Liberté (Tony Gatlif, 2008): chronique cinéma

LIBERTE
Un film de Tony Gatlif
Avec Marc Lavoine, Marie-Josée Croze, James Thiérrée, Rufus, Carlo Brandt
Genre: drame
Pays: France
Durée: 1h51
Date de sortie: 2 février 2010

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Une famille de Tziganes arrivent aux abords d’un petit village de campagne comme chaque année pour les vendanges. Théodore, le maire, vétérinaire de son état, les prévient des nouvelles dispositions prises par le régime de Vichy, les communautés nomades sont désormais interdites. Se sentant peu concernés par les lois, les Bohémiens continuent de vivre selon leurs coutumes, accompagnés d’un petit orphelin, P’tit Claude qui les a suivi sur la route et qui est bientôt recueilli par Théodore. L’enfant s’est pris d’affection pour Taloche, le bohémien violoniste et rêveur un peu fou. La police, la Gestapo et les collaborationnistes rôdent jusqu’au jour où la famille tzigane est raflées pour être internée dans un camp de concentration pour les roms. Théodore, accompagnée de Mlle Lundi, institutrice et résistante, décide alors de céder la vieille maison de pierre de son grand-père aux Bohémiens pour qu’ils échappent à la réglementations des nomades. Mais le besoin de liberté ne connaît pas de frontière ni de mur, le voyage est à leurs yeux inséparable de leur existence.

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Trois ans après Transylvania, son précédent film, Tony Gatlif aborde de nouveau avec Liberté l’un de ses thèmes les plus chers, celui du voyage comme principe vital. Le cinéaste aime les personnages sans attache, sans maison, qui fuient leur passé sans se soucier de l’avenir, des êtres qui vivent l’instant présent comme un don du ciel, qui ne peuvent se résoudre à intégrer les règles et les dogmes du plus grand nombre. Mais cette fois-ci Tony Gatlif s’est détourné de la pure fiction pour s’inspirer du réel, celui de la déportation, de la concentration et du massacre des Tziganes d’Europe sous le régime Nazi. Très attaché à cette communauté itinérante, le cinéaste avait jusqu’ici évité de porter un regard sur l’histoire. C’est par l’entremise de deux Justes, Théodore et Mlle Lundi inspirés de véritables personnages historiques, qu’il nous permet d’approcher cette culture singulière, presque insaisissable de ceux qui emmènent leurs maisons avec eux.

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Contre toutes les barrières, aussi bien celles du pré où paissent leurs chevaux, que celles des pays qu’ils traversent ou bien encore celle de la langue (ils parlent plusieurs langues sans vraiment en parler aucune), les Bohémiens vivent leur vie à l’écart de toute appréhension de la société qui les entoure. Selon eux, ne pas avoir d’identité, d’adresse ou de métier, au sens littéral du terme, mène à la liberté complète là où tous veulent les cataloguer, les parquer, les humilier. Car échapper à toutes les conditions institutionnelles équivaut à ne pas se soumettre. Suprême manifestation d’indifférence, Taloche, le bohémien fantaisiste, se tamponne les fesses comme la secrétaire de mairie tamponne son carnet anthropométrique, sorte de visa d’exception qui permet aux autorités de contrôler les déplacements des Tziganes.

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Face au drame terrible des déportations, Tony Gatlif impose sa patte joviale et musicale. Véritable ode à la liberté d’être, les musiques tziganes irriguent cette insatiable volonté d’émancipation et d’indépendance. Les notes et les mélodies entraînent les personnages, et les spectateurs par la même occasion, dans un tourbillon d’insoumission momentanée. Image terrible du film, Taloche trouve sur un rail une montre gousset aux caractères hébreux abandonnée sur la chaussée. Seule image véritablement fixe du film, le tic-tac assourdissant de l’objet annonce l’horreur à venir. Sans écarter cette dimension tragique, le réalisateur ne se laisse pourtant pas piéger par la dramatisation à outrance des faits. Bien au contraire il préfère souligner l’énergie débordante de vie de ceux qui ne seront bientôt plus.

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