R.A.S. nucléaire rien à signaler (Alain de Halleux, 2009): chronique cinéma

RAS NUCLEAIRE RIEN A SIGNALER
Un film d’Alain de Halleux
Genre: documentaire
Pays: France
Durée: 58 min
Date de sortie: 9 décembre 2009

Avec la crise pétrolière des années soixante-dix, la France puis l’Europe sont devenues la zone où se sont développés le plus de centrales nucléaires au monde. Durant ces trente dernières années un savoir-faire s’est imposé dans la gestion et la maintenance de ces sites, un savoir-faire aujourd’hui menacé par la sous-traitance et la réduction des coûts qui découlent de la privatisation du marché de l’énergie. Ces travailleurs du nucléaire qualifiés mis peu à peu de côté au profit d’une main d’oeuvre meilleur marché sonnent l’alarme. Du risque zéro imposé par les contraintes de cette nouvelle technologie énergétique, nous sommes passé depuis peu à un risque calculé ! La sécurité ne concerne pas seulement celles et ceux qui travaillent sur les sites même, elle concerne toute la population car le spectre de Tchernobyl règne…

Chimiste nucléaire de formation, Alain de Halleux a changé de voie en devenant photographe, scénariste et réalisateur de documentaires. Le monde du nucléaire reste aujourd’hui, hormis les manifestations médiatisées des organisations anti-nucléaires, un univers mal connu et mal compris. Si la catastrophe de Tchernobyl ne semble plus possible telle qu’elle s’est produite avec les réacteurs actuels, le danger est lui bel et bien présent, pour preuve la catastrophe évitée de justesse en Suède en juillet 2006. Mais R.A.S. nucléaire rien à signaler ne se positionne pas pour ou contre ce type d’énergie mais davantage sur la question du comment. Comment les sociétés privées font t-elles fonctionner ces sites ? Avec quels professionnels ? Sous quelles contraintes de normes de sécurité ? Et là le documentaire ne rassure pas, bien au contraire. Lorsque le nucléaire tombe aux mains de la logique de marché c’est tout le processus de la rentabilité qui s’installe aux mépris du principe de précaution. La maintenance d’un réacteur est un processus long, coûteux mais nécessaire.

Cette maintenance est normalement effectuée par des professionnels dont la compétence s’est formée au fil des années depuis la mise en place des premiers réacteurs en France. Pourtant, depuis quelques années cette profession s’est précarisée devant les nécessitées économiques d’un marché de l’énergie de plus en plus compétitif. Alain de Halleux ne cherche pas à faire un documentaire contemplatif ni théorique, il se contente de filmer celles et ceux qui, d’habitude, restent dans l’ombre. Et leurs propos sont sans appel, il y a péril en la demeure. Non pas que l’énergie nucléaire soit incontrôlable et instable mais seulement que cette forme d’énergie demande une attention et un contrôle particulier, incompatible avec une recherche de la rentabilité maximum. Témoignages de personnes mis au ban de la profession pour avoir alerté les autorités, évènements et manifestations autour de certains sites, explications claires et ludiques sur les différentes phases de maintenance, l’on reste subjugué devant ce que personne n’avait jamais révélé jusque là.

Le film se veut un film citoyen dans le sens où il porte à l’attention de tous des problèmes qui concernent l’ensemble des populations. Ne pas laisser le nucléaire dans les seules mains des sociétés qui exploitent les réacteurs mais bel et bien réagir quand la nécessité s’impose, d’avoir un droit de regard sur ce qu’il se passe à l’intérieur. Etrangement les pouvoirs politiques sont quasiment absents du film, absence d’autant plus dommageable que le nucléaire fut imposé à la société française par le gouvernement de Giscard d’Estaing, ligne toujours suivie par les gouvernements suivants. R.A.S. nucléaire rien à signaler interroge et inquiète mais surtout dévoile la complexité du problème, loin du combat manichéen du « pour ou contre » mis en avant par les médias. Ironie du documentaire, l’intérieur des réacteurs a un effet perturbant car la beauté de ces structures fait vite oublier tous les risques de cet environnement de travail. Le bleu cobalt des piscines, la propreté parfaite du métal rutilant, l’agencement complexe des conduites et des tuyaux ne doivent pas distraire des dangers sous-jacents.

One thought on “R.A.S. nucléaire rien à signaler (Alain de Halleux, 2009): chronique cinéma

  1. Ca fait un peu froid dans le dos les derniers reportages que l’on nous montre et ce film en rajoute une couche.

    Les gouvernements et les scientifiques n’ont pas l’air de maîtriser l’ensemble des composants du nucléaire. On parle de réchauffement climatique et l’on dit que le nucléaire pourra nous éviter d’une catastrophe annoncée mais on ne pense pas encore aux futurs problèmes.

    Il est toujours plus simple de prendre une décision et de voir ses effets sur le long terme.

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