L’île (Pavel Lounguine, 2006): chronique DVD

L’île
(Ostrov)
Un film de Pavel Lounguine
Avec Petr Mamonov, Viktor Sukhorukov, Dmitri Dyuzhev
Genre: drame
Pays: Russie
Date de sortie: 9 janvier 2008
Editeur: France Télévisions
Date de sortie DVD: 9 juillet 2008

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L’on peut parfois manquer un chef d’œuvre lorsqu’il sort au cinéma et, au moment de s’en apercevoir devant l’édition vidéo, on ne peut que regretter amèrement sa faute, pour ne pas dire son pêché. Mais faute avouée à moitié pardonnée, il est par contre impardonnable de passer à côté de cette édition DVD magistrale d’un film qui ne l’est pas moins. Car oui, L’île est de ces chefs d’œuvre que l’on regarde avec humilité et contemplation tout comme le personnage principal, le Père Anatoli, regarde la terre de l’île sur laquelle il vient se repentir et pleurer sa faute. On pense bien sûr aux films Andreï Roublev d’Andreï Tarkovski ou Le retour d’Andreï Zviaguintsev, et l’on aurait raison, Pavel Lounguine atteint ici une grâce non seulement divine mais surtout cinématographique. Ce film est beau, pas seulement d’une beauté picturale et sonore mais d’une beauté vraie et profonde qui traverse chaque plan, chaque son.

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La simplicité de l’histoire ne doit pas cacher la difficulté du propos, celui de la rédemption d’un homme qui en a tué un autre et qui reçoit, pour toute punition, un don divin de guérison et une souffrance morale inextinguible. Le sujet mystique par excellence mais qui trouve ici un traitement à sa hauteur, ou devrait-on dire, à ras du sol. Car Anatoli fait tout pour ramener son pauvre corps à même la terre, loin de regarder vers le ciel un signe de Dieu, il creuse le charbon chaque jour pour réchauffer les âmes d’un monastère orthodoxe et trouver la paix intérieure.

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Cette paix il la désire mais il pense qu’il ne la mérite pas. Plus sévère envers lui-même que ne l’est le Créateur, Anatoli éclaire et professe s’en jamais en avoir l’air et son caractère mauvais et sournois cache en réalité une bonté d’âme que le traumatisme de la guerre a révélé. Recueilli par les moines d’une île russe loin de toute civilisation, la retraite au monde sonne pour lui comme la providence. Seul dans ses fourneaux, face aux flammes qui crépitent, Anatoli est en même temps face à lui-même et à son crime. Charbonnier il était, charbonnier il restera mais bientôt ses dons de clairvoyance et de guérison dépasse le petit sanctuaire monacal et atteint les oreilles des laïcs qui commencent à faire pèlerinage pour quémander les faveurs divines.

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Une jeune femme qui voulait avorter, un petit garçon dont la hanche est gangrenée, une femme possédée, tous trouveront paix et réconfort dans les mots de ce vieil homme qui ne cesse pourtant de vivre et travailler dans la crasse de ses fourneaux. Espiègle et joueur, il rejette les rites et les ordres du monastère pour mieux en révéler la vacuité et l’orgueil. Philarète, le Père supérieur, et le Père Job, avec qui Anatoli se plaît à se chamailler, seront pourtant reconnaissants de cet humble qui distille toujours indirectement son enseignement. Tel un fou heureux, il chante à tue-tête ou roucoule comme un poulet à la fois pour exprimer sa joie mais surtout agacer ses camarades engoncés dans leurs principes rigides. Choisi par Lui, le paradoxe de l’innocence et de la culpabilité se révèle tout entier dans cette figure crasseuse qui cache en son sein le trésor ultime, celui de la foi inébranlable en son Créateur.

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