La grève (Sergueï M. Eisenstein, 1924): chronique DVD

LA GREVE
(Statchka)
Un film de Sergueï M. Eisenstein
Avec Grigori Aleksandrov, Aleksandr Antonov, Yudif Glizer, Mikhail Gomorov, I. Ivanov, Ivan Klyukvin
Genre: drame
Pays: URSS
Durée: 1h28
Editeur DVD: Carlotta
Date de sortie DVD: 5 novembre 2008

La grève DVD

Dans la Russie Tsariste des années dix, une communauté d’ouvrier cesse le travail à la suite du suicide de l’un des leurs, injustement accusé d’un vol d’un outil. Un bras de fer s’engage entre le patronat et les ouvriers qui ne veulent pas céder devant les injustices dont ils sont quotidiennement les victimes. Pour mater la rébellion, les dirigeants font appel aux mouchards et aux traîtres pour perturber les manifestations et entraîner l’intervention de la police et justifier le recours à la force. Les forces de l’ordre accule les ouvriers dans leur quartier, et finit par plonger la population dans un bain de sang.

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Premier film de Sergueï Eisenstein, La grève transforme un coup d’essai en coup de maître. A l’origine conçu pour être le premier volet d’un cycle consacré au développement du sentiment et de l’idéal révolutionnaire jusqu’aux évènements d’octobre 1918, La grève sera finalement laissé sans suite. Eisenstein y fait preuve pourtant déjà d’une grande maîtrise formelle, aussi bien dans la composition des plans que dans le montage rythmé des scènes. Tourné avec de véritables ouvriers partageant leur temps libre dans une organisation culturelle chargée d’apporter la culture aux masses, le fameux Proletkult, La grève chante les louanges du collectivisme, tout aussi bien dans sa thématique que dans sa forme, les mouvements de foule ayant les faveurs du cinéaste qui y trouvait là la matière essentielle des possibilités cinématographiques.

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Plus de quatre-vingt ans après sa réalisation, le film n’a rien perdu de sa vigueur et de son audace. S’écartant de la dramaturgie conventionnelle, Sergueï Eisenstein fait vibrer chacune de ses images pour mieux convaincre sur le fond. Ici pas de héros identifiable mais le rôle central de la foule anonyme, celle qui constitue une force contre le pouvoir patronal. Le cinéaste filme en plans d’ensemble et en gros plans celles et ceux qui luttent pour leurs outils de travail. Visages déterminés, corps liés par l’action et le mouvement, Eisenstein fait du cinéma le vecteur privilégié de la révolte révolutionnaire et inspirera tous ceux qui viendront par la suite. L’image comme arme de propagande bolchévique, loin du cinéma narratif bourgeois qui se contente de raconter des histoires sans penser aux moyens mis en œuvre pour se faire. Dans La grève, Eisenstein pense déjà au rôle du montage comme signifiant. Il poursuivra ce travail de réflexion sur tous ses films suivants, notamment sur Le cuirassé Potemkine dès l’année suivante.

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