La femme sans tête (Lucrécia Martel, 2008): chronique cinéma

LA FEMME SANS TETE
(La mujer sin cabeza)
Un film de Lucrécia Martel
Avec Maria Onetto, Claudia Cantero, Ines Efron, Cesar Bordon, Daniel Genoud, Guillermo Arengo, Maria Vaner
Genre: drame
Pays: Argentine
Année: 2008
Durée: 1h27
Date de sortie: 29 avril 2009

Après une fête familiale et en l’absence de son mari parti à la chasse, Véonica rentre seule sur la route. Dans un moment de distraction, sa voiture heurte quelque chose et, quelque peu perturbée par l’incident, elle ne prend pas le temps de descendre de la voiture. Les jours suivant, Véronica semble ailleurs, au point d’ignorer les choses et les êtres qui l’entoure. Visiblement déstabilisée, elle avoue quelques jours plus tard à son mari avoir renversé quelqu’un sur la route ce jour-là. De retour sur les lieux, Véronica et son mari ne trouvent que le cadavre d’un chien. Tout semble rentrer dans l’ordre peu à peu jusqu’au jour où le corps d’un petit garçon est retrouvé non loin de là…

la-femme-sans-tete

Présenté au dernier Festival de Cannes, La femme sans tête est le troisième long-métrage de la cinéaste argentine Lucrécia Martel. Après La Ciénaga et La nina santa, la cinéaste continue de prospecter sur les thèmes de la femme bouleversée par une tragédie. Toujours avec subtilité et retenue, Lucrécia Martel aborde son sujet de façon biaisée, non immédiate, pour laisser à chaque instant au spectateur son choix d’interprétation. Le hors-champ dialogue avec les surfaces réfléchissantes et la faible profondeur de champ et, peu à peu, c’est la perte de repère qu’éprouve Véronica qui se formalise sous nos yeux. Etrange sensation en effet de la contempler entrain de regarder vers un ailleurs, un vide, qui nous restera à jamais hors de portée. A l’image du personnage, nous nous retrouvons nous mêmes désespérément seuls.

Cette solitude éprouvée est d’autant plus surprenante que tout un monde familial et amical gravite autour de la belle madone car aux yeux de tous, Véronica a réussi sa vie et malgré les années de mariage, elle est toujours aussi séduisante. Maria Onetto est étonnante de justesse dans ce rôle de femme totalement désemparée à l’idée d’avoir tué, un désarroi que pourtant elle tient à dissimuler envers et contre tout. Mais le film ne parle pas seulement de doute, de façon beaucoup plus implicite La femme sans tête aborde la difficile problématique des couches sociales, celle des propriétaires bourgeois jouissant de privilèges auxquels la classe pauvre ne peuvent prétendre, comme l’immunité.

Car à travers l’aveuglement des premiers jours face à l’incident, c’est tout une complicité qui s’installe. Chacun refuse d’envisager le pire et la cadavre du chien est bel et bien là pour dédramatiser l’événement. Une distance s’installe entre ceux qui possèdent de grandes villas et les populations démunies aux abords des routes, frappant à toutes les portes pour réclamer du travail. Cette distance est consommée lorsque la propre nièce de Véronica est alitée pour une hépatite quand tous les petits garçons pauvres du coin triment pour gagner quelques sous ou bien de quoi manger et s’habiller. Si les nantis peuvent échapper aux responsabilités de leurs actes, ils peuvent cependant souffrir du sentiment de culpabilité. Le doute qui ronge Véronica est si fort, qu’elle même se comporte différemment. Sur un sujet morbide qui rejoint la thématique de son premier long-métrage, La Ciénaga, Lucrécia Martel signe ici encore un superbe film totalement maîtrisé de bout en bout.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s