No popcorn on the floor (Gaël Morcaer, 2008): chronique cinéma

NO POPCORN ON THE FLOOR
Un film de Gaël Morcaer
Avec Ramuntxo Garbisu
Genre: documentaire
année: 2008
Pays: France
Date de sortie: 29 avril 2009

Chronique à la fois acerbe et drôle de la vie d’un petit cinéma indépendant de Bayonne, L’Atalante, No pop corn on the floor ne mâche pas ses images pour mettre en lumière les difficultés d’une salle qui a fait le choix de diffuser des films exigeants et singuliers, à l’opposé d’une distribution aujourd’hui dominante de films le plus grand public possible. Ce choix n’émane pas seulement de l’histoire propre à cette salle de projection mais surtout de la personnalité du gérant, Ramuntxo, qui prend le cinéma à bras le corps et fouine dans les centaines de titres disponibles chaque année pour en ressortir des pépites cinématographiques. Pour l’accompagner, toute l’équipe de la salle, de l’ouvreur jusqu’au projectionniste en passant par la barmaid, c’est une véritable volonté de chacun de supporter ces choix difficiles semaines après semaines.

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Documentaire au ton iconoclaste et même parfois impertinent (le coup de téléphone au diocèse pour demander un formulaire de miracle suite au succès des entrées pour Harry Potter en VO est un modèle du genre), No pop corn on the floor cache derrière ces plaisanteries un véritable ras-le-bol de la situation des petites salles de cinéma face aux grosses machines de guerre que sont les multiplex. Mais la critique est, heureusement, plus subtile que cela, car c’est également à une certaine idée du cinéma à laquelle le film s’attaque. Comme les irrésistibles Gaulois, Ramuntxo et sa troupe tiennent bon la barre contre vents et marrées d’un système qui privilégie la rentabilité immédiate au mépris du film lui-même. Ecourter la période de diffusion au maximum pour remplir les salles dès le premier jour sans laisser le temps au film de vivre sa vie ni aux spectateurs de faire ses choix, coincés qu’ils sont par la nécessaire pression des films qui sont à venir le semaine suivante.

Alors forcément, sélectionner des titres qui ne trouvent leur public sur le long terme paraît une stratégie suicidaire, contraire aux lois d’un marché qui s’emballe, bride abattue. Attentifs à des films qui auront marqués les festivals ou bien encore des titres seulement distribués dans quelques salles françaises, Ramuntxo désire faire découvrir un autre cinéma, celui de la curiosité, des sensations et de l’émerveillement, un pari à chaque fois bien sûr remis en cause. Un cinéma qui ne se consomme pas mais qui se découvre et se dévoile, quitte à insatisfaire parfois, et alors ? Le gérant ne manque pas d’arguments ni d’humour pour faire passer ce message, au risque de passer pour un farfelu, un marginal, un illuminé. Le combat est rude et c’est la perplexité du bonhomme qui commencera à s’installer. On est loin du dénouement du combat de David contre Goliath car le Goliath ici ressuscite chaque mercredi.

Par ricochet, c’est le film de Gaël Mocaer qui cristallise ces contradictions au point même d’embarrasser les institutions du label « Art et Essai » qui ont refusé de soutenir le film parce qu’il met en lumière les salles vides qui en résulte parfois. Cachez ce sein que je ne saurais voir, la distribution indépendante ne souffre pas ! semblent t-ils crier. Mais c’est une toute autre réalité qui apparaît sur l’écran, choisir de sélectionner des films qui ne sont pas mainstream ou tout simplement ne pas suivre les considérations de ces institutions, c’est risquer sa peau en quelque sorte, ou du moins ses convictions. Le cinéma de masse ne s’encombre pas d’humanité, il s’agit tout juste de manger les images au rythme du pop corn pour se combler la panse en oubliant la tête.

Et pour les nostalgiques des ciné-clubs et des discussions parfois tardives avec les intervenants, et bien oubliez messieurs, les horaires sont à respecter. L’idée du Cinéma a t-elle disparue ? Non bien sûr, elle subsiste dans l’attitude quelques uns seulement qui osent proposer des alternatives aux systèmes dominants. Pour le reste, nous avons tous nos responsabilités dans ce jeu de massacre, le public comme les professionnels. Le plaisir du cinéma ne se monnaye pas à coup de tickets, il se cherche, il se faufile, mais heureusement parfois il se laisse attraper pour laisser une impression profonde. C’est cette impression justement que No pop corn on the floor tente de faire jaillir, non pas pour lui-même, mais pour tous les films qui le mériteraient. Encore une fois, à chacun de chercher, ce plaisir n’est qu’individuel, pas collectif.

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