K-20 l’homme aux vingt visages (Shimako Sato, 2008): chronique DVD

K-20 L’HOMME AUX VINGT VISAGES
(K-20: kaijin niju menso den)
Un film de Shimako Sato
Avec Takeshi Kaneshiro, Takako Matsu, Toru Hakamura, Hongo Kanata
Genre: science-fiction
Pays: Japon
Durée: 2h20
Editeur vidéo: Zylo
Date de sortie DVD: 21 octobre 2009


Dans un monde qui n’a pas connu la seconde guerre guerre mondiale et qui a suivi la voie technologiquement tracée par l’ère industrielle, Teito est devenue la capitale du Japon. L’écart s’est creusé entre les différentes couches de la population et un certain K-20, véritable fantôme sans visage, vole les biens de la classe dominante pour les redistribuer aux pauvres. Un jeune acrobate de cirque, Heikichi Endo, est malheureusement pris pour le voleur masqué et, à l’occasion d’une évasion organisée par la guilde des voleurs, Heikichi n’a d’autre choix que d’entamer une vie de paria. Initié par Genji, à la tête de la guilde, le jeune acrobate et prestidigitateur espère un jour faire face au K-20 pour le confondre et ainsi prouver son innocence.

Véritable uchronie cinématographique, ce film de science-fiction n’est pas sans rappeler le récent V pour vendetta du cinéaste américain James Mc Teigue, tant par la ressemblance formelle du héros masqué que par le contexte anarchiste que véhicule le film, notre jeune personnage Heikichi rencontrant un groupe d’enfants affamés et laissés pour compte, bien décidés à mettre sur pied un nouveau monde débarrassé d’une classe prolétaire dominante. Le film étonne par le soin apportés aux effets spéciaux, fort réussis, et aux cascades, très influencées du style yamakazi, malgré le relatif manque de notoriété du cinéaste Shimako Sato, qui a tout de même signé son premier film en 1992 pour le compte d’un studio anglais, Tale of vampire, mais également le scénario d’une série télévisée dérivée du film nippon The queen bee, réalisé en 1978 par Kon Ichikawa. Dès les premières images, le réalisateur nous plonge dans un univers familier que ne renierait pas Jules Verne avec ces machines volantes à vapeur et autres dispositifs électriques qui rendent hommage aux pionniers de l’électricité.

Mais le récit nous emmène ensuite dans un autre univers, celui du cirque dans lequel travaille Heikichi, soucieux de ses colombes, partenaires à part entière de ses numéros d’acrobate, de trapéziste et de prestidigitateur. Ame sensible et intègre, il vivra mal cet amalgame forcé avec le voleur des grands chemins K-20, celui qui n’a pas de visage ou, plutôt, celui qui a tous les visages. Le mythe de Robin des bois se télescope avec celui de la cour des miracles (la guilde des voleurs), Heikichi se trouvant obligé d’accepter une voix qu’il n’a pas choisi. Aidé par la guilde, il va peu à peu acquérir le savoir de ce dernier et maîtriser aussi bien l’art du déguisement que celui de l’évasion. Sorte de continuation naturelle de son propre métier, son duel avec K-20 va réveiller chez lui des doutes quant aux origines du voleur masqué. Véritable grosse production digne des films hollywoodiens, le casting est bien entendu emmené par une star asiatique de premier plan, Takeshi Kaneshiro (2046, Le secret des poignards volants, Les 3 royaumes entre autres).

Le film n’est pas passé inaperçu au Japon et pour cause, la figure de K-20 (The fiend en version originale) est à l’origine un personnage créé dans les années trente par l’un des auteurs les plus connu du Japon, Edogawa Rampo, sorte de double nippon d’Edgar Poe, qui signe également de nombreuses histoires mystérieuses et étonnantes. Ce personnage sera ensuite repris tout au long du siècle jusqu’à devenir le héros d’un roman de Soh Kitamura en 1989. Véritable personnage populaire que l’on pourrait comparer à Arsène Lupin en France, ses origines et son identité restent inconnues malgré les centaines de récits dont il est le protagoniste. Le film de Shimako Sato offre donc une existence cinématographique au personnage, non sans quelques modifications afin de moderniser le mythe. Sans être un film culte, K-20 l’homme aux vingt visages se place dans la droite lignée des adaptations spectaculaires telles que Batman, Sin City ou encore Iron man (il suffit de contempler le générique de début pour s’en convaincre), des films qui redonnent parfois une seconde jeunesse à des héros parfois anciens sans jamais trahir les intentions originelles. Par ailleurs, cette production japonaise n’a pas à rougir de ses grands frères américains, tant la qualité de la forme est au rendez-vous.

La Tôei, histoire des grands studios japonais: rétrospective à la Maison de la Culture du Japon à Paris du 21 janvier au 20 mars 2010

Ce 21 janvier 2010 a démarré à la Maison de la Culture du Japon à Paris une rétrospective des films du célèbre studio Tôei. Après donc la Nikkatsu en 2007 et la Shochiku en 2008, la MCJP s’attaque à « l’usine à films » comme certains surnomment l’entreprise fondée en 1951 d’une fusion de trois petites compagnies de distribution et de production (Tôkyu Densetsu, Oizumi Eiga et Tôyoko Eiga). La Tôei devient très vite l’une des six majors japonaises et la seule a naître après le Seconde Guerre Mondiale. Le cinéma japonais vient de connaître les purges des autorités américaines, constituant alors une armée d’occupation, contre les adhérents et les sympathisants du mouvement communiste sur fond de Guerre de Corée qui témoigne de la naissance de la Guerre Froide. De peur de froisser les Américains, les responsables des grands studios préfèrent se séparer des éléments subversifs, qui plus est après les grèves soutenues qui ont lieu à la Toho quelques temps auparavant. La Tôei récupèrent ainsi nombres de professionnels à qui l’ont refuse tout contrat de travail.

Ainsi en est-il de Tadashi Imai, cinéaste qui ne s’est jamais caché de ses sympathies de gauche et qui réalise l’un des premiers succès du studio avec La tour des lys (Himeyuri no to) en 1953. Le cinéaste y aborde le sacrifice des étudiantes et des professeurs de l’île d’Okinawa dans les derniers mois du conflit en 1945 alors que les troupes américaines s’apprêtent à débarquer sans que la population en soit informée. Irréalisable seulement deux ans auparavant, le film ne met pas tant l’accent sur l’ennemi, que l’on ne voit jamais, que sur la pression des militaires pour ne pas abandonner l’île et au contraire émuler la population pour l’effort de guerre. Quelques années plus tard, Imai réalisera un film d’inspiration néo-réaliste, Le riz (Kome) sur l’urbanisation inéluctable de terres situées au nord du Japon, menaçant d’extinction la communauté paysanne qui s’y trouve.

La même année le réalisateur tourne pour le studio Un amour pur (Jun’ai monogatari) un mélodrame sur la destinée contrariée de deux jeunes adolescents délinquants amoureux l’un de l’autre avant qu’une maladie ne révèle l’irradiation de la jeune fille quelques années plus tôt lorsqu’elle se rendit à Hiroshima quelques jours seulement après la déflagration. Enfin, en 1963, Tadashi Imai réalise un film ambitieux sur les malheurs d’un homme dont la fiancée tente de suicider, Contes cruels du bushidô (Bushidô zankoku monogatari). Il se remémore alors la tragique destinée de ces ancêtres depuis le XVIIè siècle. Principal caractéristique du film, l’acteur principal, Kinnosuke Nakamura, y interprète sept rôles différents.

Autre réalisateur influent et vétéran, il a commencé sa carrière dans les années vingt, Tomu Uchida rejoint les studio de la Toei après un séjour prolongé en Mandchourie, alors province du Japon. Fervent nationaliste avant la guerre, il découvrira en Chine les écrits communistes qui l’influenceront dans le traitement de ses films futurs, davantage tournés vers la psychologie et la dimension sociale que sur le spectaculaire et le divertissement. Ainsi il tourne en 1955 Le mont Fuji et la lance ensanglantée (Chiyari Fuji), l’histoire d’un samouraï qui se rend à Edo (le nom féodal de Tokyo) avec ses deux serviteurs. Ayant l’alcool mauvais, sa propension à la boisson témoigne d’un mal de vivre face à sa condition de guerrier. Il s’attaque ensuite à une trilogie audacieuse, l’adaptation du roman de Kazan Nakazato Le col du grand Bouddha (Daibosatsu toge) tournée entre 1957 et 1959, histoire maintes fois portées à l’écran et véritable récit national qui suit le destin inexorable d’un samouraï profondément mauvais qui suit ses instincts meurtriers plutôt que le code d’honneur des siens. Ces films d’époque (jidaigeki) portent déjà la marque d’un nihilisme qui se développera dans la décennie suivante.

En 1965 Tomu Uchida réalise pour la firme Le détroit de la faim (Kiga kaikyo) d’après le roman à succès de Tsutomu Minakami. Le film raconte l’histoire de trois meurtriers dont deux meurent dans un typhon qui emporte le ferry entre l’île d’Hokkaido et le Japon. Le troisième, sauvé du cataclysme pour avoir passé la nuit avec une prostituée, fera de nouveau sa rencontre dix années plus tard alors qu’il est devenu une personnalité puissante, ce qui le convainc de se débarrasser d’elle pour effacer toutes traces de sa vie passée avant d’être poursuivi par un enquêteur obstiné. Tomu Uchida y explore les codes du film policier et procure au film un cachet réaliste qui contraste avec l’emphase des films de samouraïs prônée par la Tôei quelques années auparavant. Le film sera par ailleurs élu parmi les dix meilleurs films japonais de l’année.

En effet la Tôei avait remis le jidaigeki au goût du jour, rappelant les productions populaires qui fleurissaient dans les années vingt et les années trente avant l’interdiction des films d’époque par la censure exigée par l’occupant américain. En 1957 Sadatsugu Matsuda, pilier du studio, tourne L’épouse du château des Otori (Otori no hanayome). Autre superproduction historique de prestige, Le conspirateur (Hangyakuji) de Daisuke Itô en 1961. Ancien acteur de kabuki spécialisé dans les rôles de jeunes premiers plutôt faibles (nimaime), Itô est devenu dès les années vingt l’un des plus grands cinéastes de chanbara (film de sabre). Le film prend pour cadre les intrigues politiques entre les deux grands familles Oda et Tokugawa qui se querellent pour l’accession au pouvoir.

Autre cinéaste qui se frotte avec brio au jidaigeki, Eiichi Kudô, né en 1929, est l’un des plus jeunes réalisateurs de la firme. En 1963 il porte à l’écran une sombre histoire d’assassinat, Les treize tueurs (Jûsannin no shikaku). Face à la terreur que fait régner le frère cadet du Shogun, un ministre du gouvernement central donne en secret l’ordre de son élimination. Complot politique, désabusement d’une caste qui se pense au-dessus des lois, le Japon féodal y est décrit comme une période trouble et pessimiste. Avec son film suivant, Le grand attentat (Dai satsujin), le cinéaste confirme son penchant pour ces films d’époque nihilistes et sombres qui enterrent peu à peu le genre dans une contestation allégorique (celle de la société japonaise des années cinquante plongée dans les mouvements radicaux de gauche) qui échappe de plus en plus au grand public.

Le jidaigeki perd donc de son importance dès le début des années soixante au profit d’un autre genre lucratif, le film de yakuza (yakuza-eiga) qui plonge dans les méandres de la mafia japonaise pour raconter l’histoire fantasmée de ces gangsters au grand cœur. L’un des grands cinéastes du genre et accessoirement le fils de l’un des premiers réalisateurs japonais Shozo Makino, Masahiro Makino conte dans La légende des yakuzas (Nihon kyokakuden) la confrontation entre un clan respectueux du code d’honneur des yakuzas et un autre clan qui n’a cure de tels archaïsmes pour prendre possession d’un quartier de la ville. Shozo Makino, le propre père du cinéaste, fréquentait les gangsters et son fils a pu être témoin du style de vie qu’ils menaient encore dans les années vingt et trente. Par ailleurs le film sera le premier d’une série de onze longs métrages réalisés entre 1964 et 1971.

Deux autres cinéastes seront les maîtres artisans du film de yakuzas, Tai Kato et Kinji Fukasaku. Le premier explorera davantage une veine traditionaliste du genre quand le second s’évertuera à en dynamiter les codes. En 1962, Tai Kato redonne avec Ma mère dans les paupières (Mabuta no haha) un second souffle au film de vagabonds (matatabi mono), malfrats nomades s’adonnant aux jeux illégaux de la fin du XIXè siècle et dont le cinéma s’était emparé dès le milieu des années vingt. Sorte de préfiguration des films de gangsters des années soixante, l’on suit l’errance de l’un de ces marginaux qui tente de retrouver sa mère perdue alors qu’il est lui-même la cible d’une bande de malfrats à ses trousses. Le ton mélodramatique ne doit pas faire oublier le cadre de l’histoire, celle d’un Japon qui connaît la fin d’une époque pour s’ouvrir vers l’extérieur, quitte a abandonner au passage quelques éléments de son identité.

Le réalisateur poursuit en 1965 avec Le sang de la vengeance (Meiji kyokyakuden – sandaime shumei), davantage ancré dans le film de voyous tel que le studio désirait l’exploiter dans ces années là. Du matatabi mono, le genre va vite glisser vers le ninkyo-eiga (film de chevalerie) qui met en valeur le respect du code coûte que coûte. Véritable figure emblématique, le yakuza défend une conception honorable et sans défaillance de sa loyauté envers son clan alors que le système commence à corrompre et soudoyer toute une frange de la pègre. Redresseur de torts et justicier de l’underground, sa rectitude est souvent récompensé par une mort prestigieuse ou bien encore la reconnaissance de ses pairs. Il y est question ici d’une guerre de succession qui éclate lorsque survient la mort d’un parrain. Les jeunes loups comptent bien prendre la suite sans respecter les règles, ce qui bien sûr déclenche la punition des justes.

Tai Katô poursuivra sur ce chemin avec notamment l’une des séries les plus emblématiques du genre, La pivoine rouge/ la joueuse à la pivoine (Hibotan bakuto). Le réalisateur en a réalisé deux opus en 1969 et 1970, La pivoine rouge : les jeux sont faits (Hibotan bakuto : hanafuda shobu), troisième du nom puis La pivoine rouge : le retour d’Oryû (Hibotan bakuto : Oryû sanjô), cinquième film de la série. Junko Fuji, l’actrice principale, sublime ce personnage d’Oryü, femme vengeresse initiée à l’art du jeu de cartes si typique des yakuzas, sachant manier le sabre court avec une dextérité pleine de grâce. Le genre s’ouvre donc à la représentation féminine non sans oublier les sempiternels acteurs habitués à ce type de production tels que Ken Takakura, Tomisaburô Wakayama ou encore Bunta Sugawara. Le film de yakuza ne serait pas tel qu’il est sans sa dose de machisme, de testostérone et de tatouages qui ont fait sa renommé.

Kinji Fukasaku sera moins respectueux de cet esthétique faisant l’éloge des malfrats. Bien au contraire dès son premier film sur les yakuzas en 1964, Hommes, porcs et loups (Okami to buta to ningen), tout est déjà dit. Le cinéaste insiste sur la nature fortement égoïste de ces voyous qui décidément n’ont pas intérêt à respecter les règles qui régissent leur communauté. Plus proche du polar à l’américaine avec une mise en scène plus sèche et surtout plus instinctive, Kinji Fukasaku préfère dresser un portrait plus réaliste de cette caste de l’ombre loin de défendre la veuve et l’orphelin. Le cinéaste affirmera ses positions et son style avec des films tels que Combat sans code d’honneur (Jingi naki tatakai) en 1973 et Police contre syndicat du crime (Kenkei tai soshiki boryoku) en 1975, des films qui ont sa réputation et surtout le succès de la Tôei alors que le films de yakuza de type ninkyo perdait de sa verve.

Plus discret mais néanmoins très original dans sa façon d’aborder le genre, le cinéaste Hideo Gosha est sorti de l’ombre notamment grâce aux éditions vidéos de ses films, tant au Japon qu’en France. Bien que les années quatre-vingt furent pour les grands studios japonais une époque difficile, ce dernier n’a pas manqué d’offrir à son public quelques œuvres singulières telles que Dans l’ombre du loup (Kiruin anako no shagai) en 1982 et Femmes de yakuza (Gokudo no onnatachi) en 1986. Parrain charismatique, milieu de la prostitution, contrôle du clan dans les mains d’une femme fin stratège, telles sont les éléments audacieux de ces deux films qui tentent de raviver la flamme du film de mafia à l’heure où la fréquentation des salles connaît une déchéance inexorable. Plus que l’action, c’est la peinture de ce milieu fermé, et donc fantasmatique, qui guide Hideo Gosha loin de la furie et du chaos des films de Kinji Fukasaku. Comme pour marquer la renaissance perpétuelle des genres, la rétrospective ne manque pas de projeter un film plus récent qui fait suite à la série si célèbre de Fukasaku. Réalisé par Haijime Hashimoto en 2002, Nouveau combat sans code d’honneur (Shin jingi naki tatakai), creuse encore davantage le sillon de l’épopée mafieuse qui se poursuit au fil des décennies.

Enfin deux autres films viennent conclurent la rétrospective, deux films plus inclassables dans leur thématique, celle des maisons de prostitution. Le premier, Zegen, le seigneur des bordels (Zegen), réalisé par Shohei Imamura en 1987, affronte de face sous les dehors de la comédie le sujet si épineux de la traite des femmes dans l’Asie du XXè siècle. Dans une toute autre perspective, Kinji Fukasaku aborde dans La maison de geishas (Omocha) les conséquences d’après-guerre des lois anti-prostitution et des mouvements féministes sur la vie des geishas d’un quartier de Kyôto. Deux attitudes différentes face à la condition de la femme mais qui éclaire d’une certaine façon l’histoire des mœurs au Japon. La Töei, « l’usine à films » certes, mais qui a tout de même permis l’émergence ou la confirmation de cinéastes de talents qui ont su souvent transcender les contraintes des productions de studios pour offrir bien plus qu’un divertissement vite oublier. Si l’on peut émettre quelques réserves sur la projection de films déjà disponible en vidéo (et donc dispensables) et sur l’absence totale des films d’animation issus de la célèbre branche Tôei Animation, cette rétrospective est l’occasion rêvée de découvrir quelques raretés souvent inédites en France.

Publié dans Films japonais, news. Tags : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , . 1 commentaire »

Nabari vol.1 (Kunihisa Sugishima,2009): chronique DVD

NABARI
(Nabari no ou)
Une série de Kunihisa Sugishima
Genre: animation
Episodes: 26
Durée: 25 min par épisode
Pays: Japon
Editeur DVD: Kaze
Date de sortie: 4 novembre 2009

Miharu est un jeune garçon très renfermé et détaché du monde qui l’entoure. Lorsqu’il est attaqué par des ninjas du groupe des Loups Cendrés, il rencontre Tobari et Kôichi qui le protège. Miharu apprend alors l’existence du monde de Nabari, le monde caché des shinobi. Tobari, qui est professeur d’anglais dans le monde visible, est par ailleurs à la tête du clan Banten dont le village ancestral a disparu. Le jeune garçon apprend en outre que les ninjas des Loups Cendrés du clan Iga sont à ses trousses parce qu’il possède en lui le shinra-banshô, le pouvoir ultime qui rassemble toutes les techniques secrètes des shinobi. Parce que ce pouvoir est convoité par tous les ninjas, Miharu devient le centre d’intérêts de tous. Si certains désirent voir disparaître cette terrible force, d’autres veulent se l’approprier pour dominer les hommes. Malgré ses amis qui le protègent, Miharu comprend vite que chacun possède ses secrets et sa part d’ombre, notamment Tobari, qui est le seul a connaître les circonstances de la mort de la mère de Miharu.

Série de 26 épisodes dont les neuf premiers sont présentés dans ce premier volume, l’adaptation animée issue du manga original de Yuhki Kawatani est l’œuvre du studio J.C.Staff, responsable notamment de Ai yori aoshi et d’Excel saga, entre autres. Nabari se présente comme l’anti-Naruto par exellence : ici pas de combat à rallonge, d’entraînements surhumains ni de personnages trop vite esquissés mais au contraire une exploration plus complexe des conséquences des actes de chacun et des secrets cachés. Même si la série pêche par ce mélange peu convaincant du monde contemporain avec celui des shinobi, les tourments qui animent les personnages se révèlent, au fil des épisodes, très prenants. Chaque personnage prend ainsi une place particulière dans le récit qui révèle peu à peu ses véritables enjeux. Le design-character est ce qui frappe le plus, les personnages, plutôt frêles et efféminés, lorgnent davantage vers les codes du shôjô que ceux du shônen. La raison se trouve peut-être dans le fait que l’auteur du manga, Yuhki Kawatani, soit une femme. Si Nabari développe des thèmes récurrents comme la confrontation des ninjas pour obtenir le pouvoir définitif où la résurgence d’un passé enfoui qui risque de faire basculer les évènements, les combats en tant que tel ne prennent qu’une place toute relative dans l’animé. Les personnages sont suffisamment intéressants pour éveiller durablement l’intérêt du spectateur.

Snakes and earrings (Yukio Ninagawa, 2008): chronique preview

SNAKES AND EARRINGS
(Hebi ni piasu)
Un film de Yukio Ninagawa
Avec Yuriko Yoshitaka, Kengo Kora, Arata, Yû Aribu, Tatsuya Fujiwara, Rakkyo Ide, Ichikawa Kamejirô, Toshiaki Karasawa, Shun Oguri
Genre: drame, thriller, inclassable
Pays : Japon
Durée : 2h05
Date de sortie : indéterminée

Lui est une jeune femme tokyoïte désoeuvrée en quête de sensations fortes. Un soir, elle rencontre dans un bar Ama, un punk à la langue fendue comme un serpent qui la courtise et l’impressionne. Lui est tout à coup intriguée par son univers des transformations corporelles, entre les tatouages et les piercings et elle rencontre peu après Shiba, le tatoueur d’Ama. Après s’être convaincue d’obtenir une langue fendue comme celle de son petit ami, Lui décide également de se faire tatouer un dragon mêlé d’un kirin (une sorte de lion légendaire japonais) par Shiba. Ce dernier lui demande en retour de lui faire l’amour. Elle découvre alors les délices du sadomasochisme et poursuit alors sa double relation entre le punk et le tatoueur jusqu’au jour où Ama disparaît.

Plus connu dans le milieu théâtral pour ses audacieuses adaptations de Shakespeare, Yukio Ninagawa est le propre père de la fameuse photographe Mika Ninagawa, par ailleurs réalisatrice du film Sakuran. Yukio Ninagawa n’a que peu exploré le champ cinématographique avec notamment deux films de fantômes, The summer of evil spirits en 1981 et Warau lemon en 2004, et un thriller, The blue light, en 2003. Ici il explore le monde underground du body art japonais d’après le best-seller de Hitomi Kanehara, Serpents et piercings. Film étrange et envoûtant, Snakes and earrings nous entraîne dans une relation triangulaire peu banale, celle que partage une jeune femme paumée mais plutôt sage avec deux habitués des modifications corporelles. Volonté de repousser ses limites aussi bien que la satisfaction voyeuriste du petit ami, Lui s’engage dans un processus sans retour, celui de se fendre la langue tel un serpent et de se faire graver l’image d’un dragon à même la chair.

Dépasser ses craintes et ses a priori laisse place très vite à la volonté de découvrir un nouvel espace où le corps s’exprime pleinement dans ses attributs physiologiques. La douleur devient une source de plaisir insoupçonné, un plaisir d’autant décuplé qu’il sera mêlé à sa sexualité par l’entremise de Shiba, le tatoueur qui ne peut éprouver de l’excitation que par la soumission et l’abandon de l’autre. Dès lors Lui se laisse (mal)mener par ses sentiments envers Ama et ses pulsions sexuelles avec Shiba, un double jeu symbolisé par l’entremêlement des deux créatures légendaires désormais tatoués sur son dos, le dragon et le kirin. Deux créatures sans globes oculaires suivant les désirs de la jeune femme, pour qu’ils ne puissent pas s’envoler selon ses propres mots.

A la merci du tatoueur tout puissant, Lui ne découvrira pas pour autant l’extase suprême de l’abandon ni ses propres limites en matière de modifications corporelles. Déterminée à se fendre la langue, la disparition d’Ama va l’affecter plus que de raison. Liée dans sa chair aux deux hommes, Lui finira par perdre toute indépendance personnelle pour n’être que le fruit d’une relation masochiste. Aux marges de la société se joue une nouvelle définition du corps et de soi, une nouvelle relation entre la peau et l’aiguille aiguisée. Il ne s’agit pas de souffrir pour être belle mais bien davantage de souffrir pour se sentir libre, sauf que, à mesure que le tatouage s’étale sur son omoplate, Lui s’enferme bien plus qu’elle ne se libère. Paradoxe étonnant d’une pratique qui s’affiche avant tout comme une libération de la norme moderne du corps, lisse et sans signe distinctif. Lui brise le carcan social pour s’enfermer dans celui du body art. Mais au fond, a t-elle bien changée ?

Les loups (Hideo Gosha, 1971): chronique rétro

LES LOUPS
(Shusso iwai)
Un film de Hideo Gosha
Avec Tatsuya Nakadai, Isao Natsuyagi, Tetsuro Tanba, Noboru Ando, Komaki Kurihara, Kyôko Enami
Genre: action, drame, yakuza
Pays: Japon
Durée: 2h11
Date de sortie: 30 octobre 1971

En 1926, un nouvel empereur prend place sur le trône et avec lui un nouveau gouvernement se forme. Pour marquer cette nouvelle ère pour la nation japonaise, certains prisonniers sont exceptionnellement graciés, dont trois yakuzas, Iwahashi et Tsutomu du clan Enokiya et Ozeki du clan rival Kannon. Le ressentiment nourrissait leur rivalité pourtant, à l’heure de leur sortie de prison, la situation a beaucoup évoluée. Le boss du clan Enokiya est mort et Sasaki, le cadet d’Iwahashi lui succède. Un médiateur, le puissant industriel Asakura, rapproche Sasaki et Igarashi, le boss du clan Kannon, en favorisant le mariage de ce dernier avec la fille de l’ancien boss du clan Enokiya. La paix entre les factions est cependant fragile et la sortie de deux des plus influents yakuzas, Iwahashi et Ozeki, n’aide pas à favoriser l’entente cordiale. Ce sont deux anciens qui ne vivent que par le code d’honneur des yakuzas. Ils sont loin d’appeler à la guerre, au contraire ils suivent les instructions à la lettre, jusqu’au jour où certains secrets refont surfaces et mettent en péril l’autorité et la hiérarchie.

Réalisé deux ans seulement après Goyokin et Hitokiri en 1969, Hideo Gosha aligne donc un troisième chef d’œuvre d’affilé. Si ces deux derniers films sont des trésors du chanbara nihiliste, autrement dit du film de sabre crépusculaire, Les loups en est quelque sorte un reflet dans le genre du film de yakuza. Le début des années soixante-dix marquent en effet la fin d’un genre tout particulier, celui du ninkyô eiga, le film de chevalerie qui présente les yakuzas comme des héros des temps modernes avec un sens du code de l’honneur infaillible. Généralement situés dans la période du Japon d’avant-guerre, ces films témoignent des changements dont le pays est l’objet, celui de la montée en puissance du capitalisme et de l’influence durable de l’Occident dans le monde des affaires.

Sur le modèle du yakuza fidèle au code qui ronge son frein devant les trahisons impunies avant de tirer le sabre au clair pour rétablir un semblant d’ordre et de respect, Hideo Gosha apporte sa propre touche personnelle au genre, celle d’une évocation désespérée d’un monde en pleine déliquescence, qui se heurte aux exigences d’un monde en pleine transformation. Le monde ancien des yakuzas, statique et dépassé, ne peut juguler les nouveaux désirs de puissance que certains éprouvent devant les possibilités de la nouvelle économie du pays. En cela les choses changent, le politique et le financier font leur entrée fracassante dans un univers précédemment cantonné aux salles de jeux et autres lieux de plaisirs et de perdition. Ici, les dirigeants voient plus loin et plus grand, au grand dam d’un équilibre des forces fragiles.

On retrouve dans Les loups un casting prestigieux très habitué au genre ; Tatsuya Nakadai, l’un des acteurs fétiches du réalisateur dans le rôle principal d’Iwahashi, Tetsuro Tanba dans celui du médiateur, Noboru Ando et sa large cicatrice au visage dans celui d’Ozeki et enfin la très belle et vénéneuse Kyôko Enami dans celui de l’artiste tatoueuse aux talents cachés révélée par la célèbre série de films La pivoine rouge.  Casting de rêve pour une histoire de trahison, de revanche mais aussi pour une histoire d’amour impossible, celui de la fille du boss désormais fiancée au clan rival alors qu’elle n’éprouve des sentiments que pour un second couteau de son clan. Amitiés viriles, serments profanés, code d’honneur bafoué, hiérarchie biaisée, c’est tout l’univers des clans mafieux qui tremblent à l’aune de la nouvelle ère impériale du pays.

Esthète de l’image, Hideo Gosha nous offre encore ici un spectacle funèbre magnifique. La composition très travaillée se confronte à l’audace de la bande-sonore tout simplement audacieuse, certains combats se déroulant dans un silence d’autant plus terrifiant qu’ils sont brutaux et sanguinaires. Gosha ne détourne jamais la caméra devant la violence de ces gangsters avides de sang, la palme à ce couple de tueuses qui oeuvrent délicatement et gracieusement, dans un ballet de mort fascinant. L’évocation de certaines pratiques folkloriques n’en marquent que davantage le fossé qui s’est installé entre l’ancienne génération de yakuzas et la nouvelle, la première pratiquant encore le respect des coutumes, la seconde n’hésitant pas à user du mensonge, de la corruption et de la lâcheté. Un grand film japonais qui ne connaît pas encore une sortie en vidéo en France mais qui mériterait, tout comme Hitokiri, les honneurs d’une exploitation en salles.

Yuki & Nina (Hippolyte Girardot et Nobuhiro Suwa, 2009): chronique cinéma

YUKI & NINA
Un film de Hippolyte Girardot et Nobuhiro Suwa
Avec Noë Sampy, Arielle Moutel, Tsuyu, Hippolyte Girardot, Marilyne Canto
Genre: drame, fable
Pays: France, Japon
Durée: 1h32
Date de sortie: 9 décembre 2009

Yuki, neuf ans, est une petite fille née d’un mère japonaise et d’un père français. Nina est sa meilleure amie, elles passent leurs journées de vacances à jouer ensemble et la mère de celle-ci, divorcée, propose à Yuki de les suivre quelques jours dans le Sud. Mais Yuki apprend soudainement que ses parents vont divorcer et que sa mère souhaite qu’elle la suive au japon. Les deux fillettes ne veulent pas être séparée et projette un temps de réunir les deux adultes réfractaires mais devant leur échec, elles décident finalement de fuguer. Les deux fillettes se retrouvent perdues dans une étrange forêt.

Réalisé à quatre mains par Hippolyte Girardot et Nobuhiro Suwa, le film brille par sa simplicité et sa poésie confrontant le monde de l’enfance à celui des adultes. Entre le décor de la ville, rationnel et celui de la forêt, plus fantasmatique, s’opère un glissement progressif étonnant. Entre une France urbaine et un Japon des campagnes, c’est la double nationalité du film qui s’exprime à l’image de ce couple coinçant leur petite fille entre deux cultures. Mais là où ces grandes personnes se déchirent, le film offre à la fillette un étonnant refuge entre réalité et rêve éveillé. Pour Yuki, la France, sa ville et Nina sont des réalités qu’elle ne désire pas quitter ou laisser derrière elle. Le Japon lui est inconnu et sa plus grande peur est d’y être seule. S’ensuit alors une étonnante scène dans la forêt qui s’offre comme une préfiguration de sa vie dans l’Archipel.

Malgré sa grande urbanisation, le Japon est encore un pays aux mythes anciens toujours très présents. Par l’entremise d’un rêve, d’une illusion, ou encore d’une prémonition, l’on ne sait pas très bien, Yuki goûtera à cette dimension folklorique que sa mère elle-même a oublié, replongeant finalement celle-ci dans ses souvenirs d’enfance. Ne pas trahir ses premières années, ne pas les oublier, c’est aussi cela grandir et mûrir. Yuki n’est ni française ni japonaise, elle s’offre le meilleur des deux cultures pour s’épanouir. En cela le film suit son regard sur le monde, depuis les disputes des grands jusqu’au silence pesant de cette forêt décidément mystérieuse. Avec leur innocence, les deux fillettes proposent leurs propres alternatives aux vicissitudes du monde des adultes, allant jusqu’à invoquer la fée de l’amour pour réconcilier les parents de Yuki. Si cette fantaisie touche les adultes, elle n’a pourtant aucun effet sur leur devenir et la rationalité triomphe sur les rêves.

Film d’une richesse incroyable malgré sa forme simple et dépouillée, Yuki & Nina combine le drame à la fable. Touchant, poétique et tout à la fois terriblement réaliste, le film parle de la séparation avec une infinie délicatesse. Les deux fillettes actrices, Noé Sampy et Arielle Moutel, y sont étonnantes de fraîcheur quand Hippolyte Girardot et Tsuyu, respectivement le père et la mère de Yuki, nous offre une interprétation sobre et convaincante de deux êtres qui s’aiment mais ne se comprennent plus. Après H story et Un couple parfait, Nobuhiro Suwa explore encore la culture française avec cette fois-ci Hippolyte Girardot comme guide. De retour au Japon, c’est pourtant bien le cinéaste nippon qui nous entraîne dans un monde fascinant loin des clichés d’un monde sururbanisé, préférant nous faire visiter ces forêts profondes où s’exprime encore une certaine harmonie de l’homme avec la nature.

La légende du grand judo (Akira Kurosawa, 1943): chronique rétro

LA LEGENDE DU GRAND JUDO
(Sugata Sanshiro)
Un film de Akira Kurosawa
Avec Denjirô Okôchi, Susumu Fujita, Yukiko Todoroki, Ryunosuke Tsukigata, Takeshi Shimura
Genre: aventures, drame
Pays: Japon
Durée: 1h20
Date de sortie: 25 mars 1943
Date de sortie reprise: 11 janvier 2006

Sugata est un apprenti dans l’art du jûjutsu, un art développé depuis les temps féodaux pour se défendre à mains nues. Il est à la recherche de Saburo, maître de l’école Shinmei et de ses disciples. Le soir de son admission, ses camarades se moque d’une nouvelle forme de pratique du jiu-jitsu appelée le judo. Enseignée par Yano Shogoro cette nouvelle pratique n’est plus littéralement un art, mais une voie, celle de l’agilité. Motivés par le poste d’instructeur de la préfecture de police, les disciples de l’école Shinmei craignent que cette nouvelle technique ne séduise les autorités et décident d’attaquer Shogoro le soir même. Témoin de la rixe qui oppose ses camarades au professeur tant redouté, sa technique du judo lui permet de maîtriser tous ces adversaires. Impressionné par un tel niveau d’excellence, Sugata désire lui-même se convertir au judo.

Film sorti une première fois en mars 1943, il connaît une ressortie l’année suivante dans une version amputée, seule copie visible de nos jours. En effet pour cause de censure du gouvernement militaire japonais de l’époque, la production cinématographique était étroitement surveillée et les sujets qui ne respectaient pas les standards définis par les autorités ne pouvaient pas être filmés ou être amputés de séquences jugées néfastes. Akira Kurosawa avait déjà une expérience de ces limitations car trois de ses scénarios écrits au début des années quarante, quoique récompensés dans différentes catégories, ne furent pas tournés pour cause d’influence occidentale trop patente. La légende du grand judo, au contraire, exploitait les ressources de l’une des plus vieilles techniques de combat japonaises, celles du jûjutsu qui deviendra, à force de modernisation nécessaire à sa survie, le judo au début du XXème siècle. L’anecdote veut que le cinéaste ait voulu acheter les droits du livre de Tsuneo Tomita dont le film est l’adaptation avant même d’en avoir lu une ligne, sachant pertinemment que le sujet était pour lui l’occasion de réaliser son premier long métrage.

Car en matière de cinéma Akira Kurosawa est loin d’être un novice. En 1936, à la suite d’un concours passé pour entrer au studio P.C.L. (qui sera absorbée dès l’année suivante par la Toho) il entame sa longue initiation en tant qu’assistant-réalisateur pendant près de huit années. Si La légende du grand judo est sa première réalisation en titre, Kurosawa connaît déjà la mise en scène pour avoir diriger de nombreuses séquences lors d’un long métrage précédant, Le cheval, mis en scène en 1941 par Kajiro Yamamoto. Yamamoto est en quelque sorte le mentor de celui qui deviendra quelques années après « l’empereur du cinéma japonais ». Entre 1936 et 1941, Kurosawa a contribué à pas moins de dix-huit films de son maître.

Bien que très attiré par les arts de combat japonais tout au long de sa carrière, que ce soient les combats au sabre ou à l’arc, ce n’est pas ici la dimension martiale que Kurosawa désire exprimer mais bien l’éducation de l’homme qui conduit le novice vers la maîtrise parfaite non seulement de son corps mais surtout de son esprit. Car Sugata, magnifiquement interprété par Susumu Fujita, est au début du film un rustre, un ours capable de prouesses techniques mais sans véritable contrôle conscient de ses gestes et de son mental. Devenu disciple du grand Shogoro, Sugata ne met pas longtemps à maîtriser les gestes et les réflexes nécessaires à la lutte et, un soir de beuverie, il s’attache à démontrer au peuple son savoir-faire et sa force. Revenant avec les vêtements déchirés, son attitude incontrôlable est pour son maître le signe d’un échec. Cet échec l’élève désirera l’expurger en se lançant dans la mare au lotus, une mare en contre-bas de la maison de son maître. Il y passe la nuit pour trouver l’éveil sous la bienveillance de la pleine lune, tout en contemplant la fleur de lotus. Bien que frêle et fragile, il émane de la fleur une aura sans pareille qui permet à Sugata de trouver humilité et constance.

Peu après, alors que Sugata est suspendu de pratique, un homme se présente au dôjô pour affronter l’école et son style. Habillé à l’occidentale, apprêté et dédaigneux, Higaki Gennosuke de l’école Ryoi-Shinto ridiculise le seul disciple présent. Sugata, n’étant pas autorisé à pratiquer, ronge son frein devant celui qui prétend la supériorité du jûjutsu sur le judo. Un tournoi est finalement organisé par la préfecture de police pour départager toutes les écoles de combat. Commence alors pour Sugata une longue route vers la discipline, la dévotion mais aussi le doute lorsque qu’il tombe sous le charme de Sayo, la fille de l’un des maîtres de jûjutsu et maître de Higaki. Mais contrairement à son élève, celui-ci est respectueux et sage et inspire l’admiration.

Kurosawa, même si il n’est pas avare de scènes de luttes tout au long du film, s’intéresse davantage au chemin que choisit de prendre Sugata. Un chemin de loyauté, d’amour et de respect aux antipodes de certains adversaires prêts à tout pour remporter la victoire. Sugata le comprend bien, ce n’est pas le résultat qui compte mais bien la voie empruntée pour y arriver. Dans la filiation des arts anciens, arts respectueux des ancêtres et de leurs enseignements, l’on comprend comment une technique peut évoluer sans se pervertir et comment, surtout, sans vouloir évoluer elle peut finir par se corrompre. La filiation n’est pas seulement que dans la technique, elle est aussi dans la passation du savoir et des valeurs, celle d’un maître pour son élève, celle d’un père pour sa fille. Le père, ici un vénérable maître de jûjutsu interprété par l’un des acteurs fétiches de Kurosawa, Takeshi Shimura, que l’on reverra bien sûr dans Les sept samouraïs ou encore dans Vivre, incarne la figure du rival de celui qui deviendra son beau-fils. Une rivalité nécessaire mais saine, la fille Sayo (Yukiko Todoroki), passant de l’amour paternel à celui plus charnel de la passion amoureuse avec Sugata.

Avec ce premier film, Akira Kurosawa pose déjà tous les éléments d’une maîtrise de la mise en scène. Direction d’acteurs, choix de cadrages, subtilités de l’éclairage, audace du montage, il nous délivre ici un film magnifique sur des valeurs saines qui paradoxalement sont évoquées durant une période particulièrement trouble de l’histoire japonaise. Si le gouvernement japonais de l’époque voyait surtout dans ce film une évocation de l’héritage ancestral d’un art martial japonais, l’on peut y voir également l’émanation des valeurs spirituelles de la méditation de la vie et de l’importance cruciale des choix que chacun est amené à prendre tout au long de l’existence. Face à soi-même, le maître est tel un guide et non comme un général, il éveille la conscience, il ne l‘ordonne pas.

Sous les drapeaux, l’enfer (Kinji Fukasaku, 1972): chronique rétro

SOUS LES DRAPEAUX, L’ENFER
(Gunki hatameku motoni)
Un film de Kinji Fukasaku
Avec Tetsurô Tamba, Sachiko Hidari, Shinjiro Ebara, Isao Natsuyagi, Sanae Nakahara, Yumiko Fujita, Noboru Mitani, Taketoshi Naitô, Kanemon Nakamura
Genre: Guerre, drame
Pays: Japon
Durée: 1h36

Une veuve de guerre se rend chaque année auprès du Ministère de la Santé et de la Sécurité Sociale pour demander sa pension de veuvage, pension que les autorités lui refusent systématiquement sous le motif que son mari a été traduit à la cour martiale et jugé coupable de désertion. Persuadée que son mari n’est pas coupable, elle recherche quatre survivants de sa garnison. Chaque vétéran lui raconte leur histoire, se remémorant les faits différemment. Confiante sur l’honneur de son époux, ces quatre histoires vont remettre en cause sa vision des choses.

Tourné une année après Guerre des gangs à Okinawa et la même année que Yakuza moderne : Okita le pourfendeur, Sous les drapeaux, l’enfer (en anglais Under the flag of the rising sun) présente un aspect inconnu de l’œuvre de Kinji Fukasaku si l’on se réfère seulement aux titres du cinéaste disponibles à ce jour en français. Surtout connu ici pour ses films ultra-violents sur les gangs de yakuza, Sous les drapeaux, l’enfer est certainement l’un de ses films les plus personnels. A l’origine un roman écrit par Shoji Yuki, Fukasaku en acheta les droits avec son propre argent et le film fut produit loin de la tutelle des grands studios, en l’occurrence de la Toei, firme dans laquelle Fukasaku a passé l’essentielle de sa carrière. Le réalisateur aborde ici ses thèmes les plus chers, les conséquences de la deuxième guerre mondiale, la croissance et le développement du Japon, l’occupation américaine et le traumatisme des bombes nucléaires.

Ici cependant, Fukasaku délaisse le milieu de la mafia et les codes inhérents au genre pour s’exprimer différemment. Essentiellement traité en flash-back, le film raconte l’histoire de l’épouse du sergent Togashi qui rencontre quatre personnes qui ont personnellement connu son mari sur le front de la Nouvelle-Guinée pour lui raconter chacune son histoire, suivant un traitement similaire au film d’Akira Kurosawa, Rashomon. Alors que les autorités ne lui concède pas le droit d’obtenir la pension militaire allouée aux soldats morts au combat parce que son mari fut exécuté par une cour martiale, aucune preuve concrète ne vient établir cette vérité officielle. A travers le récit de ceux qui l’ont connu et entouré dans les derniers moments de sa mort, l’épouse du sergent pense pouvoir rétablir l’honneur de son mari. Mais ces récits s’opposent et divergent.

A mesure que les récits se succèdent, l’on comprend vite que certaines vérités restent cachées, que certains évènements n’ont jamais été éclaircis et que de terribles choses se sont passées les derniers jours et les mois suivant la défaite du Japon. Au cœur de la jungle, loin de leur pays, affamés, malades et épuisés, de nombreux soldats sont restés longtemps sans nouvelles de la fin de la guerre. Fukasaku convoque le passé dans de longues séquences en noir et blanc mais le film ne s’attarde pas sur l’évolution du conflit, sur la gestion tactique ni sur les contingences du combat. Ce qui intéresse le cinéaste, c’est comment ce passé, volontairement oublié, recouvert d’un voile, masqué du sceau du secret et du mensonge, pèse lourdement sur les individus, que se soit de façon physique (l’un des survivants est aveugle, un autre est vieillissant dans son bidonville, etc.) ou de façon plus insidieuse (l’épouse qui ne peut dormir tranquille sachant que l’honneur de son mari est bafoué, les survivants qui ne supportent pas leurs actes passés, etc.).

Fukasaku aborde de front la problématique de la mémoire historique, une mémoire nécessaire pour faire le deuil, nécessaire pour permettre aux nouvelles générations de passer à autre chose. Hors le Japon est présenté ici comme une nation qui n’en pas fini avec cette guerre, une nation qui, parce qu’elle a été vaincue, ne peut oublier mais en même temps qui fait tout pour passer sous silence cette période douloureuse. Sinon une commémoration annuelle en l’honneur des soldats tombés, les vétérans et les familles qui ont perdu des proches ne veulent évoquer ouvertement ces mauvais souvenirs, des souvenirs trop entachés de honte, de frustration et de ressentiment.

Contre cette tendance à l’oubli, Fukasaku fait de son personnage principal, l’épouse du sergent calomnié, une héroïne qui ne baisse pas les bras devant l’attitude passéiste des autorités et des qu’en-dira-t-on du village. Contre vents et marais, elle se bat pour découvrir la vérité, une vérité qu’elle n’est peut être pas prête à entendre. Les blessures sont profondes et la plaie encore à vif. Les massacres, les destructions, l’holocauste nucléaire et la défaite planent dans chaque plan du film. Si Sakie Togashi se bat malgré ses faibles moyens, vingt-six ans plus tôt son mari s’est battu, aux côtés de ses hommes pour survivre dans une jungle hostile, tachant de préserver les dernières parcelles d’humanité qui restaient en lui. Sur ce point Fukasaku est formel, la guerre ne fait que des victimes…

La chorale (Akio Nishizawa, 2006): chronique DVD

LA CHORALE
(8 Gatsu no symphony)
Un film de Akio Nishizawa
Genre: animation, drame
Pays: Japon
Durée: 1h36
Editeur DVD: Kaze
Date de sortie DVD: 3 septembre 2008

Au printemps 1956, Rieko Sakamoto est nommée nouveau professeur de chant à l’école primaire de Kiba. Au même moment une nouvelle élève, Shizu Miyanaga, intègre la classe de CM2 où se trouve Akira, le fils du menuisier, le meilleur élève de la section. Shizu est également une très bonne élève et ses aptitudes au chant et au piano font espérer à la classe la victoire pour le prochain concours de chant organisé en fin d’année. Pourtant un incident malheureux va remettre en question la participation de l’école à ce concours, Gon le fils du tavernier ayant entraîner ses copains dans une série de vols à l’étalage. Akira lui-même a participé à ces larcins et c’est tout l’école qui écope des conséquences. Un autre drame vient perturber les écoliers mais finalement la participation au concours et de nouveau autorisé. Les enfants s’entraînent donc chaque soir pour rattraper le temps perdu et apprennent l’une de ces fameuse chansons traditionnelles.

Nominé en compétition au 12ème Festival du Film Asiatique de Lyon en 2006, La chorale n’a malheureusement pas connu de sortie salle en France, un comble au regard de la qualité de ce long-métrage et de son public potentiel, un film à la fois tourné vers une audience mature mais également vers un public plus jeune, le film traitant de l’enseignement scolaire. Produit dans le cadre du WAO, un réseau national d’entreprises d’enseignement général, que le réalisateur-auteur développe depuis près de trente ans étant lui-même enseignant, le film traite du thème des doyo, ces chansons traditionnelles pour enfants que le Japon moderne a délaissé ces dernières décennies.

Sensible à la fois par la portée culturelle et folklorique de ces chansons, et par l’importance d’un enseignement qui met en avant des méthodes appropriées pour le développement des enfants, Akio Nishizawa nous raconte cette période transitionnelle de l’histoire du Japon moderne qui sort enfin des affres de l’après-guerre pour entrer dans une nouvelle ère de prospérité économique, une nouvelle ère qui malheureusement délaisse les traditions et les éléments culturels du passé pour se concentrer sur les progrès technologiques et la volonté de s’imposer comme puissance mondiale de première ordre, souhait exaucé à la fin du film lorsque le directeur de l’école annonce à ses élèves que la Japon devient le 80ème pays à intégrer l’ONU, mettant un terme à la marginalisation du pays suite à la Seconde Guerre Mondiale.

Le film rappelle par bien des aspects notre succès national Les choristes de Christophe Barratier,  un même désir de parler d’une époque et surtout de souligner la cohésion qui se forme au sein des enfants lorsqu’ils partagent un même but, un même désir. Le chant comme méthode d’apprentissage non seulement d’un texte et de sa signification mais surtout d’un savoir-vivre et d’une discipline nécessaire à son accomplissement. La chorale développe en outre un contexte bien particulier, celui d’une société en mutation qui a souffert du manque de travail et de nourriture, une époque de restriction qui a encouragé les parents a donner à leur enfants la possibilité d’étudier pour échapper à cette misère. Le contexte familiale fait écho au contexte scolaire et l’éducation des enfants passe autant par la discipline de l’école que par l’autorité parentale. L’on pourrait souligner le caractère naïf de ce thème mais la société japonaise est en effet concentrée autour de ces deux pôles au sortir de la guerre, cherchant ses repères après une période trouble de plus de vingt-cinq ans depuis la militarisation du pays au début des années trente. Un film sensible et beau.

Walking my life (Satoshi Isaka, 2007): chronique preview

WALKING MY LIFE
(Zô no senaka)
Un film de Satoshi Isaka
Avec Kôji Yakushô, Miki Imai, Nao Minamizawa, Shun Shioya
Genre: mélodrame
Pays: Japon
Durée: 2h07
Date de sortie: indéterminée

Walking my life affiche 2

Un promoteur immobilier, Yukihiro, sur la fin de la quarantaine, apprend subitement qu’il est atteint d’un cancer des poumons incurable et qu’il ne lui reste que six mois à vivre. Alors qu’il mène une vie aisée dévouée à son travail, à sa famille et à sa maîtresse, la vie prend pour lui une autre voie, celle de l’introspection et du bilan. Certains remords et regrets vont le pousser à régler quelques vieilles histoires autant professionnelles que privées. Il retrouve ainsi la première femme qu’il ait jamais aimé sans avoir jamais eu le courage de lui avouer ou encore cet ami d’enfance avec qui il s’est brouillé pour une petite histoire sans importance. Refusant tout traitement thérapeutique, Yukihiro ne peut dissimuler plus longtemps sa maladie à sa famille, sa femme et ses deux enfants. Choisissant de finir sa vie dans une maison de repos pour personnes condamnées, sa femme et lui décident d’écrire chacun à l’autre une lettre personnelle. Les forces commencent alors à lui manquer…

Produit par le studio nippon Shochiku, Walking my life s’installe dans le genre mélodramique qui conte le destin d’un homme face à l’imminence de sa mort. On se souvient encore du très beau Vivre réalisé par Akira Kurosawa en 1952, ici la volonté est la même : émouvoir à travers des sentiments simples et universels les spectateurs. Le danger est double pour ce type de film, ne pas tomber ni du côté du sentimentalisme facile, lacrymal et désespéré ni du côté de la séduction morbide de la déchéance physique. Walking my life échappe à ces deux écueils grâce à une mise en scène épurée, simple et directe et une interprétation juste et étonnante de sincérité. Kôji Yakushô, que l’on connaît surtout en France comme étant l’acteur fétiche de Kiyoshi Kurosawa, incarne ici le rôle principal. Alors que son tout dernier film, Tokyo Sonata, dans lequel l’acteur joue un petit rôle, vient juste d’être présenté à Cannes, c’est au Festival Asiatique de Deauville en mars 2008 que Kôji Yakushô, dans le cadre d’un hommage qui lui était rendu, était venu présenter Walking my life.

Walking my life affiche 1

Si le film n’est pas d’une grande originalité dans son propos, force est de constater combien le jeu de kôji Yakushô apporte dignité et force morale à son personnage. Soucieux de préserver sa famille, Yukihiro dissimule ses inquiétudes, notamment à sa femme et à sa fille, en conservant son attitude de père réconfortant et disponible. A mesure que la maladie se révèle et l’use physiquement, une peur sourde s’ancre en lui. Quittant son travail, ayant dit adieu à ses amis, le cercle des connaissances se réduit peu à peu autour de lui et bientôt, les crises se multipliant en fréquence et en violence, l’obligent à quitter son domicile pour un hospice où un personnel compétent peut veiller sur lui en cas d’attaque. Installé au bord de la mer dans une petite maisonnée baignée par la lumière, ses jours sont désormais comptés. Le film se recentre alors sur le noyau familial, notamment sur la relation fusionnelle qui le lie à sa femme, une relation qui avait été mise à mal par son adultère avec sa maîtresse. Ayant choisi de mourir au contact de ceux qu’il aime, le personnage retrouve alors une paix intérieure faite de souvenirs et d’émotions. Un film sensible, triste, dont on ressort l’estomac noué et le regard groggy.

Coq de combat (Soi Cheang, 2007): chronique DVD

COQ DE COMBAT
(Shamo)
Un film de Soi Cheang
Avec Shawn Yue, Annie Liu, Francis Ng, Masato, Dylan Kuo, Leung Siu-lung, Ryo Ishibashi, Weiying Pei
Genre: drame, action
Pays: Hong Kong, Japon
Durée: 1h45
Editeur DVD: CTV
Date de sortie DVD: 4 septembre 2008

Coq de combat DVD

Enfant d’une famille très aisée et frère d’une petite sœur à laquelle il tient beaucoup, Ryô est à priori un adolescent de seize ans sans histoire jusqu’au jour où il assassine sauvagement ses parents. Envoyé en prison jusqu’à sa majorité, Ryô se confronte à un nouveau monde gouverné par la violence et les sévices. Souffre-douleur des autres détenus, il subit les viols et les bastonnades jusqu’au jour où il croise la route de Kurokawa, un maître de karaté énigmatique qui lui vient en aide en lui prodiguant conseils et désir de combattre. Sa destinée est dorénavant toute tracée, Ryô sera champion de free fights ou ne sera pas…

coq_de_combat_1

coq_de_combat_9

Adapté du manga éponyme d’Izo Hashimoto, véritable best seller au Japon comme en France, le film s’écarte néanmoins du ton véritablement nihiliste de la bande-dessinée. Moins de violence, moins de sexe et surtout un personnage principal moins destructeur. Dog bite dog nous avait donné un avant-goût acide de la violence de Soi Cheang, paradoxalement il propose une autre lecture de l ‘histoire de ce champion du combat libre. Une interprétation plus construire et davantage centrée sur l’affection que Ryô porte à sa sœur. L’intrigue est de toute manière assez mince et les quelques séquences de combats, pas assez nombreuses au demeurant, ne cachent pas quelques essoufflements du récit à différentes reprises du film.

coq_de_combat_20

coq_de_combat_43

Si le film manque parfois de rythme, il faut reconnaître à Soi Cheang une certaine science de l’image, des compositions complexes, des cadres audacieux, des mélanges colorés très expressifs mais tout cela finalement sans véritable fond. Ryô semble certes plus humain que le personnage du manga, mais son interprétation par Shawn Yue (Tiger dragon gate, Invisible target, Initial D, Infernal affairs) manque cruellement de subtilité et l’on a du mal à s’intéresser à ce personnage asocial. De même la figure du maître Kurokawa, joué par Francis Ng (The mission, Infernal Affairs), n’est pas assez développé malgré un charisme ahurissant. Après donc Love Battlefield en 2004 et Dog bite dog l’année suivante, Soi Cheang déçoit quelque peu avec Coq de combat mais pour le reste nous attendons de pied ferme son futur projet Assassins.

Coq de combat affiche coréenne

Dororo (Akihiko Shiota, 2007): chronique DVD

DORORO
Un film de Akihiko Shiota
Avec Satoshi Tsumaboki, Kô Shibasaki, Kiichi Nakai, Eita, Yoshio Harada, Anna Tsuchiya
Genre: aventures, fantastique, arts martiaux
Pays: Japon
Durée: 2h19
Editeur DVD: Kaze
Date de sortie DVD: 4 mars 2009

dororo dvd

Blessé dans les conflits qui opposent les clans, le seigneur Daigo Kagemitsu revient dans son fief, ivre de rage. Dans le pavillon des ancêtres il passe un pacte avec les quarante-huit démons pour s’assurer la victoire. En échange il sacrifie le corps de son enfant à naître. Ce dernier, privé de quarante-huit partie de son corps, est abandonné le long d’un fleuve avant d’être recueilli par un médecin qui lui sauve la vie. Spécialiste de la chirurgie reconstructrice, son père d’adoption lui confectionne de nouveaux membres afin que l’enfant puisse vivre dans le monde des hommes. Devenu adulte il entreprend de combattre ces quarante-huit démons pour récupérer l’intégralité de son corps. Il prend alors le nom de Hyakkimaru, du nom du sabre que son père lui a installé en lieu et place de son bras droit. En chemin il rencontre un jeune voleur qui se surnomme Dororo qui cherche à venger la mort de sa famille, assassinée par le seigneur Daigo, devenu tyran. Par haine, Dororo jure de tuer tous les proches du seigneur Daigo…

dororo_1

dororo_8

dororo_14

Adapté du manga éponyme du célèbre Osamu Tezuka, Dororo fut un énorme succès au Japon. Avec des chorégraphies de combat signées par le fameux Ching Siu-tung, l’histoire prend place dans une sorte de Japon historique fantastique mêlé de dramaturgie shakespearienne, l’enfant difforme cherchant à se faire une place dans le monde sans savoir qui est véritablement son père. Dans la lignée des films de monstres et de fantômes propre à la culture nippone, Hyakkimaru croise des démons tous plus étonnant les uns que les autres, aidé dans sa quête par le comique Dororo, en fait une jeune femme qui dissimule sa féminité pour ne pas paraître faible. Dororo est le premier volet d’une série de films qui verront le jeune homme récupérer peut à peu son corps d’origine mais qui, par cela, perdra sa faculté de ne pas ressentir la douleur.

dororo_15

dororo_18

dororo_20

Grosse production oblige, le film enchaîne les morceaux de bravoure avec régularité mais la mise en scène est loin d’apporter une quelconque originalité à cette histoire fantastique. Si les costumes sont une indéniable réussite, les décors étonnent moins si ce n’est quelques plans de paysage véritablement somptueux. Les effets spéciaux ne sont pas toujours du meilleur calibre mais échappent toutefois au côté cheap des productions calamiteuses dont le cinéma japonais a parfois le secret. Côté interprétation, nous sommes loin d’être bluffé par le jeu des acteurs principaux Satoshi Tsumabuki (Hyakkimaru), vu dans Dragonhead (2003) et Fast and furious : Tokyo drift (2006), et Kô Shibasaki (Dororo), dont on a pu apercevoir le joli minois dans son rôle de tueuse à la faucille dans Battle royale mais aussi dans Go (2001), Yomigaeri (2002) ou encore La maison de Himiko (2005). Sans être un film impressionnant, Dororo se laisse néanmoins regarder grâce à ses quelques moments d’humour et la relation ambigüe que Hyakkimaru et Dororo entretiennent.

dororo affiche

Dororo affiche 2

Fleur secrète (Masaru Konuma, 1974): chronique cinéma

FLEUR SECRETE
(Hana to hebi)
Un film de Masaru Konuma
Avec Naomi Tani, Natagoshi Sakamoto, Yasuhiko Ishizu, Hiroko Fuji et Hijiri Abe
Genre: érotique
Pays: Japon
Durée: 1h14
Date de sortie: 30 juillet 2008

fleur secrète affiche

Makoto est un jeune homme soumis à sa mère, une professionnelle des techniques bondage et sado-masochisme. Devenu impotent après avoir vu sa mère faire l’amour avec l’un de ses clients quand il était enfant, il fantasme sur les photographies qu’elle produit. Un jour Senzo Toyama, patron de Makoto et pervers sexuel insatisfait par la frigidité de sa femme, tombe sur les photographies en question et demande à Makoto d’initier sa femme Shizuko aux plaisirs de la douleur et de l’entrave. Devenue prisonnière et objet sexuel de Makoto, celle-ci prend cependant très vite goût à cette initiation poussée. Pour sa part, Makoto profite de son ascendant sur Shizuko pour échapper au contrôle maternel.

fleur secrète photo 1

Adaptation du roman d’Oniroku Dan qui a pour titre original Fleur et serpent, le film connaît enfin une exploitation cinématographique après avoir été montré dans différents festivals et rétrospectives sous différents titres, Vices et sévices à L’Etrange Festival ou encore Flower and snake lors de la rétrospective du studio Nikkatsu il y a peu à la Maison de la Culture du Japon à Paris. Oniroku Dan est réputé au Japon pour ses nouvelles prenant comme cadre le milieu fétichiste et SM et, sous le pseudonyme de Matsugoro Kuroiwa, écrit des scénarios érotiques pour le compte de petites firmes telles que la Dorikitsu Productions. Le studio Nikkatsu, après quelques années de négociations réussit enfin à porter à l’écran en 1974 cette fameuse adaptation du livre de l’écrivain. Le film, succès majeur dans l’archipel nippon, lancera la fameuse époque des roman porno de la firme et de nombreux titres issus de l’univers d’Oniroku Dan suivront, notamment le célèbre Une femme à sacrifier, du même Masaru Konuma, réalisé la même année.

fleur secrète photo 2

Autre atout majeur du film, la célèbre actrice Naomi Tani. Véritable égérie du cinéma pinku, autrement dit du cinéma érotique japonais, cette dernière connaît bien l’univers de l’écrivain pour avoir jouer dans de nombreux films produits par de petites sociétés de production depuis la fin des années soixante. Surnommée « la reine du SM », l’actrice était en effet réputée pour soutenir les longues séquences douloureuses de bondage, son corps attaché par des cordes et suspendu dans le vide. Car si le film de Konuma n’est en rien un film pornographique, les séquences de séquestrations, de flagellations, d’humiliations et de sévices sont à peine feintes. En ce sens Fleur secrète fait partie des meilleurs films du genre parce qu’il associe à la fois l’érotisme torride de l’actrice, qui sait parfaitement jouer de son regard langoureux et pervers, et l’audace de la représentation sadomasochiste, une audace du corps-objet qui explore l’éventail des possibles jusqu’à pousser dans la radicalisme de l’urophilie et de la coprophilie.

fleur secrète photo 3

Avec L’embryon part braconner et La véritable histoire d’Abe Sada, il semble que le genre bénéficie aujourd’hui en France d’un éclairage nouveau. Bien que Fleur secrète soit probablement le titre le plus commercial des trois, il permet d’appréhender une dimension essentielle de la culture japonaise qui sait marier les éléments les plus subtils de l’art (l’art de la dissimulation, l’art des fleurs, l’art du kimono) au contexte le plus intime, l’érotisme et le fétichisme n’étant pas perçu de la même manière en Orient et en Occident. Visionner Fleur secrète prolonge sans difficulté le plaisir de la contemplation des estampes érotiques appelées shunga. Derrière les cloisons et autres portes coulissantes se cachent les plaisirs interdits et les fantasmes les plus inavouables…

Evangelion 1.0 you are (not) alone (Hideaki Anno, 2007): chronique cinéma

EVANGELION 1.0 YOU ARE (NOT) ALONE
(Evangerion shin gekijôban: jo)
Un film de Hideaki Anno
Genre: animation
Pays: Japon
Durée : 1h38
Date de sortie : 4 mars 2009

evangelion 1.0 you are (not) alone affiche

Quinze après la catastrophe qui a annihilée la moitié de la population, évènement terrible plus connu sous le nom de « second impact », un jeune garçon prénommé Shinji Ikari, est appelé auprès de son père, à la tête de la NERV, une organisation ultra-secrète sous l’égide de l’ONU. Alors que les Anges, ces créatures mystérieuses, ravagent la surface, l’organisation a développer des armes ultra-sophistiquées, les Eva, des robots géants d’un type révolutionnaire. Shinji, qui n’avait pas vu son père depuis des années, est chargé par ce dernier de piloter l’Eva-01. Le garçon, innocent, comprend qu’il va devoir se battre contre ces créatures puissantes. La peur de l’échec et de la souffrance va s’opposer à son désir profond de prouver à son père sa valeur. Au quartier général de la NERV, Shinji va rencontrer une jeune fille, Rei Ayanami, qui pilote le premier prototype des Eva, l’Eva-00. Comme lui, Rei est une adolescente discrète et introvertie. Sur leurs épaules repose le sort de l’humanité.

evangelion 1.0 photo 3

evangelion 1.0 photo 4

Nouvelle version de la célèbrissime série japonaise d’animation Neon genesis evangelion, Evangelion 1.0, sous-titré « you are (not) alone », est le premier volet d’un triptyque qui revisite l’univers de la série originale. Hideaki Anno, créateur et auteur de la licence est toujours aux commandes de cet univers futuriste impressionnant. Si l’on nous promet des éléments innovateurs dans les second et troisième volets, Evangelion 1.0 reprend les bases de l’intrigue de la série télévisée diffusée en 1995. Que les profanes se rassurent, nul besoin de connaître les vingt six épisodes pour suivre le récit de ce nouveau film même si, il faut bien l’avouer, les termes techniques et la narration très elliptique du récit risquent d’en désarçonner plus d’un.

evangelion 1.0 photo 5

evangelion 1.0 photo 6

C’est surtout sur l’aspect technique que le film innove puisqu’il n’a pas seulement été décidé de reprendre quelques séquences remontées de la série pour composer un nouveau long-métrage, c’est tout un processus de « reconstruction » des éléments originaux qui a été engagé. Plus qu’un lifting, certaines séquences mélangent de nouveaux éléments 3D aux dessins préexistants, les couleurs ainsi que de nombreux détails ont été rajoutés, les décors modifiés et améliorés pour correspondre au niveau d’exigence que requiert une sortie en salle. Pour les fans comme les novices, c’est à une redécouverte de l’univers d’Evangelion à laquelle nous sommes conviés.

evangelion 1.0 photo 7

evangelion 1.0 photo 8

Oeuvre culte de l’animation japonaise en matière de science-fiction, Evangelion 1.0 ne paraît plus aussi innovante que le fut la série originale et si l’on considère ce film de manière indépendante, l’on est toujours aussi impressionné par la complexité des péripéties et des intrigues bien que la narration, elle, pose quelques problèmes. Synthèse oblige, les quatre-vingt dix minutes du film ne permettent pas d’exposer les personnages de façon posée et patiente, au contraire les évènements s’enchaînent à un rythme haletant, sans pour autant que l’on comprennent précisément la motivation de certains protagonistes. Ce défaut mis à part, les scènes de combat sont très prenantes et les éléments de sous-intrigues se révèlent peu à peu. Dans l’univers des robots géants Evangelion se place en marge en développant une relation particulière entre l’homme et la machine. D’autres œuvres abordaient également ce thème par l’entremise d’une relation neurologique entre l’humain et l’inanimé, ici c’est une relation véritablement biologique qui s’instaure entre les pilotes et leur Eva. Le design toujours aussi racé de ces créatures emportent l’adhésion et les prochains volets nous promettent par ailleurs quelques surprises de ce côté. Certains plans énigmatiques préparent le terrain pour la suite mais découvrir, ou redécouvrir, Evangelion sur grand écran se révèle déjà une agréable expérience.

evangelion 1.0 you are (not) alone affiche 2

My lover is a sniper (Toshiharu Muguruma, 2004): chronique preview

MY LOVER IS A SNIPER
(Koibito wa sunaipâ: gekijô-ban)
Un film de Toshiharu Muguruma
Avec Miki Mizuno, Miyoko Akaza, Hiroshi Abe, Teruyoshi Uchimura, Shido Nakamura, Seiichi Tanabe, Chôsuke Ikariya
Genre: action, policier
Pays : Japon
Durée : 1h52
Date de sortie : indéterminée

my lover is a sniper affiche

Kinako est une jeune femme flic qui a arrêté il y a peu l’homme qu’elle aimait, Wong Kai-ko, un tueur à gages opérant pour l’organisation terroriste chinoise nommée 1221. Quelques années plus tard à Tokyo, un terroriste tue aveuglément les passants pour faire chanter le gouvernement japonais. Cet assassin serait l’ancien apprenti de Wong Kai-ko, Fang, appartenant lui aussi à l’organisation criminelle. Le gouvernement japonais fait extrader Wong pour qu’il puisse aider Kinako dans son enquête. Alors que la population panique à l’idée d’un tueur au fusil frappant au hasard, Fang ne semble pas être le seul impliqué. Un avocat de la police semble tirer les ficelles dans l’ombre. Wong parvient alors à échapper à la surveillance de ses geôliers pour retrouver par ses propres moyens Fang. Un duel de tueurs à gages s’engage dans la ville.

my_lover_is_a_sniper_1

my_lover_is_a_sniper_3

Troisième volet d’une série entamée par deux téléfilms, le succès de cette histoire peu commune entre un criminel et une femme policière a poussé les producteurs a tenter l’aventure du grand écran. Même s’il est inutile d’avoir vu les deux opus précédents pour comprendre l’histoire (un flash-back introductif et bâclé évacue toute incompréhension à la vitesse grand V), force est de constater que le film ne tient pas les promesses du genre, c’est à dire celui du polar. John Woo avait intégré d’une main de maître le romantisme au cœur des scènes de gunfights dans The killer, ici il ne reste rien de cette leçon inoubliable. Tout juste un duel final sur les toits aussi mal chorégraphié et monté que possible avec en prime des combats à main nues un peu grotesques et, surtout, inutiles, la femme flic préférant se battre avec ses poings plutôt qu’avec son arme devant des assaillants armés de fusils !

my_lover_is_a_sniper_5

my_lover_is_a_sniper_6

Le jolie minois de Miki Mizuno n’y peut rien, on s’ennuie ferme devant ce film qui manque non seulement de rythme mais aussi de conviction. Les personnages sont esquissés, les péripéties bien pauvres face à la richesse du sujet (l’idée d’un tueur prenant en otage tout un pays devant le refus du gouvernement de payer une rançon est plutôt originale). Habituée des séries B, on avait pu voir l’actrice notamment dans Gamera 2 de Shusuke Kaneko en 1996, Salaryman Kintarô de Takashi Miike en 1999 ou bien encore A chance to die de Yiwen Chen en 2000. Ici l’actrice tente tout ce qu’elle peut pour nous convaincre du dilemme qui la travaille : sur le point de se marier avec un officier de police, elle n’en avait pas pour autant oublier son amour pour Wong et son retour au Japon ne fait qu’empirer la situation. Sans être larmoyant comme The killer, on est très loin de la passion qu’éprouve le tueur pour une femme qu’il sait inaccessible comme l’a pu mettre en scène John Woo.

my_lover_is_a_sniper_8

my_lover_is_a_sniper_12

My lover is a sniper est le premier long-métrage de Toshiharu Muguruma et en cela ne présage rien de bon. Montage hétérogène, cadres aléatoires, musiques omniprésentes et franchement irritantes à certains moments, le film ne possède aucun style et le passage au grand écran se révèle catastrophique. On le sait, le cinéma japonais ne fait pas toujours dans le meilleur goût mais la plupart du temps on peut se satisfaire d’une irrévérence, d’une provocation ou au moins d’idées visuelles originales qui leur procure du charme. Ici c’est le calme plat d’un polar sans maîtrise et sans surprise. Les tours de Tokyo auraient pu devenir le terrain de jeu d’un duel sans merci entre des tueurs à gages de premières mains, mieux vaut se tourner vers les épisodes de Nicky Larson ou de Golgo 13 pour y trouver son bonheur.

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.