Bernard ni Dieu ni chaussettes (Pascal Boucher, 2009): chronique cinéma

BERNARD NI DIEU NI CHAUSSETTES
Un film de Pascal Boucher
Genre: documentaire
Pays: France
Durée: 1h24
Date de sortie: 24 mars 2010

Sur les traces de Gaston Couté, célèbre poète anarchiste du début du XX ème siècle, Bernard, un paysan des bords de Loire, est un « diseux », un conteur qui ravive la mémoire de ces vers en patois beauceron. Libertaire tout comme son aîné, Bernard profite de sa retraite pour faire découvrir à la population locale les poèmes qui témoignent de la condition paysanne de l’époque, des conditions qui n’ont pas beaucoup changé depuis dans un contexte en crise. Cultivant toujours sa petite vigne pour fournir en vin ses proches, sa pratique du patois beauceron lui permet de croiser le chemin d’autres musiciens et chanteurs fiers, comme lui, de déclamer des textes d’un autre âge, d’un autre temps afin de faire perdurer une certaine culture locale riche de significations.

Après Chomsky et Cie, Les Mutins de Pangée récidive dans l’auto-production engagée. A l’origine de Bernard ni Dieu ni chaussette, un projet de documentaire de Pascal Boucher sur la vie de Gaston Couté. Au hasard des rencontres, c’est davantage la vie quotidienne d’un viticulteur d’aujourd’hui qui intéressera le cinéaste. Car Bernard est un paysan à l’ancienne, témoin privilégié d’une agriculture passée qui disparaît peu à peu. A l’évocation des convictions du poète se mêle donc une réflexion sur la société actuelle, une société qui gagnerait à repenser l’héritage anarchiste du siècle passé, aussi bien sur la place de la paysannerie que sur l’héritage culturel. Les mêmes préoccupations de nos ancêtres agitent toujours aujourd’hui nos contemporains.

La saveur des mots chantés en patois se mêle à l’impertinence de l’individu, Bernard étant un révolté dans l’âme qui a toujours refusé par principe les évolutions d’une société marchande vouée au culte du rendement. Il préfère notamment ses pénufles, des chaussettes russes faites d’un seul morceau de tissu plat, pour marcher longuement le long des routes et dans ses champs de vignes. Personnage singulier, il tient depuis presque vingt-cinq ans une sorte de journal intime où il jette chaque jour quelques lignes de son activité présente. En déclamant le poète anarchiste, Bernard tente de faire passer une certaine nostalgie d’une autre France dont les racines ont été plantées avec le Pantagruel de Rabelais ou encore Le repus franche de François Villon, des textes qui placent les « gueux » au centre de l’attention.

On peut regretter que le manque de moyens n’offre pas à ce documentaire savoureux une forme digne de son fond. Pascal ayant filmer seul tout en effectuant la prise de son pendant près de deux ans auprès du paysan, le film témoigne d’une qualité technique parfois à la limite du journal régional. Un désavantage qui néanmoins n’affaiblit pas le propos du document. Tranche de vie rurale parfois anecdotique ou encore extraits de concerts en salle commune, notre Bernard ne se départit jamais de sa nonchalance, insistant systématiquement sur ses origines du terroir auxquelles il tient beaucoup. « J’chu d’abord un pésan ! » ne cesse t-il de répliquer, comme pour faire profil bas face à la figure du poète, celle de Gaston Couté, qui n’a pas hésité à quitter son Val de Loire natal pour monter à Paris et y avoir une courte carrière dans les cabarets pour mourir à Montmartre peu avant la Première Guerre Mondiale. Une figure en somme peu connue que le film ressuscite par l’intermédiaire d’un paysan original aux mains cornées.

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