Time (Kim Ki-duk, 2006): chronique rétro

TIME
Un film de Kim Ki-duk
Avec Seong Hyeon-a, Ha Jung-woo, Park Ji-Yeon, Kim Ji-Heon, Kim Sung-min
Genre: drame
Pays: Corée du Sud, Japon
Durée: 1h37
Date de sortie: 8 août 2007

Après deux ans de vie commune avec Ji-woo, See-hee s’inquiète de l’avenir de leur couple, de l’usure que le temps pourrait apporter à leur amour. Jalouse, elle ne supporte plus que son compagnon regarde d’autres femmes ou leur adresse ne fût-ce que quelques mots innocents. Mais, entre deux crises de colère et de larmes, See-hee se désole surtout de n’avoir que le même visage et le même corps à offrir, nuit après nuit, à celui qu’elle aime avec passion… Un jour, après une dispute particulièrement âpre, See-hee disparaît, laissant Ji-woo désemparé. A l’insu de tous, elle se rend dans une clinique et demande à ce qu’on lui refasse entièrement le visage. Durant cinq mois, nul ne la verra autrement que masquée ; au sixième, See-hee renaîtra, méconnaissable…

Une fois encore Kim Ki-duk nous émerveille. Sur le thème assez conventionnel du temps qui passe et qui émousse l’amour, le réalisateur coréen arrive encore à nous surprendre pour produire une oeuvre singulière, délicate, subtile. La cruauté côtoie l’amour sincère, les plans d’opérations chirurgicales, qui ouvrent le film, entrent en résonance avec les plans où les deux personnages principaux se caressent, se touchent pour fusionner. Les visages et les mains sont filmés de façon magistrale, comme de véritables oeuvres d’art, comme des sculptures vivantes dont le parc aux sculptures n’est qu’une manifestation ludique et colorée.

Le thème du regard, le regard de l’autre comme le regard que l’on porte sur soi, est au centre du film. Le jeune homme regarde les autres femmes et pousse ainsi, sans s’en rendre compte, sa petite amie à choisir une solution radicale au malaise qui guette leur couple. Le changement de visage et d’identité comme solution possible à l’émiettement de l’amour, où comment renouveler constamment les sensations et les sentiments au point d’instaurer une confusion et de sérieuses remises en cause. L’homme est ainsi taraudé entre son désir de séduire et celui de l’amour qu’il porte à sa petite amie. Elle-même ne peux choisir entre être elle-même, au risque de perdre l’être aimé, ou devenir quelqu’un d’autre afin de le réconquérir constamment. L’incertitude guette et, le secret révélé, elle est à nouveau elle-même avec le visage d’une autre. Les photographies, très présentes dans le film, amplifient l’inéluctabilité du temps qui passe en fixant ou, devrait-on dire, en figeant ce qui est déjà du passé, ce qui n’est plus.

Le film soulève également une critique des canons de la beauté. Lorsque See-hee se compare aux formes parfaites des autres femmes, elle fantasme une autre elle-même qui lui serait accessible par la chirurgie esthétique. Découpant des yeux, un nez et une bouche dans un magazine de papier glacé, elle se crée son propre montage du visage rêvé, rassemblement d’éléments hétéroclites de provenance diverses qui fait naturellement penser à la créature de Frankenstein. Là encore, la dissimulation de l’identité provoque des réactions en chaîne incontrôlables. See-hee entre en compétition avec son propre double Say-hee. La situation lui échappe, elle ne peut défaire ce qu’elle a elle-même amorcé. Avec sensibilité, humour et poésie, Kim Ki-duk démonte les rouages de l’amour, un jeu complexe entre séduction, connaissance de l’autre et fantasmes inassouvis.

Le roi et le clown (Lee Jun-ik, 2005): chronique DVD

LE ROI ET LE CLOWN
(Wang-ui namja)
Un film de Lee Jun-ik
Avec Kam Woo-seong, Jeong Jin-yeong, Kang Sung-yeon, Lee Jun-gi, Jang Hang-seon, Yu Hae-jin
Genre: drame historique
Pays: Corée du sud
Durée: 1h59
Date de sortie: 23 janvier 2008
Editeur DVD: Swift Productions
Date de sortie DVD: 4 décembre 2008

En corée au XVIè siècle, le roi Yon-San, de la dynastie Chosun, fait régner la terreur. Jang-Seng et Gong-Gil, deux comédiens ambulants se produisent dans les villages et les routes du pays dans des spectacles qui font hurler de rire les gens du peuple. Fort du succés de leurs satires sociales, Jang-Seng rêve de fortune et persuade Gong-Gil de se rendre dans la capitale dans l’espoir de devenir riche. Très vite arrêtés lors d’une représentation pour avoir moqué et insulté la personne du roi, Jang-Seng propose un pari insensé pour obtenir la grâce de sa majesté. Si sa troupe arrive à faire rire le souverain ils seront libérés. Echappant de peu à la mort en provocant le fou rire royal, la troupe est assignée à résidence pour le plaisir de Yon-San. Peu à peu les représentations satiriques, très critiques envers les ministres et la cour, vont faire basculer les fondements du gouvernement.

Prix du jury au IXème Festival du Film Asiatique de Deauville, Le roi et le clown a eu un succès phénoménale en Corée du Sud lors de sa sortie en 2005 avec plus de douze millions de spectateurs, record historique du box office national. Le film de Lee Jun-ik est un projet ambitieux qui même avec brio le drame historique, la satire sociale et la tragédie humaine. Essentiellement composé de longues scènes théâtrales de style satirique le film risque de sembler austère aux yeux des profanes de la culture coréenne. Supporté par des acteurs au talents indéniables mais peu ou pas connu dans nos contrées, le film s’éloigne notablement des derniers succès que les films coréens ont pu connaître en France tels que Memories of murder ou The host de Bong Joon-ho, et la trilogie de la vengeance de Park Chan-wook.

En effet après ces succès internationaux incontestables, il est heureux de constater que certains distributeurs français accordent à des films jugés plus difficiles une chance de sortir sur nos écrans. Qu’il s’agisse de Je suis un cyborg (qui compte bien entendu sur la popularité particulière dont joui le réalisateur Park Chan-wook en ce moment en France), tout comme des deux derniers films de Kim Ki-duk, Time puis Souffle ou Secret sunshine de Lee Chang-dong il y a peu, force est de constater que la palette des films coréens distribués en France s’élargit pour notre plus grand plaisir. Mais au contraire des drames historiques chinois, sortis ces derniers temps, qui se veulent universalistes et plus aisés à comprendre pour un public non asiatique, donc plus facile à distribuer à l’étranger (dont La cité interdite ou Les secrets des poignards volants de Zhang Yimou sont les exemples le plus criant), le film de Lee Jun-ik ne s’abaisse pas à la simplification ni aux gommages des traits culturels spécifiques, ici merveilleusement mis en scène dans les représentations des arts du spectacles traditionnels coréens. Satires bouffonnes, numéros d’équilibristes, spectacles de marionnettes, la troupe des troubadours déploîe ses compétences pour impressionner et faire rire les gens du peuple. Méprisés pour leur statut social de saltimbanques, de vagabonds, d’acteurs, ces troubadours sont auréolés pour leurs prouesses physiques et actorales.

Dans la confrontation de deux mondes sociaux totalement opposés, celui de la famille royale et des nobles face à l’univers marginal et instable des acteurs ambulants se joue le coeur du film. Complètement coupé du monde extérieur par les codes restrictifs et les lois pesantes de la cour controlée par les ministres, le roi ne peut avoir connaissance des réalités du monde quotidien ni avoir conscience de la raillerie dont le gouvernement est le sujet de la part des gens du peuple. Filtrée par tout un système ministériel nobiliaire, aucune communication n’est possible entre la personne du roi et le peuple qu’il gouverne. La troupe va ici jouer le rôle de perturbateur et remettre en question cette incommunicabilité, notamment à travers le personnage de Gong-gil (Lee Joon-gi), acteur aux traits spécialisé dans les rôles féminins. Séduit par son talent et son charme, une relation ambiguë va naître entre le souverain et le comédien. Paradoxalement c’est à travers des représentations théâtrales que le roi goûtera à une vision différente de son gouvernement, de ses proches, de sa fonction et du passé familial, passé qui ressurgira par la révélation d’une pièce maudite interdite dont les ressorts dramatiques ébranleront les bases du pouvoir.

Les représentations théâtrales, essentiellement sous la forme de la satire, offrent un reflet bien moins déformé que l’on ne pense de la décadence de la noblesse et du gouvernement. La vie de cours, les complots et le passé de la famille royale y sont dévoilés, décortiqués, analysés, révélés, critiqués et dénoncés sans détours. Si la toute puissance du roi lui permet d’exercer en tyran, les responsabilités écrasantes de sa charge lui interdisent de se sentir libre. Au contraire, le statut de paria qu’éprouve Jang-seng, le leader de la troupe, lui offre la chance de goûter quotidiennement aux délices de la liberté d’être. Liberté qui ne saura pas permise sans en payer le prix.

Crossing (Kim Tae-gyun, 2008): chronique preview

CROSSING
(Keurosing)
Un film de Kim Tae-gyun
Avec Cha In-pyo, Jeong In-gi, Shin Myeong-cheol
Genre: drame
Pays: Corée du Sud
Durée: 1h52
Date de sortie: indéterminée

Yong-soo vit avec sa femme et son fils Joon dans un petit village minier de la Corée du Nord. Ancien footballeur de l’équipe nationale, la petite famille vit dans la pauvreté mais s’heureuse de pouvoir vivre ensemble. Pourtant un jour son épouse, enceinte, tombe malade. Yong-soo n’a pas d’autre choix que de se rendre illégalement en Chine pour se procurer le médicament dont elle a tant besoin. Alors que celui-ci devient un travailleur clandestin de l’autre côté de la frontière, sa femme décède, Joon se retrouvant seul pour faire face à la misère. Alors qu’une rafle décime une grande majorité des clandestins nord-coréens, Yong-so arrive à atteindre l’ambassade allemande et devient réfugié politique. Alors qu’il est transféré en Corée du Sud, il n’a qu’une seule envie, revenir auprès des siens avec les médicaments promis. Sans le sou et orphelin Joon tente à son tour de rejoindre son père en Chine avant de se faire attraper et d’être emprisonné dans un camp pour les traîtres. Le père et le fils n’auront de cesse de croire à leur retrouvailles.

Réalisateur sud-coréen quasi inconnu chez nous, Kim Tae-gyun a néanmoins réalisé le survolté Volcano High en 2001, un film à part dans sa filmographie puisqu’il se tourne davantage vers la comédie (The adventures of Mrs Park en 1996) ou bien encore la romance (First kiss en 1998, Romance of their own en 2004, A millionaire’s first love en 2006). Avec Crossing le cinéaste s’attaque au drame pur et dur à travers l’histoire d’un père et de son fils séparés par les aléas d’un destin tragique en Corée du Nord. Si le film n’est pas tendre avec la nation de Kim Il-sung, il pointe davantage le doigt vers la bureaucratie dictatoriale presque invisible que sur son peuple opprimé à différents niveaux. En effet la famine, l’exploitation au travail, le manque de soins et les camps de répression sont le quotidien de cette population coupée du reste du monde. Car en Corée du Nord un transistor, des médicaments contre la tuberculose ou encore un simple ballon de foot sont des denrées très rares et la misère gagne même les villages où les hommes travaillent d’arrache-pied.

Traverser la frontière, c’est risquer la haute-trahison, c’est insulter la mère-patrie, une mère qui pourtant ne nourrit pas ses enfants. La Chine est également mise à l’index par ses rafles d’immigrés qu’elle renvoie dans leur pays d’origine tout en sachant le sort qu’il leur réserve, au nom de la fraternité communiste sans doute. Loin de vouloir quitter son pays, de gagner une quelconque liberté dans un pays qui n’opprime pas son peuple, Yong-soo souhaite juste sauver sa femme mais sa méconnaissance des règles internationales en termes de nationalité, de passeport ou encore de produits médicamenteux vont le conduire de plus en plus loin de ceux qu’ils aiment. Face à une bureaucratie démocratique sud-coréenne elle-même lente et inefficace alors qu’il crie son désespoir face à la mort imminente de sa femme, le film se place davantage au niveau de l’individu que des institutions. Il raconte bien plus l’impuissance d’un père devant des autorités certes compréhensives mais qui deviennent à ses yeux des obstacles à ses retrouvailles avec les siens.

Le film exploitent au compte-goutte les scènes purement mélodramatiques mais leur procure une force tragique indéniable comme la scène où, par le biais d’un téléphone portable le père réussit enfin à parler à son fils qui ne cesse de s’accuser de la mort de sa mère. Un moment déchirant superbement incarné par les deux acteurs dont la prestation impressionne. Sans moralisme aucun ni manichéisme facile (la Corée du Sud est essentiellement vu comme un pays de consommation plutôt que comme un pays des préoccupations des droits de l’homme), Kim Tae-gyun nous fait partager cette histoire qui se termine dans le désert de Mongolie aux frontières de la Chine. Etrange voyage dans cette Asie du Sud-Est, morcelée par des gouvernements qui ne s’entendent pas et dont les peuples ne parlent pas du tout les mêmes langues (le petit Joon qui porte un panneau écrit en mongol autour de son cou) . Ici bien sûr la fraternité des deux Corée est soulignée mais la Corée du Sud ne sera jamais la patrie de Yong-soo, tout juste un refuge. Etrangement le film n’a pas connu de diffusion dans les festivals occidentaux excepté le Festival de Portland aux USA, ce long-métrage gagnerait pourtant à sortir de ses limites coréennes, à traverser les frontières continentales justement.

Princess Aurora (Pang Eun-jin, 2005): chronique DVD

PRINCESS AURORA
(Orora gongju)
Un film de Pang Eun-jin
Avec Eom Jeong-hwa, Mun Seong-kum, Choi Jong-won, Yeong Hyeon, Jeong Eun-pyo, Kim Yong-geon
Genre: thriller, policier
Pays: Corée du Sud
Durée: 1h43
Editeur DVD: FPE
Date de sortie DVD: 20 août 2008

Princess Aurora DVD

Dans un centre commerciale, une femme en agresse une autre et la tue sauvagement. Quelques temps plus tard, un second meurtre est commis dans un salon de beauté, l’une des clientes est étouffée par son masque de visage. Sur son corps un auto-collant du dessin animé « Princess Aurora » est déposé. La meurtrière, une jeune femme très belle et vendeuse de voiture de luxe, semble frapper ses victimes au hasard pourtant les modus operandi sont sophistiqués et révèlent un désir de vengeance. Une chansonnette entonnée par la voix d’une petite fille revient constamment à la mémoire de cette mystérieuse femme dont la stabilité mentale paraît fragile. Les inspecteurs sont tout d’abord déboussolés par cette série de meurtres à priori inexplicables jusqu’au moment où l’un d’eux commence à comprendre ce qui se trame…

princess_aurora_1

princess_aurora_7

Depuis quelques années la Corée du Sud nous propose régulièrement de quoi assouvir nos penchants pour les sombres histoires policières qui mêlent habilement morbidité des meurtres et analyse psychologique approfondie. Qu’on se souvienne de Memories of murder (Bong Joon-ho, 2003) et notre cerveau cale tout de suite Princess Aurora dans cette mouvance des polars violents du pays du matin calme. Avec Sympathy for Mr. Vengeance (Park Chan-wook, 2002), la filiation est encore plus claire, les deux histoires exploitant le ressort de la vengeance comme mobile des meurtres. Moins spectaculaire et moins théâtrale que le film de son compatriote, Pang Eun-jin réalise ici un film plus classique, davantage ancré dans une réalité quotidienne où les violeurs et les assassins  d’enfants font l’objet d’un fantasme de vengeance par ailleurs bien naturel. Si le film pêche par une structure de récit audacieuse mais mal agencée (le lien entre les différents meurtres est tout d’abord inconnu du spectateur, le final révélant maladroitement celui-ci), il faut noter la qualité de jeu des comédiens qui donnent à ce film toute sa force.

princess_aurora_22

princess_aurora_32

Pang Eun-jin, dont c’est la première réalisation (nous avons pu constater ses talents de comédienne dans Adresse inconnue de Kim Ki-duk, 2001), fait preuve ici d’une certaine originalité dans le portrait de cette femme meurtrière aux traits doux et sensuels. Loin de la figure du Dr Jekyll et Mr Hyde, la protagoniste de Princess Aurora témoigne des deux facettes de sa personnalité non pas l’une après l’autre mais bel et bien de façon simultanée. Mélancolie et tristesse cohabitent avec la détermination et la perte de contrôle. Ce double langage se renforce au moment où la personnalité de sa fille disparue commence à envahir son comportement. Une duplicité qui n’a d’autre but que d’atteindre les responsables de la mort de sa fille. Sans être novateur, Princess Aurora démontre une solide maîtrise des codes du genre porté par une interprétation inspirée des comédiens. La scène finale est par ailleurs un modèle de puissance alliée à une sobriété étonnante. Pang Eun-jin, une réalisatrice à suivre très certainement.

Princess Aurora affiche

4 ème Festival Franco-Coréen du film du 4 au 17 novembre

affiche festival du film coréen 2009

affiche festival franco-coréen du film 2009

Pour la quatrième année consécutive, le Festival Franco-Coréen du film se tient à Paris au cinéma Action Christine du 4 au 17 novembre. Initié par l’association 1886 qui tient à promouvoir les échanges et les activités cinématographiques entre la Corée et la France, ce festival est l’occasion de découvrir de nombreux films coréens inédits, aussi bien longs que courts métrages, mais aussi des films plus anciens qui constituent un patrimoine culturel riche et singulier.

Cette année encore sera donc l’occasion de découvrir quelques perles rares

Children in the firing range (Kim Soo-yong, 1967)
Parade of wives (Im Kwon-taek, 1974)
Six daughters (Bae Seok-in, 1967)
Testimony (Im Kwon-taek, 1973)

3xFTM affiche

3xFTM affiche

Mais surtout un beau panel de films récents :

3xFTM (Kim Il-rhan, 2008) documentaire
A.U.D.I.T.I.O.N. (Kim Seong-jun et Lee Je-cheol, 2009)
My friend & his wife (Shin Dong-il, 2006)
Norwegian woods (No Zin-soo, 2009)
Portrait de famille (Kim Young-jo, 2007) documentaire
Potato symphony (Jeon Taek, 2008)
Punchlady (Kang Hyo-jin, 2007)
Rough cut (Jang Hoon, 2008)
The mountain in the front (Kim Jee-hyun, 2009) documentaire
Viva! love (Oh Jeoum-kyun, 2007)

my friend and his wife affiche

my friend and his wife affiche

Dans la catégorie des courts métrages, le public ne sera pas en reste avec une sélection de dix films :

Balcon à part (Gwak Mi-sung, 2008)
Coldblood (Park Mi-hee, 2008)
Dust kid (Jung Yumi, 2009) animation
Fish (Byun Byung-jun, 2008)
Hybrid (Saino Kim, 2008)
Stop (park Jae-ok, 2008) animation
Suicidal variations (Kim Gok et Kim Sun, 2007) expérimental
Too bitter to love (Gone, 2008)
Unfamiliar dreams (Kim Ji-gon, 2008) documentaire
Untitled (Park Junyeong, 2007)

punchlady affiche

punchlady affiche

Dans la section Regards Croisés, le festival propose cinq courts métrages coréens accompagnés de cinq courts métrages français :

Auld lang syne (So Joon-moon, 2007)
Boy meets boys (Kim Jho Gwang-soo, 2008)
I am (Kim Hea-in, 2008)
Run, vino (Hong Dong-myung, 2007)
Within (Lee Hye-in, 2008)

Le baiser (Julien Eger, 2007)
Les filles de feu (Jean-Sébastien Chauvin, 2008)
Tel père, telle fille (Sylvie Ballyot, 2007)
Un peu de soleil dans les yeux (Stéphane Botti, 2009)
Une si petite distance (Caroline Fournier, 2008)

De quoi donc s’abreuver de films coréens sans restriction avec, cerise sur le gâteau, un film d’ouverture qui n’est autre que le génialissime Breathless (chroniqué dans nos pages) par le réalisateur Yang Ik-june et le film de clôture, Robot Taekwon V, film d’animation de 1976 réalisé par Kim Chung-gi. Deux must à ne manquer sous aucun prétexte.

rough cut affiche

viva love affiche

viva love affiche

Je suis un cyborg (Park Chan-wook, 2006): chronique DVD

JE SUIS UN CYBORG
(Salbogujiman kwenchana)
Un film de Park Chan-wook
Avec Lim Soo-jung, Choi Hee-jin, Jung Ji-hoon
Genre: comédie dramatique, romance
Pays: Corée du Sud
Durée: 1h45
Date de sortie: 12 décembre 2007
Editeur DVD: Wild Side Vidéo
Date de sortie DVD: 23 juillet 2008

Je suis un cyborg DVD

Ouvrière dans une usine de montage de transistors, Young-goon pète un jour littéralement un câble et finit internée dans un hôpital psychiatrique, persuadée d’être un cyborg ayant besoin d’énergie électrique pour fonctionner. Elle y rencontre Il-soon, un jeune homme plutôt calme qui pense avoir le pouvoir de voler la qualité des gens en les observant. Pourtant lorsque ses yeux se portent sur Young-goon, l’excentricité de la jeune femme le fascine au point qu’il en tombe amoureux. Il va dès lors tenter de ramener l’élue de son cœur vers plus de réalité, comprenant toutefois l’imaginaire dans laquelle elle est plongée. Ils deviennent bientôt inséparables.

Je suis un cyborg photo 1

Je suis un cyborg photo 2

Objet cinématographique non identifié, Park Chan-wook étonne son public après sa trilogie vengeresse entamée avec Sympathy for Mr. Vengeance en 2003, Old Boy en 2004 puis enfin Lady Vengeance en 2005. Loin des routes tranquilles d’une réalisation pépère sur un sujet rebattu et rabâché, le cinéaste choisit au contraire de donner dans le ton décalé, singulier, rêveur mais également mélancolique et romantique. Car sous ses airs de fable lorgnant vers la science-fiction, le film est avant tout une histoire d’amour entre deux êtres marginaux qui se comprennent parce qu’ils partagent le langage commun de la simplicité et de l’imagination. Deux adultes enfants, l’une croyant être un cyborg aux engrenages grippés, l’autre jouant le jeu pour mieux apprivoiser la belle. Car fichtre, ce robot a du charme. Non pas un charme superficiel de latex et autre collagène, mais celui d’un regard profond et triste doublé d’un sourire ravageur et rigolo, surtout lorsque le personnage porte son dentier à faire mourir de rire un castor.

Je suis un cyborg photo 3

Je suis un cyborg photo 4

Le climat est posé, on quitte avec le cinéaste son univers sombre et morbide pour un voyage vers l’ailleurs, un voyage que n’aurait pas dénigré un Lewis Carroll avec sa petite Alice. La petite fille n’est pas blonde et n’a pas de nattes, elle s’appelle Young-goon et aime goûter les piles lorsqu’elle se sent un peu fébrile. Ses meilleurs compagnons ? Des distributeurs automatiques avec qui elles parlent dans la pénombre des longs couloirs de l’hôpital psychiatrique dans lequel elle est internée. L’autre énergumène est plus discret. Il regarde à l’intérieur des gens pour mieux leur voler leurs qualités mais lorsque ses yeux se posent sur la sublime Young-goon, c’est elle qui lui vole son cœur tout attendri. Une telle fantaisie thématique est rare dans le paysage, de plus en plus aride, du cinéma actuel. Alors croquer un bonbon au goût tout simplement plus prononcé ne fais pas de mal de temps en temps, surtout quand le confiseur se nomme Park Chan-wook, qui prouve ici combien il peut sortir sans difficulté du ghetto du film de vengeance bien trash. Poétique, corrosif, fou, iconoclaste, et bien d’autres choses encore…

Je suis un cyborg photo 5

Je suis un cyborg photo 6

Je suis un cyborg affiche

Beastie boys (Yun Jong-bin, 2008): chronique preview

BEASTIE BOYS
(The moonlight of Seoul/ Biseuti boijeu)
Un film de Yun Jong-bin
Avec Ha Jung-woo, Yoon Kye-sang, Yoon Jin-seo
Genre: romance
Pays: Corée du Sud
Durée : 2h03
Date de sortie: indéterminée

beastie boys affiche

Dans un club privé de Séoul, le quotidien débauché de deux escort boys, Seung-woo et Jae-hyung. Le premier est très jeune, pensant ce travail temporaire mais les clientes en font l’un de leurs préférés. Le second est beaucoup plus expérimenté et gère la répartitions de ses équipes dans chaque salle. Dans la ville moderne qui ne jure que par le faste, la jeunesse et l’argent, le monde de la nuit génère ses propres démons. Une nuit Seung-woo rencontre Ji-won, une cliente elle-même escort girl. Il en tombe éperdument amoureux. Afin de vivre en couple, ils arrêtent leur train de vie nocturne mais doivent trouver du travail pour rembourser les dettes contractées par Jin-won vis à vis de son employeur. Jae-hyung lui, navigue entre deux histoires en cachette et à cause de sa manie du jeu, doit rembourser une forte somme à un voyou. Les chemins de Seung-woo et de Jae-hyung se séparent, du moins pour un temps.

beastie boys photo 1

Regard désillusionné sur le monde des gigolos modernes, Beastie boys est le second long-métrage de Yun Jong-bin qui avait signé en 2005 The unforgiven. Image d’un cinéma clinquant, le film met en exergue l’attrait d’une nouvelle génération pour l’argent facile et un mode de vie sans contrainte. Il y est question de brûler la chandelle par les deux bouts, de vivre au maximum ici et maintenant. La superficialité d’une vie matérialiste finit pourtant par broyer ceux qui ne veulent, ou ne peuvent, lever le pied. Univers très machiste dans ses comportements, la troupe des gigolos se donnant rendez-vous pour les préparatifs, le coiffeur, la salle de gym, chacun congratulant l’autre pour ses performances de la veille ou encore pour refiler un tuyau mode. Tout le monde est beau, séduisant, attirant, dans les moindres détails. La séduction est leur arme, une séduction cependant dénuée de profondeur ou de subtilité, leur seul objectif étant de faire dépenser au maximum leurs clientes, elles-mêmes non dupes de ce jeu ou chacun trouve sa part de satisfaction.

beastie boys photo 2

Le comportement de ces jeunes hommes en devenir est aussi condamnable que celui des jeunes femmes, toutes aussi superficielles les unes que les autres. Et lorsque que deux d’entre elles font venir nos deux héros dans leur chambre d’hôtel pour entamer une charmante soirée, le coup de téléphone du petit ami de l’une d’elle met précipitamment fin à la surprise party. L’infidélité est une règle de vie, une démonstration de sa liberté et de son pouvoir sur l’autre. Cette relation vendeur-consommateur est bien entendu dénuée de sentiment, les premiers soutirant aux seconds de l’argent pour leur plus grand plaisir. L’on nage en plein système libéral de l’offre et de la demande. Une sorte de système économique des corps. Car aujourd’hui pour pouvoir vivre, tout est à vendre, y compris soi-même.

Lorsque que les sentiments pénètrent dans cette sphère nocturne, il ne faut pas attendre longtemps pour que ce système vacille. Tellement rongé par les excès et la liberté totale, ses jeunes corps deviennent soudain incapables de faire face aux responsabilités qu’entraînent la vie de couple. Incapables de stabilité, ils s’enfoncent de nouveau dans les territoires sombres de la vie de débauche, seul territoire connu à leurs yeux. Beastie boys regroupe la crème des jeunes acteurs sud-coréens actuels, depuis Ha Jung-woo dont la renommée ne cesse de grimper en flèche (The chaser, My dear enemy), jusqu’à Yoon Jin-seo déjà vue dans le fameux Old boy de Park Chan-wook. Cette jeune génération fait montre d’un dynamisme et d’un talent certains dans un cinéma qui a décider de conquérir d’autres territoires que celle de la seule Corée du Sud. Sans être un grand film en terme de mise en scène, Beastie boys est techniquement impeccable et se regarde avec intérêt tant certaines scènes témoignent d’une intensité de jeu magistrale.

Souvenir (Im kwon-taek, 2007): chronique DVD

SOUVENIR
(Beyond the years/ Cheonnyeonhak)
Un film de Im Kwon-taek
Avec Jo Jae-hyun, Oh Jung-hae, Oh Seung-eun
Genre: drame
Pays: Corée du Sud
Durée: 1h46
Editeur: Warner Home Vidéo
Date de sortie salle: 23 juillet 2008
Date de sortie DVD: 11 mars 2009

souvenir affiche

Dong-ho, un jeune joueur de tambour traditionnel, se remémore les années d’apprentissages aux côtés du maître Yoo-bong et de sa demi-soeur Song-hwa qui apprend, elle, l’art du chant pansori, chant folklorique coréen très ancien. Dong-ho se rappelle notamment la sévérité du maître à son égard, sévérité qui sera à l’origine de sa fuite, quittant à regret sa demi-soeur qu’il aime en secret. Alors que les souvenirs affluent, Dong-ho et Song-hwa verront leur destin se croiser à maintes reprises. Un jour le jeune homme apprend que son ancien maître est mort et que Song-hwa est devenue aveugle. Il ne cesse de la rechercher aux quatre coins du pays. Ils ont chacun mené leur vie, Song-hwa se déplaçant de récital en récital et Dong-ho ayant trouver une place au sein d’une troupe. Il tombe alors amoureux d’une actrice et élève bientôt leur enfant. Dans son coeur cependant, Dong-ho ne cesse de penser à Song-hwa et à sa voix envoûtante.

souvenir photo 1

souvenir photo 2

Quinze ans après La chanteuse de pansori, Im Kwon-taek décide pour son centième film, de revenir à ce qui fit le succès du réalisateur en Occident, le sujet du pansori et de la chanteuse aveugle Song-hwa, personnage déjà incarné par l’actrice/chanteuse Oh Jung-hae dans le film de 1993. Cependant Souvenir se concentre sur l’autre personnage, celui de Dong-ho, l’alter-ego, véritable frère de musique de la chanteuse. Le rythme battu sur un tambour double appelé puk scande le chant de la femme qui, par ses ruptures de hauteur et de ton, exprime les sentiments décrits par les paroles. Liés à jamais par cette symbiose musicale, leur statut familial leur interdit de s’avouer leur amour.

souvenir photo 3

souvenir photo 4

A l’instar de La chanteuse de pansori, de longues scènes chantées ponctuent le film, les paroles se substituant aux dialogues. Celles-ci reprennent par ailleurs les véritables paroles du Chuhyangga (le chant de Chung Yang), l’un des cinq chants principaux de la tradition du pansori. Ici la représentation est un moyen d’exprimer la réalité des sentiments par le subterfuge de la déclamation. Song-hwa n’a de cesse d’apprendre pour atteindre l’excellence, le parfait mélange entre la narration, la mélodie, l’intonation et la couleur musicale. Cette quête de la perfection va mener la jeune femme au bout de la souffrance , du sacrifice et de la solitude. Elle doit non seulement renoncer à cet amour interdit mais de plus la perte de la vue va faire de la jeune femme un être isolé, affaibli, ayant le chant comme seul remède aux vicissitudes du monde.

souvenir photo 5

souvenir photo 6

Pour signifier l’incessant retour des souvenirs, Im Kwon-taek a délibérément éclater son récit. Peu rompu à l’enchaînement achronologique des séquences, le montage du film est le talon d’Achille de cette histoire par ailleurs touchante et subtile. Le metteur en scène reprend formellement le thème du croisement, thème explicité par la nature du pansori, croisement entre l’art du conte et celui du chant, et l’intrigue elle-même qui fait se croiser à plusieurs reprises les deux personnages en mal d’amour. Si le montage est un peu en-deçà de ses oeuvres précédentes (Le chant de la fidèle Chung Yang, Ivre de femmes et de peinture, La pègre), la qualité de la photographie, des costumes et des décors est néanmoins au rendez-vous. Im Kwon-taek plonge le spectateur dans un autre âge qui croise (là encore) l’ancien et le moderne, l’art traditionnel et les conditions de vie contemporaine. Il exprime ainsi son respect et sa dévotion à une certaine Corée intemporelle dont les arts folkloriques se font l’écho. Im Kwon-taek n’est jamais aussi passionnant que quand il dépeint une idée classique de la culture de son pays. Sans être un véritable chef d’oeuvre, Souvenir s’inscrit totalement dans la veine empruntée par le cinéaste depuis quinze ans.

Wild card (Kim Yoo-jin, 2003): chronique preview

WILD CARD
Un film de Kim Yoo-jin
Avec Yang Dong-kun, Jeong Jin-yeong, Han Chae-young, Gi Ju-bong, Hwang Jun-yeong, Yu Ha-bok
Genre: policier
Pays: Corée du Sud
Durée : 1h57
Date de sortie : indéterminée

wild card affiche

Jay-soo est un détective jeune, dynamique et volontaire qui ne jure que par l’efficacité. Avec Yeong-dal, son coéquipier surnommé le bulldozer, plus âgé et lus expérimenté, ils se lancent sur une enquête de meurtre. Quatre jeunes parcourent en effet les rues de la ville en recherche d’argent, tuant leurs victimes à coup de boule d’acier. Alors que l’enquête piétine, les quatre jeunes violent une serveuse de bar. Les victimes s’enchaînent et au commissariat, il y a urgence. Jay-soo se voit comme un héros des temps modernes alors Yeong-dal a su prendre de la distance avec sa profession. Par ailleurs le jeune détective se met à draguer une jeune femme, chaque semaine lorsqu’elle sort de son club de gym. Une jeune femme que Yeong-dal connaît bien. Il attend que Jay-soo apprenne la surprise.

wild card 1

wild card 3

Kim Yoo-jin n’est pas tout à fait un inconnu car on lui doit entre autre le très récent The divine weapon, vu au dernier Festival du Films Asiatique de Deauville mais aussi A promise, le film coréen le plus rentable de l’année 1998. Le cinéaste s’attaque avec Wild card au genre policier tendance portrait de flics en mêlant avec habileté et humour les sempiternelles courses poursuites à pied et moments plus intimes. Kim Yoo-jin est loin de renouveler le genre, voir même il pompe allègrement dans les clichés du duo de flics quelque peu antinomique, cependant la qualité d’interprétation et un montage serré font du film un agréable moment cinématographique. Principal qualité du métrage, le développement des personnages, surtout cette famille de policiers qui doivent se soutenir dans les méandres d’une affaire de meurtre difficile. Certes le film se place dans la catégorie « valorisation des forces de l’ordre » mais les différents policiers sont suffisamment nuancés et développés pour éviter toute caricature. Les tensions comme l’unité règnent à la fois au sein d’une équipe qui mêle officiers expérimentés et jeunes loups prêts à en découdre.

wild card 4

wild card 5

Dans ce monde masculin, les femmes n’en sont pas absente. Même si elles n’ont pas le beau rôle, il faut noter la causticité de la femme de Yeong-dal, fleuriste de son état, qui reçoit les appels rageurs d’anciens détenus arrêtés par son flic de mari avant de les envoyer paître en leur donnant le numéro de portable de ce dernier, histoire qu’il reçoive lui-même les invectives mal placées. Autre personnage féminin fort, cette fameuse créature que Jay-soo n’arrête pas d’importuner à sa sortie de ses séances de fitness interprétée par la sublime Han Chae-young, une habituée des dramas télévisuels mais aussi déjà vue dans Changing partners, une romance signée Jeon Yun-su en 2007. Côté casting masculin, notons la présence de Yang Dong-kun dans le rôle principal du jeune détective et déjà aperçu dans Adresse inconnue de Kim Ki-duk et Jeong Jin-yeong, acteur reconnu pour ses rôles dans des films aussi différents que Green fish (Lee Chang-dong, 1997), Guns & talks (Jin Jang, 2001) ou plus récemment Le roi et le clown (Lee Jun-ik, 2005).

wild card 8

wild card 9

Wild card reste somme toute davantage un film anecdotique qu’une véritable entrée en matière sur le thème du combat contre la délinquance avec un arrière fond de réflexion sur les violences policières. Paradoxe du film, Yeong-dal tente de faire comprendre à son jeune coéquipier qu’il n’est pas préférable d’user de son arme à tout bout de champ alors que les passages à tabac contre les malfrats sont monnaie courante tout au long du film. Loin d’atteindre la tension et la violence des films d’un Park chan-wook par exemple, il faut noter la récurrence des combats à mains nues ou avec des objets tranchants et contendants (poignards, couteaux, batte de baseball, barre d’acier, etc.) dans le cinéma coréen. Nécessité d’une démonstration de virilité ? Simple ressorts narratifs et dramatiques ? Cette violence s’explique certes dans des films tels que Breathless, qui laisse littéralement le spectateur sur le carreau, mais dans ce film policier plus léger, la tendance à la complaisance violente a de quoi interroger. Le film se laisse regarder avec un petit plaisir sans pour autant convaincre totalement.

wild card affiche 2

My dear enemy (Lee Yoon-ki, 2008): chronique preview

MY DEAR ENEMY
(Meozzin haru)
Un film de Lee Yoon-ki
Avec Jeon Do-youn, Ha Jung-woo, Kim Hye-ookk, Kim Joong-ki, Kim Young-min
Genre: comédie dramatique
Durée: 2h03
Pays: Corée du Sud
Année: 2008
Date de sortie en France: indéterminée

Trentenaire, célibataire et sans travail, Hee-so redébarque un jour dans la vie de son ex-petit ami, Byoung-woon, un jeune homme désinvolte mais débrouillard et surtout charmeur, pour lui réclamer une somme d’argent qu’elle lui avait prêté un an auparavant. Hee-so est tout le contraire de son ex, elle est prévoyante, refermée et grincheuse, Byoung-woo, lui, croque la vie à pleines dents sans vraiment se soucier du lendemain. Pour pouvoir la payer il va faire le tour de la ville et emprunter des petites sommes à quelques uns de ses amis, Hee-so va donc être obligée de le conduire à tous ses lieux de rendez-vous et rencontrer les personnes qu’il côtoie. Durant cette journée, son regard sur celui qu’elle avait finit par détester va peu à peu changer.

my-dear-enemy1

Présenté au dernier Festival de Berlin et au Festival du Film Asiatique de Deauville, My dear enemy est le quatrième long-métrage de Lee Yoon-ki qui avait préalablement réalisé This charming girl (2004), Love talk (2005) et Ab lib night (2007). Comédie romantique sobre mais admirablement interprétée, le film explore les relations intimes d’un ancien couple qui joue au « je t’aime moi non plus ». Evitant toute séquence larmoyante et les niaiseries habituelles du genre, le cinéaste occupe plutôt le terrain d’un humour sincère et subtil, largement apporté par le personnage de Byoung-woo, face à la détermination pécuniaire de la jeune femme, qui se dissimule derrière une façade froide pour ne pas entrer dans le jeu de séduction que son ex lui ressert tout aussitôt. Si le fil rouge du scénario est mince, le film développe une série de rencontres toutes aussi originales les unes que les autres, depuis celle d’une prostituée de luxe jusqu’à celle d’une amie proche, une femme sérieuse qui élève sa fille seule, en passant par le milieu familial du cousin, motard invétéré qui ne cesse d’inviter sa bande à faire la fête chez lui.

Si le film échappe à l’ennui, c’est surtout par la grâce du jeu de ses deux principaux interprètes, Jeon Do-youn dans celui de Hee-su et Ha Jung-woo dans le rôle de Byoung-woo. L’on avait pu déjà remarquer le talent de la charmante Jeon Do-youn dans le dernier film de Lee Chang-dong, Secret sunshine, film pour lequel elle reçut la palme de la meilleure actrice au Festival de Cannes en 2007. Auparavant on avait pu la contempler dans diverses productions coréennes telles que Untold scandal de Lee Je-yong ou encore You are my sunshine de Park Jin-pyo. Une actrice lumineuse malheureusement trop rare à l’écran. Face à elle le beaucoup plus prolifique Ha Jung-woo dont on a pu mesurer les performances dans pas moins de deux autres films présentés cette année au Festival du Film Asiatique de Deauville, tout d’abord dans le sublime et terrible The chaser, où il incarne pas moins que le tueur lui-même, mais également dans le plus discret Beastie boys de Yoon Jong-bin, dans lequel il se glisse dans la peau d’un gigolo arriviste et égocentrique. Précédemment il été apparu dans le premier long-métrage de Yoon Jong-bin, The unforgiven mais surtout dans le poétique Time de Kim Ki-duk en 2006.

my-dear-enemy-v2

De petites contrariétés en sourires de façade, le couple va traverser la ville à la recherche d’une somme d’argent prétexte qui va, malgré le désir de Hee-su, la rapprocher de celui qu’elle aura voulut à tout prix rayer de sa vie. Deux caractères antinomiques qui à diverses reprises provoquent des étincelles mais aussi des rayons de lumières amoureux, certes gênés mais qui vont modifier la donne. Vivre le quotidien de l’autre, ne serait-ce qu’une journée, c’est déjà se rapprocher de lui, immanquablement. Bien que Hee-su ne rate pas une occasion d’humilier Byoung-woo, celui-ci ne se départit jamais de sa bonne humeur et de sa générosité naturelle, à tel point que cela en devient horripilant, tout du moins aux yeux de Hee-su qui dès lors n’arrive plus à suffisamment trouver de défauts à celle qu’elle aimait. Comédie charmante et légère, on ressort comme revigoré de ce film qui traite avec justesse d’une relation fichue à cause d’une incompatibilité d’humeur. Loin de la violence habituelle de nombreux films coréens récents, ici au contraire les sentiments sont rois, combien même on essaye de les enfouir pour ne pas les exprimer.

Breathless (Yang Ik-june, 2008): chronique preview

BREATHLESS
(Ddongpari)
Un film de Yang Ik-june
Avec Yang Ik-june, Kim Kkobbi, Lee Hwan
Genre: drame
Durée : 2h10
Pays: Corée du Sud
Année: 2008
Date de sortie : 14 avril 2010


Man-sik et Sang-hoon ont monté une petite affaire de recouvrement de dettes et autres boulots ingrats pour voyous. Man-sik, l’aîné, gère les missions avec calme et sérénité, Sang-hoon lui s’occupe de la basse-œuvre. Impatient et hyper-violent, il tape sur tout ce qui bouge, y compris ses propres hommes. Un jour il croise le chemin d’une lycéenne, Yeon-hee, et sans vraiment le vouloir, lui crache dessus. Loin de se démonter, la jeune fille réplique et même l’extorque. Le père de Sang-hoon vient juste de sortir de prison pour le meurtre de sa femme et de sa fille, quinze ans plus tôt. Témoin du double meurtre, Sang-hoon ressent un profond ressentiment envers son géniteur. Il ne lui reste plus que sa grande sœur et son neveu, qu’il gâte sans trop montrer ses sentiments. Yeon-hee, elle-même, subit les pressions d’un climat familial pesant. Son jeune frère se prend pour un caïd et la frappe, son père, victime d’une blessure de guerre, perd la tête depuis le décès de sa femme. Sang-hoon et Yeon-lee, les deux éclopés de la vie, vous se rapprocher à travers leurs blessures.

Véritable film coup de poing, Breathless sidère autant qu’il révolte. Première œuvre de Yang Ik-june, qui incarne le rôle principal et signe également le scénario, le film est un coup de maître sans faute. Cette plongée vertigineuse dans les affres de la violence quotidienne d’un petit malfrat casseur de corps a de quoi perturber. Insultes incessantes, coups de poings et matraquages à répétitions, humiliations constantes, le film ne ménage pas son public, jusqu’à la nausée. Pourtant, à mesure que les personnages et leurs relations s’installent, à l’indignation et à la répulsion succèdent la compréhension et même l’attachement. Sang-hoon est incontrôlable et si il domine les autres par la force, il devient lui-même victime de son propre comportement. Complètement asocial, il ne peut véritablement approcher sa sœur aînée. Plus grave, à chaque fois qu’il voit son père, il ne peut réfréner ses envies de bastonnades. Seule Yeon-lee, qui a su lui tenir tête, sait s’attirer ses faveurs tout en le provoquant.


Le film est sec comme un coup de trique et frappe là où ça fait mal. Indéniablement le jeune acteur-réalisateur fait penser au Takeshi Kitano de Violent cop ou encore de Sonatine. Même frontalité de la violence, même personnage apathique et repoussant. On pense également au personnage coréen de Kim Joon-pyong dans le film japonais de Yoichi Sai, Blood bones, là encore incarné par Kakeshi Kitano. Cependant le film ne tient pas seulement à ces scènes de coups et blessures, au contraire les moments ménagés où les personnages échangent une conversation ou s’ignorent, permettent au film de respirer et au public de reprendre confiance dans la conclusion à venir. Yang Ik-june parsème même le film de moments cocasses et salvateurs, introduisant l’humour au compte goutte, dans quelques dialogues, histoire de ne pas sombrer dans le nihilisme le plus total.


Breathless, comme son titre l’indique, est un film qui s’encaisse jusqu’à bout de souffle. Si le film de Jean-Luc Godard n’a rien à voir là-dedans, on peut tout de même noter une même énergie qui ne faiblit jamais tout au long du métrage et un montage constamment percutant sans jamais tomber dans le sur-découpage. Film savamment équilibré entre les tensions internes des personnages et celles qui s’installent à travers les éléments dramatiques, la nervosité et l’anxiété glissent peu à peu de l’image vers le spectateur. Le film contamine au sens propre, jusqu’au dernier plan, magistral de simplicité et de sens. Yang Ik-june, un cinéaste sur lequel il va falloir compter à l’avenir et dont la qualité de cette première œuvre surpasse largement la majorité des films présentés en compétition au festival du Film Asiatique de Deauville.


Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.