Les loups (Hideo Gosha, 1971): chronique rétro

LES LOUPS
(Shusso iwai)
Un film de Hideo Gosha
Avec Tatsuya Nakadai, Isao Natsuyagi, Tetsuro Tanba, Noboru Ando, Komaki Kurihara, Kyôko Enami
Genre: action, drame, yakuza
Pays: Japon
Durée: 2h11
Date de sortie: 30 octobre 1971

En 1926, un nouvel empereur prend place sur le trône et avec lui un nouveau gouvernement se forme. Pour marquer cette nouvelle ère pour la nation japonaise, certains prisonniers sont exceptionnellement graciés, dont trois yakuzas, Iwahashi et Tsutomu du clan Enokiya et Ozeki du clan rival Kannon. Le ressentiment nourrissait leur rivalité pourtant, à l’heure de leur sortie de prison, la situation a beaucoup évoluée. Le boss du clan Enokiya est mort et Sasaki, le cadet d’Iwahashi lui succède. Un médiateur, le puissant industriel Asakura, rapproche Sasaki et Igarashi, le boss du clan Kannon, en favorisant le mariage de ce dernier avec la fille de l’ancien boss du clan Enokiya. La paix entre les factions est cependant fragile et la sortie de deux des plus influents yakuzas, Iwahashi et Ozeki, n’aide pas à favoriser l’entente cordiale. Ce sont deux anciens qui ne vivent que par le code d’honneur des yakuzas. Ils sont loin d’appeler à la guerre, au contraire ils suivent les instructions à la lettre, jusqu’au jour où certains secrets refont surfaces et mettent en péril l’autorité et la hiérarchie.

Réalisé deux ans seulement après Goyokin et Hitokiri en 1969, Hideo Gosha aligne donc un troisième chef d’œuvre d’affilé. Si ces deux derniers films sont des trésors du chanbara nihiliste, autrement dit du film de sabre crépusculaire, Les loups en est quelque sorte un reflet dans le genre du film de yakuza. Le début des années soixante-dix marquent en effet la fin d’un genre tout particulier, celui du ninkyô eiga, le film de chevalerie qui présente les yakuzas comme des héros des temps modernes avec un sens du code de l’honneur infaillible. Généralement situés dans la période du Japon d’avant-guerre, ces films témoignent des changements dont le pays est l’objet, celui de la montée en puissance du capitalisme et de l’influence durable de l’Occident dans le monde des affaires.

Sur le modèle du yakuza fidèle au code qui ronge son frein devant les trahisons impunies avant de tirer le sabre au clair pour rétablir un semblant d’ordre et de respect, Hideo Gosha apporte sa propre touche personnelle au genre, celle d’une évocation désespérée d’un monde en pleine déliquescence, qui se heurte aux exigences d’un monde en pleine transformation. Le monde ancien des yakuzas, statique et dépassé, ne peut juguler les nouveaux désirs de puissance que certains éprouvent devant les possibilités de la nouvelle économie du pays. En cela les choses changent, le politique et le financier font leur entrée fracassante dans un univers précédemment cantonné aux salles de jeux et autres lieux de plaisirs et de perdition. Ici, les dirigeants voient plus loin et plus grand, au grand dam d’un équilibre des forces fragiles.

On retrouve dans Les loups un casting prestigieux très habitué au genre ; Tatsuya Nakadai, l’un des acteurs fétiches du réalisateur dans le rôle principal d’Iwahashi, Tetsuro Tanba dans celui du médiateur, Noboru Ando et sa large cicatrice au visage dans celui d’Ozeki et enfin la très belle et vénéneuse Kyôko Enami dans celui de l’artiste tatoueuse aux talents cachés révélée par la célèbre série de films La pivoine rouge.  Casting de rêve pour une histoire de trahison, de revanche mais aussi pour une histoire d’amour impossible, celui de la fille du boss désormais fiancée au clan rival alors qu’elle n’éprouve des sentiments que pour un second couteau de son clan. Amitiés viriles, serments profanés, code d’honneur bafoué, hiérarchie biaisée, c’est tout l’univers des clans mafieux qui tremblent à l’aune de la nouvelle ère impériale du pays.

Esthète de l’image, Hideo Gosha nous offre encore ici un spectacle funèbre magnifique. La composition très travaillée se confronte à l’audace de la bande-sonore tout simplement audacieuse, certains combats se déroulant dans un silence d’autant plus terrifiant qu’ils sont brutaux et sanguinaires. Gosha ne détourne jamais la caméra devant la violence de ces gangsters avides de sang, la palme à ce couple de tueuses qui oeuvrent délicatement et gracieusement, dans un ballet de mort fascinant. L’évocation de certaines pratiques folkloriques n’en marquent que davantage le fossé qui s’est installé entre l’ancienne génération de yakuzas et la nouvelle, la première pratiquant encore le respect des coutumes, la seconde n’hésitant pas à user du mensonge, de la corruption et de la lâcheté. Un grand film japonais qui ne connaît pas encore une sortie en vidéo en France mais qui mériterait, tout comme Hitokiri, les honneurs d’une exploitation en salles.

Yuki & Nina (Hippolyte Girardot et Nobuhiro Suwa, 2009): chronique cinéma

YUKI & NINA
Un film de Hippolyte Girardot et Nobuhiro Suwa
Avec Noë Sampy, Arielle Moutel, Tsuyu, Hippolyte Girardot, Marilyne Canto
Genre: drame, fable
Pays: France, Japon
Durée: 1h32
Date de sortie: 9 décembre 2009

Yuki, neuf ans, est une petite fille née d’un mère japonaise et d’un père français. Nina est sa meilleure amie, elles passent leurs journées de vacances à jouer ensemble et la mère de celle-ci, divorcée, propose à Yuki de les suivre quelques jours dans le Sud. Mais Yuki apprend soudainement que ses parents vont divorcer et que sa mère souhaite qu’elle la suive au japon. Les deux fillettes ne veulent pas être séparée et projette un temps de réunir les deux adultes réfractaires mais devant leur échec, elles décident finalement de fuguer. Les deux fillettes se retrouvent perdues dans une étrange forêt.

Réalisé à quatre mains par Hippolyte Girardot et Nobuhiro Suwa, le film brille par sa simplicité et sa poésie confrontant le monde de l’enfance à celui des adultes. Entre le décor de la ville, rationnel et celui de la forêt, plus fantasmatique, s’opère un glissement progressif étonnant. Entre une France urbaine et un Japon des campagnes, c’est la double nationalité du film qui s’exprime à l’image de ce couple coinçant leur petite fille entre deux cultures. Mais là où ces grandes personnes se déchirent, le film offre à la fillette un étonnant refuge entre réalité et rêve éveillé. Pour Yuki, la France, sa ville et Nina sont des réalités qu’elle ne désire pas quitter ou laisser derrière elle. Le Japon lui est inconnu et sa plus grande peur est d’y être seule. S’ensuit alors une étonnante scène dans la forêt qui s’offre comme une préfiguration de sa vie dans l’Archipel.

Malgré sa grande urbanisation, le Japon est encore un pays aux mythes anciens toujours très présents. Par l’entremise d’un rêve, d’une illusion, ou encore d’une prémonition, l’on ne sait pas très bien, Yuki goûtera à cette dimension folklorique que sa mère elle-même a oublié, replongeant finalement celle-ci dans ses souvenirs d’enfance. Ne pas trahir ses premières années, ne pas les oublier, c’est aussi cela grandir et mûrir. Yuki n’est ni française ni japonaise, elle s’offre le meilleur des deux cultures pour s’épanouir. En cela le film suit son regard sur le monde, depuis les disputes des grands jusqu’au silence pesant de cette forêt décidément mystérieuse. Avec leur innocence, les deux fillettes proposent leurs propres alternatives aux vicissitudes du monde des adultes, allant jusqu’à invoquer la fée de l’amour pour réconcilier les parents de Yuki. Si cette fantaisie touche les adultes, elle n’a pourtant aucun effet sur leur devenir et la rationalité triomphe sur les rêves.

Film d’une richesse incroyable malgré sa forme simple et dépouillée, Yuki & Nina combine le drame à la fable. Touchant, poétique et tout à la fois terriblement réaliste, le film parle de la séparation avec une infinie délicatesse. Les deux fillettes actrices, Noé Sampy et Arielle Moutel, y sont étonnantes de fraîcheur quand Hippolyte Girardot et Tsuyu, respectivement le père et la mère de Yuki, nous offre une interprétation sobre et convaincante de deux êtres qui s’aiment mais ne se comprennent plus. Après H story et Un couple parfait, Nobuhiro Suwa explore encore la culture française avec cette fois-ci Hippolyte Girardot comme guide. De retour au Japon, c’est pourtant bien le cinéaste nippon qui nous entraîne dans un monde fascinant loin des clichés d’un monde sururbanisé, préférant nous faire visiter ces forêts profondes où s’exprime encore une certaine harmonie de l’homme avec la nature.

La légende du grand judo (Akira Kurosawa, 1943): chronique rétro

LA LEGENDE DU GRAND JUDO
(Sugata Sanshiro)
Un film de Akira Kurosawa
Avec Denjirô Okôchi, Susumu Fujita, Yukiko Todoroki, Ryunosuke Tsukigata, Takeshi Shimura
Genre: aventures, drame
Pays: Japon
Durée: 1h20
Date de sortie: 25 mars 1943
Date de sortie reprise: 11 janvier 2006

Sugata est un apprenti dans l’art du jûjutsu, un art développé depuis les temps féodaux pour se défendre à mains nues. Il est à la recherche de Saburo, maître de l’école Shinmei et de ses disciples. Le soir de son admission, ses camarades se moque d’une nouvelle forme de pratique du jiu-jitsu appelée le judo. Enseignée par Yano Shogoro cette nouvelle pratique n’est plus littéralement un art, mais une voie, celle de l’agilité. Motivés par le poste d’instructeur de la préfecture de police, les disciples de l’école Shinmei craignent que cette nouvelle technique ne séduise les autorités et décident d’attaquer Shogoro le soir même. Témoin de la rixe qui oppose ses camarades au professeur tant redouté, sa technique du judo lui permet de maîtriser tous ces adversaires. Impressionné par un tel niveau d’excellence, Sugata désire lui-même se convertir au judo.

Film sorti une première fois en mars 1943, il connaît une ressortie l’année suivante dans une version amputée, seule copie visible de nos jours. En effet pour cause de censure du gouvernement militaire japonais de l’époque, la production cinématographique était étroitement surveillée et les sujets qui ne respectaient pas les standards définis par les autorités ne pouvaient pas être filmés ou être amputés de séquences jugées néfastes. Akira Kurosawa avait déjà une expérience de ces limitations car trois de ses scénarios écrits au début des années quarante, quoique récompensés dans différentes catégories, ne furent pas tournés pour cause d’influence occidentale trop patente. La légende du grand judo, au contraire, exploitait les ressources de l’une des plus vieilles techniques de combat japonaises, celles du jûjutsu qui deviendra, à force de modernisation nécessaire à sa survie, le judo au début du XXème siècle. L’anecdote veut que le cinéaste ait voulu acheter les droits du livre de Tsuneo Tomita dont le film est l’adaptation avant même d’en avoir lu une ligne, sachant pertinemment que le sujet était pour lui l’occasion de réaliser son premier long métrage.

Car en matière de cinéma Akira Kurosawa est loin d’être un novice. En 1936, à la suite d’un concours passé pour entrer au studio P.C.L. (qui sera absorbée dès l’année suivante par la Toho) il entame sa longue initiation en tant qu’assistant-réalisateur pendant près de huit années. Si La légende du grand judo est sa première réalisation en titre, Kurosawa connaît déjà la mise en scène pour avoir diriger de nombreuses séquences lors d’un long métrage précédant, Le cheval, mis en scène en 1941 par Kajiro Yamamoto. Yamamoto est en quelque sorte le mentor de celui qui deviendra quelques années après « l’empereur du cinéma japonais ». Entre 1936 et 1941, Kurosawa a contribué à pas moins de dix-huit films de son maître.

Bien que très attiré par les arts de combat japonais tout au long de sa carrière, que ce soient les combats au sabre ou à l’arc, ce n’est pas ici la dimension martiale que Kurosawa désire exprimer mais bien l’éducation de l’homme qui conduit le novice vers la maîtrise parfaite non seulement de son corps mais surtout de son esprit. Car Sugata, magnifiquement interprété par Susumu Fujita, est au début du film un rustre, un ours capable de prouesses techniques mais sans véritable contrôle conscient de ses gestes et de son mental. Devenu disciple du grand Shogoro, Sugata ne met pas longtemps à maîtriser les gestes et les réflexes nécessaires à la lutte et, un soir de beuverie, il s’attache à démontrer au peuple son savoir-faire et sa force. Revenant avec les vêtements déchirés, son attitude incontrôlable est pour son maître le signe d’un échec. Cet échec l’élève désirera l’expurger en se lançant dans la mare au lotus, une mare en contre-bas de la maison de son maître. Il y passe la nuit pour trouver l’éveil sous la bienveillance de la pleine lune, tout en contemplant la fleur de lotus. Bien que frêle et fragile, il émane de la fleur une aura sans pareille qui permet à Sugata de trouver humilité et constance.

Peu après, alors que Sugata est suspendu de pratique, un homme se présente au dôjô pour affronter l’école et son style. Habillé à l’occidentale, apprêté et dédaigneux, Higaki Gennosuke de l’école Ryoi-Shinto ridiculise le seul disciple présent. Sugata, n’étant pas autorisé à pratiquer, ronge son frein devant celui qui prétend la supériorité du jûjutsu sur le judo. Un tournoi est finalement organisé par la préfecture de police pour départager toutes les écoles de combat. Commence alors pour Sugata une longue route vers la discipline, la dévotion mais aussi le doute lorsque qu’il tombe sous le charme de Sayo, la fille de l’un des maîtres de jûjutsu et maître de Higaki. Mais contrairement à son élève, celui-ci est respectueux et sage et inspire l’admiration.

Kurosawa, même si il n’est pas avare de scènes de luttes tout au long du film, s’intéresse davantage au chemin que choisit de prendre Sugata. Un chemin de loyauté, d’amour et de respect aux antipodes de certains adversaires prêts à tout pour remporter la victoire. Sugata le comprend bien, ce n’est pas le résultat qui compte mais bien la voie empruntée pour y arriver. Dans la filiation des arts anciens, arts respectueux des ancêtres et de leurs enseignements, l’on comprend comment une technique peut évoluer sans se pervertir et comment, surtout, sans vouloir évoluer elle peut finir par se corrompre. La filiation n’est pas seulement que dans la technique, elle est aussi dans la passation du savoir et des valeurs, celle d’un maître pour son élève, celle d’un père pour sa fille. Le père, ici un vénérable maître de jûjutsu interprété par l’un des acteurs fétiches de Kurosawa, Takeshi Shimura, que l’on reverra bien sûr dans Les sept samouraïs ou encore dans Vivre, incarne la figure du rival de celui qui deviendra son beau-fils. Une rivalité nécessaire mais saine, la fille Sayo (Yukiko Todoroki), passant de l’amour paternel à celui plus charnel de la passion amoureuse avec Sugata.

Avec ce premier film, Akira Kurosawa pose déjà tous les éléments d’une maîtrise de la mise en scène. Direction d’acteurs, choix de cadrages, subtilités de l’éclairage, audace du montage, il nous délivre ici un film magnifique sur des valeurs saines qui paradoxalement sont évoquées durant une période particulièrement trouble de l’histoire japonaise. Si le gouvernement japonais de l’époque voyait surtout dans ce film une évocation de l’héritage ancestral d’un art martial japonais, l’on peut y voir également l’émanation des valeurs spirituelles de la méditation de la vie et de l’importance cruciale des choix que chacun est amené à prendre tout au long de l’existence. Face à soi-même, le maître est tel un guide et non comme un général, il éveille la conscience, il ne l‘ordonne pas.

Sous les drapeaux, l’enfer (Kinji Fukasaku, 1972): chronique rétro

SOUS LES DRAPEAUX, L’ENFER
(Gunki hatameku motoni)
Un film de Kinji Fukasaku
Avec Tetsurô Tamba, Sachiko Hidari, Shinjiro Ebara, Isao Natsuyagi, Sanae Nakahara, Yumiko Fujita, Noboru Mitani, Taketoshi Naitô, Kanemon Nakamura
Genre: Guerre, drame
Pays: Japon
Durée: 1h36

Une veuve de guerre se rend chaque année auprès du Ministère de la Santé et de la Sécurité Sociale pour demander sa pension de veuvage, pension que les autorités lui refusent systématiquement sous le motif que son mari a été traduit à la cour martiale et jugé coupable de désertion. Persuadée que son mari n’est pas coupable, elle recherche quatre survivants de sa garnison. Chaque vétéran lui raconte leur histoire, se remémorant les faits différemment. Confiante sur l’honneur de son époux, ces quatre histoires vont remettre en cause sa vision des choses.

Tourné une année après Guerre des gangs à Okinawa et la même année que Yakuza moderne : Okita le pourfendeur, Sous les drapeaux, l’enfer (en anglais Under the flag of the rising sun) présente un aspect inconnu de l’œuvre de Kinji Fukasaku si l’on se réfère seulement aux titres du cinéaste disponibles à ce jour en français. Surtout connu ici pour ses films ultra-violents sur les gangs de yakuza, Sous les drapeaux, l’enfer est certainement l’un de ses films les plus personnels. A l’origine un roman écrit par Shoji Yuki, Fukasaku en acheta les droits avec son propre argent et le film fut produit loin de la tutelle des grands studios, en l’occurrence de la Toei, firme dans laquelle Fukasaku a passé l’essentielle de sa carrière. Le réalisateur aborde ici ses thèmes les plus chers, les conséquences de la deuxième guerre mondiale, la croissance et le développement du Japon, l’occupation américaine et le traumatisme des bombes nucléaires.

Ici cependant, Fukasaku délaisse le milieu de la mafia et les codes inhérents au genre pour s’exprimer différemment. Essentiellement traité en flash-back, le film raconte l’histoire de l’épouse du sergent Togashi qui rencontre quatre personnes qui ont personnellement connu son mari sur le front de la Nouvelle-Guinée pour lui raconter chacune son histoire, suivant un traitement similaire au film d’Akira Kurosawa, Rashomon. Alors que les autorités ne lui concède pas le droit d’obtenir la pension militaire allouée aux soldats morts au combat parce que son mari fut exécuté par une cour martiale, aucune preuve concrète ne vient établir cette vérité officielle. A travers le récit de ceux qui l’ont connu et entouré dans les derniers moments de sa mort, l’épouse du sergent pense pouvoir rétablir l’honneur de son mari. Mais ces récits s’opposent et divergent.

A mesure que les récits se succèdent, l’on comprend vite que certaines vérités restent cachées, que certains évènements n’ont jamais été éclaircis et que de terribles choses se sont passées les derniers jours et les mois suivant la défaite du Japon. Au cœur de la jungle, loin de leur pays, affamés, malades et épuisés, de nombreux soldats sont restés longtemps sans nouvelles de la fin de la guerre. Fukasaku convoque le passé dans de longues séquences en noir et blanc mais le film ne s’attarde pas sur l’évolution du conflit, sur la gestion tactique ni sur les contingences du combat. Ce qui intéresse le cinéaste, c’est comment ce passé, volontairement oublié, recouvert d’un voile, masqué du sceau du secret et du mensonge, pèse lourdement sur les individus, que se soit de façon physique (l’un des survivants est aveugle, un autre est vieillissant dans son bidonville, etc.) ou de façon plus insidieuse (l’épouse qui ne peut dormir tranquille sachant que l’honneur de son mari est bafoué, les survivants qui ne supportent pas leurs actes passés, etc.).

Fukasaku aborde de front la problématique de la mémoire historique, une mémoire nécessaire pour faire le deuil, nécessaire pour permettre aux nouvelles générations de passer à autre chose. Hors le Japon est présenté ici comme une nation qui n’en pas fini avec cette guerre, une nation qui, parce qu’elle a été vaincue, ne peut oublier mais en même temps qui fait tout pour passer sous silence cette période douloureuse. Sinon une commémoration annuelle en l’honneur des soldats tombés, les vétérans et les familles qui ont perdu des proches ne veulent évoquer ouvertement ces mauvais souvenirs, des souvenirs trop entachés de honte, de frustration et de ressentiment.

Contre cette tendance à l’oubli, Fukasaku fait de son personnage principal, l’épouse du sergent calomnié, une héroïne qui ne baisse pas les bras devant l’attitude passéiste des autorités et des qu’en-dira-t-on du village. Contre vents et marais, elle se bat pour découvrir la vérité, une vérité qu’elle n’est peut être pas prête à entendre. Les blessures sont profondes et la plaie encore à vif. Les massacres, les destructions, l’holocauste nucléaire et la défaite planent dans chaque plan du film. Si Sakie Togashi se bat malgré ses faibles moyens, vingt-six ans plus tôt son mari s’est battu, aux côtés de ses hommes pour survivre dans une jungle hostile, tachant de préserver les dernières parcelles d’humanité qui restaient en lui. Sur ce point Fukasaku est formel, la guerre ne fait que des victimes…

La chorale (Akio Nishizawa, 2006): chronique DVD

LA CHORALE
(8 Gatsu no symphony)
Un film de Akio Nishizawa
Genre: animation, drame
Pays: Japon
Durée: 1h36
Editeur DVD: Kaze
Date de sortie DVD: 3 septembre 2008

Au printemps 1956, Rieko Sakamoto est nommée nouveau professeur de chant à l’école primaire de Kiba. Au même moment une nouvelle élève, Shizu Miyanaga, intègre la classe de CM2 où se trouve Akira, le fils du menuisier, le meilleur élève de la section. Shizu est également une très bonne élève et ses aptitudes au chant et au piano font espérer à la classe la victoire pour le prochain concours de chant organisé en fin d’année. Pourtant un incident malheureux va remettre en question la participation de l’école à ce concours, Gon le fils du tavernier ayant entraîner ses copains dans une série de vols à l’étalage. Akira lui-même a participé à ces larcins et c’est tout l’école qui écope des conséquences. Un autre drame vient perturber les écoliers mais finalement la participation au concours et de nouveau autorisé. Les enfants s’entraînent donc chaque soir pour rattraper le temps perdu et apprennent l’une de ces fameuse chansons traditionnelles.

Nominé en compétition au 12ème Festival du Film Asiatique de Lyon en 2006, La chorale n’a malheureusement pas connu de sortie salle en France, un comble au regard de la qualité de ce long-métrage et de son public potentiel, un film à la fois tourné vers une audience mature mais également vers un public plus jeune, le film traitant de l’enseignement scolaire. Produit dans le cadre du WAO, un réseau national d’entreprises d’enseignement général, que le réalisateur-auteur développe depuis près de trente ans étant lui-même enseignant, le film traite du thème des doyo, ces chansons traditionnelles pour enfants que le Japon moderne a délaissé ces dernières décennies.

Sensible à la fois par la portée culturelle et folklorique de ces chansons, et par l’importance d’un enseignement qui met en avant des méthodes appropriées pour le développement des enfants, Akio Nishizawa nous raconte cette période transitionnelle de l’histoire du Japon moderne qui sort enfin des affres de l’après-guerre pour entrer dans une nouvelle ère de prospérité économique, une nouvelle ère qui malheureusement délaisse les traditions et les éléments culturels du passé pour se concentrer sur les progrès technologiques et la volonté de s’imposer comme puissance mondiale de première ordre, souhait exaucé à la fin du film lorsque le directeur de l’école annonce à ses élèves que la Japon devient le 80ème pays à intégrer l’ONU, mettant un terme à la marginalisation du pays suite à la Seconde Guerre Mondiale.

Le film rappelle par bien des aspects notre succès national Les choristes de Christophe Barratier,  un même désir de parler d’une époque et surtout de souligner la cohésion qui se forme au sein des enfants lorsqu’ils partagent un même but, un même désir. Le chant comme méthode d’apprentissage non seulement d’un texte et de sa signification mais surtout d’un savoir-vivre et d’une discipline nécessaire à son accomplissement. La chorale développe en outre un contexte bien particulier, celui d’une société en mutation qui a souffert du manque de travail et de nourriture, une époque de restriction qui a encouragé les parents a donner à leur enfants la possibilité d’étudier pour échapper à cette misère. Le contexte familiale fait écho au contexte scolaire et l’éducation des enfants passe autant par la discipline de l’école que par l’autorité parentale. L’on pourrait souligner le caractère naïf de ce thème mais la société japonaise est en effet concentrée autour de ces deux pôles au sortir de la guerre, cherchant ses repères après une période trouble de plus de vingt-cinq ans depuis la militarisation du pays au début des années trente. Un film sensible et beau.

Walking my life (Satoshi Isaka, 2007): chronique preview

WALKING MY LIFE
(Zô no senaka)
Un film de Satoshi Isaka
Avec Kôji Yakushô, Miki Imai, Nao Minamizawa, Shun Shioya
Genre: mélodrame
Pays: Japon
Durée: 2h07
Date de sortie: indéterminée

Walking my life affiche 2

Un promoteur immobilier, Yukihiro, sur la fin de la quarantaine, apprend subitement qu’il est atteint d’un cancer des poumons incurable et qu’il ne lui reste que six mois à vivre. Alors qu’il mène une vie aisée dévouée à son travail, à sa famille et à sa maîtresse, la vie prend pour lui une autre voie, celle de l’introspection et du bilan. Certains remords et regrets vont le pousser à régler quelques vieilles histoires autant professionnelles que privées. Il retrouve ainsi la première femme qu’il ait jamais aimé sans avoir jamais eu le courage de lui avouer ou encore cet ami d’enfance avec qui il s’est brouillé pour une petite histoire sans importance. Refusant tout traitement thérapeutique, Yukihiro ne peut dissimuler plus longtemps sa maladie à sa famille, sa femme et ses deux enfants. Choisissant de finir sa vie dans une maison de repos pour personnes condamnées, sa femme et lui décident d’écrire chacun à l’autre une lettre personnelle. Les forces commencent alors à lui manquer…

Produit par le studio nippon Shochiku, Walking my life s’installe dans le genre mélodramique qui conte le destin d’un homme face à l’imminence de sa mort. On se souvient encore du très beau Vivre réalisé par Akira Kurosawa en 1952, ici la volonté est la même : émouvoir à travers des sentiments simples et universels les spectateurs. Le danger est double pour ce type de film, ne pas tomber ni du côté du sentimentalisme facile, lacrymal et désespéré ni du côté de la séduction morbide de la déchéance physique. Walking my life échappe à ces deux écueils grâce à une mise en scène épurée, simple et directe et une interprétation juste et étonnante de sincérité. Kôji Yakushô, que l’on connaît surtout en France comme étant l’acteur fétiche de Kiyoshi Kurosawa, incarne ici le rôle principal. Alors que son tout dernier film, Tokyo Sonata, dans lequel l’acteur joue un petit rôle, vient juste d’être présenté à Cannes, c’est au Festival Asiatique de Deauville en mars 2008 que Kôji Yakushô, dans le cadre d’un hommage qui lui était rendu, était venu présenter Walking my life.

Walking my life affiche 1

Si le film n’est pas d’une grande originalité dans son propos, force est de constater combien le jeu de kôji Yakushô apporte dignité et force morale à son personnage. Soucieux de préserver sa famille, Yukihiro dissimule ses inquiétudes, notamment à sa femme et à sa fille, en conservant son attitude de père réconfortant et disponible. A mesure que la maladie se révèle et l’use physiquement, une peur sourde s’ancre en lui. Quittant son travail, ayant dit adieu à ses amis, le cercle des connaissances se réduit peu à peu autour de lui et bientôt, les crises se multipliant en fréquence et en violence, l’obligent à quitter son domicile pour un hospice où un personnel compétent peut veiller sur lui en cas d’attaque. Installé au bord de la mer dans une petite maisonnée baignée par la lumière, ses jours sont désormais comptés. Le film se recentre alors sur le noyau familial, notamment sur la relation fusionnelle qui le lie à sa femme, une relation qui avait été mise à mal par son adultère avec sa maîtresse. Ayant choisi de mourir au contact de ceux qu’il aime, le personnage retrouve alors une paix intérieure faite de souvenirs et d’émotions. Un film sensible, triste, dont on ressort l’estomac noué et le regard groggy.

Coq de combat (Soi Cheang, 2007): chronique DVD

COQ DE COMBAT
(Shamo)
Un film de Soi Cheang
Avec Shawn Yue, Annie Liu, Francis Ng, Masato, Dylan Kuo, Leung Siu-lung, Ryo Ishibashi, Weiying Pei
Genre: drame, action
Pays: Hong Kong, Japon
Durée: 1h45
Editeur DVD: CTV
Date de sortie DVD: 4 septembre 2008

Coq de combat DVD

Enfant d’une famille très aisée et frère d’une petite sœur à laquelle il tient beaucoup, Ryô est à priori un adolescent de seize ans sans histoire jusqu’au jour où il assassine sauvagement ses parents. Envoyé en prison jusqu’à sa majorité, Ryô se confronte à un nouveau monde gouverné par la violence et les sévices. Souffre-douleur des autres détenus, il subit les viols et les bastonnades jusqu’au jour où il croise la route de Kurokawa, un maître de karaté énigmatique qui lui vient en aide en lui prodiguant conseils et désir de combattre. Sa destinée est dorénavant toute tracée, Ryô sera champion de free fights ou ne sera pas…

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Adapté du manga éponyme d’Izo Hashimoto, véritable best seller au Japon comme en France, le film s’écarte néanmoins du ton véritablement nihiliste de la bande-dessinée. Moins de violence, moins de sexe et surtout un personnage principal moins destructeur. Dog bite dog nous avait donné un avant-goût acide de la violence de Soi Cheang, paradoxalement il propose une autre lecture de l ‘histoire de ce champion du combat libre. Une interprétation plus construire et davantage centrée sur l’affection que Ryô porte à sa sœur. L’intrigue est de toute manière assez mince et les quelques séquences de combats, pas assez nombreuses au demeurant, ne cachent pas quelques essoufflements du récit à différentes reprises du film.

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Si le film manque parfois de rythme, il faut reconnaître à Soi Cheang une certaine science de l’image, des compositions complexes, des cadres audacieux, des mélanges colorés très expressifs mais tout cela finalement sans véritable fond. Ryô semble certes plus humain que le personnage du manga, mais son interprétation par Shawn Yue (Tiger dragon gate, Invisible target, Initial D, Infernal affairs) manque cruellement de subtilité et l’on a du mal à s’intéresser à ce personnage asocial. De même la figure du maître Kurokawa, joué par Francis Ng (The mission, Infernal Affairs), n’est pas assez développé malgré un charisme ahurissant. Après donc Love Battlefield en 2004 et Dog bite dog l’année suivante, Soi Cheang déçoit quelque peu avec Coq de combat mais pour le reste nous attendons de pied ferme son futur projet Assassins.

Coq de combat affiche coréenne

Dororo (Akihiko Shiota, 2007): chronique DVD

DORORO
Un film de Akihiko Shiota
Avec Satoshi Tsumaboki, Kô Shibasaki, Kiichi Nakai, Eita, Yoshio Harada, Anna Tsuchiya
Genre: aventures, fantastique, arts martiaux
Pays: Japon
Durée: 2h19
Editeur DVD: Kaze
Date de sortie DVD: 4 mars 2009

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Blessé dans les conflits qui opposent les clans, le seigneur Daigo Kagemitsu revient dans son fief, ivre de rage. Dans le pavillon des ancêtres il passe un pacte avec les quarante-huit démons pour s’assurer la victoire. En échange il sacrifie le corps de son enfant à naître. Ce dernier, privé de quarante-huit partie de son corps, est abandonné le long d’un fleuve avant d’être recueilli par un médecin qui lui sauve la vie. Spécialiste de la chirurgie reconstructrice, son père d’adoption lui confectionne de nouveaux membres afin que l’enfant puisse vivre dans le monde des hommes. Devenu adulte il entreprend de combattre ces quarante-huit démons pour récupérer l’intégralité de son corps. Il prend alors le nom de Hyakkimaru, du nom du sabre que son père lui a installé en lieu et place de son bras droit. En chemin il rencontre un jeune voleur qui se surnomme Dororo qui cherche à venger la mort de sa famille, assassinée par le seigneur Daigo, devenu tyran. Par haine, Dororo jure de tuer tous les proches du seigneur Daigo…

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Adapté du manga éponyme du célèbre Osamu Tezuka, Dororo fut un énorme succès au Japon. Avec des chorégraphies de combat signées par le fameux Ching Siu-tung, l’histoire prend place dans une sorte de Japon historique fantastique mêlé de dramaturgie shakespearienne, l’enfant difforme cherchant à se faire une place dans le monde sans savoir qui est véritablement son père. Dans la lignée des films de monstres et de fantômes propre à la culture nippone, Hyakkimaru croise des démons tous plus étonnant les uns que les autres, aidé dans sa quête par le comique Dororo, en fait une jeune femme qui dissimule sa féminité pour ne pas paraître faible. Dororo est le premier volet d’une série de films qui verront le jeune homme récupérer peut à peu son corps d’origine mais qui, par cela, perdra sa faculté de ne pas ressentir la douleur.

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Grosse production oblige, le film enchaîne les morceaux de bravoure avec régularité mais la mise en scène est loin d’apporter une quelconque originalité à cette histoire fantastique. Si les costumes sont une indéniable réussite, les décors étonnent moins si ce n’est quelques plans de paysage véritablement somptueux. Les effets spéciaux ne sont pas toujours du meilleur calibre mais échappent toutefois au côté cheap des productions calamiteuses dont le cinéma japonais a parfois le secret. Côté interprétation, nous sommes loin d’être bluffé par le jeu des acteurs principaux Satoshi Tsumabuki (Hyakkimaru), vu dans Dragonhead (2003) et Fast and furious : Tokyo drift (2006), et Kô Shibasaki (Dororo), dont on a pu apercevoir le joli minois dans son rôle de tueuse à la faucille dans Battle royale mais aussi dans Go (2001), Yomigaeri (2002) ou encore La maison de Himiko (2005). Sans être un film impressionnant, Dororo se laisse néanmoins regarder grâce à ses quelques moments d’humour et la relation ambigüe que Hyakkimaru et Dororo entretiennent.

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Fleur secrète (Masaru Konuma, 1974): chronique cinéma

FLEUR SECRETE
(Hana to hebi)
Un film de Masaru Konuma
Avec Naomi Tani, Natagoshi Sakamoto, Yasuhiko Ishizu, Hiroko Fuji et Hijiri Abe
Genre: érotique
Pays: Japon
Durée: 1h14
Date de sortie: 30 juillet 2008

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Makoto est un jeune homme soumis à sa mère, une professionnelle des techniques bondage et sado-masochisme. Devenu impotent après avoir vu sa mère faire l’amour avec l’un de ses clients quand il était enfant, il fantasme sur les photographies qu’elle produit. Un jour Senzo Toyama, patron de Makoto et pervers sexuel insatisfait par la frigidité de sa femme, tombe sur les photographies en question et demande à Makoto d’initier sa femme Shizuko aux plaisirs de la douleur et de l’entrave. Devenue prisonnière et objet sexuel de Makoto, celle-ci prend cependant très vite goût à cette initiation poussée. Pour sa part, Makoto profite de son ascendant sur Shizuko pour échapper au contrôle maternel.

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Adaptation du roman d’Oniroku Dan qui a pour titre original Fleur et serpent, le film connaît enfin une exploitation cinématographique après avoir été montré dans différents festivals et rétrospectives sous différents titres, Vices et sévices à L’Etrange Festival ou encore Flower and snake lors de la rétrospective du studio Nikkatsu il y a peu à la Maison de la Culture du Japon à Paris. Oniroku Dan est réputé au Japon pour ses nouvelles prenant comme cadre le milieu fétichiste et SM et, sous le pseudonyme de Matsugoro Kuroiwa, écrit des scénarios érotiques pour le compte de petites firmes telles que la Dorikitsu Productions. Le studio Nikkatsu, après quelques années de négociations réussit enfin à porter à l’écran en 1974 cette fameuse adaptation du livre de l’écrivain. Le film, succès majeur dans l’archipel nippon, lancera la fameuse époque des roman porno de la firme et de nombreux titres issus de l’univers d’Oniroku Dan suivront, notamment le célèbre Une femme à sacrifier, du même Masaru Konuma, réalisé la même année.

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Autre atout majeur du film, la célèbre actrice Naomi Tani. Véritable égérie du cinéma pinku, autrement dit du cinéma érotique japonais, cette dernière connaît bien l’univers de l’écrivain pour avoir jouer dans de nombreux films produits par de petites sociétés de production depuis la fin des années soixante. Surnommée « la reine du SM », l’actrice était en effet réputée pour soutenir les longues séquences douloureuses de bondage, son corps attaché par des cordes et suspendu dans le vide. Car si le film de Konuma n’est en rien un film pornographique, les séquences de séquestrations, de flagellations, d’humiliations et de sévices sont à peine feintes. En ce sens Fleur secrète fait partie des meilleurs films du genre parce qu’il associe à la fois l’érotisme torride de l’actrice, qui sait parfaitement jouer de son regard langoureux et pervers, et l’audace de la représentation sadomasochiste, une audace du corps-objet qui explore l’éventail des possibles jusqu’à pousser dans la radicalisme de l’urophilie et de la coprophilie.

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Avec L’embryon part braconner et La véritable histoire d’Abe Sada, il semble que le genre bénéficie aujourd’hui en France d’un éclairage nouveau. Bien que Fleur secrète soit probablement le titre le plus commercial des trois, il permet d’appréhender une dimension essentielle de la culture japonaise qui sait marier les éléments les plus subtils de l’art (l’art de la dissimulation, l’art des fleurs, l’art du kimono) au contexte le plus intime, l’érotisme et le fétichisme n’étant pas perçu de la même manière en Orient et en Occident. Visionner Fleur secrète prolonge sans difficulté le plaisir de la contemplation des estampes érotiques appelées shunga. Derrière les cloisons et autres portes coulissantes se cachent les plaisirs interdits et les fantasmes les plus inavouables…

Evangelion 1.0 you are (not) alone (Hideaki Anno, 2007): chronique cinéma

EVANGELION 1.0 YOU ARE (NOT) ALONE
(Evangerion shin gekijôban: jo)
Un film de Hideaki Anno
Genre: animation
Pays: Japon
Durée : 1h38
Date de sortie : 4 mars 2009

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Quinze après la catastrophe qui a annihilée la moitié de la population, évènement terrible plus connu sous le nom de « second impact », un jeune garçon prénommé Shinji Ikari, est appelé auprès de son père, à la tête de la NERV, une organisation ultra-secrète sous l’égide de l’ONU. Alors que les Anges, ces créatures mystérieuses, ravagent la surface, l’organisation a développer des armes ultra-sophistiquées, les Eva, des robots géants d’un type révolutionnaire. Shinji, qui n’avait pas vu son père depuis des années, est chargé par ce dernier de piloter l’Eva-01. Le garçon, innocent, comprend qu’il va devoir se battre contre ces créatures puissantes. La peur de l’échec et de la souffrance va s’opposer à son désir profond de prouver à son père sa valeur. Au quartier général de la NERV, Shinji va rencontrer une jeune fille, Rei Ayanami, qui pilote le premier prototype des Eva, l’Eva-00. Comme lui, Rei est une adolescente discrète et introvertie. Sur leurs épaules repose le sort de l’humanité.

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Nouvelle version de la célèbrissime série japonaise d’animation Neon genesis evangelion, Evangelion 1.0, sous-titré « you are (not) alone », est le premier volet d’un triptyque qui revisite l’univers de la série originale. Hideaki Anno, créateur et auteur de la licence est toujours aux commandes de cet univers futuriste impressionnant. Si l’on nous promet des éléments innovateurs dans les second et troisième volets, Evangelion 1.0 reprend les bases de l’intrigue de la série télévisée diffusée en 1995. Que les profanes se rassurent, nul besoin de connaître les vingt six épisodes pour suivre le récit de ce nouveau film même si, il faut bien l’avouer, les termes techniques et la narration très elliptique du récit risquent d’en désarçonner plus d’un.

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C’est surtout sur l’aspect technique que le film innove puisqu’il n’a pas seulement été décidé de reprendre quelques séquences remontées de la série pour composer un nouveau long-métrage, c’est tout un processus de « reconstruction » des éléments originaux qui a été engagé. Plus qu’un lifting, certaines séquences mélangent de nouveaux éléments 3D aux dessins préexistants, les couleurs ainsi que de nombreux détails ont été rajoutés, les décors modifiés et améliorés pour correspondre au niveau d’exigence que requiert une sortie en salle. Pour les fans comme les novices, c’est à une redécouverte de l’univers d’Evangelion à laquelle nous sommes conviés.

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Oeuvre culte de l’animation japonaise en matière de science-fiction, Evangelion 1.0 ne paraît plus aussi innovante que le fut la série originale et si l’on considère ce film de manière indépendante, l’on est toujours aussi impressionné par la complexité des péripéties et des intrigues bien que la narration, elle, pose quelques problèmes. Synthèse oblige, les quatre-vingt dix minutes du film ne permettent pas d’exposer les personnages de façon posée et patiente, au contraire les évènements s’enchaînent à un rythme haletant, sans pour autant que l’on comprennent précisément la motivation de certains protagonistes. Ce défaut mis à part, les scènes de combat sont très prenantes et les éléments de sous-intrigues se révèlent peu à peu. Dans l’univers des robots géants Evangelion se place en marge en développant une relation particulière entre l’homme et la machine. D’autres œuvres abordaient également ce thème par l’entremise d’une relation neurologique entre l’humain et l’inanimé, ici c’est une relation véritablement biologique qui s’instaure entre les pilotes et leur Eva. Le design toujours aussi racé de ces créatures emportent l’adhésion et les prochains volets nous promettent par ailleurs quelques surprises de ce côté. Certains plans énigmatiques préparent le terrain pour la suite mais découvrir, ou redécouvrir, Evangelion sur grand écran se révèle déjà une agréable expérience.

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My lover is a sniper (Toshiharu Muguruma, 2004): chronique preview

MY LOVER IS A SNIPER
(Koibito wa sunaipâ: gekijô-ban)
Un film de Toshiharu Muguruma
Avec Miki Mizuno, Miyoko Akaza, Hiroshi Abe, Teruyoshi Uchimura, Shido Nakamura, Seiichi Tanabe, Chôsuke Ikariya
Genre: action, policier
Pays : Japon
Durée : 1h52
Date de sortie : indéterminée

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Kinako est une jeune femme flic qui a arrêté il y a peu l’homme qu’elle aimait, Wong Kai-ko, un tueur à gages opérant pour l’organisation terroriste chinoise nommée 1221. Quelques années plus tard à Tokyo, un terroriste tue aveuglément les passants pour faire chanter le gouvernement japonais. Cet assassin serait l’ancien apprenti de Wong Kai-ko, Fang, appartenant lui aussi à l’organisation criminelle. Le gouvernement japonais fait extrader Wong pour qu’il puisse aider Kinako dans son enquête. Alors que la population panique à l’idée d’un tueur au fusil frappant au hasard, Fang ne semble pas être le seul impliqué. Un avocat de la police semble tirer les ficelles dans l’ombre. Wong parvient alors à échapper à la surveillance de ses geôliers pour retrouver par ses propres moyens Fang. Un duel de tueurs à gages s’engage dans la ville.

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Troisième volet d’une série entamée par deux téléfilms, le succès de cette histoire peu commune entre un criminel et une femme policière a poussé les producteurs a tenter l’aventure du grand écran. Même s’il est inutile d’avoir vu les deux opus précédents pour comprendre l’histoire (un flash-back introductif et bâclé évacue toute incompréhension à la vitesse grand V), force est de constater que le film ne tient pas les promesses du genre, c’est à dire celui du polar. John Woo avait intégré d’une main de maître le romantisme au cœur des scènes de gunfights dans The killer, ici il ne reste rien de cette leçon inoubliable. Tout juste un duel final sur les toits aussi mal chorégraphié et monté que possible avec en prime des combats à main nues un peu grotesques et, surtout, inutiles, la femme flic préférant se battre avec ses poings plutôt qu’avec son arme devant des assaillants armés de fusils !

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Le jolie minois de Miki Mizuno n’y peut rien, on s’ennuie ferme devant ce film qui manque non seulement de rythme mais aussi de conviction. Les personnages sont esquissés, les péripéties bien pauvres face à la richesse du sujet (l’idée d’un tueur prenant en otage tout un pays devant le refus du gouvernement de payer une rançon est plutôt originale). Habituée des séries B, on avait pu voir l’actrice notamment dans Gamera 2 de Shusuke Kaneko en 1996, Salaryman Kintarô de Takashi Miike en 1999 ou bien encore A chance to die de Yiwen Chen en 2000. Ici l’actrice tente tout ce qu’elle peut pour nous convaincre du dilemme qui la travaille : sur le point de se marier avec un officier de police, elle n’en avait pas pour autant oublier son amour pour Wong et son retour au Japon ne fait qu’empirer la situation. Sans être larmoyant comme The killer, on est très loin de la passion qu’éprouve le tueur pour une femme qu’il sait inaccessible comme l’a pu mettre en scène John Woo.

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My lover is a sniper est le premier long-métrage de Toshiharu Muguruma et en cela ne présage rien de bon. Montage hétérogène, cadres aléatoires, musiques omniprésentes et franchement irritantes à certains moments, le film ne possède aucun style et le passage au grand écran se révèle catastrophique. On le sait, le cinéma japonais ne fait pas toujours dans le meilleur goût mais la plupart du temps on peut se satisfaire d’une irrévérence, d’une provocation ou au moins d’idées visuelles originales qui leur procure du charme. Ici c’est le calme plat d’un polar sans maîtrise et sans surprise. Les tours de Tokyo auraient pu devenir le terrain de jeu d’un duel sans merci entre des tueurs à gages de premières mains, mieux vaut se tourner vers les épisodes de Nicky Larson ou de Golgo 13 pour y trouver son bonheur.

Hokuto no Ken – l’ère de Raoh (Takahiro Imamura, 2006): Chronique DVD

Hokuto no Ken – l’ère de Raoh
(Shin Kyûseishu Densetsu Hokuto no Ken : Raoh den Junai no Shô)
Un film de Takahiro Imamura
Genre: animation
Pays: Japon
Durée : 95 minutes
Editeur DVD: Kaze
Date de sortie cinéma: 14 mai 2008
Date de sortie DVD: 19 novembre 2008

Hokuto no Ken l'ère de Raoh DVD

Alors que les ombres de la guerre atomique planent encore sur le destin funeste de la Terre, Souther, l’héritier de l’école Nanto, une technique de combat qui détruit ses adversaires par des coups externes. Il fait régner la terreur en kidnappant les enfants qu’ils envoient aux travaux forcés pour ériger une pyramide à la gloire de son école et de sa branche, le Nanto Roku Seiten (les six poings sacrés du Nanto), la plus puissante et la plus destructrice de toutes. Au milieu du chaos émerge Kenshirô, l’héritier de l’école de la Grande Ourse, le Hokuto Shinken, rivale du Nanto. L’équilibre des deux écoles a toujours prévalu pour ne pas menacer la paix, mais les récents agissements de Souther et sa volonté de toute puissance, il se fait surnommé l’Empereur sacré, ont anéanti les espoirs d’un monde meilleur. Raoh, le grand frère de Kenshirô mène ses propres armées contre les troupes de Souther avec à ses côtés Reina, une amie d’enfance devenue son lieutenant le plus zélé. Shû, le descendant de l’étoile de la bonté de l’école Nanto Hakuro Ken (une branche moins puissante du Nanto), mène de son côté la résistance et tente de rallier des guerriers contre le despotisme de Souther. Par le passé, Shû s’était confronté à Kenshirô, alors jeune homme, lors du défi contre les dix hommes du Nanto. Ayant gagné le combat, Shû a préférer sacrifier ses yeux pour sauver Kenshirô de la mort, rituel immuable qui attend le perdant, sentant le potentiel de l’adolescent. Kenshirô, apatride et sans idéologie, erre depuis, aux côtés de Batt et Lynn, deux enfants sans racines. Peu à peu une évidence se confirme, Kenshirô doit affronter Souther dans un duel sans merci.

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A l’occasion des 25 ans du personnage mythique qui a bouleversé notre enfance avec ses cris aigus et sa capacité à détruire ses adversaires en les faisant exploser, Kenshirô nous revient avec cette nouvelle adaptation du manga original scénarisé par Buronson et dessiné par Tetsuo Hara. Ce film ouvre toute une trilogie de films qui connaîtront les honneurs d’une exploitation en salle (Les héritiers du Hokuto et L’ère de Kenshirô) accompagnés de deux OAV (La légende de Yuria et La légende de Toki) qui sortiront directement en vidéo. Parallèlement le manga original (dont le titre fut changé en Ken le survivant pour la version française) connaîtra une réédition tant attendue depuis des années. On le voit les auteurs mettent les petits plats dans les grands pour fêter comme il se doit cet univers pourtant très violent et controversé qui ne nous a pas permis à l’époque de suivre la série jusqu’à son dénouement.

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Sorti sur les écrans japonais en 2006, Hokuto no Ken – l’ère de Raoh jette les bases de ce monde inhumain où règnent la terreur et les morts violentes. Si quelques communautés repliées sur elles-mêmes essayent de reconstruire un monde nouveau pour leurs progénitures, les bandes armées et sans scrupules ne répandent que désolation et désastres. Le film pose le décor et les protagonistes et s’attarde surtout sur le personnage de Raoh qui souhaite apporter l’ordre et la paix en utilisant la violence, préambule inévitable selon lui. Shû est la seconde figure majeure du film et la séquence d’introduction, le combat contre les dix hommes du Nanto, est en cela impressionnante. Un lien indéfectible lie désormais Kenshirô à l’homme qui l’a sauvé de la mort, et ce lien témoigne du nécessaire équilibre entre les deux écoles de combat.

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Nouvelle adaptation donc avec un character-design particulièrement marqué, signé Shingo Araki, qui multiplie les traits épais et anguleux conférant ainsi aux personnages une masse et une puissance indéniables. Malheureusement l’animation n’est, elle, pas à la hauteur des espérances. Si cette faiblesse est aisément pardonnable à la série animée des années quatre-vingt (manque de moyens, rapidité de l’exécution, techniques non assistées par ordinateur), ce n’est pas le cas pour ce nouvel opus, d’autant plus que l’on ressent un effort particulièrement souligné dans le design et les couleurs. Une animation trop limitée, pas assez audacieuse ni techniquement réussie, dommageable pour cette sortie en salle, chose rare ces derniers temps sauf si l’on s’appelle Hayao Miyazaki. Autre grosse déception et pas des moindre (et là l’exploitation salle aurait dû nous mettre la puce à l’oreille), cette version de Hokuto no Ken est très aseptisée, soft, presque propre. Impardonnable ! Quand on sait que l’on bénéficie du Director’s cut pour la sortie cinéma, on se demande bien ce que la version censurée doit contenir. Loin des effusions de sang et de la boucherie, marque de fabrique du manga et tout simplement de l’univers des écoles d’arts martiaux du Hokuto et du Nanto, du premier film de 1986, les techniques mortelles sont ici tout simplement occultées par des cadrages et un montage qui nient l’aspect volontairement grotesque de l’original. C’est un aspect souvent oublié des petites cases de Tetsuo Hara, mais ses dessins ignorent les lois de la perspective et des proportions, poussant les limites de l’exagération jusqu’au-boutisme. Rien de sérieux dans ces corps qui se distordent, se brisent, éclatent à qui mieux-mieux.

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On l’aura compris, Hokuto no Ken – l’ère de Raoh ne révolutionne pas la franchise même si le film introduit quelques éléments nouveaux liés au passé de Raoh, éléments qui seront  davantage explorés dans la seconde partie du film. Il faut néanmoins saluer la présence de Shû et de Toki, personnages fascinants qui permettent une pincée de sentiments dans ce monde de brutes. Ce dernier connaîtra par ailleurs les honneurs d’une OAV tout comme le personnage de Yuria, tout à fait ignorée dans ce premier opus. En effet, aussi étrange que cela puisse paraître, l’origine des fameuses sept cicatrices du torse de Kenshirô est pour l’instant laissée dans l’ombre du récit. Cet anniversaire à au moins le mérite d’exposer une évidence, malgré les associations et autres lobby de la défense de nos chères petites têtes blondes, j’en fut une autrefois, la popularité et le succès de Hokuto no Ken n’est pas à démentir. Seul regret, à l’époque nous avons eu la chance de connaître un univers hors de commun qui sortait largement des sentiers battus. Cette époque semble bel et bien révolue et ce nouveau film ne permettra pas aux nouvelles générations de comprendre combien fut le choc que nous avons ressenti lorsque Kenshirô énonçait pour la première fois son fameux « tu ne le sais pas encore mais tu es déjà mort ! ».

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Blood: the last vampire (Chris Nahon, 2009): chronique cinéma

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Un film de Chris Nahon
Avec Gianna Jun, Allison Miller, Masiela Lusha, Andrew Pleavin, Colin Salmon, JJ Feild, Koyuki, Liam Cunnigham
Genre: fantastique, action
Durée: 1h29
Date de sortie: 17 juin 2009

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Durant la guerre du Vietnam, une étrange guerre s’installe dans les rues sombres d’une ville japonaise aux abords d’une base américaine. Une société secrète fait appel aux services d’une jeune femme aux pouvoirs surhumains, Saya. Celle-ci est en fait une suceuse de sang, une créature ancienne qui manie le sabre comme personne avec une force incroyable. Celle-ci recherche la créature responsable de la mort de son père quelques siècles plus tôt. Cette créature, Onigen, est à la tête d’une descendance de démons qui peuvent prendre forme humaine. Saya les traque sans répit jusqu’à infiltrer le lycée de la ville.

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Disons-le sans attendre, nous ne nous attendions pas à grand chose de ce film, remake rappelons-le du film d’animation éponyme réalisé par Hiroyuki Kitakubo en 2000. Cette fois-ci c’est le réalisateur français Chris Nahon (L’empire des loups, Le baiser mortel du dragon) qui s’y colle (mal). Pour être clair sur le film, rien n’est réussi et ce qui étonne le plus dans cette affaire c’est que le projet ne s’est pas offert les moyens de ses ambitions. Car la version live n’en manquait pas d’ambitions : histoire qui se déroule dans une base américaine au Japon dans les années soixante au moment de la guerre du Vietnam, ambiance digne des polars dans les petits hôtels miteux de la ville, combats dantesques et aériens, influences du film de sabre et des films de ninjas, armées de démons et autres bêtes volantes, etc. Mais le constat est tout autre, absolument rien dans ce film n’est abouti et réussi. Passons sur certains moments involontairement comiques des situations et des dialogues, les combats sont pauvres, sur-découpés, gâchés par des flots de sang numériques risibles. Le réalisateur et les producteurs ont voulu faire un film qu’ils ne pouvaient pas s’offrir.

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Là où le numérique avait fait le succès de l’original animé, ce sont les mêmes effets numériques (très ratés donc) qui font de ce remake un objet indigeste. Le niveau ne dépasse celui d’une série TV des années quatre-vingt dix avec une très mauvaises intégration des images de synthèse avec l’environnement réel. N’est pas ILM qui veut. Les combats au sabre auraient néanmoins pu relever le niveau mais ici les chorégraphies sont peu spectaculaires et surtout le découpage viennent anéantir tout effort de performance en matière de cascades et autres voltiges dans les airs. Là encore sans un certain Yuen Woo-ping aux commandes, ce genre d’acrobaties vire très vite au n’importe quoi. Pire le scénario n’a visiblement pas fait l’objet d’une attention particulière puisque les situations s’enchaînent sans véritable enjeux ni explications de cause à effets. Saya cherche à venger son père soit, mais en quoi a t-elle besoin de cette société secrète pour attirer Onigen à elle ? De même les motivations des créatures sont peu claires et leurs pouvoirs leur permettrait aisément de se débarrasser de toute la population. Un scénario peu travaillé, pour ne pas dire bâclé, qui ne rend véritablement pas hommage au petit bijoux d’animation éponyme. Ronny Yu avait quitté le navire, peut-être avait-il pressenti le naufrage à venir.

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Hakkenden (Takashi Anno, 1993): chronique DVD

HAKKENDEN
(Hakkenden shin shô)
Une série de Takashi Anno
Genre: animation
Episodes: 13
Pays: Japon
Année: 1990 – 1993
Editeur DVD: Kaze
Date de sortie DVD: 7 mai 2004

En l’an 1457, les deux clans Satomi et Anzai s’affrontent dans une lutte de pouvoir. L’armée plus nombreuse d’Anzai conduit sa rivale vers la famine et l’agonie. Le chef des Satomi, Yoshizane Satomi Matataro, tente une dernière attaque pour renverser la tendance mais le plan échoue et le contingent envoyé dans la nuit fait face au démon qui a pris possession du chef des Anzai. Désespéré, Yoshizane propose à son chien Yatsufusa un pacte insolite: la tête de l’ennemi contre la main de sa fille, Fuse. A l’aube, avec surprise, l’animal revient avec la tête tranchée tant convoitée. Pour ne pas faire tomber la honte sur le clan, Fuse accepte le mariage avec le chien. Daisuke, le fiancé de Fuse, qui revient miraculeusement de l’attaque qui a échoué, ne peut accepter la situation. Il tue le chien d’un coup de fusil mais blesse du même coup Fuse qui meurt peu après. L’esprit de l’animal et de son épouse s’élève dans les cieux et se disperse aux quatre coins du Japon. Huit perles sont ainsi disséminées dans le but de faire naître huit guerriers dont le destin sera de réhausser l’honneur du clan Satomi. Hakkenden, la légende des huit guerriers chiens.

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Adaptation animée du célèbre conte japonais écrit au XIXè siècle par Bakin Takizawa (1767-1848), Hakkenden est malheureusement beaucoup moins connu en Occident. Avec le film de Kinji Fukasaku, La légende des huit samouraïs, réalisé en 1983, la série animée  est la seule adaptation de ce récit parvenu jusqu’ici malgré la très grande popularité de l’histoire au Japon.  La série fut produite par les studios Pionneer, Geneon et AIC  et conçu en deux temps; les six premiers épisodes réalisés en 1990 – 1991  et les sept épisodes suivant  réalisés entre 1993 et 1995. La série combine à la fois un certain respect des clichés du chanbara (film de sabre japonais) avec un ton résolument contemplatif et même parfois totalement onirique. Les frontières entre la réalité, les souvenirs, les illusions et le monde démoniaque sont souvent très ténues et laissent parfois le spectateur dans l’incompréhension. Une histoire et une mise en scène avec ses défauts et ses qualités. Si en effet l’abondance des personnages, des lieux et des situations qui prennent place dans le Japon féodal peuvent prêter à confusion pour les moins familiers des histoires de samouraïs (sans compter une narration parsemée de flashes-back et de visions étranges), Hakkenden prend le temps de découvrir chaque personnage dans sa première moitié, avant d’être plus obscure dans les premiers épisodes de la seconde saison. Le gra^phisme lui tire le meilleur comme le pire de l’animation, la constance et la rigueur ne faisant pas partie des qualités de l’animé.

Pour ceux qui surmonteront cette approche difficile, c’est à une véritable légende épique qu’ils seront confrontés. Un récit ambiguë et riche d’enseignement sur la confrontation des clans à cette époque reculée de l’histoire du Japon. Le réalisme de la féodalité se mêle à l’ambiance proprement folklorique des démons japonais et des malédictions hériditaires qui touchent le clan Satomi. Loin de toute dichotomie facile, les épisodes plongent peu à peu dans une réalité changeante, énigmatique, derrière laquelle se cachent des secrets et des faux-semblants. Si la réalisation technique n’est pas toujours au rendez-vous, les scènes de combats aux sabres sont souvent étonnantes et suffisamment stylisées pour emporter l’adhésion. Hakkenden est une série animée à découvrir de toute urgence, tant elle s’éloigne d’une production de masse souvent tape à l’oeil. Ici le ton sombre et mélancolique n’est pas fait pour le tout venant, au contraire la série séduira celles et ceux curieux de découvrir un récit à la portée plus adulte.  En attendant de pouvoir découvrir le récit littéraire en France (dont la traduction des 106 volumes originaux risquent fort de ne jamais voir le jour), les treize épisodes de la série permettent déjà de se plonger dans ce conte si tragique et séduisant à la fois.

Special A vol. 1 (Yoshikazu Miyao, 2008): chronique DVD

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Une série de Yoshikazu Miyao
Genre: animation
Nombre d’épisodes: 24
Pays: Japon
Année: 2008
Editeur: Black Bones
Date de sortie DVD: 20 avril 2008

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Special A, c’est le nom d’une classe de lycée réservée à l’élite, les sept meilleurs élèves de l’établissement. Hikari est une jeune fille de quinze ans qui ne manque pas une occasion de relever des défis. Depuis toute petite elle n’a qu’une chose en tête, devenir la meilleure dans tous les domaines. Mais un jour elle tombe sur Kei, un jeune garçon de son âge qui ne la ménage pas. En combat singulier de catch face à lui Hikari connaît sa première défaite. Au lycée ils se retrouvent justement dans cette fameuse classe pour les meilleurs, Kei s’emparant de la première place du classement, Hikari restant l’éternelle seconde… De duels en duels, de challenges en challenges, Hikari ne pense qu’à battre Kei à plat de couture pendant que celui-ci tombe peu à peu amoureux de la jeune fille.

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Série romantique au ton résolument humoristique, l’histoire combine les clichés de la romance adolescente avec des situations farfelues et des personnages haut en couleurs. Loin d’être délaissés, les personnages secondaires pimentent le récit par leurs extravagances, tel Akira, l’amie de Hikari qui n’arrête pas de préparer toutes sortes de thé et qui ne ménage pas ses compliments envers sa meilleure amie, ou encore Jun et Megumi, les faux jumeaux épris de musique avec qui Hikari commet l’erreur de leur demander de jouer un récital. Une série à consommer sans modération tellement le ton et les péripéties sont hilarants, le caractère des personnages s’affinant tout au long des épisodes. Totalisant vingt-quatre épisodes au total, la série est adaptée du manga éponyme de Maki Minami. Ce premier volume nous présente les huit premiers épisodes répartis sur deux galettes.

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