Pluie du diable (Philippe Cosson, 2009): chronique cinéma

PLUIE DU DIABLE
Un film de Philippe Cosson
Genre: documentaire
Pays: France
Durée : 1h26
Date de sortie : 18 novembre 2009

pluie du diable affiche

Entre 1962 et 1975, l’armée américaine a déversé à elle seule sur le Laos, pays limitrophe du Viêt Nam et plaque tournante des apports d’armes de la Chine en destination des troupes Viêt-minh, plus de bombes que toutes les bombes larguées durant la Seconde Guerre Mondiale. Furent notamment utilisées les B.A.S.M., ou Bombes A Sous-Munition, des petits engins en forme de balles de tennis larguées dans des coquilles qui s’ouvrent lors de la chute pour favoriser la dissémination des petites bombes et provoquer un maximum de dégâts. Pourtant cet armement est l’un des moins fiables qui existe, son taux d’explosion à l’impact peut descendre à quelques pour-cents, laissant dans la nature des milliers de bombettes prêtent à exploser à la moindre manipulation. Encore aujourd’hui, plus de cinq cents victimes sont recensées chaque année à travers le Laos. Trente ans après, alors que la jungle recule pour laisser s’étendre les zones urbaines et agricoles, certains paysans et enfants se retrouvent amputés. Véritablement contaminés par ces balles meurtrières, le pays souffre de ne pas pouvoir vivre sans la peur quotidienne d’une explosion.

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L’on connaît les ravages causés pendant la guerre du Viêt Nam et encore aujourd’hui dans ce même pays mais également au Cambodge, l’on connaît moins par contre l’implication du Laos et ses conséquences directes. Pris entre deux feux sous la pression mutuelle des Etats-Unis et du gouvernement communiste chinois, le Laos est devenu une tenaille, basses arrières et passages de troupes pour certains, nids infectés de Viêt-minh pour les autres. Si aucun soldat américain n’avait le droit de franchir la frontière (l’on sait aujourd’hui que des unités d’élite ont agi au-dehors de leurs prérogatives), les troupes Viêt-nimh ne s’en privaient pas et même harcelaient la population laotienne pour aider à l’effort de guerre. Dans un pays encore exclusivement rural avec un fort taux d’analphabétisme et surtout un appareil médiatique quasi inexistant, le Laos s’est retrouvé dans une guerre dont les plaies sont encore aujourd’hui à vif.

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Trente ans de climat tropical font parfois ressurgir de terre ces boules explosives hautement instables dont les plus démunis aiment à récupérer le fer pour le revendre contre quelques kips, manipulant les bombes au mépris de tout danger. Pire certains accident privent les agriculteurs de leurs forces de travail. La perte d’une jambe ou d’un bras, parfois la cécité, viennent empêcher l’homme dans sa force de l’âge de travailler sa terre, devenant par la même un poids supplémentaire pour les siens, le plus souvent déjà pauvres. Hormis quelques associations humanitaires et pacifistes et quelques représentants du gouvernement laotien actuel, peu de gens semblent comprendre la détresse et l’urgence dans laquelle le pays se trouve. Mais le constat du film est plus ample, le Laos n’est pas le seul pays à être victime de ces bombettes souvent laissées sur place longtemps après les conflits, laissant les populations civiles se débrouiller avec cette pollution explosive.

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Interrogés, les lobbies de l’armement ferment toutes portes au dialogue. Si des accords semblent se profiler sur l’interdiction d’utilisation et la cessation de toute production de ces B.A.S.M., peu de pays utilisateurs sont enclins à les signer ou ne serait-ce même les ratifier. Quand le cinéaste se rend à l’une des grands salons de l’armement, on mesure tout le cynisme d’un tel commerce. Tous les engins de mort sont exposés avec soin et délicatesse avec la mise en avant de leurs performances. Les minis-bombes sont elles aussi disposées sur des socles avec explication à l’appui. L’armement brasse chaque année dans le monde plus de 3000 milliards de dollars. Quelques millions permettraient déjà de venir en aide au Laos pour se débarrasser de ses 84 millions de bombes réparties sur près de 80% du territoire. La course au profit n’a malheureusement que faire d’un tel « détail » de l’histoire.

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