Rio ligne 174 (Bruno Barreto, 2008): chronique cinéma

RIO LIGNE 174
(Ultima parada 174)
Un film de Bruno Barreto
Avec Michel Gomes, Cris Vianna, Marcello Melo Jr., Gabriela Luiz, Anna Cotrim, Tay Lopez, Vitor Carvalho, Jana Guinoud
Genre: drame
Pays: Brésil
Durée : 1h48
Date de sortie : 22 juillet 2009

rio ligne 174 affiche

1983, dans une favela de la capitale brésilienne, une mère toxicomane, Marisa, est chassé du quartier pour avoir consommé les produits de son petit ami dealer, laissant derrière elle son bébé Alessandro. Dix ans plus tard Marisa est devenue une autre femme. Très croyante et désormais rangée de la drogue, elle n’a qu’une seule obsession, retrouver son fils. De l’autre côté de la baie, Sandro, dix ans, voit sa mère abattue par deux voleurs. Fuyant le foyer de sa tante, il entame une existence misérable avec d’autres enfants orphelins, volant les passants pour pouvoir s’offrir leurs doses de colle à sniffer. Alessandro, lui, est devenu dealer et ne tardera pas à croiser le chemin de Sandro avec qui il nouera une amitié solide. Ce dernier ne tardera pas à finir en prison et Marisa, apprenant par hasard qu’un enfant du même âge que son fils est incarcéré, se persuade qu’il est bel et bien celui qu’elle recherche depuis tant d’années. Sandro décide de jouer le jeu pour se permettre une nouvelle vie avec sa copine, une jeune prostituée noire mais celle-ci ne désira pas arrêter son activité, Sandro perd totalement le contrôle de sa vie.

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Ecrit par le scénariste de La cité de Dieu, Braulio Mantovani, Rio ligne 174 est inspiré d’un fait réel qui vit la prise d’otage d’un bus en juin 2000 à Rio de Janeira par un jeune délinquant du nom de Sandro do Nascimento. Un événement tragique retransmis à la télévision et suivi par des millions de télespectateurs. Sur ce fil rouge du drame irrévocable mené par un enfant de la rue, Bruno Barreto construit un récit qui entremêle les destinées, celles des gamins prêts à tout pour se procurer leurs doses et celles de bénévoles tentant de stopper l’hémorragie et de recueillir ces enfants délaissés, non seulement par leurs parents, mais aussi et surtout par un gouvernement qui a laissé s’installer un climat de peur et de violence dans les rues de la capitale. Crimes impunis, main mise de la pègre, conditions pénitentiaires difficiles, pauvreté latente, rien ne s’offre à cette jeunesse désabusée pour qui le crime est devenu la seule alternative. Même le refuge dans la foi religieuse devient un aveu d’impuissance.

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La récit explore le passé fictif d’un personnage factuel pour mieux dépeindre la condition humaine, celle d’un fils qui a perdu sa mère et celle d’une mère qui recherche son fils. Deux destins intimement liés par la violence et la drogue, le premier s’engouffrant peu à peu et irrémédiablement dans les abysses de l’enfer, la seconde ayant échappée à la mort blanche et aux griffes des favelas. Deux destins croisés qui, l’espace de quelques jours, se mélangeront avant de se séparer à nouveau. Beaucoup plus que la description d’un monde urbain brésilien au bord du chaos, c’est davantage au ressenti des personnages que le cinéaste s’intéresse. Que ce soit l’amour aveugle que la mère porte à ce fils qu’elle ne connaît plus ou le manque de repère qui entraîne Sandro a constamment choisir la mauvaise solution, Bruno Barreto insiste sur leur nature humaine, sensible et faillible, sans aucun jugement moral. En quelque sorte Sandro n’est pas coupable, il est tout simplement broyé par une machine sociale qui le dépasse.

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Dans la séquence finale de a prise d’otage, la fiction rejoint la réalité, les images de télévision se mêlent à celles, reconstituées, tournées à l’intérieur du bus. Image marquante d’un adolescent encerclé par les forces de police et qui, parce qu’il est sans éducation et qu’il ne peut évaluer la situation, s’enferme encore davantage dans une conclusion fatale. S’amassant inconsciemment autour du bus, la population regarde l’un de ses fils comme le loup coupable de tous les maux, prêt à le lyncher telle une bête prise au piège. Pour Sandro il n’y aura pas de seconde chance et son coup d’éclat involontaire lui offrira davantage l’oubli que le fameux quart d’heure de gloire. Sandro meurt sans raison et presque sans personne pour le pleurer.

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