Ne me libérez pas je m’en charge (Fabienne Godet, 2008): chronique cinéma

NE ME LIBEREZ PAS JE M’EN CHARGE
Un film de Fabienne Godet
Durée: 1h47
Date de sortie: 8 avril 2009

Michel Vaujour, braqueur fiché au grand banditisme qui, en l’espace de trente ans, aura passé vingt-sept ans en prison – dont 17 en cellule d’isolement – et se sera évadé à cinq reprises avant d’être libéré en 2003 avec seize ans de remise de peine. Mais Michel Vaujour, c’est avant tout un homme que l’expérience carcérale a profondément marqué au point qu’il a développé une vraie philosophie de vie pour pouvoir la surmonter. Un regard sur lui-même qui lui a permis de tenir tout au long de ces années passées entre quatre murs, loin de tout, privé de tout. Un témoignage hors du commun sur celui qui fit la une des journaux lors de ses évasions spectaculaires mais encore sur l’individu meurtri par l’expérience humaine, lui qui a toujours « préféré la fuite à la prison, l’aventure à la soumission, la liberté à la loi ».

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« Les gens que j’aime, je les aime parce qu’ils sont plein d’illusions sur la vie. Alors que la vie, sa seule promesse, c’est la mort ». Lorsque Michel Vaujour commence son récit, il donne le ton, non pas avec une voix haineuse, dégoûtée ou exaspérée mais au contraire avec beaucoup d’affection. Dans ces yeux transparaît toute son expérience, une expérience trop riche d’émotions pour la vie d’un seul homme. Son regard, que la cinéaste Fabienne Godet ne lâchera pas pendant de longue minutes dit presque déjà tout de lui : à la fois sa violence intérieure mû par une détermination sans faille mais aussi toute la tendresse pour ceux qu’il aime. Un regard de nuances, qui peut s’emplir d’un début de larme avant de redevenir sec et froid et repasser dans la seconde suivante à un détachement profond sur les choses. Car au milieux des images d’archives et de quelques scènes tournées avec sa famille dans sa vie quotidienne actuelle, ce qui étonne le plus dans ce documentaire, c’est la force et l’intensité de ces confrontations avec la caméra, Michel Vaujour parlant librement avec Fabienne Godet.

Dès les premières secondes la silhouette de cet ancien bandit s’impose, presque naturellement, sans difficulté. Alors que le film retrace sa vie, non pas dans un grand élan autobiographique typique de la télévision actuelle, mais au contraire par petites touches anecdotiques touchantes de sincérité, le plus effrayant est de comprendre que Michel Vaujour a peu de souvenirs pour avoir commencé ses excès très tôt. Dans une relation familiale difficile, il va trouver sa vraie famille dans une autre sphère, celle du banditisme et nouera des liens avec celles et ceux qui seront, coûte que coûte, à ses côtés, y compris pour ses évasions. Frère d’arme, épouse complice, son idéal libertaire s’incarne dans son style de vie, celui de n’accepter aucun ordre de qui que ce soit et encore moins de renoncer à sa liberté pour pouvoir mener un simulacre de vie tranquille.

Michel Vaujour, tout aussi bien à l’époque de ses méfaits qu’aujourd’hui, incarne au sens propre l’homme qui a renoncé à tout pour être lui-même, une attitude que la société fait payer au prix fort pour ne pas être rentrer dans le rang. Cette position qui est la sienne, il n’en parle pas avec lucidité mais avec beaucoup de lucidité et, comme pour prévenir ceux qui seraient tentés par l’expérience, il insiste sur la nécessité de vouloir aller jusqu’au bout, sans remord ni repentir possible. Choisir ce chemin, c’est refuser tous les autres au plus profond de soi. En prison, Michel Vaujour a eu le temps de réfléchir sur la vie, ses significations, ses impulsions. A la fascination pour un homme qui n’a dévié de sa trajectoire que très tard, après la mort de son frère d’arme, une balle dans la tête, une hémiplégie et une rencontre amoureuse, se mêle du respect et de la compréhension. Cette vie en marge, peu d’entre nous seraient capable de la vivre et même abîmé par elle, Michel Vaujour peut être fier de l’avoir affronté sans jamais sourciller. Ici c’est un homme droit et entier, qui a toujours refusé les carcans, qui se « livre », pour la première fois.

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