Firaaq (Nandita Das, 2008): chronique preview

FIRAAQ
Un film de Nandita Das
Avec Nasseruddin Shah, Shahana Goswami, Sanjay Suri, Tisca Chopra, Deepti Naval, Paresh Rawal, Nowaz, Mohammad Samad
Genre: drame
Pays: Inde
Année: 2008
Durée: 1h41
Date de sortie: indéterminée

Dans l’état du Gujarat en Inde, à la frontière pakistanaise, de violentes émeutes confrontent les Hindous et les Musulmans. Des milliers de morts vont provoquer l’une des blessures les plus profondes de l’Inde actuelle, blessures d’autant plus vivaces qu’elles rouvrent les plaies ouvertes quarante ans plus tôt avec les premières violences intercommunautaires. Au cœur du drame, quatre destins tragiques : celui d’une épouse hindoue, battue et humiliée par son mari mais surtout traumatisée par les images de femmes et d’hommes assassinés dans la rue à coups de sabre, un couple musulman ensuite qui, après avoir passé plusieurs semaines caché dans une cave, revient dans leur foyer emporté par les flammes, le destin incertain également d’un couple mixte, dont l’homme n’arrive pas à assumer son identité religieuse face aux menaces et à la vindicte populaire à l’encontre des Musulmans, celui enfin d’un vieux musicien qui refuse de voir la tragédie se profiler dans sa ville, se réfugiant dans l’étude paisible de la poésie et des mélodies traditionnelles musulmanes. Au milieu de déchaînement de violence, un petit garçon aux pieds nus cherche désespérément son père, mort pendant les émeutes. Firaaq ou la chronique d’un malaise social et historique qui secoua le pays tout entier.

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Drame historique douloureux, Firaaq donne une image terrible du passé proche de l’Inde, loin de l’imagerie policée et joyeuse des romances musicales bollywoodiennes. Derrière la caméra, et pour son premier film en tant que réalisatrice, l’actrice renommée Nandita Das qui, justement, a toujours refusé les fastes de l‘industrie cinématographique indienne. Fille d’un peintre et d’une écrivaine reconnus, elle fut d’abord attirée par le travail social avec les enfants avant d’entamer sa carrière d’actrice à la fin des années quatre-vingt. Cette préoccupation pour les faits de société se retrouve totalement dans ce premier film très dur mais aussi, heureusement, touchant. Le film choisit de raconter l’histoire de personnages fictifs dans un contexte réel afin d’évoquer de différents points de vue les souffrances que ces conflits religieux ont pu provoquer plutôt que d’adapter une histoire vécue, qui aurait pu sembler plus forte mais n’aurait pas permis l’ouverture des différentes problématiques.

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Si la tendance pro-musulmane du film est le seul aspect à mettre à distance, la mise en scène, elle, épouse ses personnages. Car sous le vernis des conflits religieux se terrent d’autres thèmes proches des interrogations d’une société en mutation ; le quotidien des femmes battues, la misère qui envahit les rues, les familles entières parquées dans des camps, une police raciste et indifférente aux soubresauts qui menacent les communautés, une mixité des couples toujours remise en cause. Etrangement, le petit garçon orphelin et sans défense traverse cette vague de violence presque sans s’en rendre compte. Image d’une innocence foulée au pied par les adultes, le regard de l’épouse hindoue battue trouvera dans la protection de ce petit être une forme de salut moral. Critique féroce de la violence comme réponse à d’autres violences antérieures, le film décrit le cercle vicieux, pourtant naturel car pulsionnel, de la haine. Haine de l’autre sans discernement et sans tolérance.

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L’image du vieux musicien, peut-être insuffisamment développée dans ces récits à plusieurs voix, renverse heureusement l’aspect sombre de ces mauvais souvenirs. Aveugle car désespérément optimiste dans la nature humaine, il finira par douter de l’efficacité de quelques notes de musique harmonieuses face à la puissance des armes avant de reprendre espoir et de continuer ses leçons, ouvertes à tous. L’image du sage en somme, de l’attitude pacifiste qui, bien sûr, fait écho à l’image historique de Ghandi. Car après tout, le dialogue des sagesses musulmane et hindoue est certainement la seule réponse possible à ces relents de communautarisme. Le verbe, l’arme la plus fatale de l’existence humaine car capable des versets les plus criminels, peut aussi calmer les cœurs et les esprits les plus réticents, une nécessité si l’on veut construire un monde vivable pour ceux qui, comme l’enfant orphelin, avancent les pieds nus, sans défense.

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