Hokuto no Ken – l’ère de Raoh (Takahiro Imamura, 2006): Chronique DVD

Hokuto no Ken – l’ère de Raoh
(Shin Kyûseishu Densetsu Hokuto no Ken : Raoh den Junai no Shô)
Un film de Takahiro Imamura
Genre: animation
Pays: Japon
Durée : 95 minutes
Editeur DVD: Kaze
Date de sortie cinéma: 14 mai 2008
Date de sortie DVD: 19 novembre 2008

Hokuto no Ken l'ère de Raoh DVD

Alors que les ombres de la guerre atomique planent encore sur le destin funeste de la Terre, Souther, l’héritier de l’école Nanto, une technique de combat qui détruit ses adversaires par des coups externes. Il fait régner la terreur en kidnappant les enfants qu’ils envoient aux travaux forcés pour ériger une pyramide à la gloire de son école et de sa branche, le Nanto Roku Seiten (les six poings sacrés du Nanto), la plus puissante et la plus destructrice de toutes. Au milieu du chaos émerge Kenshirô, l’héritier de l’école de la Grande Ourse, le Hokuto Shinken, rivale du Nanto. L’équilibre des deux écoles a toujours prévalu pour ne pas menacer la paix, mais les récents agissements de Souther et sa volonté de toute puissance, il se fait surnommé l’Empereur sacré, ont anéanti les espoirs d’un monde meilleur. Raoh, le grand frère de Kenshirô mène ses propres armées contre les troupes de Souther avec à ses côtés Reina, une amie d’enfance devenue son lieutenant le plus zélé. Shû, le descendant de l’étoile de la bonté de l’école Nanto Hakuro Ken (une branche moins puissante du Nanto), mène de son côté la résistance et tente de rallier des guerriers contre le despotisme de Souther. Par le passé, Shû s’était confronté à Kenshirô, alors jeune homme, lors du défi contre les dix hommes du Nanto. Ayant gagné le combat, Shû a préférer sacrifier ses yeux pour sauver Kenshirô de la mort, rituel immuable qui attend le perdant, sentant le potentiel de l’adolescent. Kenshirô, apatride et sans idéologie, erre depuis, aux côtés de Batt et Lynn, deux enfants sans racines. Peu à peu une évidence se confirme, Kenshirô doit affronter Souther dans un duel sans merci.

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A l’occasion des 25 ans du personnage mythique qui a bouleversé notre enfance avec ses cris aigus et sa capacité à détruire ses adversaires en les faisant exploser, Kenshirô nous revient avec cette nouvelle adaptation du manga original scénarisé par Buronson et dessiné par Tetsuo Hara. Ce film ouvre toute une trilogie de films qui connaîtront les honneurs d’une exploitation en salle (Les héritiers du Hokuto et L’ère de Kenshirô) accompagnés de deux OAV (La légende de Yuria et La légende de Toki) qui sortiront directement en vidéo. Parallèlement le manga original (dont le titre fut changé en Ken le survivant pour la version française) connaîtra une réédition tant attendue depuis des années. On le voit les auteurs mettent les petits plats dans les grands pour fêter comme il se doit cet univers pourtant très violent et controversé qui ne nous a pas permis à l’époque de suivre la série jusqu’à son dénouement.

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Sorti sur les écrans japonais en 2006, Hokuto no Ken – l’ère de Raoh jette les bases de ce monde inhumain où règnent la terreur et les morts violentes. Si quelques communautés repliées sur elles-mêmes essayent de reconstruire un monde nouveau pour leurs progénitures, les bandes armées et sans scrupules ne répandent que désolation et désastres. Le film pose le décor et les protagonistes et s’attarde surtout sur le personnage de Raoh qui souhaite apporter l’ordre et la paix en utilisant la violence, préambule inévitable selon lui. Shû est la seconde figure majeure du film et la séquence d’introduction, le combat contre les dix hommes du Nanto, est en cela impressionnante. Un lien indéfectible lie désormais Kenshirô à l’homme qui l’a sauvé de la mort, et ce lien témoigne du nécessaire équilibre entre les deux écoles de combat.

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Nouvelle adaptation donc avec un character-design particulièrement marqué, signé Shingo Araki, qui multiplie les traits épais et anguleux conférant ainsi aux personnages une masse et une puissance indéniables. Malheureusement l’animation n’est, elle, pas à la hauteur des espérances. Si cette faiblesse est aisément pardonnable à la série animée des années quatre-vingt (manque de moyens, rapidité de l’exécution, techniques non assistées par ordinateur), ce n’est pas le cas pour ce nouvel opus, d’autant plus que l’on ressent un effort particulièrement souligné dans le design et les couleurs. Une animation trop limitée, pas assez audacieuse ni techniquement réussie, dommageable pour cette sortie en salle, chose rare ces derniers temps sauf si l’on s’appelle Hayao Miyazaki. Autre grosse déception et pas des moindre (et là l’exploitation salle aurait dû nous mettre la puce à l’oreille), cette version de Hokuto no Ken est très aseptisée, soft, presque propre. Impardonnable ! Quand on sait que l’on bénéficie du Director’s cut pour la sortie cinéma, on se demande bien ce que la version censurée doit contenir. Loin des effusions de sang et de la boucherie, marque de fabrique du manga et tout simplement de l’univers des écoles d’arts martiaux du Hokuto et du Nanto, du premier film de 1986, les techniques mortelles sont ici tout simplement occultées par des cadrages et un montage qui nient l’aspect volontairement grotesque de l’original. C’est un aspect souvent oublié des petites cases de Tetsuo Hara, mais ses dessins ignorent les lois de la perspective et des proportions, poussant les limites de l’exagération jusqu’au-boutisme. Rien de sérieux dans ces corps qui se distordent, se brisent, éclatent à qui mieux-mieux.

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On l’aura compris, Hokuto no Ken – l’ère de Raoh ne révolutionne pas la franchise même si le film introduit quelques éléments nouveaux liés au passé de Raoh, éléments qui seront  davantage explorés dans la seconde partie du film. Il faut néanmoins saluer la présence de Shû et de Toki, personnages fascinants qui permettent une pincée de sentiments dans ce monde de brutes. Ce dernier connaîtra par ailleurs les honneurs d’une OAV tout comme le personnage de Yuria, tout à fait ignorée dans ce premier opus. En effet, aussi étrange que cela puisse paraître, l’origine des fameuses sept cicatrices du torse de Kenshirô est pour l’instant laissée dans l’ombre du récit. Cet anniversaire à au moins le mérite d’exposer une évidence, malgré les associations et autres lobby de la défense de nos chères petites têtes blondes, j’en fut une autrefois, la popularité et le succès de Hokuto no Ken n’est pas à démentir. Seul regret, à l’époque nous avons eu la chance de connaître un univers hors de commun qui sortait largement des sentiers battus. Cette époque semble bel et bien révolue et ce nouveau film ne permettra pas aux nouvelles générations de comprendre combien fut le choc que nous avons ressenti lorsque Kenshirô énonçait pour la première fois son fameux « tu ne le sais pas encore mais tu es déjà mort ! ».

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Prédictions (Alex Proyas, 2009): chronique cinéma

PREDICTIONS
(Knowing)
Un film d’Alex Proyas
Avec Nicolas Cage, Rose Byrne, Chandler Canterbury, Ben Mendelsohn, Nadia Townsend, Adrienne Pickering
Genre: thriller, fantastique
Pays: USA
Année: 2009
Durée: 2h
Date de sortie: 1er avril 2009

En 1959 une nouvelle école primaire est inaugurée en enterrant une capsule temporelle contenant les dessins de cinquante enfants, des dessins de leurs visions du futur. Cinquante ans plus tard, à la date anniversaire, la capsule est déterrée et les dessins dévoilés. Le jeune Caleb, le fils de John, astrophysicien, reçoit le dessin d’une certaine Lucinda Embry. En lieu et place d’un dessin, la feuille est recouverte d’une suite sans fin de chiffres. John, interpellé par l’étrange message, découvre que cette suite recèle des séquences correspondant à des dates soulignant des tragédies humaines de l’histoire récente. D’après le document, trois dates à venir prévoient de nombreux morts. John retrouve alors la fille de cette Lucinda Embry. Longtemps considérée comme folle, cette femme disparue aurait eu le pouvoir de prévenir l’avenir.

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Après cinq ans d’attente et son décevant I, robot, le cinéaste Alex Proyas revient sur le devant de la scène avec ce nouveau film catastrophe saupoudré de mysticisme. Les gros moyens sont déployés pour ce blockbuster sans âme ni véritable originalité de mise en scène. Le cinéaste déploie diverses séquences visuellement impressionantes pour tenter de combler le vide de l’interprétation et le classicisme du traitement. Nicolas Cage incarne un professeur d’astrophysique au MIT, la célèbre université du Massachussets, un homme en dueil après le décès de sa femme une année auparavant. Pour bien marquée ce dueil et la mélancolie qui le ronge, l’acteur et cinéaste font du personnage un homme en proie à la boisson qui peu à peu s’éloigne de son fils, malentendant. Dialogues inutiles, scènes prévisibles, clichés du père capable de tout pour sauver son fils, le noeud qui place Caleb au centre du récit à peine à s’installer.

Pire le film dérive d’un phénomène paranormal (ces fameuses voix qui murmurent que les enfants élus sont les seuls à entendre) plutôt sobre dans ses manifestations (bruits intolérables, apparitions fantomatiques) vers un grand déploiement de science-fiction interstellaire et mystique (chrétienne si possible car comme chacun le sait, le monde entier est chrétien). Bien entendu John est le fils d’un pasteur, une origine qu’il n’a jamais, en grand scientifique qu’il est, pu accepter. Mais le pardon viendra et la lignée, sauvée par quatre anges extra-terrestres aux ailes d’effluves de pures énergies, sera sauvegardée. Cette imagerie mystique de quatre sous fait peine à voir lorsque l’on se souvient des deux chefs d’oeuvres précédents du cinéaste, The crow en 1994 et Dark city en 1998.

Après I, robot, Proyas cède donc de nouveau aux trompettes du divertissement grand public vide de sens et surtout vide de toute reflexion, voir la fameuse séquence du cours universitaire sur la théorie du déterminisme contre la loi du chaos. Le professeur John s’y exprime avec une simplicité digne d’un cours de collège (grand public oblige) au point que bien entendu tout cela restera forcément très superficiel. Sommes nous prédéterminés par une force qui serait au-delà de notre compréhension ou bien la coïncidence serait-elle seule maître universelle à bord? Visiblement le cataclysme final vient à point nommé pour châtier l’espèce humaine fautive, non sans épargner ses éléments les plus purs triés sur le volet, nos chères petites têtes blondes. A défaut de réflexion, c’est plutôt l’ennui qui nous gagne.