Louise Bourgeois… l’araignée, la maîtresse et la mandarine (Marion Cohen et Amei Wallach, 2008): chronique cinéma

LOUISE BOURGEOIS… L’ARAIGNEE, LA MAITRESSE ET LA MANDARINE
(Louise Bourgeois: the spider, the mistress and the tangerine)
Un film de Marion Cohen et Amei Wallach
Genre: documentaire
Pays: USA
Durée: 1h35
Date de sortie: 9 décembre 2009

Louise Bourgeois affiche

Artiste tardivement reconnue, Louise Bourgeois ne cesse de convoquer ses souvenirs, ses peurs et ses traumatismes dans son œuvre. Dessins, sculptures, installations, elle s’approprie les formes et les matériaux pour les plier à sa volonté, dans un mouvement de construction et de destruction qui témoigne d’une rage de créer. De la mémoire de ses parents et de son enfance dans les années dix, Louise Bourgeois ne cesse de travailler ses émotions, « trop grandes » pour elles selon ses propres termes. Dans ce documentaire tourné sur plusieurs années, l’artiste et la femme se confie sans détour et même avec une certaine frontalité et agressivité qui démontrent une grande force de caractère.

Louise Bourgeois photo 1

Les documentaires sur les artistes en tous genres abondent mais peu d’entre eux réussissent à véritablement sublimer leur sujet. Pour peu que l’œuvre en question n’intéresse pas le spectateur et c’est l’ennui qui s’installe dès les premières images. Ici, rien de cela et que l’on aime ou pas le travail de Louise Bourgeois (pour ma part je suis assez insensible à son monde), L’araignée, la maîtresse et la mandarine nous plonge au cœur d’un processus créatif tourbillonnant et orageux qui ne s’épargne pas les doutes, les crises de colère et les pleurs. Scène touchante après plus d’une heure d’une Louise Bourgeois offensive et revancharde, celle-ci est soudainement submergée par les larmes à la mémoire d’un souvenir douloureux. Ici ce ne sont pas tant les œuvres qui s’exposent que l’artiste qui se met à nu. Derrière les rides profondes du visage, derrières les taches de peau, derrière des mains tremblantes, c’est toute une vie qui se dévoile depuis les premiers pas à Choisy-le-Roy jusqu’au décor de son studio new-yorkais. Une vie passée parmi l’élite intellectuelle de la Grande Pomme, traversant tous les mouvements artistiques qui ont suivi la Seconde Guerre Mondiale.

Louise Bourgeois photo 2

Images d’œuvres in situ, d’installations imposantes ou encore des archives filmées depuis les années soixante-dix, époque de sa notoriété naissante, le documentaire ne suit pas une chronologie forcée et contrainte mais le propre cheminement de Louise Bourgeois, point avare de paroles et d’anecdotes sur sa vie bien remplie. Si le mouvement féministe d’alors a bien tenter d’en faire son icône, elle a pourtant su à chaque instant de sa vie échapper à l’encadrement ou aux récupérations. Artiste sauvage et insaisissable, elle ne se fie qu’à son propre jugement et ses propres analyses, quitte à parfois bousculer les conceptions de son entourage avec véhémence.

Louise Bourgeois photo 4

Maternité, trahison filiale, confrontation avec un monde éminemment masculin, misogyne et orgueilleux, sa plus grande blessure restera celle de ne pas avoir rendu son père fier d’elle, lui qui n’a pas hésiter à faire cohabiter son épouse et sa maîtresse (qui n’était autre que la tutrice de Louise justement) pendant près de dix ans dans la même demeure. Situation familiale intolérable et troublante, Louise en gardera à jamais un désir de tordre la réalité selon son humeur. Louise Bourgeois compose, assemble, manipule, organise et construit ainsi un univers qu’elle s’approprie, très ancré dans les références psychanalytiques. Elle est la parfaite antithèse de Brancusi, ce sculpteur lui aussi déraciné qu’elle a connu et pour lequel elle avait une profonde admiration. Petit bout de femme qui semble dominée par ses propres installations, son regard affiche au contraire une volonté ferme et inébranlable. Vociférant parfois ses ordres ou ses directives à son assistant, il semble parfois que les gens se brûlent à son contact.

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