Parque via (Enrique Rivera, 2008): chronique cinéma

PARQUE VIA
Un film d’Enrique Rivera
Avec Nolberto Coria, Nancy Orozco, Tesalia Huerta, Federico Flores, Guillermina Velasco
Genre: drame
Durée: 1h26
Sortie: 8 juillet 2009

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Beto, un vieil « indio » est le gardien d’une demeure luxueuse à Mexico en attente d’être vendue. Les propriétaires sont depuis longtemps partis vivre dans une autre maison et Beto est le seul à y vivre à plein temps, par lui-même sinon les visites régulières de la matrone. De moins en moins à l’aise dans le monde extérieur, Beto considère cette maison comme un refuge où il se sent en sécurité et chaque sortie devient pour lui de plus en plus pénible. La seule compagnie qui le réconforte est celle de Lupe, une prostituée qu’il paye une fois par semaine pour passer un agréable moment. Jusqu’au jour où la propriété trouve un acheteur. Beto doit alors penser à trouver un nouveau travail, dans le monde extérieur. Cette perspective le terrifie mais il n’ a plus le choix.

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Premier long-métrage très réussi d’Enrique Rivera, Parque via assume son austérité et sa radicalité semblable à un fait divers. Filmer à la caméra à l’épaule ou en long plans fixes, le film est le portrait d’un homme qui a choisi de se couper du reste du monde pour se préserver du chaos et de la violence environnants. Seule fenêtre sur ses contemporains, la télévision, qui déverse chaque jours ses images de meurtres, de viols ou de répression subies par la population. Face à ce maelström, la maison dont il a la charge est calme, sereine, mais désespérément vide. Seuls ses souvenirs et ses images pieuses encadrées alimentent la mélancolie de Beto qui, comme pour se prouver qu’il est encore utile, loge dans la remise de la buanderie et se lève chaque matin à la même heure, effectuant les mêmes gestes tout au long de la journée dans une sorte de rituel salvateur. Beto est un « indio », un domestique pauvre qui sait où se trouve sa place contrairement à Lupe qui désespère de faire l’amour dans la grande baignoire en forme de coquillage, ce que s’interdit de faire le vieux bonhomme.

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Derrière son angoisse du monde se cache surtout un passé secret lié à la mort de sa femme. Resté célibataire depuis, il a toujours refusé de se remarier, autre refus de se refaire une vie normale. Beto est devenu un inadapté, un marginal qui se contente de peu. Récit minimaliste pour une mise en scène tout aussi en retenue, le film dégage pourtant une force peu commune, une force qui émane tout d’abord du jeu de l’acteur amateur Nolberto Coria dont le film raconte sa propre vie. Une force qui ensuite traverse chaque plan dans sa construction et sa composition, à l’image de la bâtisse à l’architecture moderne, froide, presque inhumaine. Les pièces vides de la maison amplifient ce sentiment de néant, une télévision et un fauteuil étant les seuls objets venant briser l’équilibre des lignes de fuite. Evasion artificielle, le petit écran est moins un interlocuteur que l’occasion, chaque après-midi, de s’endormir. La sonnerie du réveil ou des téléphones, toujours ponctuelles, rythment la vie d’un homme qui ne vit plus justement.

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A l’image du nouveau cinéma mexicain de Carlos Reygadas (Batalla en el cielo, 2005) ou de Pedro Aguilera (La influencia, 2007), Enrique Rivera s’installe dès son premier film comme un cinéaste à suivre de près, Parque via ayant obtenu par ailleurs le Léopard d’Or du dernier Festival du Film de Locarno. Autant par sa maîtrise de l’image, du son et de sa capacité à drainer le maximum d’une histoire au fil ténu, Enrique Rivera convainc tout simplement son public que le cinéma est avant tout une expérience de la perception, ici celle de Beto. Sans dialogue inutile, sans explication fade, l’on comprend les faiblesses et les désirs de cet homme seul qui perçoit le monde de manière biaisée, ne retenant que l’angoisse lorsqu’il traverse un simple marché. Les images et les sons se font alors saccadés, agressifs, perturbants. Le dynamisme de la vie a complètement quitté le corps de Beto, il préfère rejoindre le silence et l’immobilité de la maison, sorte de cercueil luxueux pour ce pauvre hère.

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