Welcome (Philippe Lioret, 2008): chronique cinéma

WELCOME
Un film de Philippe Lioret
Avec Vincent Lindon, Audrey Dana, Firat Ayverdi, Derya Ayverdi
Genre: drame
Pays: France
Durée: 1h55
Date de sortie: 11 mars 2009

Alors que la Grande-Bretagne a fermé complètement ses frontières aux clandestins, des réfugiés venus des pays de l’est s’entassent dans les environs du port de calais. Bilal est l’un d’eux, il vient de traverser l’Europe en trois mois afin de traverser le canal de la Manche pour retrouver celle qu’il aime, partie de son pays légalement grâce à son père qui vit en Angleterre depuis quelques années. Aidé par ses compatriotes qui tentent eux-mêmes la traversée vie les camions de marchandises, Bilal échoue à passer les douanes. Refoulé dans la ville française, il erre pour trouver une solution. Il s’inscrit vite aux leçons de natation de Simon, un quarantenaire sur le point de divorcer. Ce dernier, dans l’espoir de reconquérir sa belle qui s’investit elle-même dans les causes humanitaires, décide d’aider le jeune homme, cela au mépris des lois. Pour la première fois Simon s’intéresse à l’autre, à l’étranger, un voyage qui lui permettra de s’interroger sur lui-même.

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Déjà deux ans que Philippe Lioret nous avait offert le magnifique Je vais bien, n’en t’en fais pas, il nous revient encore avec un récit poignant, juste et sincère. Le cinéma de Lioret ne souffre pas du spectaculaire mais bel et bien de la justesse, justesse des portraits humains, que ce soit ceux du réfugié Bilal comme du maître-nageur Simon, les deux protagonistes principaux, mais aussi ceux des deux personnages féminins, Mina, la jeune femme kurde dont Bilal est amoureux mais qui est promise à un autre, et Marion, la future ex-épouse que Simon n’a su retenir auprès de lui. L’un qui essaye de retrouver sa belle, l’autre dont la femme s’éloigne irrémédiablement. Un film qui s’articule donc autour de l’opposition des deux hommes, Simon l’ex-champion de natation, Bilal, celui en qui Simon voit justement l’étoffe d’un nageur professionnel. Leurs différences, bien entendu, et c’est là toute la magie du cinéma, les rapprochent. Elles les rapprochent au point que leurs destins s’entremêlent inextricablement, entraînant celui de Simon dans une incertitude qu’il avait jusque-là évité

Le film aborde par l’entremise de l’anecdote, celle du refus à l’entrée d’une superette de deux étrangers clandestins qui ne désirent qu’acheter du savon pour se laver, le racisme latent d’une population française qui se refuse à voir la précarité dans laquelle sont placés ces clandestins, légalement libres selon les lois françaises de l’asile politique, mais qui ne peuvent bénéficier d’aucune attention de la part des citoyens français, attitude punit par ces mêmes lois françaises. Un paradoxe qui créé une situation insoluble et catastrophique pour ces personnes qui ne peuvent, combien même ils le désireraient, repartir chez eux. Mais le cœur du film ne s’attache pas seulement à ce contexte, qui reste somme toute une toile de fond plutôt qu’une nécessité narrative. Non le cœur du film se trouve dans le regard de Simon, un regard sur le monde, entre autre celui qu’il porte sur sa femme tout autant que celui qu’il porte sur Bilal, qui évoluera alors que sa stabilité sociale vacillera. Car la mise en danger de l’individu est ce qui révèle la nature profonde des êtres, ici la générosité de Simon. Une générosité dont lui-même se croyait incapable, une générosité qui lui a fait défaut dans sa relation de couple.

Si les deux hommes gagnent en maturité au fur et à mesure, les deux figures féminines sont, elles, tout de suite plus adultes. Mina se confronte au poids des traditions et à l’autorité abusive de son père sans jamais perdre sa dignité. Marion, figure de la femme active moderne, est la seule dont les choix sont mesurés et conscients, lui apportant une sérénité que Simon, encore malgré lui, met à rude épreuve. Car si ils sont sur le point de divorcer, Marion conserve une certaine complicité avec l’homme qui a partagé jusqu’ici sa vie. Lioret donc explore une fois de plus les sentiments extrêmes de l’âme humaine avec maîtrise et brio. Dans les paysages rudes du nord de la France, les vagues froides du canal de la Manche nous rappellent la violence des rapports sociaux, et celui qui désire traverser à la nage cette mer démontée ne cherche rien d’autre que de se rebeller contre le dictat d’une société qui a cessé de servir ses intérêts. Pour Bilal le temps lui est compté, il doit atteindre l’autre rive avant que le mariage forcé de Mina ne soit prononcé. Un challenge que Simon s’appropriera pour montrer que lui-même est capable d’aller jusqu’au bout de ses convictions. Deux destins qui tentent d’échapper à l’inhumanité d’un système vicié que tous, par l’inaction, contribuons à légitimer.

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