The red riding trilogy – 1974 (Julian Jarrold, 2009): chronique cinéma

THE RED RIDING TRILOGY – 1974
Un film de Julian Jarrold
Avec Andrew Garfield, Sean Bean, Warren Clarke, Rebecca Hall
Genre: thriller, policier
Pays: Grande-Bretagne
Durée: 1h41
Date de sortie: 11 novembre 2009

The red riding trilogy affiche

En 1974 dans la région du Yorkshire dans le nord de l’Angleterre, une petite fille disparaît. Eddie Dunford, natif de la région mais revenant du sud après une courte carrière insatisfaisante, embauche pour le poste de journaliste enquêteur au Yorkshire Post. Très vite le jeune reporter fait le rapprochement de cet enlèvement avec d’autres disparitions de petites filles dans les entourages quelques années auparavant. L’un de ses collègues, plus expérimenté, travaille sur la corruption qui règne parmi les notables de la ville, impliquant certains officiers des forces de police et un richissime homme d’affaire sous une affaire de projet immobilier à venir. Mais lorsque Eddie Dunford commence à réveiller les histoires du passé, il met le doigt dans un engrenage qui le conduira dans les recoins sombres de cette communauté qui n’a cure des idéalistes.

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Adapté de la série littéraire policière Le quatuor du Yorkshire écrite par David Peace aux débuts des années 2000, 1974 est le premier film d’une trilogie, nommée The red riding trilogy, qui reprend un ensemble d’affaires macabres se déroulant dans cette région reculée de l’Angleterre. David Peace est le James Ellroy anglais, véritable thanatologue littéraire des crimes les plus abjects qui prennent pour cadre une société en putréfaction, entre prostitution, viol, meurtre, pédophilie et autres crimes sadiques dont la lecture a de quoi effrayer. Ce premier opus prend comme point de vue celui d’un nouveau venu, jeune, qui désire pour une fois dans sa vie mériter le respect à travers ses efforts au travail. Ce jeune journaliste, Eddie Dunford, est le fils d’un tailleur estimé, mort il y a peu.

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Pourtant les évènements criminels ne lui laisseront que peu de répit pour prendre ses marques et, à peine arrivé, il est lâché dans la fosse au lions face aux vieux briscards de son propre journal et les relations tendues que la police porte au canard. Dissimulation, mensonge, ignorance, malversation, chantage, le récit explore les fanges de l’âme humaine alors que la vie d’une petite fille est en jeu. Doutes vites balayés, celle-ci est peu après retrouvée morte dans un chantier, des ailes d’ange cousues à même la peau dans son dos. Entre des flics corrompus, des culs terreux peu loquaces et une femme victime qui se jette dans les bras du premier venu, Eddie Dunford va vite mûrir à cette école de la vie peu soucieuse d’être indulgente.

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Julian Jarrold signe cette première partie qui fixe le cadre : tout est sale, impur, froid comme la mort. Le réalisme brut des images se dispute à une bande son souvent hypnotique et abstraite, on entre peu à peu dans le mental confus du jeune personnage, plongé dans le chaos d’une enquête qui le dépasse. Histoire à tiroirs où le moindre détail peut devenir un indice (y compris pour les films suivants), le montage du film peut paraître parfois complexe au spectateur sans pour autant jamais le désarçonner ou le décevoir. La maîtrise du film est totale, l’interprétation sans fausse note et l’intrigue tout simplement captivante. Un récit mené de mains de maître par le scénariste Tony Grisoni qui a su, à partie des quatre livres originaux, tirer une trilogie qui capte sans fard ni faux fuyant la cruauté des évènements. 1974 est un coup de poing qui entraînera le spectateur dans une spirale effroyable de la barbarie humaine, barbarie qui se déploiera avec machiavélisme dans ses deux suites, 1980 et 1983.

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Somers Town (Shane Meadows, 2008): chronique cinéma

SOMERS TOWN
U film de Shane Meadows
Avec Piotr Jagiello, Thomas Turgoose, Ireneusz Czop, Elisa Lasowski, Perry Benson, Kate Dickie
Genre: comédie dramatique
Pays: Angleterre, Pologne, France
Durée: 1h17
Date de sortie: 29 juillet 2009

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Adolescent quelque peu délinquant, Tommo fuit les Midlands pour venir se réfugier dans le quartier de Sommers Town aux abords de Londres. Sur le trajet il rencontre une femme, Jane, une quarantenaire avec qui il discute longuement. Peu après son arrivée, il se fait tabasser par trois autres adolescents qui lui dérobent ses affaires. Non loin de là vit Marek, un jeune immigré polonais qui partage sa vie avec son père, ouvrier sur le chantier de la gare de l’Eurostar. Peu séduit par les amis de son père et leurs habitudes portées sur la boisson, Marek se réfugie dans la photographie. Très vite les deux adolescents en manque de perspective d’avenir sympathisent et passent leurs journées à traîner. Marek lui présente alors Maria, une française qui travaille dans le fast-food du coin. Les deux garçons tombent amoureux de cette belle étrangère. Malheureusement elle va repartir sans les prévenir, les deux garçons décident alors de passer leur première soirée de beuverie.

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Loin de la brutalité et de la radicalité de son précédent film This is England, Shane Meadows reste pourtant proche de son style documentaire pour nous offrir avec Somers Town une chronique sociale d’un quartier en périphérie de Londres, à l’endroit même où un énorme chantier donne une nouvelle bouffée d’oxygène aux environs. Plus un portrait qu’un film à thèse, le cinéaste suit les tribulations d’un couple d’adolescents un peu paumés qui se découvrent très vite une même attirance pour la belle serveuse française. Sans construire son film sur une succession de péripéties, Shane Meadows accumule au contraire des anecdotes au ton résolument réaliste. Tommo tente de se faire payer ses bières par d’autres à cause de son trop jeune âge et Malek flâne dans les rues à la recherche de sujets à photographier.

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Leur amitié se construit par petites touches, peu à peu, et surtout par leurs expériences communes jusqu’à la rencontre de Graham, un voisin un peu louche qui donne dans la revente d’objets hétéroclites. Tommo, très indépendant et libre d’esprit entraîne avec lui Malek, plus complexé notamment à cause de la vie de son père, essentiellement tournée vers le travail et les soirées passées entre amis. Mais Malek va lui aussi s’affirmer davantage au point de se révolter contre la figure paternelle. Petite pointe de bonheur dans ce monde un peu gris, les deux figures féminines du film, Jane et Maria. Si la première se pose avant tout comme une mère de passage pour Tommo, Maria est bien entendu le centre de toutes les convoitises, sachant parfaitement l’effet qu’elle provoque chez les deux garçons pré-pubères.

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Dans un noir et blanc du plus bel effet, Shane Meadows fait le portrait attachant de ce quartier populaire dont les longues façades de briques commencent à disparaître au profit de bâtiment à l’architecture plus moderne. A l’image de Somers Town, les deux garçons connaissent également de nombreux changements, s’affirmant peu à peu aux yeux de leur entourage. Film sobre et sensible, la bande-son du film est un bijou en elle-même. Sur des airs acoustiques composés par Gavin Clarke, c’est tout un univers personnel et intime qui se développe à nos oreilles comme une oscillation des sentiments. Léger dans le ton, le film aborde de biais des sujets au combien contemporain comme la délinquance, l’incommunicabilité entre les adolescents et les parents, l’immigration ou encore l’urbanisation. Shane Meadows ne fait pas de sermon, il ne démontre rien. Il nous dévoile juste une tranche de vie dans sa banalité, son quotidien, tout en témoignant d’un véritable regard cinématographique.

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