The reader (Stephen Daldry, 2008): chronique cinéma

THE READER
Un film de Stephen Daldry
Avec Kate Winslet, Ralph Fiennes, David Kross, Lena Olin, Bruno Ganz
Genre: drame
Pays: USA, Allemagne
Durée: 2h03
Date de sortie: 15 juillet 2009


Fin des années cinquante dans l’Allemagne de l’ouest, un jeune adolescent, Michael, fait la connaissance d’une femme trentenaire, Hanna et devient son amant le temps d’un été. Trente ans plus tard, Michael se remémore cet amour de jeunesse qui aura influencé toute sa vie sans même qu’il s’en rende vraiment compte. Un amour passionnel et sincère qui le bousculera lorsque, quelques années plus tard et étudiant à la faculté de droit, il découvrira lors du procès des crimes nazis qu’Hanna était une employée des S.S. au camp de Birkenau. Malgré cette terrible découverte, Michael se souvient sans faille des longues lectures qu’il lui faisait des classiques de la littérature occidentale, des lectures mêlées de complicité et de bonheur. Deux destins qui se rencontrent et qui resteront inextricablement liés jusqu’à la fin.

Film très attendu depuis la récompense de la meilleure actrice aux Oscars 2009 pour Kate Winslet, The reader est aussi le projet de deux producteurs disparus depuis, Anthony Minghella et Sydney Pollack. Adaptation du livre éponyme de Bernard Schlink datant de 1995, le projet cinématographique dut attendre une décennie pour voir le jour. Best-seller à l’époque, le roman avait bouleversé des millions de lecteurs à travers le monde. A la fois film romantique et tragique, The reader se double d’une réflexion sur la culpabilité des crimes de l’Histoire, crimes qui endeuillent et responsabilisent non seulement toute une nation mais surtout les générations présentes et à venir. A la première partie du film qui plonge le spectateur dans cette Allemagne de l’Ouest quelques années après la guerre, répond la seconde partie qui s’étale des années soixante (époque des jugements des crimes) aux années quatre vingt-dix, lorsque Michael fait face à sa fille, Julia, devenue femme.

Deux parties traitées différemment, tant formellement que dramatiquement. L’adolescence de Michael est pleine de lumière, de souvenirs, de moments passés au lit avec sa maîtresse ou encore sur le lac avec ses amis. Une époque insouciante et presque béate (si le poids de la famille ne se faisait pas sentir), en tous cas l’époque de la découverte du corps, du désir, de l’amour. Hanna, l’éducatrice, la maîtresse au sens propre du terme. En retour Michael lui permet de s’évader au travers des récits dont il lui fait la lecture. Homère, Horace, Sappho, Tchekhov, Tolstoï, etc. Autant de récits plus grands que nature pour s’échapper du quotidien, pour s’échapper de sa condition et de son passé. Pour lui l’occasion d’affirmer une identité jusqu’alors timide et peu confiante. A ses yeux leur relation échappe à toute culpabilité, à celle bien sûr de la différence d’âge mais surtout, car il ne le sait pas encore, au passé caché de celle qu’il aime. Amour sincère et innocent, sobrement mais efficacement mis en scène.

Beaucoup plus froide et tragique, la seconde partie du film plonge Hanna au cœur de la tourmente et de l’opprobre public. Aux yeux de Michael c’est alors une toute autre personne qui se profile lors des longues séances de tribunal. Au banc des accusés sans savoir qu’il la regarde, Hanna se livre et dévoile ses gestes de maton. C’est ici que les périodes de la vie de Michael se mêlent le plus, de sa vie d’étudiant, d’avocat et de père, comme si le procès fut pour lui le nœud de toute sa vie. Magistral Ralph Fiennes, il incarne avec justesse un homme à jamais perturbé dans sa relation avec les femmes, lui qui justement a connu une vie sexuelle et amoureuse certainement très enviable et très précoce aux yeux de ses camarades. Une relation qui pourtant l’enchaînera à jamais au passé terrible de son pays, lui qui est né après la guerre. Séparation des générations qui vient entériner la superbe présence de l’acteur allemand Bruno Ganz, l’ange de Wim Wenders dans Les ailes du désir. Dans son rôle de professeur de droit, il pose davantage de questions à ses étudiants qu’il ne donne de réponses définitives aux problèmes posés par le droit. Il incarne à lui seul la dialectique de la morale et de la loi, ce monstre à deux têtes qui gouvernent nos sociétés actuelles.

Sans être un chef d’œuvre absolu, The reader combine avec brio la lecture sentimentale et historique du livre original. Mis à part la langue anglaise choisie pour raconter ce récit allemand (là où la langue allemande elle-même aurait apporté davantage), force est de constater la réussite du projet traité de manière somme toute classique mais efficace. Kate Winslet, plus impressionnante dans la seconde partie, donne à son personnage une tangibilité saisissante. Face à elle le jeune acteur allemand David Kross ne démérite pas, jouant à la fois le jeune adolescent pré-pubère et l’étudiant jeune homme qui découvre tout à coup la réalité du passé allemand. Casting impeccable donc, où l’on aperçoit Hannah Herzsprung (l’héroïne de Quatre minutes) dans le rôle de la fille de Michael, doublé d’une qualité technique irréprochable, le film comble les attentes sans faste ni trompette mais avec une subtilité qui sied parfaitement au sujet.

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