Island etude (En Chen, 2006): chronique preview

ISLAND ETUDE
(Lian xi qu)
Un film de En Cheng
Avec Chiang Ming-hsiang, Saya, Yang Li-yin, Wu Nien-chen, Darren Chiang
Genre: comédie dramatique
Pays: Taïwan
Durée: 1h48
Date de sortie: indéterminée


L’histoire d’un jeune homme, Ming, qui décide, avant de terminer ses études universitaires, de faire le tour de l’île à vélo en sept jours. Malentendant et quelque peu introverti, il va cependant rencontrer une multitude de gens sur son chemin, depuis une équipe de tournage qui se ballade telle une troupe de cirque, jusqu’à une Lithuanienne qui cherche son chemin et avec qui il passera quelques moments sur la plage. Un voyage qui se transforme en quelque sorte en regard sur son pays et sur lui-même qui le mène entre autre dans la maison de ses grands-parents où il profitera de la célébration d’une grande fête religieuse pour accompagner son grand-père en pèlerinage. Sept jours libéré de toute contrainte loin d’une vie urbaine monotone et sans surprise.

Plus connu pour son travail de directeur de la photographie sur les films de Hou Hsiao Hsien (La fille du Nil, La cité des douleurs, Good men, good women, Goodbye, south, goodbye), En Chen signe là son premier long-métrage en tant que cinéaste. Carte postale tendre mais sincère sur ce petit bout de terre qu’est Taïwan, l’on suit le personnage à travers une sorte de journal intime tenu par le malentendant, un handicap qui ne gêne sensiblement pas le jeune homme qui aime à se retrouver seul en débranchant son appareil auditif afin de se couper du monde, pour retrouver une quiétude intérieure qui s’exprime par ses dessins et son amour de la guitare. Ce tour de l’île à vélo est une sorte de tradition, les Taïwanais se plaisent à profiter des charmes de leur pays en le parcourant à bicyclette pour des trajets plus ou moins longs. Au-delà de l’aspect touristique et anecdotique du film, le vaste océan entourant l’île et le handicap du personnage principal mettent en avant un farouche esprit d’indépendance vis à vis du continent et un désir de liberté qui plane à chaque moment. Sur son vélo, Ming se sent libre et ses choix détermineront des rencontres insolites, chaleureuses et émouvantes.

Présenté en France lors du dernier Festival du Film Asiatique de Deauville, Island etude parle tout autant des superbes paysages côtiers de l’île que de ses habitants ; Tsun, le cycliste pressé, Reta, la Lithuanienne adorable, le mari bavard accompagné de sa femme silencieuse et de ses deux enfants, la vieille institutrice pour qui il joue de la guitare, deux jeunes graffitistes qui se jouent de la police, un vieux sculpteur sur bois qui lui montre ses meilleures pièces, etc. Ming, attentif et serviable, s’ouvre aux autres comme pour braver son audition limitée, un handicap qui n’aura pas empêcher ses grands-parents de l’aimer davantage. Ce lien familial très fort s’exprime avec beaucoup de délicatesse lors de la procession en hommage à la déesse Mazu où Ming accompagne son grand-père âgé mais encore capable pour une absolution de groupe, moment irréel comme suspendu dans le cour tranquille du film. Island etude est une ballade au sens musicale et romantique du terme, où un homme qui va bientôt passer à une autre étape de sa vie choisit de faire le point sur lui-même, de découvrir qui il est vraiment. Film sans prétention mais pas sans qualité, la mise en scène sobre et l’appréhension immédiate du sujet plongent le spectateur dans un voyage lyrique et serein. Un film sans naïveté qui transmet une agréable sensation de vivre tout en échappant à tout moralisme coupable. En bref un film charmant qui mériterait une sortie en salle digne de ce nom.

Slingshot (Brillante Mendoza, 2007): chronique preview

SLINGSHOT
(Tirador)
Un film de Brillante Mendoza
Avec Jiro Manio, Kristofer King, Coco Martin, Nathan Lopez, Jaclyn Jose
Genre: drame
Pays: Philippines
Durée: 1h26
Date de sortie: indéterminée

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Dans le quartier des affaires très fréquentés de Quiapo à Manilles, la vie au jour le jour d’une communauté de voleurs à la tire, les tirador du titre original. Entre les expulsions, les descentes et la répression des policiers, les problèmes d’hygiène du bidonville, ils se faufilent parmi les touristes et les passants pour les détrousser de leurs biens avec leurs mains agiles. Un monde où règne la drogue et la prostitution, où la moindre rixe peut dégénérer en lutte fratricide. Lors de la semaine sainte, les politiciens achètent les voix des habitants pour s’assurer la victoire.

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Cinquième film du cinéaste philippin Brillante Mendoza, Tirador est tourné en vidéo en quelques jours lors de la semaine sainte 2007 avec des acteurs professionnels dont l’interprétation est tout simplement exceptionnelle. Héritage d’un cinéma-vérité qui se pose la question du réel à travers la fiction, la réalité des bidonvilles, des passants et des évènements publiques insèrent la narration et les personnages dans un présent palpable et tragique. Dans une cité bouillonnante d’activité, une communauté située au bas de l’échelle sociale tente de survivre et de s’organiser pour vaincre les difficultés. En pleine lumière ou à contre-jour, dans les allées étroites du bidonville comme dans les artères principales de la ville, le cinéaste suit ses personnages au plus près. Pas de devancement ni de mise en scène des mouvements de caméra, juste une poursuite perpétuelle des protagonistes qui semblent à chaque instant s’évanouir dans la foule.

Tout d’abord pressenti pour être présenté au Festival de Toronto, le film est également projeté lors de la Biennale du Festival de Berlin en février 2008. En France il aura fallu attendre le Festival du Film Asiatique de Deauville en mars 2008 pour le découvrir avant une rétrospective du cinéaste au Festival Paris-Cinéma durant l’été. Outre le sujet passionnant d’un film qui sort des plate-bandes des films philippins habituels, Brillante Mendoza fait paradoxalement preuve d’une maîtrise de l’image à travers des situations de tournage improvisées. Sur le qui-vive, toujours en alerte, la caméra fait découvrir aux spectateurs le monde souterrain des laissés-pour-compte dans un dédale de ruelles et de couloirs qui donne une sensation de porosité de la cité. Constamment poursuivis par les policiers, les tirador n’ont d’autres choix que de courir à travers ce labyrinthe pour échapper à la répression.

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Par moments le cinéaste délaisse ce jeu du chat et de la souris pour s’attarder sur certains personnages en particulier, pour démontrer la rudesse des conditions de vie et d’éducation des enfants nés dans un milieu tellement pauvre que le moindre fil de fer peut leur servir de jouet. Aux bras des dealers et des alcooliques, ils s’imprègnent des réflexes nécessaires pour subsister par leurs propres moyens. Un film dur et beau à la fois, désespérant par sa noirceur mais salvateur pour les possibilités du cinéma contemporain en attendant son prochain film, Kinatay, qui sort le 18 novembre prochain sur nos écrans.

Walking my life (Satoshi Isaka, 2007): chronique preview

WALKING MY LIFE
(Zô no senaka)
Un film de Satoshi Isaka
Avec Kôji Yakushô, Miki Imai, Nao Minamizawa, Shun Shioya
Genre: mélodrame
Pays: Japon
Durée: 2h07
Date de sortie: indéterminée

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Un promoteur immobilier, Yukihiro, sur la fin de la quarantaine, apprend subitement qu’il est atteint d’un cancer des poumons incurable et qu’il ne lui reste que six mois à vivre. Alors qu’il mène une vie aisée dévouée à son travail, à sa famille et à sa maîtresse, la vie prend pour lui une autre voie, celle de l’introspection et du bilan. Certains remords et regrets vont le pousser à régler quelques vieilles histoires autant professionnelles que privées. Il retrouve ainsi la première femme qu’il ait jamais aimé sans avoir jamais eu le courage de lui avouer ou encore cet ami d’enfance avec qui il s’est brouillé pour une petite histoire sans importance. Refusant tout traitement thérapeutique, Yukihiro ne peut dissimuler plus longtemps sa maladie à sa famille, sa femme et ses deux enfants. Choisissant de finir sa vie dans une maison de repos pour personnes condamnées, sa femme et lui décident d’écrire chacun à l’autre une lettre personnelle. Les forces commencent alors à lui manquer…

Produit par le studio nippon Shochiku, Walking my life s’installe dans le genre mélodramique qui conte le destin d’un homme face à l’imminence de sa mort. On se souvient encore du très beau Vivre réalisé par Akira Kurosawa en 1952, ici la volonté est la même : émouvoir à travers des sentiments simples et universels les spectateurs. Le danger est double pour ce type de film, ne pas tomber ni du côté du sentimentalisme facile, lacrymal et désespéré ni du côté de la séduction morbide de la déchéance physique. Walking my life échappe à ces deux écueils grâce à une mise en scène épurée, simple et directe et une interprétation juste et étonnante de sincérité. Kôji Yakushô, que l’on connaît surtout en France comme étant l’acteur fétiche de Kiyoshi Kurosawa, incarne ici le rôle principal. Alors que son tout dernier film, Tokyo Sonata, dans lequel l’acteur joue un petit rôle, vient juste d’être présenté à Cannes, c’est au Festival Asiatique de Deauville en mars 2008 que Kôji Yakushô, dans le cadre d’un hommage qui lui était rendu, était venu présenter Walking my life.

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Si le film n’est pas d’une grande originalité dans son propos, force est de constater combien le jeu de kôji Yakushô apporte dignité et force morale à son personnage. Soucieux de préserver sa famille, Yukihiro dissimule ses inquiétudes, notamment à sa femme et à sa fille, en conservant son attitude de père réconfortant et disponible. A mesure que la maladie se révèle et l’use physiquement, une peur sourde s’ancre en lui. Quittant son travail, ayant dit adieu à ses amis, le cercle des connaissances se réduit peu à peu autour de lui et bientôt, les crises se multipliant en fréquence et en violence, l’obligent à quitter son domicile pour un hospice où un personnel compétent peut veiller sur lui en cas d’attaque. Installé au bord de la mer dans une petite maisonnée baignée par la lumière, ses jours sont désormais comptés. Le film se recentre alors sur le noyau familial, notamment sur la relation fusionnelle qui le lie à sa femme, une relation qui avait été mise à mal par son adultère avec sa maîtresse. Ayant choisi de mourir au contact de ceux qu’il aime, le personnage retrouve alors une paix intérieure faite de souvenirs et d’émotions. Un film sensible, triste, dont on ressort l’estomac noué et le regard groggy.

Chant des mers du Sud (Marat Sarulu, 2008): chronique preview

CHANT DES MERS DU SUD
(Songs from the southern seas)
Un film de Marat Sarulu
Avec Vladimir Yavorsky, Dzaidarbek Kunguzhinov, Irina Agejkina, Ajzhan Ajtenova
Genre: drame
Pays: Kazakhstan, France, Allemagne, Russie
Durée: 1h24
Date de sortie: 17 février 2010

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Ivan, un russe Moujik, est marié à Maria, une Cosaque. Ils vivent tous deux dans un village kasakh perdu, loin de tout. Lorsque sa femme accouche d’un bébé brun à la peau foncée, Ivan la soupçonne d’avoir couché avec leur voisin Assan, kasakh lui-même. Mais pire que l’humiliation de l’adultère, c’est celle de sa belle famille qu’Ivan ne supporte plus, un clan d’hommes grossiers et orgueilleux qui n’ont de cesse de malmener et rabaisser le Moujik. Quinze années après la naissance du petit garçon, Sacha, la situation n’est guère plus reluisante. L’adolescent est rebelle et refuse d’aller à l’école pour aller enfourcher son cheval et aller capturer des cheveux sauvages qui appartiennent à un clan voisin. Ivan, opprimé à la fois par sa femme, son fils et le reste de son entourage part un jour retrouver son grand-père, qui lui raconte le passé tumultueux de ses ancêtres. Un passé dont certains membres n’ont pas hésité à transgresser les règles du mariage clanique pour s’enticher d femmes et d’hommes d’autres horizons, parfois au prix de l’exil.

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Premier film kirghize jamais présenté au Festival de Film Asiatique de Deauville, Chant des mers du Sud est une fable moderne sur la tolérance et les vertus de l’amour contre la violence et l’aveuglement des principes raciaux. Non sans humour et surtout en évitant tout sentimentalisme, le cinéaste Marat Sarulu dépeint ses personnages avec âpreté et tendresse à la fois. Ivan, le russe bon à rien qui se fait mener par le bout du nez par sa femme, Assan le voisin travailleur et pragmatique, qui exerce une autorité sans faille sur la place de sa femme, la battant lorsqu’il le juge nécessaire. Sacha enfin, cet adolescent asocial qui n’a d’yeux que pour les chevaux au point d’y jouer sa vie.

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Chant des mers du Sud est un film polyphonique sur les cultures Moujik, Cosaque, Kasakh et autres influences slavophones. Les points de vue s’y côtoient, s’y affrontent, souvent violemment mais Ivan, lui que l’on considère naïf et bon à rien, ne souhaite que la paix dans son foyer. Plus proche de ses cochons, qui au moins lui obéissent, Ivan est par excellence le faible écrasé par l’inéluctable étau du nationalisme et des idées sectaires. Pourtant avec son voisin Assan, plutôt tolérant tout comme lui, la cohabitation se passe sans trop de douleurs. Perdus au milieu d’un territoire peu à peu abandonné, les distances éloignent les hommes non seulement géographiquement mais aussi humainement. Les superbes espaces libres et encore intacts des conséquences de la main de l’homme ne doit pas cacher le passé douloureux dont les récits du grand-père témoignent.

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Au récit historique conté par le vieil homme, s’ajoute celui mythologique de la Femme des mers du Sud qui tente de séduire l’homme au cheval pour qu’il la rejoigne. Cet homme, lui, ne cherche les mers du Sud que pour oublier son chagrin. Légende kasakh, ce récit légendaire nous est montré à la fois par des séquences très belles et oniriques en ombres de papier découpé mais aussi en prise de vue réelle avec la disparition d’Assan de son foyer. Chevauchant vers les contrées des steppes, très loin, Assan lui aussi recherche la paix intérieure. Par moments sombre, le film pourtant ne verse jamais dans le pessimisme, et face aux difficultés du quotidien l’amour qui lie, au-delà des disputes conjugales incessantes, Ivan et Maria, Assan et Ajsha, semble finalement conserver l’espoir de lendemains qui chantent et qui dansent.

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Souvenir (Im kwon-taek, 2007): chronique DVD

SOUVENIR
(Beyond the years/ Cheonnyeonhak)
Un film de Im Kwon-taek
Avec Jo Jae-hyun, Oh Jung-hae, Oh Seung-eun
Genre: drame
Pays: Corée du Sud
Durée: 1h46
Editeur: Warner Home Vidéo
Date de sortie salle: 23 juillet 2008
Date de sortie DVD: 11 mars 2009

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Dong-ho, un jeune joueur de tambour traditionnel, se remémore les années d’apprentissages aux côtés du maître Yoo-bong et de sa demi-soeur Song-hwa qui apprend, elle, l’art du chant pansori, chant folklorique coréen très ancien. Dong-ho se rappelle notamment la sévérité du maître à son égard, sévérité qui sera à l’origine de sa fuite, quittant à regret sa demi-soeur qu’il aime en secret. Alors que les souvenirs affluent, Dong-ho et Song-hwa verront leur destin se croiser à maintes reprises. Un jour le jeune homme apprend que son ancien maître est mort et que Song-hwa est devenue aveugle. Il ne cesse de la rechercher aux quatre coins du pays. Ils ont chacun mené leur vie, Song-hwa se déplaçant de récital en récital et Dong-ho ayant trouver une place au sein d’une troupe. Il tombe alors amoureux d’une actrice et élève bientôt leur enfant. Dans son coeur cependant, Dong-ho ne cesse de penser à Song-hwa et à sa voix envoûtante.

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Quinze ans après La chanteuse de pansori, Im Kwon-taek décide pour son centième film, de revenir à ce qui fit le succès du réalisateur en Occident, le sujet du pansori et de la chanteuse aveugle Song-hwa, personnage déjà incarné par l’actrice/chanteuse Oh Jung-hae dans le film de 1993. Cependant Souvenir se concentre sur l’autre personnage, celui de Dong-ho, l’alter-ego, véritable frère de musique de la chanteuse. Le rythme battu sur un tambour double appelé puk scande le chant de la femme qui, par ses ruptures de hauteur et de ton, exprime les sentiments décrits par les paroles. Liés à jamais par cette symbiose musicale, leur statut familial leur interdit de s’avouer leur amour.

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A l’instar de La chanteuse de pansori, de longues scènes chantées ponctuent le film, les paroles se substituant aux dialogues. Celles-ci reprennent par ailleurs les véritables paroles du Chuhyangga (le chant de Chung Yang), l’un des cinq chants principaux de la tradition du pansori. Ici la représentation est un moyen d’exprimer la réalité des sentiments par le subterfuge de la déclamation. Song-hwa n’a de cesse d’apprendre pour atteindre l’excellence, le parfait mélange entre la narration, la mélodie, l’intonation et la couleur musicale. Cette quête de la perfection va mener la jeune femme au bout de la souffrance , du sacrifice et de la solitude. Elle doit non seulement renoncer à cet amour interdit mais de plus la perte de la vue va faire de la jeune femme un être isolé, affaibli, ayant le chant comme seul remède aux vicissitudes du monde.

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Pour signifier l’incessant retour des souvenirs, Im Kwon-taek a délibérément éclater son récit. Peu rompu à l’enchaînement achronologique des séquences, le montage du film est le talon d’Achille de cette histoire par ailleurs touchante et subtile. Le metteur en scène reprend formellement le thème du croisement, thème explicité par la nature du pansori, croisement entre l’art du conte et celui du chant, et l’intrigue elle-même qui fait se croiser à plusieurs reprises les deux personnages en mal d’amour. Si le montage est un peu en-deçà de ses oeuvres précédentes (Le chant de la fidèle Chung Yang, Ivre de femmes et de peinture, La pègre), la qualité de la photographie, des costumes et des décors est néanmoins au rendez-vous. Im Kwon-taek plonge le spectateur dans un autre âge qui croise (là encore) l’ancien et le moderne, l’art traditionnel et les conditions de vie contemporaine. Il exprime ainsi son respect et sa dévotion à une certaine Corée intemporelle dont les arts folkloriques se font l’écho. Im Kwon-taek n’est jamais aussi passionnant que quand il dépeint une idée classique de la culture de son pays. Sans être un véritable chef d’oeuvre, Souvenir s’inscrit totalement dans la veine empruntée par le cinéaste depuis quinze ans.

Fireball (Thanakorn Pongsuwan, 2008): chronique preview

FIREBALL
Un film de Thanakorn Pongsuwan
Avec Preeti Barameeanant, 9 Million Sam, Khanutra Chuchuaysuwan, Phutharit Prombundarn, Arucha Tosawat, kumpanat Oungsoongnern, Anuwat Saejao, Kannut Samerjai
Genre: action, arts-martiaux
Pays: Thaïlande
Année: 2008
Durée: 1h30
Date de sortie: indéterminée

Tai, un jeune délinquant sort de prison par la grâce d’un bienfaiteur avisé. A peine revenu dans son quartier il apprend que son frère jumeau est dans le coma depuis plusieurs mois suite à une lésion cérébrale. Lorsque la petite amie au chevet de celui-ci lui apprend qu’il revenait chaque soir le corps recouvert de bleus, Tai comprend vite que son frère s’était inscrit au fameux fireball, un sport ultra-violent qui mélange le principe du basket ball avec les règles de la boxe thaïlandaise où tous les coups sont permis, y compris les plus fallacieux. Tai est par ailleurs vite approcher par son bienfaiteur, le propriétaire d’ue équipe de fireball justement. Géré par la mafia, le jeu remporte gros mais chaque participant joue avec sa vie. Tai n’a pas le choix, la récompense promise à la clef du tournoi lui permettrait d’envoyer son frère dans un hôpital étranger où il serait opéré. Très vite Tai sera une épine dans le pied des plus gros parieurs, qui aiment connaître l’issu des matchs à l’avance…

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Seul film thaïlandais présenté cette année lors du Festival du Film Asiatique de Deauville, Fireball joue la carte de l’efficacité à fond sans détour vers une quelconque dramaturgie complexe. C’est simple les matchs de boxe-basket gagne à chaque fournée en intensité et en violence, depuis le petit terrain grillagé du quartier jusqu’aux cales sèches transformées en arènes pour le combat final, véritable ode à la puissance et à l’instinct de mort. La culture du street basket (genre attitude cool, maîtrise complète du ballon et orgueil d’offrir à la foule ce qu’elle est en droit d’attendre) rejoint celle de la boxe thaïlandaise sans règle et sans honneur. Dans le fireball ça frappe vite et fort, seul but de la manœuvre : être le premier à faire passer le ballon dans le filet.

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Alors forcément les scènes d’exposition et de mélodrame (la petite amie qui pleure sur le corps inanimé de son copain) sont vite expédiées pour ne pas impatienter le chaland. D’ailleurs Thanakorn Pongsuwan, réalisateur de Fireball déjà présent au Festival Asiatique de Deauville l’an passé avec Opapatika, n’est pas réputé pour ça. Là où son précédent film avait déçu à cause d’un montage brouillon ultra-rapide, le thaïlandais semble avoir réfréné ses ardeurs pour nous présenter un film d’action un peu plus sage pour être un peu plus compréhensible. On ne peut pas dire que le chef d’œuvre est au rendez-vos, loin de là, mais la facture de ce nouveau long-métrage est plus qu’honnête, provoquant même quelques doses d’adrénalines dans les séquences aériennes où chaque combattant tente de s’emparer du ballon, si possible en écrasant le visage de l’adversaire en même temps.

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L’efficacité des scènes d’action ne cachent pas cependant quelques défauts de chorégraphies, parfois un peu trop sommaires et pas assez osées. On imagine fort aisément ce qu’un tel potentiel de figures et de coups aurait pu provoquer dans l’imagination d’un Sammo Hung ou d’un Ching Siu-tung. Certes ces deux-là sont moins versés dans la violence pure que nous dépeint le film, mais leurs folles idées de chorégraphies auraient insufflé une véritable dose d’épique qui manque ici quelque peu. Mais que l’on se rassure, si les Thaïlandais n’ont pas inventé le cinéma, ils connaissent déjà les vertus pécuniaires d’une franchise qui s’installe. Pas besoin d’être un génie pour comprendre que si l’intrigue est très mince, le concept du film est lui très fort et déclinable à l’infini. Merci les scénaristes.

Firaaq (Nandita Das, 2008): chronique preview

FIRAAQ
Un film de Nandita Das
Avec Nasseruddin Shah, Shahana Goswami, Sanjay Suri, Tisca Chopra, Deepti Naval, Paresh Rawal, Nowaz, Mohammad Samad
Genre: drame
Pays: Inde
Année: 2008
Durée: 1h41
Date de sortie: indéterminée

Dans l’état du Gujarat en Inde, à la frontière pakistanaise, de violentes émeutes confrontent les Hindous et les Musulmans. Des milliers de morts vont provoquer l’une des blessures les plus profondes de l’Inde actuelle, blessures d’autant plus vivaces qu’elles rouvrent les plaies ouvertes quarante ans plus tôt avec les premières violences intercommunautaires. Au cœur du drame, quatre destins tragiques : celui d’une épouse hindoue, battue et humiliée par son mari mais surtout traumatisée par les images de femmes et d’hommes assassinés dans la rue à coups de sabre, un couple musulman ensuite qui, après avoir passé plusieurs semaines caché dans une cave, revient dans leur foyer emporté par les flammes, le destin incertain également d’un couple mixte, dont l’homme n’arrive pas à assumer son identité religieuse face aux menaces et à la vindicte populaire à l’encontre des Musulmans, celui enfin d’un vieux musicien qui refuse de voir la tragédie se profiler dans sa ville, se réfugiant dans l’étude paisible de la poésie et des mélodies traditionnelles musulmanes. Au milieu de déchaînement de violence, un petit garçon aux pieds nus cherche désespérément son père, mort pendant les émeutes. Firaaq ou la chronique d’un malaise social et historique qui secoua le pays tout entier.

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Drame historique douloureux, Firaaq donne une image terrible du passé proche de l’Inde, loin de l’imagerie policée et joyeuse des romances musicales bollywoodiennes. Derrière la caméra, et pour son premier film en tant que réalisatrice, l’actrice renommée Nandita Das qui, justement, a toujours refusé les fastes de l‘industrie cinématographique indienne. Fille d’un peintre et d’une écrivaine reconnus, elle fut d’abord attirée par le travail social avec les enfants avant d’entamer sa carrière d’actrice à la fin des années quatre-vingt. Cette préoccupation pour les faits de société se retrouve totalement dans ce premier film très dur mais aussi, heureusement, touchant. Le film choisit de raconter l’histoire de personnages fictifs dans un contexte réel afin d’évoquer de différents points de vue les souffrances que ces conflits religieux ont pu provoquer plutôt que d’adapter une histoire vécue, qui aurait pu sembler plus forte mais n’aurait pas permis l’ouverture des différentes problématiques.

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Si la tendance pro-musulmane du film est le seul aspect à mettre à distance, la mise en scène, elle, épouse ses personnages. Car sous le vernis des conflits religieux se terrent d’autres thèmes proches des interrogations d’une société en mutation ; le quotidien des femmes battues, la misère qui envahit les rues, les familles entières parquées dans des camps, une police raciste et indifférente aux soubresauts qui menacent les communautés, une mixité des couples toujours remise en cause. Etrangement, le petit garçon orphelin et sans défense traverse cette vague de violence presque sans s’en rendre compte. Image d’une innocence foulée au pied par les adultes, le regard de l’épouse hindoue battue trouvera dans la protection de ce petit être une forme de salut moral. Critique féroce de la violence comme réponse à d’autres violences antérieures, le film décrit le cercle vicieux, pourtant naturel car pulsionnel, de la haine. Haine de l’autre sans discernement et sans tolérance.

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L’image du vieux musicien, peut-être insuffisamment développée dans ces récits à plusieurs voix, renverse heureusement l’aspect sombre de ces mauvais souvenirs. Aveugle car désespérément optimiste dans la nature humaine, il finira par douter de l’efficacité de quelques notes de musique harmonieuses face à la puissance des armes avant de reprendre espoir et de continuer ses leçons, ouvertes à tous. L’image du sage en somme, de l’attitude pacifiste qui, bien sûr, fait écho à l’image historique de Ghandi. Car après tout, le dialogue des sagesses musulmane et hindoue est certainement la seule réponse possible à ces relents de communautarisme. Le verbe, l’arme la plus fatale de l’existence humaine car capable des versets les plus criminels, peut aussi calmer les cœurs et les esprits les plus réticents, une nécessité si l’on veut construire un monde vivable pour ceux qui, comme l’enfant orphelin, avancent les pieds nus, sans défense.

My dear enemy (Lee Yoon-ki, 2008): chronique preview

MY DEAR ENEMY
(Meozzin haru)
Un film de Lee Yoon-ki
Avec Jeon Do-youn, Ha Jung-woo, Kim Hye-ookk, Kim Joong-ki, Kim Young-min
Genre: comédie dramatique
Durée: 2h03
Pays: Corée du Sud
Année: 2008
Date de sortie en France: indéterminée

Trentenaire, célibataire et sans travail, Hee-so redébarque un jour dans la vie de son ex-petit ami, Byoung-woon, un jeune homme désinvolte mais débrouillard et surtout charmeur, pour lui réclamer une somme d’argent qu’elle lui avait prêté un an auparavant. Hee-so est tout le contraire de son ex, elle est prévoyante, refermée et grincheuse, Byoung-woo, lui, croque la vie à pleines dents sans vraiment se soucier du lendemain. Pour pouvoir la payer il va faire le tour de la ville et emprunter des petites sommes à quelques uns de ses amis, Hee-so va donc être obligée de le conduire à tous ses lieux de rendez-vous et rencontrer les personnes qu’il côtoie. Durant cette journée, son regard sur celui qu’elle avait finit par détester va peu à peu changer.

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Présenté au dernier Festival de Berlin et au Festival du Film Asiatique de Deauville, My dear enemy est le quatrième long-métrage de Lee Yoon-ki qui avait préalablement réalisé This charming girl (2004), Love talk (2005) et Ab lib night (2007). Comédie romantique sobre mais admirablement interprétée, le film explore les relations intimes d’un ancien couple qui joue au « je t’aime moi non plus ». Evitant toute séquence larmoyante et les niaiseries habituelles du genre, le cinéaste occupe plutôt le terrain d’un humour sincère et subtil, largement apporté par le personnage de Byoung-woo, face à la détermination pécuniaire de la jeune femme, qui se dissimule derrière une façade froide pour ne pas entrer dans le jeu de séduction que son ex lui ressert tout aussitôt. Si le fil rouge du scénario est mince, le film développe une série de rencontres toutes aussi originales les unes que les autres, depuis celle d’une prostituée de luxe jusqu’à celle d’une amie proche, une femme sérieuse qui élève sa fille seule, en passant par le milieu familial du cousin, motard invétéré qui ne cesse d’inviter sa bande à faire la fête chez lui.

Si le film échappe à l’ennui, c’est surtout par la grâce du jeu de ses deux principaux interprètes, Jeon Do-youn dans celui de Hee-su et Ha Jung-woo dans le rôle de Byoung-woo. L’on avait pu déjà remarquer le talent de la charmante Jeon Do-youn dans le dernier film de Lee Chang-dong, Secret sunshine, film pour lequel elle reçut la palme de la meilleure actrice au Festival de Cannes en 2007. Auparavant on avait pu la contempler dans diverses productions coréennes telles que Untold scandal de Lee Je-yong ou encore You are my sunshine de Park Jin-pyo. Une actrice lumineuse malheureusement trop rare à l’écran. Face à elle le beaucoup plus prolifique Ha Jung-woo dont on a pu mesurer les performances dans pas moins de deux autres films présentés cette année au Festival du Film Asiatique de Deauville, tout d’abord dans le sublime et terrible The chaser, où il incarne pas moins que le tueur lui-même, mais également dans le plus discret Beastie boys de Yoon Jong-bin, dans lequel il se glisse dans la peau d’un gigolo arriviste et égocentrique. Précédemment il été apparu dans le premier long-métrage de Yoon Jong-bin, The unforgiven mais surtout dans le poétique Time de Kim Ki-duk en 2006.

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De petites contrariétés en sourires de façade, le couple va traverser la ville à la recherche d’une somme d’argent prétexte qui va, malgré le désir de Hee-su, la rapprocher de celui qu’elle aura voulut à tout prix rayer de sa vie. Deux caractères antinomiques qui à diverses reprises provoquent des étincelles mais aussi des rayons de lumières amoureux, certes gênés mais qui vont modifier la donne. Vivre le quotidien de l’autre, ne serait-ce qu’une journée, c’est déjà se rapprocher de lui, immanquablement. Bien que Hee-su ne rate pas une occasion d’humilier Byoung-woo, celui-ci ne se départit jamais de sa bonne humeur et de sa générosité naturelle, à tel point que cela en devient horripilant, tout du moins aux yeux de Hee-su qui dès lors n’arrive plus à suffisamment trouver de défauts à celle qu’elle aimait. Comédie charmante et légère, on ressort comme revigoré de ce film qui traite avec justesse d’une relation fichue à cause d’une incompatibilité d’humeur. Loin de la violence habituelle de nombreux films coréens récents, ici au contraire les sentiments sont rois, combien même on essaye de les enfouir pour ne pas les exprimer.

Departures (Yojiro Takita, 2008): chronique cinéma

DEPARTURES
(Okuribito)
Un film de Yojiro Takita
Avec Masahiro Motoki, Tsutomu Yamazaki, Ryoko Hirosue, Kimiko Yo, Takashi Sasano, Kazuko Yoshiyuki
Genre: drame
Durée : 2h11
Pays : Japon
Année : 2008
Date de sortie : 3 juin 2009

Après la dissolution de son orchestre, un jeune violoncelliste de Tokyo, Daigo, décide de revenir à son village natal avec sa femme, Mika. Recherchant un nouveau travail, il répond à une petite annonce énigmatique. Le patron l’engage sur le champ sans poser de question. Il comprend très vite qu’il vient d’être embauché comme croque-mort pour une entreprise de pompes funèbres. N’osant pas l’avouer à sa femme, il découvre les dessous de ce métier détesté par tous. Très vite pourtant, Daigo se découvre des dons pour s’occuper des morts. Dans cette région provinciale, la mise en bière s’effectue en effet devant la présence de la famille, et c’est tout un art que de s’occuper du défunt pour le préparer vers un nouveau voyage. Mais un jour Mika découvre l’activité de son mari et ne supporte pas l’idée qu’il soit souillé.

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Produit par le studio Shochiku, Departures se place dans la lignée des mélodrames populaires qui ont fait les succès de la firme depuis ses origines. Evocation du retour à la terre natale et célébration des traditions du passé, le film échappe pourtant au sentiment du conservatisme et à la dramaturgie lacrymale dont ces productions sont parfois la victime. Certes le pathos joue à fond ici mais la réalisation sobre et soignée ainsi qu’une interprétation retenue permettent au film de saisir le spectateur par sa sincérité. Le sujet du film s’attarde non seulement sur la nécessité du métier de croque-mort mais surtout sur la finesse et la beauté qu’un tel art peut recéler. Par des gestes minutieux et un profond respect du corps, le professionnel nettoie et habille le défunt afin de laisser, dans la mémoire des proches, le meilleur souvenir possible.

La mémoire est justement l’autre thème majeur du film. Daigo, dans sa volonté de réussir sa vie, a jusqu’ici occulté le souvenir de son père, qui les a abandonné lui et sa mère lorsqu’il avait six ans, au point qu’il ne se souvient plus de son visage. Respect des ancêtres, amour filial, tous les aspects des relations proches sont mises en perspective, comme la vieille femme qui tient toujours les bains publics malgré son âge avancé et son fils qui la pousse à vendre, ou encore le propre patron de Daigo devenu croque-mort lorsqu’il dû s’occuper de la dépouille de sa femme. Le croque-mort est parfois témoin des tensions qui déchirent les familles en deuil. Pourtant la présentation du corps est un moment solennel où ces blessures se doivent être refermées.

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Le film n’évite pas quelques maladresses cependant, les sempiternels violons venant alourdir parfois les moments touchants, de même que certains plans too much nous présentent le protagoniste jouant du violoncelle au milieu de la nature avec les montagnes en arrière-plan. Des défauts qui ne doivent cependant pas gâcher le plaisir de ce mélodrame original et sensible sur un sujet que l’on pourrait considérer comme tabou ou, du moins, non-cinématographique. Le cinéaste aborde le thème de la mort avec beaucoup de délicatesse et d’humour, comme dans cette séquence initiale ou le jeune croque-mort découvre avec embarras que le corps féminin qu’il est entrain de purifier est en fait celui d’un homme, le tout devant une famille imperturbable qui observe le processus en silence. Ayant remporté le prix du meilleur film au Japan Academy Prize, l’équivalent des Oscars au Japon mais également l’Oscar du meilleur film étranger 2008, Departures est à la fois un long-métrage très japonais dans sa confection mais également un film universel dans sa thématique et mériterait aussi une véritable exportation à l’étranger. Présenté dans la section Panorama de ce Festival du Film Asiatique de Deauville 2009, par ailleurs pauvre en sélections nippones, Departures est la petite pépite qui nous redonne confiance en une production japonaise actuelle très malmenée.

Breathless (Yang Ik-june, 2008): chronique preview

BREATHLESS
(Ddongpari)
Un film de Yang Ik-june
Avec Yang Ik-june, Kim Kkobbi, Lee Hwan
Genre: drame
Durée : 2h10
Pays: Corée du Sud
Année: 2008
Date de sortie : 14 avril 2010


Man-sik et Sang-hoon ont monté une petite affaire de recouvrement de dettes et autres boulots ingrats pour voyous. Man-sik, l’aîné, gère les missions avec calme et sérénité, Sang-hoon lui s’occupe de la basse-œuvre. Impatient et hyper-violent, il tape sur tout ce qui bouge, y compris ses propres hommes. Un jour il croise le chemin d’une lycéenne, Yeon-hee, et sans vraiment le vouloir, lui crache dessus. Loin de se démonter, la jeune fille réplique et même l’extorque. Le père de Sang-hoon vient juste de sortir de prison pour le meurtre de sa femme et de sa fille, quinze ans plus tôt. Témoin du double meurtre, Sang-hoon ressent un profond ressentiment envers son géniteur. Il ne lui reste plus que sa grande sœur et son neveu, qu’il gâte sans trop montrer ses sentiments. Yeon-hee, elle-même, subit les pressions d’un climat familial pesant. Son jeune frère se prend pour un caïd et la frappe, son père, victime d’une blessure de guerre, perd la tête depuis le décès de sa femme. Sang-hoon et Yeon-lee, les deux éclopés de la vie, vous se rapprocher à travers leurs blessures.

Véritable film coup de poing, Breathless sidère autant qu’il révolte. Première œuvre de Yang Ik-june, qui incarne le rôle principal et signe également le scénario, le film est un coup de maître sans faute. Cette plongée vertigineuse dans les affres de la violence quotidienne d’un petit malfrat casseur de corps a de quoi perturber. Insultes incessantes, coups de poings et matraquages à répétitions, humiliations constantes, le film ne ménage pas son public, jusqu’à la nausée. Pourtant, à mesure que les personnages et leurs relations s’installent, à l’indignation et à la répulsion succèdent la compréhension et même l’attachement. Sang-hoon est incontrôlable et si il domine les autres par la force, il devient lui-même victime de son propre comportement. Complètement asocial, il ne peut véritablement approcher sa sœur aînée. Plus grave, à chaque fois qu’il voit son père, il ne peut réfréner ses envies de bastonnades. Seule Yeon-lee, qui a su lui tenir tête, sait s’attirer ses faveurs tout en le provoquant.


Le film est sec comme un coup de trique et frappe là où ça fait mal. Indéniablement le jeune acteur-réalisateur fait penser au Takeshi Kitano de Violent cop ou encore de Sonatine. Même frontalité de la violence, même personnage apathique et repoussant. On pense également au personnage coréen de Kim Joon-pyong dans le film japonais de Yoichi Sai, Blood bones, là encore incarné par Kakeshi Kitano. Cependant le film ne tient pas seulement à ces scènes de coups et blessures, au contraire les moments ménagés où les personnages échangent une conversation ou s’ignorent, permettent au film de respirer et au public de reprendre confiance dans la conclusion à venir. Yang Ik-june parsème même le film de moments cocasses et salvateurs, introduisant l’humour au compte goutte, dans quelques dialogues, histoire de ne pas sombrer dans le nihilisme le plus total.


Breathless, comme son titre l’indique, est un film qui s’encaisse jusqu’à bout de souffle. Si le film de Jean-Luc Godard n’a rien à voir là-dedans, on peut tout de même noter une même énergie qui ne faiblit jamais tout au long du métrage et un montage constamment percutant sans jamais tomber dans le sur-découpage. Film savamment équilibré entre les tensions internes des personnages et celles qui s’installent à travers les éléments dramatiques, la nervosité et l’anxiété glissent peu à peu de l’image vers le spectateur. Le film contamine au sens propre, jusqu’au dernier plan, magistral de simplicité et de sens. Yang Ik-june, un cinéaste sur lequel il va falloir compter à l’avenir et dont la qualité de cette première œuvre surpasse largement la majorité des films présentés en compétition au festival du Film Asiatique de Deauville.


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