Nulle part terre promise (Emmanuel Finkiel, 2008): chronique cinéma

NULLE PART TERRE PROMISE
Un film d’Emmanuel Finkiel
Avec Elsa Amiel, Nicolas Wanczycki, Haci Haslan, Haci Yusuf Aslan, Joanna Grudzinska
Durée: 1h35
Date de sortie: 1er avril 2009

Dans une Europe constamment traversée par les migrations humaines, le trajet de trois individus différents, une étudiante, un jeune cadre et un kurde accompagné de son fils. Si l’étudiante parcours les grandes capitales pour, en quelque sorte, se chercher elle-même, le père et le fils voyagent illégalement pour atteindre l’Angleterre, destination salvatrice à leurs yeux. Le jeune cadre, lui, délocalise une ligne de montage d’une usine du Nord de la France vers la Hongrie. Chacun conçoit son voyage dans une optique bien précise, pourtant les rencontres, les échanges, les incompréhensions vont enrichir chacun d’eux. La jeune étudiante filme les sans-abris et les nécessiteux, le jeune cadre tente de trouver un semblant de vie privée alors que les clandestins Kurdes sont à l’affût du moindre contrôle de police. Image d’une Europe vivante et en mouvement, la terre promise est à chercher, quelque part.

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Décidément les films sur la migration des hommes est un sujet qui préoccupe le cinéma actuel, après Welcome, A l’est d’Eden et 14 kilomètres, Nulle part terre promise propose sa propre vision du phénomène. Si les trois films cités concernaient exclusivement l’immigration clandestine, Nulle part terre promise propose un spectre plus large des déplacements. Aussi bien celui qui cherche un nouveau pays pour refaire sa vie, ou celle qui cherche à donner un sens à son existence ou encore un autre qui subit ces voyages pour des raisons professionnelles, chacun ici se confronte à l’inconnu, à l’inattendu, à l’autre. Passive, la jeune étudiante observe et scrute, en attendant un coup de fil de celui qui, peut-être n’appellera pas. Réfugiée derrière l’œilleton de son camescope, elle filme la misère, non pas tant pour rechercher une humanité chez ceux qui vivent dans la rue que pour se rassurer de sa propre humanité. Le jeune cadre, si difficile en affaires, semble au contraire perdu et égaré en dehors de son travail. Sensible, presque à fleur de peau, il ne maîtrise pas sa vie comme il le souhaiterait. Beaucoup plus simple dans leur façon de vivre, le père Kurde et son fils vont de l’avant, sans se poser de questions inutiles. Le fils endure la pénibilité du voyage sans se plaindre, et le père ne cesse de l’admirer et de le chérir.

Film d’une incroyable sobriété, Nulle part terre promise se situe dans un entre-deux. Film sur le mouvement, le déplacement, il ne s’agit pas ici de partir pour arriver, mais au contraire de rester dans une sorte de zone flottante entre la fiction et le documentaire. Peu dialogué, le film s’enrichit des petits détails de la vie quotidienne comme lorsque, assise dans un train, la jeune femme souffle sur la vitre pour faire de la buée, un geste anodin mais incroyablement juste. Constat réaliste des populations européennes d’aujourd’hui, le film ne verse ni dans l’optimisme béat ni dans la critique amère d’une société qui serait en manque de chaleur humaine. Le film opère plutôt par petites touches, parfois dramatique, parfois comique comme lorsque le fils kurde regarde avec envie un autre enfant qui vient de recevoir une paire de basket neuves et, pour défier le regard du petit enfant français, le kurde montre à son tour son maillot de l’équipe de football du Brésil. Le parcours du cadre est lui très révélateur d’une existence monotone et terne, une vie menée essentiellement pour la travail mais qui crée un vrai manque affectif dont le jeune homme ne sait combler. Froid au moment de délocaliser les machines, son regard se porte alors sur le groupe d’ouvrières et d’ouvriers en grève. Le regard dépité d’une femme lui renvoie ses responsabilités à la figure, une responsabilité qui visiblement va le gêner.

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Nulle part terre promise mérite amplement son Prix Jean Vigo 2008 tant la mise en scène et l’écriture du film sont en adéquation avec le sujet. Après avoir été premier assistant de quelques grands cinéastes français, Bertrand Tavernier, Jean-Luc Godard ou encore Krzysztof Kieslowski, Emmanuel Finkiel tourne peu mais tourne bien. Outres des courts-métrages tels que Madame Jacques sur la croisette (1995), Talents Cannes (2000), citons son premier long-métrage de fiction, Voyages tourné en 1999. Ainsi donc la transhumance n’est pas un thème nouveau à ses yeux, Nulle part terre promise marche dans les pas de ce premier long qui fut couronné également du prestigieux Prix Louis Delluc du Premier Film. Emmanuel Finkiel s’entend bien avec les grandes figures du cinéma français, gageons que le public suivra.

3 thoughts on “Nulle part terre promise (Emmanuel Finkiel, 2008): chronique cinéma

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