Just another love story (Ole Bornedal, 2007): chronique cinéma

JUST ANOTHER LOVE STORY
(Kaerlighed pa film)
Un film d’Ole Bornedal
Avec Anders W. Berthelsen, Rebecka Hemse, Nikolaj Lie Kaas, Charlotte Fich, Dejan Cukic, Karsten Jansfort
Genre: thriller, drame, romance
Pays: Danemark
Durée: 1h40
Date de sortie: 6 janvier 2010

Epoux et père de famille, Jonas est cependant un rêveur et se sent à l’étroit dans sa vie quotidienne jusqu’au jour où il est impliqué dans un accident de voiture plongeant dans le coma une jeune femme, Julia. Se rendant à l’hôpital pour prendre de ses nouvelles, la famille de Julia prend Jonas pour le petit ami inconnu de leur fille, un certain Sebastian. A la fois attiré par la jeune femme et par l’expérience d’être pris pour un autre, Jonas se crée peu à peu une vie parallèle. Lorsque Julia se réveille amnésique, Jonas décide de couper les ponts avec sa précédente vie, pourtant les souvenirs de Julia commencent à s’éveiller et une ombre rôde dans les couloirs de l’hôpital. Se renseignant sur ce Sebastian, Jonas apprend qu’il est mort à Bangkok quelques semaines plus tôt.

Le cinéma nordique a pour habitude d’exploiter le décalage du film de genre et Just another story ne déroge pas à la règle, tout autant thriller que romance, le ton du film ratisse large, du tragique à l’humour noir corrosif. Tout à la fois reconnaissable et inclassable, le film possède une certaine maîtrise de la mise en scène et du jeu d’acteur sans pour autant proposer une trame originale. La rencontre peu probable de deux individus que tout oppose, les souvenirs enfouis qui remontent à la surface, le jeu de celui qui prétend être ce qu’il n’a jamais été mais qu’il voudrait pourtant devenir. Jonas est un bon père de famille et un époux facile à vivre menant sa carrière de photographe policier, Julia est une aventurière indépendante à la recherche de sensations fortes. Les flashback colorés du décor Thaïlandais tranchent avec la grisaille danoise, la vie mystérieuse et inquiétante de Julia va peu à peu phagocyter la tranquillité du quotidien de Jonas.

Le film joue sur ses différentes facettes pour tenir en haleine son spectateur même si le déroulement de la narration et les péripéties ne surprend personne, exception faite du retournement final plutôt bien pensé et totalement censé au regard du film. Ce qui impressionne plus est cette capacité de passer d’une atmosphère à une autre en l’espace d’un plan, du trou poisseux où Julia flirte dangereusement avec la mort en compagnie de son amant, au moment présent dans les couloirs et les chambres d’hôpital si proprets. Un film aux accents morbides qui n’oublie pas de jouer sur la dimension cocasse du quiproquo dans lequel Jonas s’est fourré. Jouer le petit ami inconnu d’accord mais jusqu’où ? L’impossible retour en arrière ne fait que précipiter les choses, l’amnésie de la jeune femme profite à l’audace de Jonas mais l’ombre de Sebastian se fera de plus en plus lourde à mesure que Jonas comprendra la personnalité de celui dont il a décidé d’être le double.

Le cinéaste Ole Bornedal (Le veilleur de nuit à la semaine de la critique à Cannes en 1994) fait vaciller son film entre scènes romantique d’un amour naissant et moments sombres et violents dignes d’un thriller glacial. Il pleut sans arrêt dans son film, que ce soit de la pluie, des larmes ou du sang. Le jeu dangereux de Jonas le mène en eux troubles, dans des territoires qu’il n’est pas bon d’explorer. Ole Bornedal peut faire confiance à ses acteurs, Anders W. Berthelsen (Italian for beginners), Nikolaj Lie Kaas (Les idiots, Les bouchers verts, Brothers) et Rebecka Hemse pour faire passer son histoire et faire monter la pression. La dernière partie du film est cependant plus convenue et sape l’indécision dans lequel le film baignait jusqu’ici. Quelques tics du thriller moderne peuvent agacer mais dans l’ensemble le cinéaste s’attarde à des compositions plus calmes et construites au cœur desquelles le corps de Julia prend toute sa dimension. Si son cerveau n’arrive pas à se connecter à ses souvenirs, son corps, lui, se souvient de la violence de son amant. Une violence sèche et intense qui sera pour elle une terrible et séduisante prison.

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