C’est parti (Camille de Casabianca, 2009): chronique cinéma

C’EST PARTI
Un film de Camille de Casabianca
Avec Olivier Besancenot, François Sabadot, Abdel Zahiri
Genre: documentaire
Pays: France
Durée: 1h32
Date de sortie: 10 février 2010


Le jour est arrivé, il est temps pour la LCR (Ligue Communiste Révolutionnaire) de se dissoudre. Les permanents et les militants sont là pour faire place nette, pour mettre à la benne près de quarante ans d’archives. Pour créer un nouveau parti plus large et plus fort, les leaders du mouvement ont décidé de repartir à zéro, d’effectuer une refonte totale, non seulement de leurs locaux, mais surtout de leur structure et de leur organisation. Ce projet de Nouveau Parti-Anticapitaliste (qui n’en a pas encore le nom) doit se construire par et avec les militants. Une année de travail et de meetings sera nécessaire pour mettre en place ce nouveau parti d’extrême-gauche pour rassurer les anciens militants de la LCR et pour gagner de nouvelles adhésions, principalement chez les jeunes dont l’évocation du communisme révolutionnaire était devenue une idée stérile voir handicapante. Ce nouveau parti pourtant n’accouchera pas sans douleurs et déjà des voix discordantes se font entendre, mais le rendez-vous est lancé.

Si l’on est habitué depuis l’âge d’or de la télévision à suivre quelques personnalités politiques majeures (on se rappelle les portraits de Jacques Chirac, Charles de Gaulle, Valéry Giscard d’Estaing et bientôt Lionel Jospin), le témoignage de la vie d’un parti et même de sa création est lui beaucoup plus inhabituel. La réalisatrice, Camille de Casabianca, qui a connu le militantisme de gauche dès les années lycée, se livre donc ici à un exercice original en plaçant sa caméra sur deux points de vue parallèle : la rénovation des locaux de l’ex LCR d’un côté, la poursuite de la campagne de création du NPA de l’autre. Ainsi la mise au rebut de quatre décennies de militantisme pour rafraîchir l’aile de l’extrême-gauche qui en avait bien besoin. Le fil conducteur de ces deux regards, la mise en avant de son principal leader, Olivier Besancenot, l’un des plus jeunes visages du paysage politique français actuel.

Portrait tendre et courtois, Camille de Casabianca a choisi de ne pas jouer la carte de la houle politique, si ce n’est une petite confrontation verbale lors du week-end de l’Huma entre l’un des fondateurs de la LCR et un autre ancien de la ligue aujourd’hui au Parti Socialiste. Confrontation complice, le documentaire révèle là sa faille. Le film s’attache davantage à la forme de ce nouveau parti qu’au fond des problèmes que sa création questionne. D’un côté la mémoire et la trace de celles et ceux qui ont été les acteurs d’un militantisme dur et radical depuis les années soixante, de l’autre les doutes et la méfiance d’une nouvelle génération d’adhérents qui refuse cet héritage révolutionnaire. Cette nouvelle génération, qui tente de se persuader d’un espoir futur, porte un regard circonspect voir hostile à ce passé trouble de la LCR. Les uns doivent donc laisser leur radicalité au vestiaire pour permettre à ce nouveau parti de s’ouvrir davantage vers une population moins concernée par la lutte des classes que par le délitement de la classe moyenne.

Mais cette faiblesse, celle de ne pas intellectualiser le débat de la création de la LCR, procure cependant au documentaire un cachet de familiarité salvateur. Le spectateur est le témoin privilégié des réunions, des prises de paroles, des positions de chacun, et laisse à voir le fonctionnement d’un parti de taille modeste dans son évolution et ses contradictions. Loin de la toute puissance d’un leader qui se voudrait la tête de proue d’une machine politicienne, C’est parti met à jour la mécanique d’une campagne qui se construit à plusieurs et dont toutes les voix comptent en toute égalité, principe que défend becs et ongles Olivier Besancenot, constamment mis au centre de l’opération par les médias qui ont besoin d’un leader bien identifié pour faire leurs choux gras. Davantage témoignage qu’essai politique, C’est parti marque un moment fort dans la vie d’un parti, celui de la remise en question et du renouveau, sans s’attacher au prix à payer pour franchir cette étape.

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