Policier
Pays : France
Durée : 1h40
Date de sortie : 4 janvier 2012

Le commandant Simon Weiss, flic de la Brigade Mondaine, parcourt chaque nuit les rues parisiennes en évoluant à découvert dans les différentes boîtes de nuit et cabarets de la capitale. L’expérience lui a appris les ficelles du métier et surtout un sang froid qui lui permet d’approcher les malfrats, même parfois de partager certains secrets avec eux. Cette nuit-là une jeune recrue, Laurence, lui est adjointe comme chauffeur. Mais l’IGS est après lui pour une sombre affaire de corruption. Comme chaque soir, Weiss fera le tour des établissements de nuit et croisera le chemin de Tony Garcia, un ancien du monde de la nuit tout comme lui, puis Jo Linder, un homme fiché au grand banditisme qui souhaite ouvrir prochainement un nouvel établissement. Pris entre le feu de la police des polices et celui des criminels des bas-fonds, Weiss devra ruser pour tirer sa carte du jeu.

Le cinéma français aime le polar et celui-ci, de temps en temps, le lui rend bien. La nuit est l’un de ces films réalistes dans la lignée de Le petit lieutenant de Xavier Beauvois ou encore plus récemment Polisse de Maïwenn. Le cinéaste écarte donc la veine du spectaculaire pour s’attacher davantage à ses personnages et surtout au contexte du métier de flic de la Mondaine, un véritable monde à part avec ses secrets, ses habitudes et surtout ses travers inavoués. Le monde de la nuit est un monde où la loi ne prévaut pas et surtout où la morale est rancardée aux vestiaires. L’alcool, la drogue, la prostitution et la pornographie sont les ingrédients d’un cocktail nocturne qui font des membres de la pègre des gens influents, incontournables, maîtres de leurs secteurs. Mais une certaine nostalgie se cramponne, celle des spectacles de cabarets, des figures anthologiques à l’emballage travesti poussant la chansonnette avec une honnêteté touchante. Le film parle de tout cela sans en avoir l’air. Roschy Zem, d’une classe proprement séduisante, traverse tout ce capharnaüm avec une maîtrise de soi confondante. Face à lui Sara Forestier, qui a fait bien du chemin depuis L’esquive qui l’a révélé au grand public en 2004, ne démérite pas. Discrète, curieuse d’un monde qu’elle découvre peu à peu, elle est sagement à l’écoute de celui qui la guide dans les ruelles obscures de la capitale. Non pas un grand rôle de composition mais bien plutôt un rôle de soutien, qui s’offre comme un contrepoint à celui de Roschdy Zem.

La mise en scène est, elle, précise, efficace, dénuée de plans futiles. Une certaine nervosité s’en dégage, nervosité volontairement accentuée lors de la confrontation du flic avec les différents protagonistes peu scrupuleux de la loi française. Samuel Le Bihan, Grégory Fitoussi, Jean-Pierre Martins, Gérald Laroche tirent leur épingle du jeu mais c’est étonnement Richard Bohringer, dans un tout petit rôle, qui retient l’attention. Puissance de la « gueule d’acteur », on retrouve ici un hommage succinct mais vibrant aux visages du cinéma policier français des années cinquante et soixante, celui où les truands et les flics n’étaient, en fin de compte, pas si différents. Mais justement si hommage il y a, Philippe Lefebvre évite consciencieusement cette contemplation béate du cinéma envers ces truands violents et peu honorables. La veine réaliste lui imposant une certaine objectivité du propos. Reste l’histoire de l’amitié virile, petit cliché du genre remise en question dans la conclusion du film. Là où le film impressionne encore davantage, c’est dans son écriture. Unité de lieu (Paris) et de temps (une seule nuit) sont scrupuleusement respectés, animant ainsi le film d’une densité rare. Une petite pépite du cinéma français qu’il serait dommage de manquer.

Agenda cinéma: semaine du 04 janvier 2012

Les titres en bleu sont chroniqués dans nos pages

A l’âge d’Ellen (Im alter von Ellen, Pia Marais, 2009)

Africa, le sang et la beauté (Africa, blood and beauty, Serge Yastreb, 2011) documentaire

Anonymous (Roland Emmerich, 2011)

Beau rivage (Julien Donada, 2010)

Freakonomics (Heidi Ewing, Alex Gibney, Seth Gordon, Rachel Grady et Eugene Jarecki, 2010) documentaire

Goodbye Mister Christie (Phil Mulloy, 2010) animation

Jane Eyre (Robert Stevenson, 1944) reprise

La chasse (Jakten, Erik Lochen, 1959) reprise

Le pacte (Seeking justice, Roger Donaldson, 2011)

Les acacias (Las acacias, Pablo Giorgelli, 2011)

Louise Wimmer (Cyril Mennegun, 2010)

Take shelter (Jeff Nichols, 2011)

Un jour mon père viendra (Martin Valente, 2010)

Une nuit (Philippe Lefebvre, 2011)

Une vie meilleure (Cédric Kahn, 2010)

Centenaire de la Nikkatsu à la Cinémathèque Française

Après le Festival des 3 Continents à Nantes c’est au tour de la Cinémathèque Française à Paris d’accueillir, depuis le 7 décembre, la rétrospective organisée en l’honneur du centenaire de la Nikkatsu !! Et oui voilà déjà un siècle que le célèbre studio nippon produit, distribue et exploite des films !!
Quarante films au programme !! Jusqu’au 20 janvier 2012, ne ratez pas l’occasion de voir certains films très rares ou revoir quelques morceaux d’anthologie !!

Long métrages :

1921 Gôketsu Jiraiya (Jiraiya le ninja) : Shôzô Makino
1927 Chuji tabi nikki : goyo hen (Carnets de voyage de Chuji) : Daisuke Itô
1930 Fujiwara yoshie no furusato (Terre natale) : Kenji Mizoguchi
1931 Oatsurae Jirokichi kichi (Le chevalier voleur) : Daisuke Itô
1935 Tange Sazen kyakuman ryô no tsubo (Tange Sazen et le pot d’un million de ryôs) : Sadao Yamanaka
1939 Oshidori utagassen (Singing love birds) : Masahiro Makino
1939 Tsuchi (La terre): Tomu Uchida
1939 Tsuchi to hetai (Terre et soldats) : Tasaka Tomotaka
1936 Kôchiyama Sôshun : Sadao Yamanaka
1955 Ashita kuru hito (Till we meet again) : Yûzô Kawashima
1956 Kurutta kajitsu (Passions juvéniles) : Kô Nakahira
1956 Suzaki paradizu : aka shingô (Le paradis de Suzaku): Yûzô Kawashima
1957 Bakumatsu taiyôden (Chronique du soleil à la fin d’Edo) : Yûzô Kawashima
1958 Sabita naifu (Rusty knife) : Toshio Masuda
1959 Kaitei kara kita onna (The woman from the sea) : Koreyoshi Kurahara
1960 Kyonetsu no kisetsu (The warped ones) : Koreyoshi Kurahara
1961 Buta to gunkan (Cochons et cuirassés) : Shôhei Imamura
1963 Izu no odoriko (Izu dancer) : Katsumi Nishikawa
1963 Yaju no seishun (La jeunesse de la bête) : Seijun Suzuki
1964 Akai satsui (Désir meurtrier) : Shôhei Imamura
1964 Kuroi taiyo (Black sun) : Koreyoshi Kurahara
1966 Tôkyô nagaremono (Le vagabond de Tokyo) ! Seijun Suzuki
1967 Koruto wa ore no pasupôto (A colt is my passport): Takashi Nomura
1970 Noraneko rokku: sekkusu hanta (Boulevard des chattes sauvages): Yasuharu Hasebe
1971 Danchizuma : hirusagari no jôji (Le jardin secret des ménagères perverses): Shôgorô Nishimura
1973 Furyo shôjo : noraneko no seishun (Delinquent girl : alley cat in heat) : Chûsei Sone
1973 Nureta koya o hashire (Retreat through the wet wasteand): Yukihiro Sawada
1973 Onna jigoku: mori wa nureta (L’enfer des femmes: forêt humide) : Tatsumi Kumashiro
1976 Bôkô kirisaki jakku (Assault! Jack the ripper): Yasuharu Hasebe
1977 Shinjuku midaregai: ikumade matte: Chûsei Sone
1978 Hitozuma shudan boko chishi jiken (Rape and death of a housewife): Noboru Tanaka
1978 Sasurai no koibito: memai: Masaru Konuma
1979 Dabide no hoshi: bishô-gari (Star of David: beautiful girl hunter): Norifumi Suzuki
1982 Shirobara gakuen: soshite zen’in okasareta (White rose campus: then, everybody gets raped/ I spit on your bus): Kôyû Ohara
1985 Rabu hoteru (Love hotel): Shinji Somai

courts-métrages:

1899 Momijigari (Promenade sous les feuilles d’érable): Tsunekichi Shibata
1926 Chokon : Daisuke Itô
1929 Tôkyô koshin kyoku (La marche de Tokyo) : Kenji Mizoguchi
1937 Ketto takadanobaba : Hiroshi Inagaki et Masahiro Makino

Autour de la Nikkatsu :

2011 Inside the pleausre dome of japanese erotic cinema: Yves Montmayeur

Agenda cinéma: semaine du 31 août 2011

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Blackthorn (Mateo Gil, 2011)

Cadavres à la pelle (Burke and Hare, John Landis, 2010)

La captive aux yeux clairs (The big sky, Howard Hawks, 1952) reprise

Destination finale 5 (Final destination 5, Steven Quale, 2011)

La grotte des rêves perdus (Cave of forgotten dreams, Werner Herzog, 2010) documentaire

La guerre est déclarée (Valérie Donzelli, 2010)

La ligne blanche (Olivier Torres, 2010)

Neds (Peter Mullan, 2010)

R.I.F. (Recherches dans l’Intérêt des Familles) (Franck Mancuso, 2010)

Les winners (Win win, Thomas McCarthy, 2011)

Super 8 (J.J. Abrams, 2011): chronique cinéma

SUPER 8
Un film de J.J. Abrams
Avec Kyle Chandler, Joel Courtney, Elle Fanning, Riley Griffiths, Ryan Lee, Gabriel Basso, Zach Mills, Ron Eldard, Joel McKinnon Miller, Jessica Tuck
Genre : Science-fiction
Pays : USA
Durée : 1h50
Date de sortie : 3 août 2011

Été 1979, à Lillian, une petite ville de l’Ohio. Alors qu’ils tournent un film en super 8, un groupe d’adolescents est témoin d’une spectaculaire catastrophe ferroviaire. Ils ne tardent pas à comprendre qu’il ne s’agit pas d’un accident. Peu après, des disparitions étonnantes et des événements inexplicables se produisent en ville, et la police tente de découvrir la vérité alors que l’armée tente de boucler la zone… Une vérité qu’aucun d’entre eux n’aurait pu imaginer.

Super 8 ou le film censé rendre hommage au format cinématographique du même nom. Certes en fil rouge la bande de copains réalisent en effet un court-métrage fantastique avec la caméra de papa et ? Et bien le déraillement catastrophique d’un train qui a failli leur coûter la vie ne semble pas les dévier de leur rêve de gosses : fabriquer un film de A à Z avec les moyens du bord. Mais, pas besoin de regarder le film de J.J. Abrams de près pour vite le comprendre, ce long-métrage est exactement le contraire d’un film super 8 mal fichu. Ici le blockbuster est roi et il serait totalement illusoire de la part du spectateur de vouloir y retrouver une once de ce cinéma amateur fabriqué à la maison. Tout au plus, et certainement pour avoir la conscience tranquille, le cinéaste insère dans le générique de fin ce fameux court-métrage tourné par la bande de copains. Quelle belle petite astuce ! Non Super 8 est une grosse production hollywoodienne tournée avec des moyens incommensurables loin des pratiques des effets spéciaux d’antant avec des bouts de ficelles. Si vous cherchez un véritable hommage au format amateur, regardez donc Le projet Blair Witch, LA pépite en format super 8 et vidéo qui a révolutionné le cinéma d’horreur sorti en 1999. Et si vous désirez contempler quelques effets spéciaux à la manière de l’époque, choisissez de revoir Dracula de Francis Ford Coppola tourné en 1992, certaines séquences y sont réalisées avec les techniques anciennes…

Alors pourquoi ce foin à propos de Super 8 ? Le vedettaria sans doute. J.J. Abrams (scénariste en haut de la vague avec la série non moins renommée Lost) + Steven Spielberg aux commandes de la production = le film hollywoodien de l’été à voir absolument (ou pas d’ailleurs)… La suite n’est qu’une affaire de communication à coup de références aux films des années quatre-vingt. Mais qu’en est-il de ces références ? Les Goonies, E.T., Rencontre du troisième type, Stand by me… Le cinéma n’est jamais qu’un espace intertextuel sans limite où chaque films produits fait forcément référence, de façon consciente ou non, à ce qui a été produit auparavant. Alors oui la bande de copains qui se sert les coudes malgré les circonstances de Super 8 fait écho à celle des Goonies. Alors oui cette créature extraterrestre qui ne cherche qu’à rentrer chez elle rappelle celle de E.T. Alors oui cette première rencontre avec la réalité de la mort (Joe fait en effet face à la mort de sa mère puis celle de certaines personnes de sa ville) évoque ce passage initiatique développé dans Stand by me. Et puis ? Quelles perspectives ces références donnent t-elles au film de J.J. Abrams ? Soyons clairs : aucune. Super 8 est un film de son temps, celui des années 2010 où la surenchère d’effets spéciaux est devenue tellement systématique qu’elle imprègnent une grande majorité de films produits à Hollywood au point qu’elle a perdu tout intérêt même celui de titiller l’imagination et d’en mettre plein les yeux. Quand à développer une histoire intéressante et stimulante, n’en demandons pas trop tout de même. Un film vide dont le lustre n’émane que de certains soi-disant critiques de cinéma.

Agenda cinéma: semaine du 6 octobre 2010

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Captifs (Yann Gozlan, 2009)

Donnant, donnant (Isabelle Mergault, 2009)

Entre vos mains (Mariana Otero, 2010) documentaire

Kaboom (Gregg Araki, 2009)

Laisse-moi entrer (Let me in, Matt Reeves, 2010)

La dame au manteau d’hermine (The lady in ermine, Otto Preminger et Ernst Lubitsch, 1948) reprise

La machine à démonter le temps (Hot tub time machine, Steve Pink, 2010)

Le monde sur le fil (Welt am draht, Rainer Werner Fassbinder, 1973) reprise

Moi, moche et méchant (Despicable me, Pierre Coffin et Chris Renaud, 2010)

On verra demain (Hoy no se fia, mañana si, Francisco Avizanda, 2010)

Petit tailleur (Louis Garrel, 2010) moyen métrage

Rouge comme le ciel (Rosso come il cielo, Cristiano Bortone, 2006)

Tout va bien, the kids are allright (The kids are allright, Lisa Chodolenko, 2010)

Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu (You will meet a tall dark stranger, Woody Allen, 2010)

Waking sleeping beauty (Don Hahn, 2009) documentaire

Freddy, les griffes de la nuit (Samuel Bayer, 2010): chronique cinéma

FREDDY, LES GRIFFES DE LA NUIT
(A nightmare on Elm Street)
Un film de Samuel Bayer
Avec Jackie Earl Haley, Kyle Gallner, Rooney Mara, Katie Cassidy, Thomas Dekker, Kellan Lutz, Clancy Brown, Connie Britton
Genre: horreur, épouvante, fantastique
Pays: USA
Durée: 1h35
Date de sortie: 12 mai 2010

Un soir de week-end, dans une cafétéria de banlieue résidentielle, un jeune lycéen souffrant de troubles du sommeil se donne la mort en se tranchant la gorge. Kris, l’une de ses amies qui s’inquiétait pour lui est témoin de la scène. Lors de l’enterrement, des souvenirs d’enfance refont surface aux yeux de la jeune fille avant de laisser place à de véritables cauchemars. Un homme au visage brûlé et atrocement défiguré la poursuit dans ses rêves. Bientôt ce sont d’autres lycéens qui partagent les mêmes visions horribles. Un à un ils meurent dans leur sommeil des griffes de cette figure démoniaque. Nancy et Quentin, les deux derniers rescapés se découvrent alors un passé commun que leurs parents leur ont dissimulé. Entre souvenirs et cauchemars, Freddy Krueger les poursuit en criant vengeance.

Que faut-il attendre d’un remake d’un des films les plus cultes du cinéma d’horreur ? Absolument rien. L’industrie hollywoodienne d’ailleurs ne s’y trompe pas, il suffit d’un petit coup de dépoussiérage pour accomplir le passe-passe. Pour cette industrie en effet, cet énième remake n’a pas d’autre ambition d’engranger de l’argent auprès des teenagers en mal de sensations oculaires fortes car, comme chacun le sait, la jeune génération n’a cure du modèle original et la place est donc laissée vacante pour un bon lifting (celui de Freddy notamment). Le scénario est donc un petit amalgame des meilleurs idées de la longue suite de films originaux (n’oubliez pas, la jeune génération ne les a jamais vu ou presque…) et pour le reste on applique consciencieusement les règles du montage visuel et sonore qui fiche la trouille (encore que…). Voilà, vous obtenez un plat qui sent fâcheusement le réchauffé pour ne pas dire le brûlé.

Très vite ce ne sont pas les protagonistes qui sont menacés par le sommeil mais bel et bien les spectateurs. Le cinéaste joue bien évidemment de la confusion entre la réalité et le cauchemar malheureusement sans grande invention visuelle et narrative. La dimension psychologique ne dépasse pas la notion du refoulé et l’évocation de l’enfance s’en tient à la comptine et aux jouets innocents. Freddy Krueger n’y est pas le croque-mitaine escompté, tout juste la victime d’une populace en mal de justice. L’homme au chapeau mou et à la main griffue se démène corps et armes mais ne réussi pas à convaincre. Sous le maquillage certes plus torturé que l’original, Jackie Earl Haley, qui avait déjà interprété un violeur d’enfants dans Little children en 2006. Un rôle qui, dans le film de Ronnie J. McGorvey, lui avait permis d’explorer les recoins sombres du comportement humain mais qui ici laisse curieusement de marbre tant les scènes d’enfance sont phagocytées par un style ampoulé.

La pulsion pédophile, autant que les névroses adolescentes, ne sont donc pas suffisamment exploitées pour faire des personnages un réel enjeu dramatique. L’ambition du film ne dépasse jamais l’effet de surprise et le film accumule les clichés éculés du slasher soporifique dénué d’âme. Samuel Bayer, qui n’est pas Wes Craven, signe ici un bien pitoyable premier film de fiction, lui qui avait officié auparavant essentiellement dans le domaine musical (Cranberries, Garbage, The Smashing Pumpkins, Blink, The Offspring, Metallica ou encore Green Day). Un long métrage d’horreur demande bien plus qu’une bonne rythmique pourtant il semble qu’une suite soit déjà sur les rails. Nous avions oublié de vous dire que le film était produit par Michael Bay. Cherchez l’erreur !

Piranha 3D (Alexandre Aja, 2010): chronique cinéma

PIRANHA 3D
Un film de Alexandre Aja
Avec Elisabeth Shue, Adam Scott, Jerry O’Connell, Kelly Brook, Ving Rhames, Christopher Lloyd, Jessica Szohr, Richard Dreyfuss
Genre : horreur
Pays : USA
Durée : 1h29
Date de sortie : 1er septembre 2010

Les fêtes de Pâques vont voir déferler sur le lac Victoria en Arizona la semaine du Spring Break, une semaine pendant laquelle les étudiants font de la débauche un véritable style de vie. Jake Forester, en dernière année de lycée, doit de nouveau renoncer à cette fête pour surveiller ses deux jeunes frère et sœur, sa mère étant occupée par ses fonctions de shérif du comté. Pourtant sous le soleil plombant et un ciel sans nuage un tremblement de terre va ouvrir une faille sous le lac pour libérer les eaux d’une cavité souterraine gigantesque datant de l’ère préhistorique. Très vite s’y échappe des milliers de piranhas voraces. Jake, lui, a décidé de payer les deux bambins pour enfin assister aux bacchanales en accompagnant en bateau une équipe de tournage profitant de l’occasion pour réaliser un film pornographique. Non loin de là, les deux enfants vont briser leur promesse et s’offrir un tour en canoë pour aller pêcher. Tout ce petit monde va très vite se retrouver à la merci des poissons antédiluviens.

Alexandre Aja a le vent en poupe de l’autre côté de l’Atlantique. Après un premier succès mérité dans l’hexagone avec Haute tension, le fils d’Alexandre Arcady compte bien ne pas suivre les traces de son père. Elevé et influencé au lait hollywoodien des années soixante-dix et quatre-vingt, le jeune réalisateur français est entrain de faire son trou dans l’entertainment business. Première étape après la très bonne réception de Haute tension aux USA, la réalisation d’un remake de La colline a des yeux en 2006 chapoté par Wes Craven en personne. Au final un film certes visuellement relooké mais qui délaisse l’atmosphère malsaine de l’original pour un paquet cadeau plus propret. Deuxième étape le remake d’un film sud-coréen (Into the mirror de Kim Seong-ho) réécrit pour la sensibilité américaine las des fantômes silencieux d’Hideo Nakata et consort. En débouche en 2008 Mirrors, une version simpliste et inégale qui peine à exploiter le ressort fantastique et surnaturel de l’objet mentionné. Enfin, troisième étape, le (vague) remake d’un petit film jouissif de 1978 réalisé par Joe Dante, Piranha.

Les aficionados des films d’horreur d’antan s’en lèche les babines, le petit français promet du sexe et des tripes, tout cela en 3D bien sûr ! On crie déjà au chef d’œuvre du genre. Et pourtant… Si le film commence avec un joli clin d’œil au seul film marin véritablement angoissant, Les dents de la mer premier du nom, par la présence de Richard Dreyfuss himself dans la peau d’un pêcheur à la retraite, le reste du film ne dépasse pas le niveau du petit bain. La 3D tout d’abord, tout simplement abominable donc fatalement futile. Ici pas de conception de l’espace ni de la profondeur pour vraiment exploiter le procédé, juste l’utilisation du gimmick superflu, de l’objet lancé à la figure du spectateur. Alexandre Aja voulait rendre hommage à la 3D d’époque ? Il ne pouvait mieux réussir seulement voilà, Avatar et Toy Story 3 sont passés par là et ont redéfini les modalités d’un tel choix artistique aussi bien que l’exigence des spectateurs. Au contraire ici, la sensation de volume tombe à plat et les nombreux contours floutés en énerveront plus d’un.

Le fond du film ensuite, inversement proportionnel à la profondeur de la faille évoquée. Les poissons carnassiers mangent tout ce qui bouge, nage ou flotte, surtout tous ces étudiants écervelés qui font de l’usage de l’alcool et du sexe l’aboutissement d’une philosophie hédoniste. Les bimbos aux gros seins sont des victimes de choix avec leurs chairs bien développées. Alexandre Aja, sauveur de la morale ? Nous n’irons pas jusque là mais en effet, la petite famille finira saine et sauve bien que le fils fut soumis à la tentation et que les deux bambins aient désobéi. Mais bon, ces pêchés sont évoqués dans la Bible et n’attendent qu’une bonne confession pour être lavés, à l’eau du lac bien sûr. Le réalisateur exploite à fond l’imagerie des corps policés, bodybuildés, huilés et gonflés mais délaisse sans vergogne quelques pistes intéressantes comme le plaisir coupable (la mère qui entre sans frapper dans la chambre du fils entrain de regarder un site pornographique sur Internet), la scission du noyau familial (la mère, le fils, les deux enfants chacun de leur côté) ou encore la pollution atroce des vacanciers qui prennent le superbe paysage pour une énorme décharge publique. Alexandre Aja n’a certes jamais été un cinéaste politique mais sa dénonciation d’une jeunesse dépravée punie pour ses méfaits a juste trente ans de retard. En terminant son film par une réplique pas si insignifiante (« Où sont les parents ? »), le cinéaste en conclurait-il à la défection des parents dans l’éducation de leurs enfants ? En effet Alexandre Arcady a dû oublier d’amener son fils au cinéma voir autre chose que des popcorn movies, tout simplement.

Agenda cinéma: semaine du 5 mai 2010

Les titres en bleu sont chroniqués dans nos pages

Ames en stock (Cold souls, Sophie Barthes, 2008)

Cavaliers seuls (Delphine Gleize et Jean Rochefort, 2007) documentaire

Crime passionnel (Fallen angel, Otto Preminger, 1945) reprise

Dans ses yeux (El secreto de sus ojos, Juan José Campanella, 2009)

Enter the void (Gaspar Noé, 2009)

Femmes du Caire (Ehky ya schahrazad, Yousry Nasrallah, 2009)

Imogène McCarthery (Alexandre Charlot et Frank Magnier, 2009)

L’amour c’est mieux à deux (Dominique Farrugia et Arnaud Lemort, 2009)

L’élite de Brooklin (Brooklyn’s finest, Antoine Fuqua, 2008)

Les femmes de mes amis (Jal aljido motamyunseo, Hong Sang-soo, 2009)

Lola (Brillante Mendoza, 2009)

Nothing but the truth (John Kani, 2008)

Salle n°6 – Tchekhov (Karen Shakhnazarov et Aleksandr Gornovsky, 2009)

Time (Kim Ki-duk, 2006): chronique rétro

TIME
Un film de Kim Ki-duk
Avec Seong Hyeon-a, Ha Jung-woo, Park Ji-Yeon, Kim Ji-Heon, Kim Sung-min
Genre: drame
Pays: Corée du Sud, Japon
Durée: 1h37
Date de sortie: 8 août 2007

Après deux ans de vie commune avec Ji-woo, See-hee s’inquiète de l’avenir de leur couple, de l’usure que le temps pourrait apporter à leur amour. Jalouse, elle ne supporte plus que son compagnon regarde d’autres femmes ou leur adresse ne fût-ce que quelques mots innocents. Mais, entre deux crises de colère et de larmes, See-hee se désole surtout de n’avoir que le même visage et le même corps à offrir, nuit après nuit, à celui qu’elle aime avec passion… Un jour, après une dispute particulièrement âpre, See-hee disparaît, laissant Ji-woo désemparé. A l’insu de tous, elle se rend dans une clinique et demande à ce qu’on lui refasse entièrement le visage. Durant cinq mois, nul ne la verra autrement que masquée ; au sixième, See-hee renaîtra, méconnaissable…

Une fois encore Kim Ki-duk nous émerveille. Sur le thème assez conventionnel du temps qui passe et qui émousse l’amour, le réalisateur coréen arrive encore à nous surprendre pour produire une oeuvre singulière, délicate, subtile. La cruauté côtoie l’amour sincère, les plans d’opérations chirurgicales, qui ouvrent le film, entrent en résonance avec les plans où les deux personnages principaux se caressent, se touchent pour fusionner. Les visages et les mains sont filmés de façon magistrale, comme de véritables oeuvres d’art, comme des sculptures vivantes dont le parc aux sculptures n’est qu’une manifestation ludique et colorée.

Le thème du regard, le regard de l’autre comme le regard que l’on porte sur soi, est au centre du film. Le jeune homme regarde les autres femmes et pousse ainsi, sans s’en rendre compte, sa petite amie à choisir une solution radicale au malaise qui guette leur couple. Le changement de visage et d’identité comme solution possible à l’émiettement de l’amour, où comment renouveler constamment les sensations et les sentiments au point d’instaurer une confusion et de sérieuses remises en cause. L’homme est ainsi taraudé entre son désir de séduire et celui de l’amour qu’il porte à sa petite amie. Elle-même ne peux choisir entre être elle-même, au risque de perdre l’être aimé, ou devenir quelqu’un d’autre afin de le réconquérir constamment. L’incertitude guette et, le secret révélé, elle est à nouveau elle-même avec le visage d’une autre. Les photographies, très présentes dans le film, amplifient l’inéluctabilité du temps qui passe en fixant ou, devrait-on dire, en figeant ce qui est déjà du passé, ce qui n’est plus.

Le film soulève également une critique des canons de la beauté. Lorsque See-hee se compare aux formes parfaites des autres femmes, elle fantasme une autre elle-même qui lui serait accessible par la chirurgie esthétique. Découpant des yeux, un nez et une bouche dans un magazine de papier glacé, elle se crée son propre montage du visage rêvé, rassemblement d’éléments hétéroclites de provenance diverses qui fait naturellement penser à la créature de Frankenstein. Là encore, la dissimulation de l’identité provoque des réactions en chaîne incontrôlables. See-hee entre en compétition avec son propre double Say-hee. La situation lui échappe, elle ne peut défaire ce qu’elle a elle-même amorcé. Avec sensibilité, humour et poésie, Kim Ki-duk démonte les rouages de l’amour, un jeu complexe entre séduction, connaissance de l’autre et fantasmes inassouvis.

Jamais sans toi (Aluisio Abranches, 2009): chronique cinéma

JAMAIS SANS TOI
(Do começo ao fim)
Un film d’Aluisio Abranches
Avec Julia Lemmertz, Fabio Assunçao, Jean pierre Noher, Louise Cardoso, Joao Gabriel Vasconcellos, Rafael Cardoso, Lucas Cotrim, Gabriel Kauffman
Genre: comédie dramatique, romance
Pays: Brésil
Durée: 1h34
Date de sortie: 12 mai 2010

A Rio de Janeiro, Francisco et Thomas sont demi-frères. Evoluant dans une famille aisée attentive, les deux garçons ne se quittent jamais et développent une complicité de plus en plus ambiguë. A la mort de leur mère et devenus adultes, les deux hommes décident de vivre leur amour en plein jour. Leur relation fusionnelle ne souffre aucun doute mais le jour où Thomas, désormais champion de natation, se voit proposer l’entraînement dans l’équipe olympique en Russie, ils doivent faire face à leur première séparation. Jusque là, Francisco et Thomas n’ont été guidés que par leurs sentiments l’un envers l’autre, leur éloignement provoque doute et peur en l’avenir.

Tous les ingrédients pour séduire un public essentiellement homosexuel ; milieu aisé et décors design, deux acteurs tout droit sortis de gravures de mode, un amour inconsidéré et interdit… soit un film tape à l’œil sans véritable fond. Car ce film manque son sujet, non pas le sentiment amoureux entre deux hommes mais bel et bien une histoire fusionnelle entre deux frères. Loin de connaître la désapprobation de leur entourage ou de la société, les deux frères vivent leur relation en toute quiétude et sans obstacle ! Non, ici il s’agit d’amener le spectateur au cœur d’un conte de fée auquel l’on ne croit pas une seconde. La partie la plus intéressante du film, la première, est celle où les deux bambins conservent encore une sorte d’innocence, là où leurs repères se construisent. La famille est alors un cocon douillet avec la figure maternelle protectrice et aimante. Cette atmosphère aurait dû partir en éclat pour offrir au récit un véritable enjeux scénaristique, au contraire les deux frères continuent de mener une vie agréable dans la luxueuse demeure familiale.

Le film traîne donc des clichés assez attendus sur le milieu gay quelque peu bobo du Brésil sans recul ni considération. Tout le film est construit sur le seul regard des deux protagonistes en excluant ceux des deux pères, celui de Francesco puis celui de Thomas. Ces derniers sont facilement exclus du récit, le premier partant vivre en Argentine, le second abandonnant sa propriété à la mort de sa compagne. Ainsi rien ne vient se mettre sur le chemin des deux garçons sinon une raison professionnelle qui oblige le cadet à partir vivre à l’étranger. Rupture radicale pour les deux frères qui ne s’étaient jamais quitter du regard jusque là, la crise que va connaître l’aîné paraît en fait bien plus un caprice qu’un véritable déchirement. Autre gros point faible du film, sa partition. Subtilité, discrétion, contrepoint auraient peut-être sauvé quelques moments mais au contraire la musique se fait à chaque instant sirupeuse et mélodramatique à souhait. Les violons sont de sortie pour faire de l’emphase inutile.

Si le thème apportait lui-même une originalité ambitieuse, son traitement manque sa cible. Le drame sentimental a été préféré au drame tout court et au final ce choix plonge Jamais sans toi dans les abîmes du mélo très classique d’un amour chamboulé. L’inceste ne gêne rien ni personne, surtout pas les deux frères qui vivent cette relation avec toute la sérénité du monde. C’est justement cela que l’on peut reprocher au film, d’être une sorte de croisière tranquille sans l’ouragan des tabous de la société. Le poids du regard des autres est bien trop lourd pour être écarté d’un revers de la main, le cinéaste Aluisio Abranches a pourtant jugé bon de ne pas en mentionner les conséquences. Un film à oublier.

Agenda cinéma: semaine du 28 avril 2010

Les titres en bleu sont chroniqués dans nos pages

Comme les 5 doigts de la main (Alexandre Arcady, 2009)

Despuès de la revolucion (Vincent Dieutre, 2007) documentaire

Greenberg (Noah Baumbach, 2009)

Iron man 2 (Jon Favreau, 2010)

J’ai oublié de te dire (Laurent Vinas-Raymond, 2008)

Je ne vous oublierai jamais (Pascal Kané, 2009)

La Chine est encore loin (Malek Bensmail, 2007) documentaire

Le bal des vampires (The fearless vampire killers, Roman Polanski, 1967) reprise

Lenny and the kids (Go get some Rosemary, Joshua Safdie et Benny Safdie, 2008)

Life during wartime (Todd Solondz, 2008)

London nights (Unmade beds, Alexis Dos Santos, 2009)

Mourir comme un homme (Morrer como um homen, Joao Pedro Rodrigues, 2009)

New York – Miami (It happened one night, Frank Capra, 1934) reprise

Tengri, le bleu du ciel (Marie-Jaoul de Poncheville, 2009)

Teza (Haile Gerima, 2008)

The invention of lying (Rick Gervais et Matthew Robinson, 2009)

Une femme disparaît (The lady vanishes, Alfred Hitchcock, 1938) reprise

Yahsi bati (Omer Faruk Sorak, 2009)

La Chine est encore loin (Malek Bensmail, 2007): chronique cinéma

LA CHINE EST ENCORE LOIN
Un film de Malek Bensmail
Genre: documentaire
Pays: France
Durée: 2h10
Date de sortie: 28 avril 2010

Terres de révoltes et d’insoumissions, les Aurès ont connu les débuts de la révolution algérienne en novembre 1954 lors de l’assassinat d’un couple d’instituteurs français. Au cœur cette région désertique et ruinée, près de Ghassira, un village chaoui, vivent encore aujourd’hui quelques familles. Le chômage, endémique en Algérie, et le manque de perspective pour l’ensemble de la population, témoigne d’une nation en quête d’elle-même. Ce passé révolutionnaire marque encore les esprits de certains et les relations des habitants à la France colonisatrice restent toujours ambiguës. D’un côté le Français est encore enseigné dans les écoles, de l’autre l’enseignement de l’histoire de l’Algérie insiste sur les crimes commis par les colonisateurs et le courage de celles et ceux qui se sont soulevés contre l’occupation. Autre préoccupation de l’enseignement, celui des écoles coraniques, qui comptent bien inculquer aux enfants l’apprentissage des sourates et le respect de l’Islam. Mais comme le dit un hadith du Prophète : « recherchez le savoir, jusqu’en Chine s’il le faut ».

Malek Bensmail signe ici un documentaire d’une très grande force sur l’Algérie contemporaine, thème qui traverse l’ensemble de sa filmographie comme en témoignent Territoire(s) en 1996 sur la violence archaïque en Algérie confrontée à celle virtuelle et communicationnelle de l’Occident, Decibled en 1998 sur des musiciens algériens en exil, Boudiaf, un espoir assassiné en 1999 sur le meurtre du président Mohamed Boudiaf, Algérie(s) en 2003 sur les dessous du pouvoir, Aliénations en 2004 sur l’état actuel de la médecine psychiatrique dans le pays ou encore Le grand jeu en 2005, documentaire sur le processus électoral et la mécanique du pouvoir lors de la réélection d’Abdelaziz Bouteflika. La Chine est encore loin ne déroge pas à cette ligne de conduite, celle d’une observation fine et pertinente d’un pays en crise, qui s’attache à raviver les plaies du passé mais sans garantir un avenir meilleur. Le poids du passé empêche t-il la nation d’avancer ?

Depuis la région qui a vu naître la révolution, car les Algériens parlent bien de révolution là où en France nous ne parlons que de Guerre d’Algérie, le cinéaste porte son regard acéré sur une réalité paradoxale de l’enseignement. Les vestiges de l’acculturation française côtoient l’enseignement stricte des écoles coraniques qui n’attend des enfants qu’une connaissance aveugle des sourates du Coran au contraire des deux enseignants de l’école primaire, le premier enseignant le Français, le second les mathématiques et l’histoire, qui chaque jour désirent sortir leurs élèves d’une certaine ignorance. Avec des méthodes différentes, les deux hommes tentent de convaincre les enfants de l’importance du savoir et des connaissances pour les préparer à un avenir incertain. La région, pauvre et désolée, n’offre aucune garantie et, de manière sousjacente, le film aborde la nécessité de partir. Partir vers les villes ou bien encore partir vers l’étranger. Mais là encore l’avenir est sombre, en témoigne les dernières images sur la plage où se baignent les enfants, à quelques mètres d’un paquebot échoué et rouillé d’une taille inhumaine.

La mémoire d’un passé ensanglanté agite aussi bien les témoins que les acteurs de la révolution, pour certains encore vivants aujourd’hui. Entre les souvenirs agréables d’une école française imposée et le sentiment d’être dépossédé de leur culture arabo-musulmane, les enfants d’alors devenus aujourd’hui des personnes âgées sont la preuve d’une continuité de l’histoire. Autres témoignages oraux de cette transmission historique, certains enfants parlent des membres de leur famille, résistants à l’époque. Mais le film ne s’arrêtent pas à cette évocation d’une Algérie qui souffre de son passé, il convoque aussi quelques figures plus incertaines comme ce marcheur amoureux des vieilles poteries dont on a perdu les techniques, ce père qui rêve de se marier avec une Française et de faire de certaines ruines des gorges du Gouffi un hôtel pour touristes aisés ou encore cette femme voilée qui nettoie chaque jour les classes de l’école dans un silence pesant. Autre paradoxe de ce documentaire maîtrisé, celui d’un pessimisme social qui prend corps au milieu d’une région de toute beauté. Par un regard réfléchi et non-conformiste, Malek Bensmail pose les bases d’une résistance active contre les préjugés et l’ignorance. Si le Prophète enjoint de nous rendre jusqu’en Chine s’il le faut pour acquérir savoir et sagesse, le cinéaste lui s’est rendu au cœur de son pays pour nous révéler toute la justesse de cette pensée.

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