Despuès de la revolucion (Vincent Dieutre, 2007): chronique cinéma

DESPUES DE LA REVOLUCION
Un film de Vincent Dieutre
Genre: documentaire, expérimental
Pays: France
Durée: 55 min
Date de sortie: 28 avril 2010

Voyage à Buenos-Aires à travers les yeux d’un cinéaste contemporain, Vincent Dieutre, qui, de rencontres en ballades, explore une dimension intime de la ville. Caméra à la main il scrute les signes d’une urbanité à la fois mémoire du passé et présence de l’instant. Mais Vincent Dieutre parle surtout de lui et de son corps. Artiste vidéaste, la narration compte moins pour lui que le propos autobiographique. Errance, immobilité, plans fugitifs ou tenaces, il capte sa vision de la ville en télescopant ses images avec une bande-son tout aussi fabriquée. Après Bologna Centrale monté en 2002 sur les souvenirs lointains d’un voyage en Italie, le cinéaste continu ses pérégrinations audiovisuelles libres de tout schéma normatif.

Regarder un film de Vincent Dieutre, c’est faire face à un exercice très inhabituel dans une salle de cinéma, celui de contempler une œuvre qui s’oppose en tout au cinéma commercial qui se déverse chaque mercredi dans les salles obscures. Leçons de ténèbres et Voyage d’hiver avaient marqué par leur ton original et romantique mais déjà les habitudes du cinéaste se faisaient jour. Images intimes, montage onirique, voix off omniprésente, citations artistiques sont les quelques éléments qui relient chacun de ses films. Mais curieusement, là où ces précédents métrages nous emmenaient avec l’auteur, Despuès de la revolution nous laisse choir sur notre siège de spectateur. Le propos autobiographique est devenu regard narcissique et les longues séquences sexuelles, très abondantes dans le film, double à la crudité de l’image une complaisance tout à fait hors de propos.

Certes le cinéaste a toujours mélangé son regard sur l’extérieur à son environnement intime mais la place qu’il destine à ces scènes homosexuelles déstabilise l’ensemble du film. Ces rencontres amoureuses se vident de leur substance sentimentale pour n’offrir qu’un spectacle corporel qui flirte avec l’indécence, non pas l’indécence de corps masculins qui fusionnent mais l’indécence d’un trop plein de pulsions que le cinéaste tente vainement de traduire par une prise de vue chaotique et tremblotante. Que reste t-il de la ville ? Des plans volés, fugitifs, anonymes, sans aucune information autre que le spectre lumineux. Certes l’on ne s’attend pas à un film de touriste mais pour qui ne connaît pas la capitale argentine et sa culture, les images et les sons du film se perdent dans un néant que l’on aura bien du mal à supporter pendant près d’une heure.

Quid de la dimension politique et sociale de la ville, le film se perd également dans l’obscurité des mots et des sons. A trop vouloir faire œuvre de vidéaste plasticien, le film devient par là même totalement expérimental et sème en chemin ses spectateurs ennuyés. Despuès de la revolution n’est rien de plus que la trace d’un voyage de l’auteur, mais celui-ci oublie de nous emmener avec lui pour se concentrer sur lui-même et ses doutes. A trop parler de soi les autres n’existent plus. Vincent Dieutre n’a jamais fait de film pour tel ou tel public mais au moins s’arrangeait-il auparavant pour nous laisser quelques portes pour s’immiscer dans son univers. Ces portes ont malheureusement disparu, Despuès de la revolution se fermant sur lui-même à double tour. L’introspection acharnée ne peut que se terminer par la clôture sur soi.

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