Mutum (Sandra Kogut, 2007): chronique cinéma

MUTUM
Un film de Sandra Kogut
Avec Thiago Da Silva Mariz, Romulo Braga, Walisson Felipe Leal Barroso, Maria Juliana Souza De Oliveira, Brenda Luana Rodrigues Lima
Genre: drame
Pays: Brésil, France
Durée: 1h30
Date de sortie: 7 janvier 2009

Dans la région sèche du Sertao, au Brésil, Thiago, un petit garçon de dix ans, retrouve les siens : Felipe, son petit frère et son seul ami, Juliana sa sœur, sa mère dont il est très proche et enfin son père qui le bat parce que Thiago ne semble pas assez robuste à ses yeux. Cet endroit sauvage, isolé par les montagnes, offre des terres difficiles à cultiver et loin de toute civilisation. Coupé du monde, le père doit cependant réussir sa récolte de maïs afin de subvenir au foyer mais le jeune garçon peine à l’aider. Pour compliquer les choses, l’Oncle Terez et la mère de Thiago entretiennent une relation adultérine jusqu’au jour où l’oncle est définitivement banni de la maisonnée, ce qui laisse le garçon incapable de se défendre face aux colères de plus en plus violentes du père. Cependant, avec ses frères et sœurs, Thiago essaye d’oublier les tracas de la vie quotidienne par des jeux innocents et la découverte du monde qui l’entoure.

Adaptation cinématographique très libre  du roman Hautes plaines de Joao Guimaraes Rosa écrit dans les années cinquante, Mutum s’attache aux paysages filmés, ceux des hautes plaines justement desséchées et arides d’un monde rural hors du temps, pour ne pas dire hors des hommes. Evacuant tout élément artificiel de mise en scène, la fiction trouve au contraire le ton juste du documentaire, dont est issu la réalisatrice Sandra Kogut. La subtilité du regard et la sobriété des moyens plongent le spectateur de facto dans cet univers si éloigné et si rugueux dans lequel évolue ce petit garçon chétif et un peu gauche. Ce petit garçon différent des autres, voit cependant le monde autrement et un rien l’émerveille ou l’effraie. Le monde de l’enfance est cruel et Thiago subit ses premières désillusions lorsqu’il comprend qu’il risque de ne plus jamais revoir son oncle qu’il affectionne tant ou quand il comprend le silence et les pleurs de sa mère, immobile, devant la violence des coups du père. Pourtant toutes ces désillusions n’entameront pas sa sensibilité, ni même le travail forcé que lui impose ce père si tyrannique à ses yeux. La vie de paysan est difficile dans le Sertao, et chaque paysan doit témoigner de cette difficulté dans sa chair.

Premier long-métrage de fiction de la réalisatrice Sandra Kogut, Mutum témoigne d’une maîtrise peu répandue. Tout en payant sa dette au cinéma novo, qui avait déjà en son temps consacré la région du Sertao et qui surtout prenait la société brésilienne telle qu’elle était comme sujet principal, le film de la cinéaste poursuit ainsi une longue tradition d’un cinéma vériste dont les racines sont à rechercher dans le néo-réalisme italien, c’est-à-dire un cinéma qui se refuse à recréer la réalité mais bel et bien un cinéma qui s’adapte aux exigences de la réalité pour en capter l’essence et les mouvements. Les acteurs non-professionnels, le refus d’utilisation de lumières additionnelles, l’absence totale de musique d’accompagnement, ne sont pas ici une volonté d’imposer un style mais au contraire de permettre à la réalité d’un tournage d’advenir, de se concrétiser devant la caméra. A l’instar de Marco Bechis qui tourne avec de véritables indiens kaiowas son film La terre des hommes rouges, Kogut choisit également de confier les différents rôles à des gens de la région, familiers des conditions de vie d’un tel environnement. Ainsi donc les personnages ressentent mais ne jouent pas et le film, sans oublier les paysages qui le façonnent, tente surtout de dévoiler le paysage intérieur de ces individus qui travaillent la terre sans relâche et dont la vie s’écoule à un rythme qui suit celui de la nature.

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