2012 (Roland Emmerich, 2009)

Des irruptions solaires sans précédent éveillent la crainte de scientifiques sur les dangers à venir pour la planète Terre. Quelques années plus tard une coordination secrète de différents états s’est donnée les moyens de parer à la destruction totale de la civilisation humaine. Au cœur de cette course pour la survie, un écrivain raté et divorcé tente de mener sa petite famille à l’abri quand un géologue qui, confronté à l’imminence de la fin de la race humaine, s’oblige à prendre les bonnes décisions. Le compte à rebours est lancé, la température du noyau terrestre augmente brusquement, provoquant la césure et la dérive de plaques tectoniques, entraînant elles-mêmes de gigantesque tsunami. Le monde tel que nous le connaissons va bientôt disparaître sous les flots.

Le blockbuster annoncé tient bien toutes ses promesses, celles d’un spectacle visuellement grandiose sans une once de réflexion en perspective Face à cette débauche d’effets spéciaux, en effet très réussis, le film n’offre aucun contrepoint scénaristique intéressant. 2012 est au film de science-fiction catastrophe ce que le gonzo est au genre pornographique. Le sol se craquelle, la lave en fusion jaillit, la terre s’engouffre dans des ravins colossaux, l’océan se déchaîne et le ciel s’assombrit dans une fureur de fin du monde que n’aurait pas renié le peintre anglais John Martin. Relecture techniciste et élitiste de l’épisode du déluge de la Bible, 2012 n’a pas peur d’occidentaliser son propos à outrance. Seuls les gouvernements des pays développés s’embarquent sur ces arches insubmersibles accompagnés de ces « salops » de riches que sont les oligarques russes et les princes saoudiens capables de payer au prix fort leurs places pour le paradis à venir. Independence day (1996), Godzilla (1998), The patriote : le chemin de la liberté (The patriot, 2000), Le jour d’après (The day after tomorrow, 2004) et enfin 10 000 (10,000 B.C., 2008) étaient du même tonneau, Roland Emmerich n’est pas un modèle de subtilité dans la mise en forme de son récit ni de son contenu. Nous étions, en effet, prévenus.

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Confirmation peu surprenante donc, les héros sont ici encore tous américains (excepté ce fameux scientifique indien à l’origine de l’alarme qui mourra, suprême récompense, avec les siens en priant ses dieux), beaux, forts et intelligents, de quoi sourire lorsque le réalisateur aborde cette soi-disant internationalité de la catastrophe. L’infâme oligarque russe emploie l’héroïque écrivain raté qui lui-même rencontre l’intelligent scientifique noir qui croise le chemin de la superbe fille du président qui lui-même meurt en brave dans le jardin de la Maison Blanche, etc. Des récits entrecroisés à mourir de rire devant l’inéluctabilité de la fin du monde à venir. S’efface bien entendu les véritables enjeux éthiques du film, ceux de la survie de quelques uns, triés et sélectionnés sur le volet face à la mort annoncée du plus grand nombre. Le manichéisme du film frôle la faute de goût tant le comportement des personnages s’alignent sur une grille de lecture simpliste qui n’autorise aucune surprise. La femme de l’écrivain raté avait refait sa vie avec un nouvel homme, héroïque là encore mais tout de même moins que l’ex-époux, et sa mort viendra rendre possible la reformation de la famille originelle. Bons sentiments à souhaits jusqu’à la nausée, ces derniers remportent leur ultime victoire lorsque l’instinct de survie de l’espèce s’effacera devant ce salmigondis d’enseignement chrétien : aimer son prochain, savoir se sacrifier pour autrui, ne pas avoir peur d’être patriote. Bref, du déjà vu chez le cinéaste. La mort de six milliards d’individus (dans la presque totale indifférence) ne semble pas inspirer plus que cela notre cher cinéaste germano-hollywoodien…

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2012
Un film de Roland Emmerich
Avec John Cusack, Chiwetel Ejiofor, Amanda Peet, Oliver Platt, Thandie Newton, Danny Glover, Woody Harrelson, Thomas McCarthy
Genre : science-fiction, catastrophe
Pays : USA
Durée : 2h40
Date de sortie américaine : 13 novembre 2009
Date de sortie française : 11 novembre 2009

Un enfant pas comme les autres (Menno Meyjes, 2007): chronique cinéma

UN ENFANT PAS COMME LES AUTRES
(Martian child)
Un film de Menno Meyjes
Avec John Cusack, Amanda Peet, Olivier Platt, Sophie Okonedo, Bobby Coleman, Richard Schiff, Howard Hesseman, Joan Cusack
Genre: comédie dramatique
Pays: USA
Durée : 1h45
Date de sortie : 15 juillet 2009

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David Gordon est un écrivain de romans de science-fiction tout juste veuf. A cause du manque qu’il éprouve à travers l’absence de sa femme, il décide d’adopter un enfant. Très vite il rencontre Dennis, un enfant solitaire et marginal d’un orphelinat. Prétendant venir de Mars, il se réfugie dans un carton pour se protéger des rayons nocifs du soleil. Attiré par l’originalité du petit garçon, David décide de franchir le pas et de devenir un père responsable. Alors que Dennis cherche ses repères dans sa nouvelle maison, l’excentricité de ses comportements et de ces propos poussent David à vouloir le comprendre, de comprendre pourquoi ce petit garçon se dissimule derrière cette attitude. L’autorité n’étant pas le fort de l’écrivain, le petit Dennis n’arrive toujours pas à s’insérer parmi les autres. Les responsables du foyer commencent à vouloir renoncer à l’adoption alors que David s’attache de plus en plus à l’enfant.

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Adaptation du livre à succès L’enfant de Mars de David Gerrold, Un enfant pas comme les autres est une fable généreuse sur le droit à la différence. Un brin mélodramatique, l’intérêt du film repose essentiellement sur la performance du très jeune Bobby Coleman dans le rôle de Dennis, cet enfant solitaire qui refuse sa place dans la société mais qui en définitive ne cherche rien d’autre que l’amour d’un père ou d’une mère. Autant par son apparence que par son jeu audacieux, le jeune comédien habite son personnage avec une aisance folle, donner sans mal la réplique à un John Cusack sobre mais touchant dans le rôle de cet écrivain lui aussi en mal d’amour. Le couple père-fils s’élabore peu à peu, tout autant dans les scènes de complicité que dans les disputes. Le père, écrivain de profession qui fait de l’imaginaire son pain quotidien, ne peut refuser à l’enfant d’utiliser ce même imaginaire pour se construire, s’accepter et se protéger d’un monde adulte qu’il ne comprend pas et le terrifie. Par le comportement de Dennis, David Gordon doit remettre tous ses repères en question, son rapport aux objets, aux personnes mais aussi ses propre rapports aux souvenirs de sa femme, Dennis ne cessant de voler des photos intimes auxquelles il tient beaucoup.

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D’un homme dépossédé de l’amour de l’être cher, il doit de nouveau élaborer une relation particulière, unique et sans limite pour un enfant qui risque de lui être enlevé à tout instant. Autour de ce duo filial gravite une galerie de personnages secondaires, de Harlee la meilleure amie à la fois rassurante et confidente à Jeff, l’éditeur amical mais parfois envahissant en passant par sa propre sœur, Liz, elle-même mère de deux enfants, qui perçoit dans cette adoption un succédané à la perte de sa femme. Chacun adopte sa propre attitude vis à vis de l’enfant, Harlee acceptant sans difficulté les excentricités du garçon alors que Liz perçoit tout de suite les difficultés d’élever un enfant si étrange et déstructuré. Pour sa part, David voit en lui le propre garçon qu’il était lui-même, enfant, et désire ardemment croire en Dennis, en ses capacités et son inventivité. Mais très vite David se heurte à ses propres prérogatives de père, non pas seulement celui d’aimer cet enfant très spécial, mais aussi celui de construire pour son fils adoptif un environnent sain et cadré qui lui permettrait d’intégrer les normes sociales.

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Outre l’énorme carton qui lui sert de refuge, Dennis aime s’approprier les objets des autres dans le cadre de sa mission, celle de comprendre la race humaine. Il vit la tête en bas, pratique une langue inconnue et bricoles des objets étonnants et déroutants à partir de choses hétéroclites, il s’approprie le monde à travers le tuyau d’un aspirateur, etc. Sous l’aspect de rites apparemment dépourvus de sens, Dennis appréhende ce qui l’entoure, non sans quelques anicroches et situations embarrassantes. Film sensible qui confronte le point de vue d’un enfant face aux normes des relations humaines, Un enfant pas comme les autres traite son sujet avec intelligence et subtilité, sans dogmatisme et moralité. L’imaginaire débridé d’un enfant peut être à la fois un atout pour son développement personnel ou un piège cruel si cet imaginaire lui interdit d’atteindre les autres. Il ne s’agit pas tant pour David d’aller vers Dennis que le contraire, l’enfant faisant preuve parfois d’une véritable pertinence pour tenter de se rapprocher de ce père adoptif lui même très original.

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