Ip Man (Wilson Yip, 2008): chronique preview

IP MAN
Un film de Wilson Yip
Avec Donnie Yen, Simon Yam, Fan Siu-wong, Ka Tung Lam, Yu Xing, Wong Yu-nam
Genre: arts martiaux
Pays: Hong-Kong
Année: 2008
Durée: 1h45
Date de sortie: indéterminée

Dans les années trente, Fuoshan est réputée pour ses écoles d’arts martiaux situées dans une seule et même rue. Les différents maîtres et disciples se mesurent les uns aux autres dans l’espoir de rendre influent leur style de combat. Mais le plus grand maître de la ville est Ip Man, un bourgeois néanmoins proche des gens qui refuse de former une école et de prendre sous son aile des disciples. Il révèle parfois à ses amis, dans le secret des portes fermées de sa demeure, quelques clés de son art martial, le wing chun, une boxe efficace et rapide. Mais l’incident du pont Marco Polo va bientôt faire sombrer la Chine dans la guerre, les forces armées japonaises envahissant le territoire. Chassé de sa riche demeure et devenu mineur, Ip Man s’interroge sur l’utilité de son art jusqu’au jour où un colonel japonais organise, contre des rations de riz tant recherchées, des combats à mains nues avec ses meilleurs soldats. Alors que son meilleur ami y trouve la mort, Ip Man terrasse l’ensemble des lutteurs japonais, révélant ses talents au général qui voit en lui l’homme idéal pour entraîner ses troupes à la boxe chinoise.

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Dernier film de Wilson Yip en date, il narre un épisode de la vie de l’un des grands maîtres du kung-fu moderne, Ip Man (ou Yip Man selon les graphies) dont Bruce Lee fut l’un des disciples dans les années cinquante. Le film prend pour cadre les années d’avant-guerre et celles du conflit, une période douloureuse pour les Chinois soumit alors à la cruauté de l’armée japonaise. En terme technique le film est irréprochable, Donnie Yen procurant au personnage une réelle épaisseur humaniste quand la chorégraphie des combats échoie à Sammo Hung et à Tony Leung Siu Hung (Le sens du devoir 3, Double dragon). Les combats sont impressionnants, dans une veine réaliste avec néanmoins l’appel des câbles pour certaines cascades acrobatiques mais le style traditionnel de la boxe chinoise est ici pleinement conservée dans des figures et des coups particulièrement rapides et précis. Si le début du film est un peu plus sage, le rythme prend très vite son envol, accumulant des rixes de plus en plus sophistiquées et violentes car, dans son enseignement, Ip Man a toujours voulu conserver une volonté de non-violence jusqu’au jour où celle-ci éclate contre les soldats japonais.

Là se trouve certainement le principal défaut du film car si Ip Man ne respecte pas la biographie du maître à la lettre, ce qui est souvent le cas d’un biopic au cinéma, le film prend carrément ses aises face à la réalité historique pour raconter une autre histoire, celle d’un groupe d’ouvriers initiés par Ip Man qui, après avoir protéger leur usine d’une bande de voyous, se transformera en groupe de résistance contre l’envahisseur japonais. En effet, contrairement à ce qui est dit dans le long-métrage, Ip Man n’a jamais refusé d’enseigner son art, et ce même avant la guerre, et, bien que d’origine aisée, il fut officier de police dans les années trente. Jamais entraîné dans une quelconque série de combats contre des soldats ou des officiers de l’armée japonaise, Ip Man ne choisira de fuir à Hong-Kong qu’à la fin des années quarante, non pas pour échapper aux représailles des forces japonaises donc, mais pour échapper aux Communistes qui arrivent à Fuoshan, étant devenu entre-temps un officier du Kuomintang. Le film fait de lui un héros malgré lui, qui réussit à unifier les Chinois contre l’envahisseur, en total contradiction avec ce que fut réellement sa vie. Seul élément véritable de cette période, Ip Man refusa en effet d’entraîner les forces japonaises au combat à mains nues.

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Jamais un projet de long-métrage ne s’était intéresser à ce maître pourtant très réputé dans le monde des arts martiaux, et l’on comprend que le cinéma chinois se cherche aujourd’hui des héros modernes sans toutefois respecter souvent la réalité des faits. Une séquelle serait en préparation, se concentrant sur la suite de son histoire, celle de son école de wing chun à Hong-Kong où Bruce Lee fut initié pendant que Wong Kar-wai préparerait son propre projet de biographie. Aux côtés de Fong Sai-yuk ou encore de Wong Fei-hung, l’enseignement de Ip Man revient sur les devant de la scène cinématographique dans un pays qui a proscrit, pendant des décennies, tout enseignement des arts martiaux. Une belle revanche pour ces derniers qui trouvent dans le cinéma matière à s’exprimer et à se développer dans une forme certes spectaculaire mais toujours aussi fascinante et intrigante pour les Occidentaux que nous sommes.

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