La boîte de Pandore (Yesim Ustaoglu, 2008): chronique cinéma

uLA BOITE DE PANDORE
Un film de Yesim Ustaoglu
Avec Tsilla Chelton, Ovul Avkiran, Tayfun Bademsoy, Derya Alabora, Osman Sonant, Onur Unsal
Durée: 1h52
Date de sortie: 8 avril 2009

Dans un petit village reculé de Turquie, une vieille femme disparaît. Les autorités préviennent ses trois enfants qui vivent désormais à Istanbul. Nesrin, l’aînée qui vit avec son mari et tente de renouer le contact avec son fils voyou, Murat. Sa jeune sœur Guzin, journaliste, n’est toujours pas mariée et fréquente des hommes que Nesrin désapprouve systématiquement. Le frère enfin, Mehmet, est un asocial marginal qui traîne ses guêtres comme il peut. Le retour en voiture dans leur village natal va être l’occasion pour eux de régler quelques comptes et non-dits depuis trop longtemps refoulés. Alors qu’il retrouvent leur mère dans la forêt, ils découvrent que la vieille femme est atteinte de la maladie d’Alzheimer. S’occuper d’elle va vite envenimer les relations entre les enfants. Murat, lui, va découvrir quelqu’un de différent chez cette grand-mère incapable de se souvenir de son prénom.

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Film d’une justesse et d’une sensibilité rare, La boîte de Pandore est de ces films qui prennent le temps de poser ses personnages, leur caractère comme leur façon de vivre. Moderne, le film dresse un point de vue critique de la société turque actuelle, qui délaisse les personnes âgées et les zones reculées du pays au profit d’un développement économique des grandes villes pour la population active. Ce malaise curieusement, la vieille mère n’est pas la seul à le vivre, Murat, le jeune petit-fils, le traverse également. Pas seulement en pleine crise de confiance, le jeune homme ne partage pas les aspirations de ses parents qui attendent de lui des résultats et un futur dont il ne veut pas. Ce refus des valeurs bourgeoises va peu à peu le rapprocher de cette grand-mère qu’il ne connaissait pas et former un lien particulier, lien inexistant par ailleurs avec sa propre mère qu’il fuit.

Chaque personnage traverse une crise. Nesrin, la mère, traverse une crise de sa sexualité, ne supportant plus que son mari la touche. Guzin, elle, traverse une crise amoureuse, ne sachant pas si l’homme qu’elle fréquente l’aime vraiment ou s’il abuse de ses sentiments. Mehmet vivote dans un appartement miteux mais contrairement à ses sœurs, son style de vie ne lui pose aucun problème et lorsqu’eux trois recueillent leur mère, c’est paradoxalement lui qui se comporte de façon naturelle avec sa mère, ne cachant pas ses défauts ni ses travers comme la paresse et l’addiction à la marijuana. Ce sont les maux de la société actuelle qui se sont échappé de cette boîte de Pandore : individualisme, culpabilité, solitude, mépris, hypocrisie, dépression, etc. La légende grecque prétend que l’espérance serait resté au fond de la boîte pourtant Murat, même dans son attitude sans compromission, incarne une certaine foi dans l’avenir, celle d’une liberté retrouvée.

Avec sobriété mais non sans richesse, la réalisatrice Yesim Ustaoglu insuffle à son film une véritable qualité visuelle. La cinéaste filme la banlieue d’Istanbul d’un point de vue quotidien et social en évitant les images d’Epinal avant de nous entraîner au cœur de la région que borde la Mer Noire, une région minière et rurale presque abandonnée. Et cette fameuse montagne, plutôt une colline abrupte, dont la vieille mère ne cessera de mentionner l’existence, s’ouvrant sur l’horizon à l’arrière de sa maison délabrée. Cet endroit possède une poésie dont est totalement dénuée la capitale avec son port surchargé et ses ruelles coupe-gorge. L’intérieur même des appartements ne témoigne en fait que de la détresse de ses occupants, aussi bien celui vétuste de Mehmet, que celui bien trop propre et rangé de Nesrin et son mari. C’est ainsi que Murat se cherche un foyer, un endroit pour vivre où il pourrait se sentir lui-même. La boîte de Pandore, une co-production française, belge, allemande et turque, nous dit aussi quelque chose de l’Europe actuelle, non pas de cette Europe économique et politique, mais de l’Europe des peuples.

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