El nino pez (Lucia Puenzo, 2008): chronique cinéma

EL NINO PEZ
Un film de Lucia Puenzo
Avec Inès Efron, Emme, Pep Munné, Amaldo André, Carlos Bardem, Diego Velasquez, Sandra Guida, Julian Doregger
Durée: 1h36
Date de sortie: 6 mai 2009

Dans la banlieue cossue de Buenos Aires, la fille d’un juge, Lala, vit une expérience amoureuse intense avec la jeune domestique paraguayenne que la famille a recueilli lorsqu’elle avait treize ans. Guayl, qui a quitté son village natal de Ypoà pour des raisons qu’elle garde pour elle, est en effet une jeune femme très séduisante et charmeuse. Mais l’amour que Lala lui porte un véritable amour, très profond, naît d’une relation privilégiée au fil des années. Toutes deux rêvent d’échapper au contexte familial difficile d’un père dépressif et d’un frère toxicomane. Pour cela elles planifient le moindre détail et attendent avec impatience le jour du départ. Mais un drame va venir bouleverser leurs désirs et les séparer…

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Dix ans après avoir écrit son roman, Lucia Puenzo porte le récit de El nino pez à l’écran. Si la cinéaste-romancière en conserve la trame, les nœuds dramatiques, elle en modifie pourtant le point de vue, de celui du chien dans le livre à celui de l’adolescente Lala dans le film. Un changement salvateur tant le long-métrage gagne en intensité mais aussi en noirceur, des modifications dont la maturité de l’âge doit y être pour beaucoup. Récit d’un premier amour, drame d’une sexualité qui doit se taire, non pas seulement pour son aspect homosexuel, mais peut-être surtout pour son aspect social, de la domestique et de la jeune bourgeoise, de la jeune femme aisée avec son corps et celle, plus jeune, qui se découvre peu à peu, sur le plan charnel et sentimental.

Cette découverte, cette exploration de son être, Lala la vit de façon chaotique et interrogative. Pétrie de questions et d’incertitudes que les changements de l’adolescence lui imposent, nous partageons ses angoisses à travers un récit éclaté et une confrontation à la mort, celle initiale de son père et, celle plus métaphorique, d’un conte dont lui fait part Guayl. Celui du lac de son enfance qui porterait en son sein un petit enfant mort noyé mais qui continuerait à nager dans ses eaux. Guayl est l’objet du désir, constamment au contact des hommes séduit. Elle en maîtrise les codes alors que le regard de Lala est lui, beaucoup plus pur, beaucoup plus sincère mais de là, beaucoup plus jaloux aussi. Dans les bras des hommes, Guayl est pulpeuse et manipulatrice, toujours trempé d’un caractère fort et revenchard. Dans ceux de Lala au contraire, elle se trouve comme dénudée, plus fragile, mais avant plus touchante. Face à Lala, c’est une blessure profonde qui se fait jour, une blessure que Guayl n’aura de cesse de repousser en reculant le jour de leur départ.

Lucia Puenzo nous offre un film très sobre mais très intense dans le mélange de ces deux corps féminins. Les deux actrices, Inès Efron et Emme, sont tout simplement lumineuses, gracieuses, et justes. Peu de mots mais jeux de regards, les sentiments se taisent mais se vivent. Des sentiments qui se manifestent dans la peau et dans les tripes pour Lala. L’innocence de ses rêves va laisser place au réalisme de ses actes. Amour et drame vont inextricablement se lier, balançant le récit de la grâce à la noirceur. Après XXY, El nino pez confirme le talent de Lucia Puenzo cinéaste, qui pratique non pas un cinéma du spectaculaire mais bien plutôt un cinéma passionnel, charnel, un cinéma incarné qui trouve dans le cadre de la caméra matière à s’exprimer.

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