Expérience africaine (Laurent Chevallier, 2008): chronique cinéma

EXPERIENCE AFRICAINE
Un film de Laurent Chevallier
Durée: 1h25
Date de sortie: 25 mars 2009

Dans un petit village du Gers, à Marciac, un collège pas tout à fait comme les autres. Ici existe un cours d’initiation au jazz suivi par plus de la moitié des élèves, de la sixième à la troisième. A Marciac se déroule aussi chaque année le festival du jazz, une occasion dont profite l’initiateur du projet, qui se trouve être le maire et le proviseur à la fois, pour faire venir un groupe guinéen à la rencontre des élèves. Présentation du groupe Fölifo, de leurs instruments traditionnels fabriqués à la main, échanges et partages de rythmes, les élèves vont apprivoiser cette musique nouvelle, très éloignée du jazz moderne et pourtant à l’origine de la musique noire américaine, du temps de l’esclavage et de la déportation de nombreuses populations africaines aux Etats-Unis. Nouvelle expérience enrichissante pour les enfants, elle va développer leur curiosité pour le travail de Momo Wandel, le saxophoniste à l’origine de la formation musicale du groupe et décédé il y a peu. Quelques mois plus tard, c’est au tour de quelques enfants choisis de partir pour Conakry en Guinée. Ils y retrouvent le groupe Fölifo et la maison de la famille Wandel. De nouveaux échanges, de nouveaux sessions de musique et un concert donné en la mémoire du musicien disparu.

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Laurent Chevallier est un habitué de la Guinée, il y a tourné L’enfant noir en 1995, et de l’afro-jazz auquel il consacra le documentaire Momo le doyen, sorti en 2007, hommage de la figure du saxophoniste disparu en 2003. Momo Wandel fut surtout le compositeur et collaborateur du cinéaste sur différents films, depuis L’enfant noir, Aoutara (1996), Circus baobab (2000) jusqu’aux Voyages au pays des peaux blanches (2003). Une collaboration privilégiée donc à laquelle de nouveau Laurent Chevallier honore les souvenirs en invitant le groupe désormais sans leader pour venir partager leurs émotions et leur culture avec des enfants à l’écoute d’une autre musique. Car le jazz, avant d’être un mouvement ou un style, avant de connaître une évolution et de se transformer à travers l’histoire et les peuples, le jazz est avant tout une musique de l’écoute et de l’observation, une musique où chacun se plie aux autres membres pour faire émerger une musique autre, enrichie de l’expérience de chacun. C’est ainsi que le jazz à traversé les océans, les territoires et le temps pour nos parvenir encore aujourd’hui, sous des formes très diverses.

L’afro-jazz est l’une de ces diversités, à la fois dans le rythme et dans l’instrumentation. Pourtant lorsque les enfants, joueurs de saxo, de piano, de basse, de trompette ou de batterie, viennent accompagner les professionnels, c’est tout naturellement qu’ils trouvent leur place dans cette grand formation musicale hétérogène. Des débuts hésitants face à la nature étrange des instruments de musique guinéens jusqu’à l’étude des rythmes de base où ils retrouvent trace du jazz moderne, les collégiens s’approprient cette musique, nouvelle à leurs oreilles. La complicité s’installe et le plaisir de jouer ensemble fait vite oublier les difficultés et les petites erreurs de débutants. Particulièrement matures, les collégiens témoignent d’une curiosité et d’une assiduité dont l’enseignement ferait bien de tirer les leçons face aux problèmes actuels.

Autre versant de l’expérience, l’immersion totale dans la culture guinéenne. Premier grand voyage loin de leurs parents et de leurs repères pour les élèves, ils découvrent un pays et une population majoritairement pauvre mais non dénuée de débrouillardise et surtout une population qui fait de la musique un nécessaire de tous les jours, aussi bien dans les cours intérieures des maisons que dans la rue au regard de tous. Car la musique, ce n’est pas seulement faire jouer les instruments, c’est inviter tout le monde à la fête et laisser s’exprimer chacun à travers le chant et la danse. La musique pour beaucoup est un mode de vie avant d’être un passe-temps ou une profession. C’est aussi surmonter les difficultés et faire du peu qui les entoure un environnent suffisant, simple et sain. Au-delà de l’échange musical donc, cette rencontre permet avant tout la communication de deux cultures aux racines très différentes mais qui peuvent, sans beaucoup d’efforts, s’enrichir l’une l’autre sans autre volonté que celle de partager.

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