14 kilomètres (Gerardo Olivares, 2007): chronique cinéma

14 KILOMETRES
(14 kilometros)
Un film de Gerardo Olivares
Avec Adoum Moussa, Illiassou Mahamadou Alzouma, Aminata Kanta
Genre: drame
Pays: Espagne
Durée: 1h35
Date de sortie: 25 février 2009

14 kilomètres est la distance qui sépare le continent africain du continent européen. Pourtant certains clandestins font des milliers de kilomètres pour traverser l’Afrique afin d’arriver sur les côtes, avant le grand départ. Violette, une Malienne, désire échapper à un mariage forcé et entame ainsi sa longue route à travers le Mali, le Niger, la Libye, l’Algérie puis le Maroc. Sur son chemin elle croise Bouba, un jeune homme qui rêve de devenir un footballeur professionnel, poussé par son grand frère Mukela. Tous les trois traversent le désert du Sahara à pied pour rejoindre le petit village de Barghot, et, de camions surchargés en frontières contrôlées, ils font route à travers l’Algérie pour rejoindre les côtes marocaines. La pauvreté, la chaleur, le désert et le manque d’eau rend cette expédition dangereuse et incertaine. Plus d’un clandestin a disparu sous le sable brûlant du Sahara sans que personne sans rende compte. Au-delà des dunes de sable et du vaste océan, ils rêvent d’une autre vie qu’ils pensent forcément meilleure.

14-kilometres

14 kilomètres offre au regard ce qui d’habitude ne nous est pas montré, la première étape (la plus longue) d’un voyage clandestin vers les pays de l’Europe. Car si nos regards d’occidentaux mêlent toutes les personnes d’origine africaine ensemble, ces regards ignorent les différences de nationalités, de culture et d’appartenance tribale. Ils sont tous certes africains mais ils sont avant tout Maliens, Nigériens ou encore Libyens. Traverser l’Afrique, c’est d’abord se rendre compte de ces différences, différences d’autant plus difficile à saisir que les frontières entre les états sont poreuses et non marquées géographiquement ou géologiquement. Ce manque de repère, c’est violette qui le comblera car elle, elle sait lire les étoiles grâce à son père. Du bord du fleuve Niger au Mali, direction plein Nord vers le Niger. Trahison vis-à-vis de nos trois personnages qui naviguent à vue, le réalisateur nous comble d’une belle carte de l’Afrique et du chemin parcouru. Facilité et aisance du procédé, il révèle néanmoins combien nous sommes peu familiarisé avec les territoires de ce continent qui fut pourtant pendant longtemps notre terrain de chasse colonial.


Gerardo Olivares ne verse pas seulement dans la facilité mais aussi dans l’image d’Epinal, celle du Sahara magnifique, baigné de soleil, presque mystique quand nos trois compères souffrent de la lumière harassante et de la chaleur suffocante. Les belles dunes sont pour les touristes, pas pour les clandestins. La mise en scène fuit son sujet pour la beauté des lieux, erreur impardonnable lorsque l’on s’attache à décrire ce périple mortel. Seule séquence à échapper à cette tendance, celle du camion bondé, surchargé, qui transporte le triple de sa charge convenable, débordant de toute part. Traverser ce continent, c’est comme tenter un coup de poker. La nature n’est pas seule contre vous, les militaires, les voleurs, les profiteurs ne cessent de prendre leur part à ce marché où l’homme est le bétail. Mais la vraie rupture est consommée en arrivant au Maghreb.


Rejetés de toutes part nos clandestins errent dans un voyage qui semble sans issue et en même temps sans retour possible. Violette ne peut rejoindre le cinquantenaire qu’il l’a épousé comme son énième femme, et Bouba ne peut décemment gâcher son talent pour continuer son travail de mécano pour le compte d’un garagiste véreux et paresseux. Violette et Bouba rêvent d’une autre vie, d’un futur meilleur tout comme une grande majorité d’entre nous. A défaut de combler toutes leurs attentes, la traversée de l’Afrique les aura au moins fait grandir. Un film sur l’inaltérable volonté de ceux qui veulent voir plus loin, y compris au péril de leur vie.


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