Yuki & Nina (Hippolyte Girardot et Nobuhiro Suwa, 2009): chronique cinéma

YUKI & NINA
Un film de Hippolyte Girardot et Nobuhiro Suwa
Avec Noë Sampy, Arielle Moutel, Tsuyu, Hippolyte Girardot, Marilyne Canto
Genre: drame, fable
Pays: France, Japon
Durée: 1h32
Date de sortie: 9 décembre 2009

Yuki, neuf ans, est une petite fille née d’un mère japonaise et d’un père français. Nina est sa meilleure amie, elles passent leurs journées de vacances à jouer ensemble et la mère de celle-ci, divorcée, propose à Yuki de les suivre quelques jours dans le Sud. Mais Yuki apprend soudainement que ses parents vont divorcer et que sa mère souhaite qu’elle la suive au japon. Les deux fillettes ne veulent pas être séparée et projette un temps de réunir les deux adultes réfractaires mais devant leur échec, elles décident finalement de fuguer. Les deux fillettes se retrouvent perdues dans une étrange forêt.

Réalisé à quatre mains par Hippolyte Girardot et Nobuhiro Suwa, le film brille par sa simplicité et sa poésie confrontant le monde de l’enfance à celui des adultes. Entre le décor de la ville, rationnel et celui de la forêt, plus fantasmatique, s’opère un glissement progressif étonnant. Entre une France urbaine et un Japon des campagnes, c’est la double nationalité du film qui s’exprime à l’image de ce couple coinçant leur petite fille entre deux cultures. Mais là où ces grandes personnes se déchirent, le film offre à la fillette un étonnant refuge entre réalité et rêve éveillé. Pour Yuki, la France, sa ville et Nina sont des réalités qu’elle ne désire pas quitter ou laisser derrière elle. Le Japon lui est inconnu et sa plus grande peur est d’y être seule. S’ensuit alors une étonnante scène dans la forêt qui s’offre comme une préfiguration de sa vie dans l’Archipel.

Malgré sa grande urbanisation, le Japon est encore un pays aux mythes anciens toujours très présents. Par l’entremise d’un rêve, d’une illusion, ou encore d’une prémonition, l’on ne sait pas très bien, Yuki goûtera à cette dimension folklorique que sa mère elle-même a oublié, replongeant finalement celle-ci dans ses souvenirs d’enfance. Ne pas trahir ses premières années, ne pas les oublier, c’est aussi cela grandir et mûrir. Yuki n’est ni française ni japonaise, elle s’offre le meilleur des deux cultures pour s’épanouir. En cela le film suit son regard sur le monde, depuis les disputes des grands jusqu’au silence pesant de cette forêt décidément mystérieuse. Avec leur innocence, les deux fillettes proposent leurs propres alternatives aux vicissitudes du monde des adultes, allant jusqu’à invoquer la fée de l’amour pour réconcilier les parents de Yuki. Si cette fantaisie touche les adultes, elle n’a pourtant aucun effet sur leur devenir et la rationalité triomphe sur les rêves.

Film d’une richesse incroyable malgré sa forme simple et dépouillée, Yuki & Nina combine le drame à la fable. Touchant, poétique et tout à la fois terriblement réaliste, le film parle de la séparation avec une infinie délicatesse. Les deux fillettes actrices, Noé Sampy et Arielle Moutel, y sont étonnantes de fraîcheur quand Hippolyte Girardot et Tsuyu, respectivement le père et la mère de Yuki, nous offre une interprétation sobre et convaincante de deux êtres qui s’aiment mais ne se comprennent plus. Après H story et Un couple parfait, Nobuhiro Suwa explore encore la culture française avec cette fois-ci Hippolyte Girardot comme guide. De retour au Japon, c’est pourtant bien le cinéaste nippon qui nous entraîne dans un monde fascinant loin des clichés d’un monde sururbanisé, préférant nous faire visiter ces forêts profondes où s’exprime encore une certaine harmonie de l’homme avec la nature.

Vent mauvais (Stéphane Allagnon, 2007): chronique DVD

VENT MAUVAIS
Un film de Stéphane Allagnon
Avec Jonathan Zaccaï, Aure Attika, Bernard Le Coq, Florence Thomassin, Guillaume Viry, Saïd Serrari, Jo Prestia
Genre: drame
Pays: France
Durée: 1h27
Date de sortie: 13 juin 2007
Editeur DVD: Gaumont
Date de sortie DVD: 6 mars 2008

Vent mauvais DVD

Franck, jeune informaticien intérimaire, débarque un jour dans une petite ville de bord de mer où la vie semble s’écouler lentement et paisiblement. Chargé de réparer un ordinateur qui s’occupe de la gestion des caisses dans un supermarché, il découvre rapidement avec incrédulité que le patron détourne de fortes sommes d’argent. Alors que l’intrigue se détourne subitement sur la disparition du précédent informaticien, le doute va s’installer dans l’imaginaire de Franck qui, du statut de petit rouage dans l’ignorance va peu à peu imposer sa présence et ses volontés. Face à lui, Hopquin en gérant avide mais patient tente maladroitement de cacher le fonctionnement de son arnaque. Rattrapés par un ancien magasinier qui désire sa part du gâteau, Franck et le gérant devront jongler avec ces nouveaux profiteurs.

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Vent mauvais est un petit bijoux de cynisme et de film hybride. Entre le drame et le polar, le ton forcé de certaines répliques lorgne du côté de la comédie. Stéphane Allagnon joue avec les effets, les moments de coupe, les ambiances et le jeu des acteurs avec une maîtrise saisissante et enjouée. Tout sonne juste dans le film, depuis les accessoires à peine visibles, jusqu’aux dialogues empreints de réalisme. Le film arbore une fausse sobriété, sobriété d’autant plus subtile qu’elle est amenée par une maîtrise technique indéniable. Jonathan Zaccaï, quasi omniprésent à l’image sort son épingle du jeu.

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On peut également voir dans Vent mauvais un film social tout comme Le couperet de Costa-Gavras. Si ce dernier film relate la déchéance d’un cadre prêt à tout pour s’assurer un poste au sein d’une entreprise, ici le point de vue est inverse, c’est le gérant qui est prêt à tout pour sauver son train de vie et sa malicieuse combine. Le rapport à l’argent est devenu le seul et unique moyen de communication entre le patron et ses “employés”. Source de convoitise, l’argent caractérise socialement les individus lorsque, durant une courte scène, la femme rétorque à Franck qu’elle désire bien plus qu’un intérimaire. L’argent trompe et aliène à tous les niveaux et le leçon finale du patron à Franck est saisissante: ton tour viendra, comme si la logique de l’arnaque vivait de façon cyclique, irrémédiable, inévitable.

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Volpone (Frédéric Auburtin, 2003): chronique DVD

VOLPONE
Un film de Frédéric Auburtin
Avec Gérard Depardieu, Daniel Provost, Gérard Jugnot, Inès Sastre, Robert Hirsch, Jean-François Stévenin
Genre: comédie
Pays: France
Durée: 1h30
Editeur DVD: Koba Films Vidéos
Date de sortie DVD: 20 août 2008

Volpone

Volpone, un escroc qui fuit ses créanciers, rencontre par hasard un autre parasite prénommé Mosca. Ce dernier tente d’abuser son public en prétendant être plus vieux qu’il ne paraît grâce à une décoction spéciale. Volpone, habitué aux supercheries, confond le faux vieillard et l’engage comme complice pour une escroquerie à venir. En effet à Naples Volpone se fait passer pour un riche vieillard aux abords de la mort pour attirer la cupidité des riches notables de la ville. Mosca et lui s’arrangent pour tromper tout ce beau monde et faire croire qu’un héritier sera désigné parmi eux. Mais le jeu se complique lorsque les deux scélérats essayent de s’escroquer eux-mêmes…

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Téléfilm techniquement très honnête, Volpone est l’adaptation d’une pièce comique de théâtre anglais de l’auteur Ben Johnson, rival de Shakespeare, au XVIIème siècle. Prenant comme cadre l’Italie de l’époque, les thèmes principaux dans cette histoire sont l’argent, la cupidité et la tromperie et l’on pense fortement à L’avare de Molière. Exercice de style avant tout, cette adaptation nous offre les cabotinages des acteurs Gérard Depardieu, Daniel Prévost, Gérard Jugnot, Robert Hirsch et Jean-François Stévenin. Si les dialogues font parfois mouche, l’interprétation est cependant superficielle et peu convaincante malgré le faste des décors et des costumes. Avec cette pléiade d’acteurs, l’on aurait été en droit d’attendre un numéro plus inattendu, plus impressionnant. Seule Inès Sastre sort son épingle du jeu et sa beauté rafraîchissante hypnotise l’attention. Après Un pont entre deux rives, co-réalisé avec son ami et acteur Gérard Depardieu et avant San Antonio, Frédéric Auburtin se place dans la lignée d’un cinéma populaire classique largement tourné vers la comédie à laquelle son film suivant, Envoyés très spéciaux, ne déroge pas.

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La folle histoire d’amour de Simon Eskenazy (Jean-Jacques Zilberman, 2009): chronique cinéma

LA FOLLE HISTOIRE D’AMOUR DE SIMON ESKENAZY
Un film de jean-Jacques Zilberman
Avec Antoine de Caunes, Mehdi Dehbi, Elsa Zylberstein, Judith Magre, Catherine Hiegel, Micha Lescot
Genre: comédie
Pays: France
Durée: 1h30
Date de sortie: 2 décembre 2009

La folle histoire d'amour de Simon Eskenazy affiche

Depuis sa séparation avec son ex-femme, Rosalie, dix ans plus tôt, Simon est désormais devenu un musicien accompli, interprète des plus grands morceaux de musique traditionnelle juive. Pourtant l’été de la canicule, sa vie va devenir soudainement mouvementée. Sa mère, âgée et avec laquelle il ne s’entend plus, vient habiter chez lui à cause d’une hanche fêlée. Son amant, Raphaël, professeur de philosophie, n’arrive pas à avouer sa véritable orientation sexuelle à son épouse. Rosalie, à son tour, débarque à Paris pour lui présenter son fils qu’il n’a jamais vu et enfin, Naïm, un travesti musulman, va prendre une place particulière dans sa vie. Simon ne sait plus où donner de la tête alors qu’il doit enregistrer un nouvel album et préparer un concert à New York.

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Suite directe de L’homme est une femme comme les autres, Antoine de Caunes reprend son personnage égocentrique du clarinettiste ayant tourné le dos à sa famille et à ses origines pour une nouvelle comédie d’une surprenante légèreté. Sur fond d’été caniculaire, l’entourage de Simon va tout à coup se mettre en branle et briser son quotidien tranquille. La quarantaine passée, Simon est désormais un homme qui vit son homosexualité avec apaisement et sérénité. Ici le personnage de Rosalie n’apparaît qu’en filigrane pour laisser la place à un fils de dix ans qui n’a jamais connu son père. Fils prodige, musicien lui aussi, parfaitement bilingue, il est élevé dans la plus pure tradition orthodoxe, au grand dam de ce père qui, bien qu’il ne cesse de le nier, aimerait enfin sentir la fibre paternelle s’éveiller en lui.

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Jean-Jacques Zilberman nous offre une comédie de mœurs parfaitement maîtrisée en introduisant un nouveau tabou, celui du travestissement contre l’appartenance religieuse. Avec humour et finesse, le cinéaste aborde le poids des faux-semblants, des mensonges et de l’intolérance. Naïm tente d’exister à travers les personnages féminins qu’il incarne quand Simon veut simplement l’aimer tel qu’il est. Au contraire Naïm éprouve envers les proches de Simon toute la tendresse que ce dernier est incapable d’exprimer. Simon ne se cache pas derrière une quelconque façade mais s’oblige à ne pas exprimer ses sentiments comme une sorte de réflexe de préservation. Au contraire Naïm, à fleur de peau, a besoin de l’habit féminin pour se sentir fort, aimé et regardé. Véritable révélation du film, Mehdi Debhi incarne à la perfection ce rôle à plusieurs voix, tour à tour homme fragile mais terriblement séduisant et femme fatale étonnamment culottée.

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Autre thème abordé, celui des générations. Loin des siens, Simon n’a jamais regarder ni le passé ni l’avenir. Avec sa mère encombrante et ce fils nouveau venu, c’est toute une chaîne familiale qui se reconstruit, non sans quelques crissement de dents. Entre une femme handicapée qui a connu l’horreur des camps et un fils qui a besoin de son père pour continuer à grandir, Simon apprend à faire des concessions pour maintenir l’équilibre. Pour emmener tout ce petit monde virevoltant, Jean-Jacques Zilberman convoque la musique yiddish avec maestria sans oublier les très belle référence à Charlie Chaplin. La folle histoire d’amour de Simon Eskenazy mêle des dialogues savoureux à quelques pointes tragiques sans pour autant tomber dans le film communautaire. La culture juive y est tour à tour célébrée et malmenée en évitant toute caricature. Antoine de Caunes, plus séduisant que jamais, semble se fondre dans son personnage sans aucune difficulté, lui insufflant mélancolie et fantaisie facétieuse.

D’une seule voix (Xavier de Lauzanne, 2009): chronique cinéma

D’UNE SEULE VOIX
Un film de Xavier de Lauzanne
Genre: documentaire, musical
Pays: France
Durée: 1h23
Date de sortie: 11 novembre 2009

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Jean-Yves Labat de Rossi, producteur de musiques classiques et traditionnelles, ancien rocker et hippy dans les années soixante-dix, organise en 2004 un concert à Jérusalem d’artistes Israéliens juifs, Israéliens arabes et Palestiniens. Deux ans plus tard il souhaite organiser une tournée de ces musiciens dans toute la France et part à Jérusalem et à Gaza pour mettre en place le projet. Ainsi le Jerusalem Oratorio Chamber Choir, L’Ensemble Musical de Palestine, le groupe israélien Ashira, le chœur d’enfants de Taibeh accompagné du chœur Efroni, l’artiste pop Eti Castro et le chanteur hip-hop Sameh Zakout se retrouvent sur les routes de France pour quatorze concerts. Un voyage dans les coulisses de cette aventure peu ordinaire à l’heure où le conflit israélo-palestinien manifeste son impasse. Entre complicités musicales et tensions identitaires, les relations humaines au jour le jour.

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Projet complètement indépendant né à la suite de la captation du premier concert D’une seule voix à Jérusalem, le film qui suit la tournée française révèle à la fois les points forts du projet (la rencontre et surtout la vie quotidienne que les musiciens partagent) mais aussi les inconvénients qu’un tel projet suscite lorsque les moyens techniques ne suivent pas. Tourné à une seule caméra en effectuant en même temps la prise de son, le réalisateur Xavier de Lauzanne court littéralement après son film qui fatalement s’essouffle à plusieurs reprises en essayant de capter la scène, les coulisses et les problèmes d’organisation de la tournée qui s’apparente à un joyeux bazar. Formellement pauvre car tourné « à l’arrache », les différentes séquences se précipitent les unes après les autres sans véritable sérénité, un constat d’autant plus dommageable que le sujet, et les protagonistes, se révèlent attachant et iconoclastes.

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En effet les différentes personnalités font l’atout du film. Des personnalités fortes et originales qui nous rappellent combien derrière toute cette problématique israélo-palestinienne se cachent des individus certes d’origines diverses, mais qui partagent pourtant de nombreux points communs, à commencer  l’amour de la musique. Que ce soit Atef, en quelque sorte le responsable de l’Ensemble Musical de Palestine qui doit gérer les comportements inappropriés de ses musiciens, ou encore Haggy, chef du cœur de la Jerusalem Oratorio Chamber Choir, qui prend conscience des différences sociales dont chacun est issu, ce sont deux musiciens qui expriment leurs sentiments sur le projet et sur les difficultés à mener ce même projet à terme, une problématique assez éloignée d’une pure réflexion politique sur le conflit, seulement évoquée lors d’une discussion houleuse sur le trajet en bus.

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Car les tensions inévitablement ce font jour, tensions que tente de réfréner à tous pris Jean-Yves Labat de Rossi, qui sent que son projet peut lui échapper des mains à tous moments. Face à des remarques acérées ou des non-dits qu’expriment certains, c’est paradoxalement de deux jeunes artistes qu’émanent une connivence sans pareil. Eti Castro et Sameh Zakout, respectivement juive israélienne et arabe israélien, ont travaillé précédemment sur un CD mutuel et leur duo fonctionne sans aucune arrière-pensée. Elle, chanteuse pop, et lui chanteur hip-hop se produisent ensemble en hébreux et en arabe, mettant l’ensemble du public à l’unisson sur des rythmes contemporains enlevés. Qu’elle agite un kheffieh malgré la protestation de ses pairs, ou qu’il chante le cœur sur la main lorsqu’il s’exprime en hébreux, le duo témoigne d’une espérance folle dans la complicité des deux cultures, une complicité qui va heureusement finir par s’étendre dans le groupe. L’actualité rattrapant le documentaire, les frappes à Gaza au tout début 2009 ont fait perdre au groupe l’un des leurs. Constat bien pessimiste, la musique n’a pour l’instant pas recouvert le bruit des bombes, pourtant chacun dans le groupe garde l’espoir d’une possible entente qui permettrait aux différentes cultures d’exprimer le meilleur d’elles-mêmes.

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4 ème Festival Franco-Coréen du film du 4 au 17 novembre

affiche festival du film coréen 2009

affiche festival franco-coréen du film 2009

Pour la quatrième année consécutive, le Festival Franco-Coréen du film se tient à Paris au cinéma Action Christine du 4 au 17 novembre. Initié par l’association 1886 qui tient à promouvoir les échanges et les activités cinématographiques entre la Corée et la France, ce festival est l’occasion de découvrir de nombreux films coréens inédits, aussi bien longs que courts métrages, mais aussi des films plus anciens qui constituent un patrimoine culturel riche et singulier.

Cette année encore sera donc l’occasion de découvrir quelques perles rares

Children in the firing range (Kim Soo-yong, 1967)
Parade of wives (Im Kwon-taek, 1974)
Six daughters (Bae Seok-in, 1967)
Testimony (Im Kwon-taek, 1973)

3xFTM affiche

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Mais surtout un beau panel de films récents :

3xFTM (Kim Il-rhan, 2008) documentaire
A.U.D.I.T.I.O.N. (Kim Seong-jun et Lee Je-cheol, 2009)
My friend & his wife (Shin Dong-il, 2006)
Norwegian woods (No Zin-soo, 2009)
Portrait de famille (Kim Young-jo, 2007) documentaire
Potato symphony (Jeon Taek, 2008)
Punchlady (Kang Hyo-jin, 2007)
Rough cut (Jang Hoon, 2008)
The mountain in the front (Kim Jee-hyun, 2009) documentaire
Viva! love (Oh Jeoum-kyun, 2007)

my friend and his wife affiche

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Dans la catégorie des courts métrages, le public ne sera pas en reste avec une sélection de dix films :

Balcon à part (Gwak Mi-sung, 2008)
Coldblood (Park Mi-hee, 2008)
Dust kid (Jung Yumi, 2009) animation
Fish (Byun Byung-jun, 2008)
Hybrid (Saino Kim, 2008)
Stop (park Jae-ok, 2008) animation
Suicidal variations (Kim Gok et Kim Sun, 2007) expérimental
Too bitter to love (Gone, 2008)
Unfamiliar dreams (Kim Ji-gon, 2008) documentaire
Untitled (Park Junyeong, 2007)

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Dans la section Regards Croisés, le festival propose cinq courts métrages coréens accompagnés de cinq courts métrages français :

Auld lang syne (So Joon-moon, 2007)
Boy meets boys (Kim Jho Gwang-soo, 2008)
I am (Kim Hea-in, 2008)
Run, vino (Hong Dong-myung, 2007)
Within (Lee Hye-in, 2008)

Le baiser (Julien Eger, 2007)
Les filles de feu (Jean-Sébastien Chauvin, 2008)
Tel père, telle fille (Sylvie Ballyot, 2007)
Un peu de soleil dans les yeux (Stéphane Botti, 2009)
Une si petite distance (Caroline Fournier, 2008)

De quoi donc s’abreuver de films coréens sans restriction avec, cerise sur le gâteau, un film d’ouverture qui n’est autre que le génialissime Breathless (chroniqué dans nos pages) par le réalisateur Yang Ik-june et le film de clôture, Robot Taekwon V, film d’animation de 1976 réalisé par Kim Chung-gi. Deux must à ne manquer sous aucun prétexte.

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Liberté (Tony Gatlif, 2008): chronique cinéma

LIBERTE
Un film de Tony Gatlif
Avec Marc Lavoine, Marie-Josée Croze, James Thiérrée, Rufus, Carlo Brandt
Genre: drame
Pays: France
Durée: 1h51
Date de sortie: 2 février 2010

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Une famille de Tziganes arrivent aux abords d’un petit village de campagne comme chaque année pour les vendanges. Théodore, le maire, vétérinaire de son état, les prévient des nouvelles dispositions prises par le régime de Vichy, les communautés nomades sont désormais interdites. Se sentant peu concernés par les lois, les Bohémiens continuent de vivre selon leurs coutumes, accompagnés d’un petit orphelin, P’tit Claude qui les a suivi sur la route et qui est bientôt recueilli par Théodore. L’enfant s’est pris d’affection pour Taloche, le bohémien violoniste et rêveur un peu fou. La police, la Gestapo et les collaborationnistes rôdent jusqu’au jour où la famille tzigane est raflées pour être internée dans un camp de concentration pour les roms. Théodore, accompagnée de Mlle Lundi, institutrice et résistante, décide alors de céder la vieille maison de pierre de son grand-père aux Bohémiens pour qu’ils échappent à la réglementations des nomades. Mais le besoin de liberté ne connaît pas de frontière ni de mur, le voyage est à leurs yeux inséparable de leur existence.

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Trois ans après Transylvania, son précédent film, Tony Gatlif aborde de nouveau avec Liberté l’un de ses thèmes les plus chers, celui du voyage comme principe vital. Le cinéaste aime les personnages sans attache, sans maison, qui fuient leur passé sans se soucier de l’avenir, des êtres qui vivent l’instant présent comme un don du ciel, qui ne peuvent se résoudre à intégrer les règles et les dogmes du plus grand nombre. Mais cette fois-ci Tony Gatlif s’est détourné de la pure fiction pour s’inspirer du réel, celui de la déportation, de la concentration et du massacre des Tziganes d’Europe sous le régime Nazi. Très attaché à cette communauté itinérante, le cinéaste avait jusqu’ici évité de porter un regard sur l’histoire. C’est par l’entremise de deux Justes, Théodore et Mlle Lundi inspirés de véritables personnages historiques, qu’il nous permet d’approcher cette culture singulière, presque insaisissable de ceux qui emmènent leurs maisons avec eux.

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Contre toutes les barrières, aussi bien celles du pré où paissent leurs chevaux, que celles des pays qu’ils traversent ou bien encore celle de la langue (ils parlent plusieurs langues sans vraiment en parler aucune), les Bohémiens vivent leur vie à l’écart de toute appréhension de la société qui les entoure. Selon eux, ne pas avoir d’identité, d’adresse ou de métier, au sens littéral du terme, mène à la liberté complète là où tous veulent les cataloguer, les parquer, les humilier. Car échapper à toutes les conditions institutionnelles équivaut à ne pas se soumettre. Suprême manifestation d’indifférence, Taloche, le bohémien fantaisiste, se tamponne les fesses comme la secrétaire de mairie tamponne son carnet anthropométrique, sorte de visa d’exception qui permet aux autorités de contrôler les déplacements des Tziganes.

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Face au drame terrible des déportations, Tony Gatlif impose sa patte joviale et musicale. Véritable ode à la liberté d’être, les musiques tziganes irriguent cette insatiable volonté d’émancipation et d’indépendance. Les notes et les mélodies entraînent les personnages, et les spectateurs par la même occasion, dans un tourbillon d’insoumission momentanée. Image terrible du film, Taloche trouve sur un rail une montre gousset aux caractères hébreux abandonnée sur la chaussée. Seule image véritablement fixe du film, le tic-tac assourdissant de l’objet annonce l’horreur à venir. Sans écarter cette dimension tragique, le réalisateur ne se laisse pourtant pas piéger par la dramatisation à outrance des faits. Bien au contraire il préfère souligner l’énergie débordante de vie de ceux qui ne seront bientôt plus.

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Le syndrome du Titanic (Nicolas Hulot et Jean-Albert Lièvre, 2007): chronique cinéma

LE SYNDROME DU TITANIC
Un film de Nicolas Hulot et Jean-Albert Lièvre
Genre: documentaire
Pays: France
Durée: 1h33
Date de sortie: 7 octobre 2009

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Ancien reporter photo et animateur de l’une des émissions phares du petit écran, Nicolas Hulot s’est depuis quelques années tourné vers le militantisme écologique sur la scène politique. Son discours, ses constats, son argumentation, il les délivre depuis longtemps sous la forme de livres, de propos et d’engagements qu’il destine à tous. Rien d’étonnant à ce qu’il tente, cette fois, le médium cinématographique pour faire passer son message et sa colère. Mais Le syndrome du Titanic ne se veut pas seulement documentaire écologiste. Il est aussi un essai philosophique sur la nature de l’homme et sa place dans le monde, ou encore une analyse sociale des disparités des peuples entre l’hémisphère Nord et l’hémisphère Sud. Il est enfin une violente critique économique contre le capitalisme sauvage qui n’a d’autre mot d’ordre que la croissance à tout prix. Discours politique, réflexion humaniste et cri d’alarme, Le syndrome du Titanic nous plonge dans l’obscurité d’une société humaine en crise.

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Le cinéma a depuis quelques années pris le wagon de la prise de conscience du problème écologique. Que ce soient les documentaires davantage tournés vers la contemplation de la Nature (Microcosmos, Le peuple migrateur, La planète blanche) ou le combat de la Nature contre l’Homme (Une vérité qui dérange ou The cove – la baie de la honte plus récemment), Le syndrome du Titanic creuse davantage le sillon des conséquences de l’activité humaine sur l’évolution de notre planète, sillon notamment engagé par le documentaire très esthétisant de Yann Arthus-Bertrand, Home. Mais le long-métrage de Nicolas Hulot veut aller plus loin que les pures considérations environnementales et la réflexion se glisse d’entrée de jeu (dès le générique de début en fait) vers une pensée plus globale du phénomène humain.

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Les considérations cosmiques qui ouvrent le bal risquent d’en désarçonner plus d’un. Nicolas Hulot nous parle de galaxies, de formation de l’atome, de la Terre puis de la vie sur notre planète pour nous remettre à notre juste place d’animal pensant qui, depuis qu’il est apparu, a fait du chemin en harmonie avec la nature avant de briser cet équilibre à l’ère industrielle. Ce message malheureusement restera obscur à nombre de spectateurs tant il est parsemé au fil du film sans véritable cohésion. De plus le narrateur parsème son message de considérations humanistes, sociales et économiques qui sans aucun doute perdront d’autres spectateurs en route. Le syndrome du Titanic se veut amitieux, trop peut-être au regard des une heure trente que dure le documentaire. Plus qu’un documentaire écologiste donc, Nicolas Hulot tente une réflexion plus engagée sur le rôle de l’homme dans la machinerie mondiale.

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L’angle d’attaque du film est par ailleurs original et se démarque immédiatement des autres documentaires semblables, Nicolas Hulot y parle de sa propre trajectoire d’écologiste en devenir. D’aucun argumentera la mégalomanie de l’animateur, d’autres railleront le moralisme des propos. Pourtant il n’en est rien car si le co-réalisateur appose bien sa voix sur le film, le discours se veut avant tout personnel dans l’espoir que sa propre expérience viennent éclairer quelques lanternes. Car lorsqu’il pointe du doigt une société marchande qui porte aux nues les futilités, il se range lui-même dans cette catégorie des peuples qui ont tout et qui ne se contente de rien. Enfant du capitalisme à outrance, il en comprend donc davantage les difficultés à surpasser cette position pour regarder ailleurs, notamment vers le Sud où les ravages de l’économie mondiale se perçoivent au centuple par rapport aux pays ultra-industrialisés.

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Si le documentaire a le courage de souligner la nécessaire richesse et différence des peuples, richesse elle-même menacée par la globalisation marchande, le film met de côté toute tentative de solutions. Tout juste en invoquant la seule énergie infiniment renouvelable, celle du soleil, l’auteur laisse dans l’ombre les voies à prendre pour repenser l’homme et ses civilisations. Peut-être le film contient une première réponse dans sa forme même, celle du voyage et du regard vers l’autre, prélude à une meilleure compréhension et appréhension de nos congénères qui, sous certaines latitudes, n’ont d’autres choix que de vivre avec peu sans pour autant se plaindre.

Mensch (Steve Suissa, 2009): chronique cinéma

MENSCH
Un film de Steve Suissa
Avec Nicolas Cazalé, Sami Frey, Anthony Delon, Maurice Bénichou, Myriam Boyer, Max Baissette de Malglaive, Sara Martins, Michaël Abiteboul, Fabrice Bénichou, Evelyne Bouix
Genre: drame, polar, policier
Pays: France
Durée: 1h27
Date de sortie: 25 novembre 2009

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Casseur de coffres-forts et père d’un petit garçon qu’il élève seul, Sam tire le diable par la queue pour offrir à son fils une existence normale. Après un coup réussi à Nice avec son comparse Tonio, Simon Safran, le caïd du quartier juif de Paris, s’intéresse à lui. Le passé ressurgit alors dans la vie de Sam quand son grand-père, Victor, le met en garde sur ses fréquentation avec Simon. Pourtant Sam accepte l’offre d’un casse d’un receleur de bijoux. Entre sa famille qui désespère de le voir trouver un véritable travail et sa petite amie à qui il n’a pas encore avoué la vérité, Sam désire ardemment devenir un mensch, un homme bien mais le casse tourne mal et met Sam au pied du mur.

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Polar au ton résolument réaliste et dramatique, Mensch s’éloigne souvent des clichés du genre pour se rapprocher davantage de ses personnages ; Sam le voleur un peu perdu, Tony l’ami fidèle, Simon le gangster paternaliste. Film de comédiens avant tout, et rappeler que Steve Suissa est lui-même acteur n’est pas inutile, le film donne la part belle aux scènes de dialogues plutôt qu’à des scènes d’action. Le sujet est donc la lente descente aux enfers d’un homme qui fait tout pour aimer et protéger son fils dans un monde qui lui échappe. L’intrigue conventionnelle d’un casse qui tourne à la catastrophe rejoint celle d’un passé qui ressurgit sans crier gare. Sam apprend donc à connaître les siens sans pour autant accepter une vie honnête que son grand-père lui propose. Farouchement indépendant et doué dans sa profession, il entrevoit malgré tout les limites de son choix au contact d’Helena, sa petite-amie journaliste rencontrée par accident.

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Le film offre donc une brochette de comédiens à l’interprétation impeccable, aussi bien Nicolas Cazalé dans la peau du jeune homme se cherchant un avenir que Maurice Bénichou dans celui de Simon Safran, le gangster juif qui tient d’une main de fer les affaires du quartier ou encore Sami Frey, étonnant en épicier de luxe dont la seule valeur véritable est le travail honnête et droit, valeur qu’il n’arrive pas malgré ses efforts à transmettre à son petit-fils. Le trio d’acteurs est accompagné de seconds rôles tout aussi justes avec notamment Anthony Delon sous les traits de Tonio Massari, là on repense bien sûr aux rôles de gangster tenus par son père dans les années soixante-dix, et Sara Martins, entrevue dans Fragile(s), qui s’installe dans le rôle de la petite-amie bientôt décontenancée par le style de vie de l’homme qu’elle aime.

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L’interprétation mise à part, le film souffre cependant de maladresses scénaristiques et d’une mise en scène parfois décevante. L’enchaînement des scènes est souvent hasardeuse et quelques raccourcis faciles mettent à mal le réalisme du film. Les scènes d’action ne sont pas le fort du cinéaste qui préfère se concentrer sur les scènes de face à face dialogué, scènes particulièrement réussies. On se souvient de son précédent long-métrage Cavalcade, très peu convaincant, ou encore Le grand rôle, avec Stéphane Freiss et Bérénice Béjo, plus réussi. Ici Steve Suissa tente de maîtriser les codes d’un genre particulièrement prisé du public, le polar. Avec une écriture plus rigoureuse, Mensch aurait gagné en intensité et en émotion, reste une performance d’acteurs de très bonne facture, Nicolas Cazalé en tête, qui nous rappelle combien il est l’un des meilleurs comédiens de sa génération après ses réussites dans Le grand voyage, Pars vite et reviens tard, U.V. et Le fils de l’épicier. Mine de rien il offre à chaque fois une interprétation solide et à fleur de peau dans des rôles forts différents.

Nos lieux interdits (Leïla Kilani, 2008): chronique cinéma

NOS LIEUX INTERDITS
Un film de Leïla Kilani
Genre: documentaire
Pays: France, Maroc
Durée: 1h48
Date de sortie: 30 septembre 2008

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Sous le régime d’Hassan II au Maroc, entre les années soixante et quatre-vingt, des milliers d’opposants politiques sont assassinés, torturés ou portés disparus. Ce drame est longtemps resté sous silence, empêchant de nombreuses familles de victimes de faire leur travail de deuil. Alors que la mort du roi en 1999 engage une ère nouvelle pour le pays, une Instance Equité et Réconciliation est mise en place en 2004 par le gouvernement pour indemniser les familles. Pourtant pour la plupart le silence reste la règle et le manque d’informations empêche tout travail exhaustif. De nombreux corps restent non identifiés, les lieux de mort restent fermés et inaccessibles, le face à face avec l’histoire reste douloureux. Auprès de quatre famille, de quatre tragédies, le film recueille quelques paroles, quelques gestes qui disent toute la détresse d’un peuple, d’une époque.

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Documentaire co-produit par la France et le Maroc, la cinéaste Leïla Kilani s’est vue confier la grande responsabilité de filmer tout le processus liés à l’Instance afin de constituer une immense archive audiovisuelle sur des évènements restés jusque là tabous, jusque là frappés du sceau du silence. Mais pour creuser davantage son propos la réalisatrice a rencontré, chez elles, des familles qui, avec leurs mots, leurs hésitations, leurs souvenirs perdus, leurs frustrations et leurs peurs, évoquent ce qui ne peu être raconté ni filmé. La répression politique s’est doublée d’une horreur indicible, invisible, relayée par les rumeurs et le manque totale de trace. En filmant ces familles dans leurs salons, à la fois lieu privé et lieu public où l’on reçoit les invités, ces familles victimes d’un système autoritaire témoignent de la double nature du drame, le drame national, celui d’une nation toute entière, blessée dans son corps social, et le drame familial, celui d’un époux, d’un frère ou d’un père disparu, mort quelque part ou rescapé d’atrocités dont on ne peut décrire le moindre détail.

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Sur le modèle documentaire qui choisit de ne pas reconstituer, de ne pas rendre spectaculaire ce qui est horrible, de s’adapter aux nombreux silences de celles et ceux que l’on interroge, Leïla Kilani pose son film dans un sillon comparable aux travaux de Claude Lanzmann ou de Rithy Panh. Si sur le fond elle respecte et poursuit ses prédécesseurs, elle n’arrive pas néanmoins à convaincre sur la forme, trop marquée de cet économie de moyens qui parfois joue contre le film. Image vidéo, cadres peu composés, montage certes lisible et compréhensif, il manque au documentaire un travail technique irréprochable mais aussi une mise en perspective des familles interviewées dans leur intimité et ces lieux demeurés inaccessibles à la population.

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Plaie encore trop vive pour la plupart, l’Instance Equité et Réconciliation semble totalement démunie face au problème. Dans son désir de reconnaître la douleur de ces familles sans pour autant juger les coupables, le gouvernement marocain se place dans une étrange position. Main généreuse d’une part et protecteur des assassins de l’autre, il ne mène qu’une partie de l’enquête (identification des familles, des gens disparus et des corps retrouvés) sans avoir la volonté totale d’investiguer sur celles et ceux qui ont mis en place un tel système de liquidation. Dans des fosses communes ou des tombes disposées ça et là, ce ne sont que quelques victimes qui refont surfaces. Le témoignage des rescapés est encore plus terrible, ils n’ont souvent rien vu, tout au mieux entendu. Quand la vue fait défaut et que les souvenirs sonores s’estompent, il ne reste plus grand chose pour rétablie la vérité, sinon interroger ceux qui ont le geste. Rithy Panh ne s’y était pas trompé dans S21, la machine de mort khmère.

Je suis heureux que ma mère soit vivante (Claude et Nathan Miller, 2008): chronique cinéma

JE SUIS HEUREUX QUE MA MERE SOIT VIVANTE
Un film de Claude et Nathan Miller
Avec Vincent Rottiers, Sophie Cattani, Christine Citti, Yves Verhoeven
Genre: drame
Pays: France
Durée : 1h30
Date de sortie : 30 septembre 2009

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A quatre ans Thomas est abandonné par sa mère Julie et aux côtés de son très jeune frère Patrick, ils entameront une nouvelle vie auprès de parents adoptifs qui rebaptisent Patrick en François. Mais Thomas n’est pas heureux, il pense toujours à sa mère biologique dont le souvenir, qui s’estompe avec les années, restent vivaces. A douze ans il fugue son internat pour se renseigner auprès des institutions sociales et retrouve la trace de Julie. Devenu jeune homme, Thomas décide de franchir le pas et frappe à la porte de celle qui l’a enfanté. Thomas et Julie renoue alors des rapports étranges, mêlés d’affection et de considération mais aussi de gêne et de non-dits. Thomas entame alors une double vie qui va peu à peu glisser dans le drame…

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Réalisé à quatre mains par le réalisateur Claude Miller et fils, Je suis heureux que ma mère soit vivante est à l’origine un article d’Emmanuel Carrère sur un fait divers. Véritable drame familial, Thomas se bat contre lui-même en repoussant ses parents adoptifs et en rêvant d’un bonheur qui n’aura jamais lieu avec sa mère biologique qui les a abandonné, lui et son frère. La grande audace du film est la relation des faits sur une grande période de temps, depuis les mois qui précèdent l’abandon alors que Thomas n’a que quatre ans, jusqu’au moment où il retrouve sa mère alors qu’il est désormais majeur. Une grande période de temps où pourtant la douleur n’a jamais cesser de poindre, de travailler le garçon, de l’empêcher de vivre au contraire de son jeune frère, appelé désormais François, qui a choisi de tourner cette page difficile.

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Par le montage en flashback, Claude et Nathan Miller formalisent les souvenirs qui resurgissent comme de lointain échos. L’irresponsabilité de Julie, la rencontre avec les parents adoptifs, les vacances d’été, le premier face à face entre Thomas et sa mère, ce sont tous ces moments cruciaux qui s’imposent à la mémoire du jeune homme malgré lui. Ces souvenirs vont précisément nourrir une violence psychologique sourde que Thomas reconduira contre ses parents d’adoption, en particulier son père qui va peu à peu sombrer dans une profonde dépression. Thomas fait mal à ceux qu’il aime autant que sa mère a pu lui faire du mal à lui en le laissant s’occuper de son frère bébé pendant plusieurs jours avant d’être pris en charge par l’assistance publique. Thomas, trop âgé pour oublier mais pas assez jeune pour ne pas conserver de séquelles, va désormais refuser l’autorité de quiconque.

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Cette mère qu’il a fantasmé à travers tous ces souvenirs, ne va pas combler toutes ses attentes alors qu’il la rencontrera. Détachée de son ancienne vie, elle est de nouveau la mère d’un petit garçon. Aussi déficiente qu’elle a pu être dans sa jeunesse en terme d’éducation, Thomas va s’inscrire dans une logique du grand frère en s’appropriant une place dans cette nouvelle famille, une place qu’il décide de dissimuler aux yeux de sa mère d’adoption. Incompris et mal aimé durant toute son enfance, il entrevoit les mêmes mécanismes à l’œuvre envers son nouveau petit frère, situation qu’il ne peut décidément plus supporter. Sa quête, celle de ses origines, bute alors contre une dure réalité sociale et maternelle. Dans le registre réaliste et immédiat, l’on suit le jeune homme dans la tourmente de son comportement d’inadapté contre lequel aucun lien aussi fort soit il avec son entourage ne permettront d’éviter le drame. Je suis heureux que ma mère soit vivante, un film prenant, sensible, touchant avec comme cerise sur le gâteau une performance éclatante de Vincent Rottiers et de Sophie Cattani en parent/enfant complètement perdus.

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Pluie du diable (Philippe Cosson, 2009): chronique cinéma

PLUIE DU DIABLE
Un film de Philippe Cosson
Genre: documentaire
Pays: France
Durée : 1h26
Date de sortie : 18 novembre 2009

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Entre 1962 et 1975, l’armée américaine a déversé à elle seule sur le Laos, pays limitrophe du Viêt Nam et plaque tournante des apports d’armes de la Chine en destination des troupes Viêt-minh, plus de bombes que toutes les bombes larguées durant la Seconde Guerre Mondiale. Furent notamment utilisées les B.A.S.M., ou Bombes A Sous-Munition, des petits engins en forme de balles de tennis larguées dans des coquilles qui s’ouvrent lors de la chute pour favoriser la dissémination des petites bombes et provoquer un maximum de dégâts. Pourtant cet armement est l’un des moins fiables qui existe, son taux d’explosion à l’impact peut descendre à quelques pour-cents, laissant dans la nature des milliers de bombettes prêtent à exploser à la moindre manipulation. Encore aujourd’hui, plus de cinq cents victimes sont recensées chaque année à travers le Laos. Trente ans après, alors que la jungle recule pour laisser s’étendre les zones urbaines et agricoles, certains paysans et enfants se retrouvent amputés. Véritablement contaminés par ces balles meurtrières, le pays souffre de ne pas pouvoir vivre sans la peur quotidienne d’une explosion.

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L’on connaît les ravages causés pendant la guerre du Viêt Nam et encore aujourd’hui dans ce même pays mais également au Cambodge, l’on connaît moins par contre l’implication du Laos et ses conséquences directes. Pris entre deux feux sous la pression mutuelle des Etats-Unis et du gouvernement communiste chinois, le Laos est devenu une tenaille, basses arrières et passages de troupes pour certains, nids infectés de Viêt-minh pour les autres. Si aucun soldat américain n’avait le droit de franchir la frontière (l’on sait aujourd’hui que des unités d’élite ont agi au-dehors de leurs prérogatives), les troupes Viêt-nimh ne s’en privaient pas et même harcelaient la population laotienne pour aider à l’effort de guerre. Dans un pays encore exclusivement rural avec un fort taux d’analphabétisme et surtout un appareil médiatique quasi inexistant, le Laos s’est retrouvé dans une guerre dont les plaies sont encore aujourd’hui à vif.

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Trente ans de climat tropical font parfois ressurgir de terre ces boules explosives hautement instables dont les plus démunis aiment à récupérer le fer pour le revendre contre quelques kips, manipulant les bombes au mépris de tout danger. Pire certains accident privent les agriculteurs de leurs forces de travail. La perte d’une jambe ou d’un bras, parfois la cécité, viennent empêcher l’homme dans sa force de l’âge de travailler sa terre, devenant par la même un poids supplémentaire pour les siens, le plus souvent déjà pauvres. Hormis quelques associations humanitaires et pacifistes et quelques représentants du gouvernement laotien actuel, peu de gens semblent comprendre la détresse et l’urgence dans laquelle le pays se trouve. Mais le constat du film est plus ample, le Laos n’est pas le seul pays à être victime de ces bombettes souvent laissées sur place longtemps après les conflits, laissant les populations civiles se débrouiller avec cette pollution explosive.

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Interrogés, les lobbies de l’armement ferment toutes portes au dialogue. Si des accords semblent se profiler sur l’interdiction d’utilisation et la cessation de toute production de ces B.A.S.M., peu de pays utilisateurs sont enclins à les signer ou ne serait-ce même les ratifier. Quand le cinéaste se rend à l’une des grands salons de l’armement, on mesure tout le cynisme d’un tel commerce. Tous les engins de mort sont exposés avec soin et délicatesse avec la mise en avant de leurs performances. Les minis-bombes sont elles aussi disposées sur des socles avec explication à l’appui. L’armement brasse chaque année dans le monde plus de 3000 milliards de dollars. Quelques millions permettraient déjà de venir en aide au Laos pour se débarrasser de ses 84 millions de bombes réparties sur près de 80% du territoire. La course au profit n’a malheureusement que faire d’un tel « détail » de l’histoire.

Le dernier pour la route (Philippe Godeau, 2009): chronique cinéma

LE DERNIER POUR LA ROUTE
Un film de Philippe Godeau
Avec François Cluzet, Mélanie Thierry, Michel Vuillermoz, Eric Naggar, Lionel Astier, Marilyne Canto, Anne Consigny, Bernard Campan
Genre: Drame
Pays: France
Durée : 1h47
Date de sortie : 23 septembre 2009

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Journaliste et patron d’une agence de presse, Hervé est au bout du rouleau. Las de sa dépendance à l’alcool et des dégâts que celle-ci a causé au sein de sa propre famille, il décide d’entamer une cure de désintoxication dans un centre spécialisé au bord du lac Léman. Sur place il y rencontre d’autres malades qui tentent eux aussi d’échapper à l’étau de la boisson. Il partage sa chambre avec Pierre, très grand buveur atteint d’une cirrhose et avec qui il se lie très vite d’amitié. Il y rencontre aussi Magali, une jeune femme de vingt-trois ans qui l’intrigue. Ils côtoient également Carol et Marc, ses deux thérapeutes anciens malades alcooliques eux-aussi. Si l’alcool est désigné comme l’ennemi commun, chacun doit faire face à ses propres démons, son propre passé, ses propres expériences. Le premier ennemi de chacun est soi-même et Hervé doit lui aussi commencer par reconnaître sa maladie avant d’entamer un lent processus de reconstruction, loin des siens et de son travail. Sur le chemin il prendra la pleine mesure des dégâts causés.

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Adapté du livre éponyme écrit par Hervé Chabalier lui-même, grand reporter et directeur de l’agence Capa, Le dernier pour la route s’offre comme un témoignage au quotidien d’une lutte contre un ennemi intime, cette maîtresse insatiable et destructrice selon les propres mots de l’auteur, qu’est l’alcool. Le film commence par ses fameux derniers verres avant le voyage vers cette institution de désintoxication, volontairement placée loin de tout dans un paysage grandiose qui permet aux patients de retrouver un certain équilibre. Privé de sorties et de téléphone dans un premier temps, les cinq semaines de programme sont vécues tout d’abord douloureusement. La perte des repères certes mais surtout l’impossibilité de consommer ne serait-ce que quelques gouttes d’alcool sont les premiers obstacles auxquels sont confrontés les patients. Des obstacles surmontés par la thérapie de groupe notamment. Reconstruire des liens avec son entourage là où, souvent, l’isolation était devenue la seule solution pour boire sans sentir le regard culpabilisant d’autrui.

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Porté par l’interprétation sobre mais juste de François Cluzet et par celle radicale de Mélanie Thierry dans le rôle d’une jeune paumée qui ne peut que se résoudre à détruire son corps que pour se sentir davantage libre, le film affronte ce sujet délicat, et pour beaucoup encore tabou, sans moralisme ni démagogie bien pensante. Le film ne traite pas tant de l’alcool lui-même que des victimes dont l’alcool a pris en main la vie, le destin, le sort. Des êtres qui sont désormais incapables de composer sans la moindre goutte, des êtres qui pour quelques sensations de bonheur ont renoncé sans s’en apercevoir à tout ce qui les entoure. La dépendance est une prison sans barreau mais une prison qui isole l’individu sans ménagement.

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Non sans quelques maladresses de mise en scène (les scènes caméra à l’épaule des moments critiques de la vie d’Hervé ou encore l’insistance des gros plans sur les verres pour démontrer l’obsession), le film accumule les jeux de regards pour tisser les enjeux de la thérapie ; regards d’Hervé sur lui-même, le regard des thérapeutes sur les patients, le regard des patients entre eux, le regard de l’épouse sur son mari, le regard du fils sur son père, etc. Des regards terribles, parfois accusateurs, mais aussi des regards compréhensifs et indulgents, des regards d’amitiés et des regards amoureux. Hervé, le journaliste, l’observateur, porte désormais un autre regard sur le monde, celui d’une victime contre une guerre plus silencieuse mais bien réelle que son corps a dû mener contre la dépendance.

Joueuse (Caroline Bottaro, 2008): chronique cinéma

JOUEUSE
Un film de Caroline Bottaro
Avec Sandrine Bonnaire, Kevin Kline, Francis Renaud, Jennifer Beals, Alexandra Gentil, Alice Pol, Elisabeth Vitali
Genre: comédie dramatique
Pays: France
Durée: 1h37
Date de sortie: 5 août 2009

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Dans un petit village corse, Hélène est une femme de ménage sans histoire qui mène sa vie quotidienne avec son mari, Ange, et sa fille, Lisa. Très amoureuse de son mari, Hélène avait tout quitté pour venir vivre avec lui mais les années passées, leur relation s’est peu à peu muée en tendre affection. Un jour Hélène observe un couple de clients à l’hôtel où elle travaille, un couple passionné jouant aux échecs. Intriguée et séduite par leur complicité dans le jeu et dans leur amour, la scène éveille chez elle une curiosité nouvelle. Lorsqu’Hélène décide d’en apprendre un peu plus sur ce jeu, c’est une véritable passion qui commence à naître, une passion qui va bouleverser sa vie au point de remettre en question son couple. Pour progresser et s’affirmer, elle va s’adresser au Docteur Kröger, une sorte de vieil ermite réfugié dans une grande bâtisse chez qui elle fait régulièrement le ménage. Si la méfiance se lit dans son visage au premier abord, la détermination de la jeune femme va très vite le séduire. Commence alors pour Hélène une nouvelle vie…

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Film romantique qui pousse la passion jusqu’à l’obsession, Joueuse nous plonge dans un univers à la fois mental et sentimental. La découverte de ce jeu intellectuel va ouvrir dans l’esprit de cette femme mariée de nouvelles portes insoupçonnées. Guidée par la figure de la reine, la pièce la plus puissante de l’échiquier, Hélène se met à l’épreuve du monde en adoptant les règles du jeu, ses stratégies, ses tactiques, sa logique d’attaque et de défense. Prendre des risques au risque de tout perdre justement, plutôt que de ne pas en prendre et perdre irrémédiablement. Les échecs seront non seulement l’occasion pour elle de sortir de son quotidien un peu terne, de sa relation trop passive avec son mari, mais aussi de dépasser sa condition sociale, très modeste, car en face de l’échiquier disparaît toute identité, toute origine. Les adversaires n’ont que leur seule intelligence pour s’affronter.

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Le film est à la fois très sobre et très juste dans ce portrait sensible d’une femme qui s’épanouit tout à coup. Sandrine Bonnaire, merveilleuse et lumineuse, compose un personnage par petites touches convaincantes faites de sourires et de regards perdus de celle qui vient de tomber amoureuse. Passion ambiguë envers un jeu et un professeur reclus qui va mettre tout le village en émoi et déstabiliser le couple. Hélène trouve moins chez Kröger la satisfaction d’un manque, qu’une véritable complicité dans le jeu, une complicité née de l’adversité ; un homme contre une femme, un employeur contre une ménagère, un bourgeois contre une prolétaire. Hélène retrouve aussi le plaisir individuel, la satisfaction de soi-même et cette confiance qu’elle avait perdu en faisant le choix de suivre son mari, de vivre pour lui. Hélène se réveille, (littéralement la première image du film), s’éveille puis s’illumine et s’épanouit.

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Face à elle le docteur Kröger, magistral Kevin Kline, se métamorphose également. Craintif à l’égard des autres, misanthrope, il vit reclus au milieu des souvenirs de sa femme décédée, souvenirs silencieux mais présents dont il taît par ailleurs la mémoire. La détermination de la jeune femme va piquer sa curiosité, une curiosité naturelle qu’il entretenait autrefois par les livres. Kröger est plus fragile que menaçant et sa nature séduisante va peu à peu se laisser découvrir au contact de cette ménagère si particulière. Le couple Bonnaire/ Kline fonctionne à merveille, leur complicité prend forme sur l’écran jusqu’à l’apogée du dernier dialogue, une partie d’échec mental où chacun déplace ses pions en esprit. Un film magnifique d’une justesse et d’une richesse qui nous parle d’amour, autrement.

Fais-moi plaisir! (Emmanuel Mouret, 2009): chronique cinéma

FAIS-MOI PLAISIR!
Un film de Emmanuel Mouret
Avec Emmanuel Mouret, Judith Godrèche, Déborah François, Frédérique Bel, Jacques Weber, Danny Brillant
Genre: comédie
Durée: 1h30
Date de sortie: 24 juin 2009

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En couple, Jean-Jacques et Ariane ont néanmoins des envies décalées et lorsque cette dernière apprend que son petit ami a rencontré une femme mystérieuse, elle décide de le convaincre de coucher avec elle pour sauver leur couple. Gêné et interdit Jean-Jacques accepte à contrecoeur et se rend à une soirée organisée par cette fameuse inconnue prénommée Elisabeth. Il apprend alors qu’elle est la fille du président de la république et qu’elle nourrit des sentiments amoureux à son égards. La spirale des confusions, des quiproquos et des actes manqués commence alors…

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Dans la lignée de son précédent film, Un baiser s’il vous plaît, le cinéaste et acteur Emmanuel Mouret continue d’explorer les affres de l’amour sous des dehors comiques et maladroits. Son personnage, Jean-Jacques, un grand dadet un peu naïf et gauche, n’en reste pas moins un homme profondément sincère et gentil en toutes circonstances. Lui, l’inventeur du produit bleu qui s’en va en un coup de serviette, n’arrive pas à bien saisir la psychologie féminine et c’est toujours à contretemps qu’il comprend et agit. Il y a à la fois du Gaston Lagaff, du Monsieur Hulot et du Hrundi Bakshi (le personnage de Peter Sellers dans The party de Blake Edwards) dans son personnage. Par ailleurs la scène de réception dans les pièces de l’Elysée est un hommage direct au film de Blake Edwards, Jean-Jacques étant l’invité inapproprié, l’intrus en quelque sorte, qui ne cerne pas les codes d’un monde social auquel il n’appartient pas.

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Mais le Jean-Jacques a de la ressource et surtout un flegme à tout épreuve. Sans jamais avoir peur du ridicule il se glisse volontiers dans les situations les plus embarrassantes possibles avec un naturel confondant. Emmanuel Mouret force le trait, sans jamais trop en faire, et joue du décalage avec maîtrise. Entouré de personnages féminins excessifs, hormis la serveuse de la dite réception certainement la plus naturelle et la plus charmante incarnée par Déborah François, leurs comportements sèment le trouble dans l’esprit de cet homme plus candide que séducteur. Dans le rôle de la fille du président, Judith Godrèche joue les ingénues et dans celui de la petite amie un peu torturée, Frédérique Bel est délicieusement énervante. Emmanuel Mouret filme du Emmanuel Mouret, entre cinéma et théâtre, entre comédie satirique et comédie de boulevard. Les dialogues fleurtent avec l’excès pourtant l’overdose ne survient jamais.

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Un film qui joue également de la frustration, de la montée du désir jusqu’aux préliminaires sans jamais satisfaire totalement à la fois le voyeurisme du spectateur ni les pulsions des personnages. Il s’agit à chaque fois d’emprunter des chemins bifurqués, à contresens ou encore à sens unique. Sur la route de l’amour Jean-jacques cherche sa voie avec beaucoup d’hésitations. A la fois burlesque et tendre, Fais-moi plaisir ! dresse un portrait amusé et décalé du couple moderne qui chercherait son bonheur dans l’infidélité. Sans jamais trop y croire n’y porter aucun jugement, le cinéaste jongle avant tout avec les codes de la comédie de situation pour offrir une heure trente de détente et de sourires. Loin de l’humour gras sans finesse d’une grande majorité de comédies françaises, Emmanuel Mouret joue la carte de la sobriété plutôt que celle de l’excès, du raffinement plutôt que celle de la grossièreté.