Fireball (Thanakorn Pongsuwan, 2008): chronique preview

FIREBALL
Un film de Thanakorn Pongsuwan
Avec Preeti Barameeanant, 9 Million Sam, Khanutra Chuchuaysuwan, Phutharit Prombundarn, Arucha Tosawat, kumpanat Oungsoongnern, Anuwat Saejao, Kannut Samerjai
Genre: action, arts-martiaux
Pays: Thaïlande
Année: 2008
Durée: 1h30
Date de sortie: indéterminée

Tai, un jeune délinquant sort de prison par la grâce d’un bienfaiteur avisé. A peine revenu dans son quartier il apprend que son frère jumeau est dans le coma depuis plusieurs mois suite à une lésion cérébrale. Lorsque la petite amie au chevet de celui-ci lui apprend qu’il revenait chaque soir le corps recouvert de bleus, Tai comprend vite que son frère s’était inscrit au fameux fireball, un sport ultra-violent qui mélange le principe du basket ball avec les règles de la boxe thaïlandaise où tous les coups sont permis, y compris les plus fallacieux. Tai est par ailleurs vite approcher par son bienfaiteur, le propriétaire d’ue équipe de fireball justement. Géré par la mafia, le jeu remporte gros mais chaque participant joue avec sa vie. Tai n’a pas le choix, la récompense promise à la clef du tournoi lui permettrait d’envoyer son frère dans un hôpital étranger où il serait opéré. Très vite Tai sera une épine dans le pied des plus gros parieurs, qui aiment connaître l’issu des matchs à l’avance…

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Seul film thaïlandais présenté cette année lors du Festival du Film Asiatique de Deauville, Fireball joue la carte de l’efficacité à fond sans détour vers une quelconque dramaturgie complexe. C’est simple les matchs de boxe-basket gagne à chaque fournée en intensité et en violence, depuis le petit terrain grillagé du quartier jusqu’aux cales sèches transformées en arènes pour le combat final, véritable ode à la puissance et à l’instinct de mort. La culture du street basket (genre attitude cool, maîtrise complète du ballon et orgueil d’offrir à la foule ce qu’elle est en droit d’attendre) rejoint celle de la boxe thaïlandaise sans règle et sans honneur. Dans le fireball ça frappe vite et fort, seul but de la manœuvre : être le premier à faire passer le ballon dans le filet.

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Alors forcément les scènes d’exposition et de mélodrame (la petite amie qui pleure sur le corps inanimé de son copain) sont vite expédiées pour ne pas impatienter le chaland. D’ailleurs Thanakorn Pongsuwan, réalisateur de Fireball déjà présent au Festival Asiatique de Deauville l’an passé avec Opapatika, n’est pas réputé pour ça. Là où son précédent film avait déçu à cause d’un montage brouillon ultra-rapide, le thaïlandais semble avoir réfréné ses ardeurs pour nous présenter un film d’action un peu plus sage pour être un peu plus compréhensible. On ne peut pas dire que le chef d’œuvre est au rendez-vos, loin de là, mais la facture de ce nouveau long-métrage est plus qu’honnête, provoquant même quelques doses d’adrénalines dans les séquences aériennes où chaque combattant tente de s’emparer du ballon, si possible en écrasant le visage de l’adversaire en même temps.

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L’efficacité des scènes d’action ne cachent pas cependant quelques défauts de chorégraphies, parfois un peu trop sommaires et pas assez osées. On imagine fort aisément ce qu’un tel potentiel de figures et de coups aurait pu provoquer dans l’imagination d’un Sammo Hung ou d’un Ching Siu-tung. Certes ces deux-là sont moins versés dans la violence pure que nous dépeint le film, mais leurs folles idées de chorégraphies auraient insufflé une véritable dose d’épique qui manque ici quelque peu. Mais que l’on se rassure, si les Thaïlandais n’ont pas inventé le cinéma, ils connaissent déjà les vertus pécuniaires d’une franchise qui s’installe. Pas besoin d’être un génie pour comprendre que si l’intrigue est très mince, le concept du film est lui très fort et déclinable à l’infini. Merci les scénaristes.

Firaaq (Nandita Das, 2008): chronique preview

FIRAAQ
Un film de Nandita Das
Avec Nasseruddin Shah, Shahana Goswami, Sanjay Suri, Tisca Chopra, Deepti Naval, Paresh Rawal, Nowaz, Mohammad Samad
Genre: drame
Pays: Inde
Année: 2008
Durée: 1h41
Date de sortie: indéterminée

Dans l’état du Gujarat en Inde, à la frontière pakistanaise, de violentes émeutes confrontent les Hindous et les Musulmans. Des milliers de morts vont provoquer l’une des blessures les plus profondes de l’Inde actuelle, blessures d’autant plus vivaces qu’elles rouvrent les plaies ouvertes quarante ans plus tôt avec les premières violences intercommunautaires. Au cœur du drame, quatre destins tragiques : celui d’une épouse hindoue, battue et humiliée par son mari mais surtout traumatisée par les images de femmes et d’hommes assassinés dans la rue à coups de sabre, un couple musulman ensuite qui, après avoir passé plusieurs semaines caché dans une cave, revient dans leur foyer emporté par les flammes, le destin incertain également d’un couple mixte, dont l’homme n’arrive pas à assumer son identité religieuse face aux menaces et à la vindicte populaire à l’encontre des Musulmans, celui enfin d’un vieux musicien qui refuse de voir la tragédie se profiler dans sa ville, se réfugiant dans l’étude paisible de la poésie et des mélodies traditionnelles musulmanes. Au milieu de déchaînement de violence, un petit garçon aux pieds nus cherche désespérément son père, mort pendant les émeutes. Firaaq ou la chronique d’un malaise social et historique qui secoua le pays tout entier.

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Drame historique douloureux, Firaaq donne une image terrible du passé proche de l’Inde, loin de l’imagerie policée et joyeuse des romances musicales bollywoodiennes. Derrière la caméra, et pour son premier film en tant que réalisatrice, l’actrice renommée Nandita Das qui, justement, a toujours refusé les fastes de l‘industrie cinématographique indienne. Fille d’un peintre et d’une écrivaine reconnus, elle fut d’abord attirée par le travail social avec les enfants avant d’entamer sa carrière d’actrice à la fin des années quatre-vingt. Cette préoccupation pour les faits de société se retrouve totalement dans ce premier film très dur mais aussi, heureusement, touchant. Le film choisit de raconter l’histoire de personnages fictifs dans un contexte réel afin d’évoquer de différents points de vue les souffrances que ces conflits religieux ont pu provoquer plutôt que d’adapter une histoire vécue, qui aurait pu sembler plus forte mais n’aurait pas permis l’ouverture des différentes problématiques.

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Si la tendance pro-musulmane du film est le seul aspect à mettre à distance, la mise en scène, elle, épouse ses personnages. Car sous le vernis des conflits religieux se terrent d’autres thèmes proches des interrogations d’une société en mutation ; le quotidien des femmes battues, la misère qui envahit les rues, les familles entières parquées dans des camps, une police raciste et indifférente aux soubresauts qui menacent les communautés, une mixité des couples toujours remise en cause. Etrangement, le petit garçon orphelin et sans défense traverse cette vague de violence presque sans s’en rendre compte. Image d’une innocence foulée au pied par les adultes, le regard de l’épouse hindoue battue trouvera dans la protection de ce petit être une forme de salut moral. Critique féroce de la violence comme réponse à d’autres violences antérieures, le film décrit le cercle vicieux, pourtant naturel car pulsionnel, de la haine. Haine de l’autre sans discernement et sans tolérance.

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L’image du vieux musicien, peut-être insuffisamment développée dans ces récits à plusieurs voix, renverse heureusement l’aspect sombre de ces mauvais souvenirs. Aveugle car désespérément optimiste dans la nature humaine, il finira par douter de l’efficacité de quelques notes de musique harmonieuses face à la puissance des armes avant de reprendre espoir et de continuer ses leçons, ouvertes à tous. L’image du sage en somme, de l’attitude pacifiste qui, bien sûr, fait écho à l’image historique de Ghandi. Car après tout, le dialogue des sagesses musulmane et hindoue est certainement la seule réponse possible à ces relents de communautarisme. Le verbe, l’arme la plus fatale de l’existence humaine car capable des versets les plus criminels, peut aussi calmer les cœurs et les esprits les plus réticents, une nécessité si l’on veut construire un monde vivable pour ceux qui, comme l’enfant orphelin, avancent les pieds nus, sans défense.

My dear enemy (Lee Yoon-ki, 2008): chronique preview

MY DEAR ENEMY
(Meozzin haru)
Un film de Lee Yoon-ki
Avec Jeon Do-youn, Ha Jung-woo, Kim Hye-ookk, Kim Joong-ki, Kim Young-min
Genre: comédie dramatique
Durée: 2h03
Pays: Corée du Sud
Année: 2008
Date de sortie en France: indéterminée

Trentenaire, célibataire et sans travail, Hee-so redébarque un jour dans la vie de son ex-petit ami, Byoung-woon, un jeune homme désinvolte mais débrouillard et surtout charmeur, pour lui réclamer une somme d’argent qu’elle lui avait prêté un an auparavant. Hee-so est tout le contraire de son ex, elle est prévoyante, refermée et grincheuse, Byoung-woo, lui, croque la vie à pleines dents sans vraiment se soucier du lendemain. Pour pouvoir la payer il va faire le tour de la ville et emprunter des petites sommes à quelques uns de ses amis, Hee-so va donc être obligée de le conduire à tous ses lieux de rendez-vous et rencontrer les personnes qu’il côtoie. Durant cette journée, son regard sur celui qu’elle avait finit par détester va peu à peu changer.

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Présenté au dernier Festival de Berlin et au Festival du Film Asiatique de Deauville, My dear enemy est le quatrième long-métrage de Lee Yoon-ki qui avait préalablement réalisé This charming girl (2004), Love talk (2005) et Ab lib night (2007). Comédie romantique sobre mais admirablement interprétée, le film explore les relations intimes d’un ancien couple qui joue au « je t’aime moi non plus ». Evitant toute séquence larmoyante et les niaiseries habituelles du genre, le cinéaste occupe plutôt le terrain d’un humour sincère et subtil, largement apporté par le personnage de Byoung-woo, face à la détermination pécuniaire de la jeune femme, qui se dissimule derrière une façade froide pour ne pas entrer dans le jeu de séduction que son ex lui ressert tout aussitôt. Si le fil rouge du scénario est mince, le film développe une série de rencontres toutes aussi originales les unes que les autres, depuis celle d’une prostituée de luxe jusqu’à celle d’une amie proche, une femme sérieuse qui élève sa fille seule, en passant par le milieu familial du cousin, motard invétéré qui ne cesse d’inviter sa bande à faire la fête chez lui.

Si le film échappe à l’ennui, c’est surtout par la grâce du jeu de ses deux principaux interprètes, Jeon Do-youn dans celui de Hee-su et Ha Jung-woo dans le rôle de Byoung-woo. L’on avait pu déjà remarquer le talent de la charmante Jeon Do-youn dans le dernier film de Lee Chang-dong, Secret sunshine, film pour lequel elle reçut la palme de la meilleure actrice au Festival de Cannes en 2007. Auparavant on avait pu la contempler dans diverses productions coréennes telles que Untold scandal de Lee Je-yong ou encore You are my sunshine de Park Jin-pyo. Une actrice lumineuse malheureusement trop rare à l’écran. Face à elle le beaucoup plus prolifique Ha Jung-woo dont on a pu mesurer les performances dans pas moins de deux autres films présentés cette année au Festival du Film Asiatique de Deauville, tout d’abord dans le sublime et terrible The chaser, où il incarne pas moins que le tueur lui-même, mais également dans le plus discret Beastie boys de Yoon Jong-bin, dans lequel il se glisse dans la peau d’un gigolo arriviste et égocentrique. Précédemment il été apparu dans le premier long-métrage de Yoon Jong-bin, The unforgiven mais surtout dans le poétique Time de Kim Ki-duk en 2006.

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De petites contrariétés en sourires de façade, le couple va traverser la ville à la recherche d’une somme d’argent prétexte qui va, malgré le désir de Hee-su, la rapprocher de celui qu’elle aura voulut à tout prix rayer de sa vie. Deux caractères antinomiques qui à diverses reprises provoquent des étincelles mais aussi des rayons de lumières amoureux, certes gênés mais qui vont modifier la donne. Vivre le quotidien de l’autre, ne serait-ce qu’une journée, c’est déjà se rapprocher de lui, immanquablement. Bien que Hee-su ne rate pas une occasion d’humilier Byoung-woo, celui-ci ne se départit jamais de sa bonne humeur et de sa générosité naturelle, à tel point que cela en devient horripilant, tout du moins aux yeux de Hee-su qui dès lors n’arrive plus à suffisamment trouver de défauts à celle qu’elle aimait. Comédie charmante et légère, on ressort comme revigoré de ce film qui traite avec justesse d’une relation fichue à cause d’une incompatibilité d’humeur. Loin de la violence habituelle de nombreux films coréens récents, ici au contraire les sentiments sont rois, combien même on essaye de les enfouir pour ne pas les exprimer.