Prix du cinéma européen

Il y a quelques jours s’est tenu la remise des Prix du Cinéma Européen à la Jahrhunderthalle de Bochum en Allemagne. Avec Wim Wenders en maître de cérémonie, la remise des prix fut retransmise en différé dimanche soir sur Arte. Plutôt ennuyeuse et sans surprise, la soirée consacrait deux personnalités d’un Prix d’Honneur, le cinéaste anglais Ken Loach et l’actrice française Isabelle Huppert. Le ruban blanc (Das weisse band – eine deutsche kindergeschichte) de Michael Haneke qui a reçu la Palme d’Or au dernier Festival de Cannes ressort grand vainqueur de cette soirée avec pas moins de trois récompenses parmi les plus importantes: Prix du Film Européen, Prix du Réalisateur Européen et Prix du Scénario. Un prophète de Jacques Audiard s’en sort avec les honneurs avec deux récompenses, le Prix de l’Acteur Européen pour l’interprétation de Tahar Rahim et le Prix du Son attribué à Brigitte Taillandier, Francis Wargnier, Jean-Paul Hudrier et Marc Doisne. Enfin Slumdog millionaire ne repart pas non plus bredouille avec le Prix du Public décerné à Danny Boyle et le Prix de la photographie attribué à Anthony Dod Mantle à la fois pour son travail effectué sur le film de Danny Boyle mais aussi pour sa collaboration avec Lars Von Trier sur Antichrist.

Kate Winslet, non présente pour recevoir son trophé, fut récompensée pour son interprétation dans le film The reader de Stephen Daldry alors que le cinéaste Andrzej Wajda s’est vu offrir le Prix de la Critique pour son dernier film Sweet rush (Tatarak). Le prix Eurimages de la co-production européenne fut quand à lui décerné à Dania Elbaum et Jani Thiltges pour leur travail de coopération tout au long de l’année sur des films tels que Ne te retourne pas de Marina de Van ou encore Irina Palm de Sam Garbarski. Le prix Arte du Documentaire a été remporté par le film suisse The sound of insects – a record of a mummy réalisé par Peter Liechti.

Passés à la trappe lors de la rediffusion sur la septième chaîne, les dernières récompenses ont été décernés à Alberto Iglesias pour la composition de la musique du film de Pedro Almodovar Etreintes brisées (Los abrazos rotos), le Prix Découverte pour le film de Peter Strickland déjà primé de l’Ours d’Argent au dernier Festival de Berlin, Katalyn Varga, le Prix du Film d’Animation pour Mia et le migou réalisé par Jacques-Rémy Girerd et enfin le Prix du Court-Métrage pour Poste restante dirigé par Marcel Lozinski. Certainement moins glamour que les Prix d’Honneur, ces Prix n’en sont pas moins fondamentaux pour souligner le savoir-faire européen en matière de cinématographie.

Les déshérités (Carl Theodor Dreyer, 1922): chronique TV

LES DESHERITES / AIMEZ-VOUS LES UNS LES AUTRES
(Die gezeichneten)
Un film de Carl Thedor Dreyer
Avec Polina Piekowskaia, Vladimir Gajdarov, Thorleif Reiss, Adele Reuter-Eichberg, Sylvia Torf, Hugo Döblin, Johannes Meyer
Genre: drame
Pays: Allemagne
Année: 1922

Dans la Russie pré-révolutionnaire de 1905, le destin de la jeune Hanne-Liebe, juive rejetée par les villageois à la suite d’une fausse rumeur de péché de chair. Elle décide alors de rejoindre celle qu’elle aime, Sasha, à Saint-Pétersbourg, là où vit également son grand frère, Jakow, converti au christianisme et désormais avocat riche et reconnu. Dans la grande ville la colère gronde et les groupes révolutionnaires sont en marche. Sasha est l’un des leurs et se prépare à se sacrifier pour donner l’assaut contre la tyrannie du Tsar. Son modèle, Rylowitsch, est en fait un espion à la solde de la police secrète. Sasha est arrêté ainsi que Hanne-Liebe. Libérée grâce à son frère, elle est obligée de regagner son village natal. Dans les campagnes, les idées révolutionnaires se répandent en même temps qu’une haine profonde des Juifs. Rylowitsch, grimé en prêtre chrétien, sème dans la campagne l’anathème sur le peuple d’Abraham, excitant les vieilles rancunes religieuses.

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Quatrième film du cinéaste danois Carl Theodor Dreyer, Les déshérités (autrefois conu sous le titre Aimez-vous les uns les autres) fut récemment restauré grâce à une copie conservée à la Cinémathèque de Toulouse. Film très rare, il est pour la première fois diffusé à la télévision sur Arte. Film de jeunesse Les déshérités manque de rigueur narrative au point que les nombreux cartons sont absolument nécessaires à la compréhension de l’histoire. Véritable drame historique, Dreyer nous conte le temps des premiers pogroms qui eurent lieu dans la Russie tsariste au moment même où les premières actions révolutionnaires déstabilisent le régime. Plus que le destin d’un peuple, c’est avant tout le destin d’une jeune femme pure qui nous est raconté. Hanna-Liebe est l’image même de la figure innocente rattrapée par son origine raciale et religieuse que le rouleau-compresseur de l’Histoire n’épargnera pas.

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Le film démontre déjà une certaine qualité esthétique, notamment dans les nombreux gros plans sur les visages des protagonistes, visages ravagés par le doute, la colère ou encore la peur. Les comédiens, essentiellement issus d’une troupe de théâtre russe, incarnent à merveille ces personnages ballotés par les affres d’une révolution en marche et par la haine qui s’immisce dans les coeurs. Ce film muet est malheureusement accompagné d’une partition musicale composée pour l’occasion, une partition totalement hors sujet tant la musique ne prend pas en considération les images qu’elle est censée mettre en valeur. Au contraire la musique se développe pour elle-même sans jamais prendre en compte l’affect des personnages. une partition qui joue donc contre le film, une habitude qui se répand malheureusement de plus en plus dans les ciné-concerts. Mais ce défaut majeur ne doit pas empêcher d’apprécier ce film fort rare de l’un des plus grands cinéastes du XXème siècle. A noter que le film sera rediffusé sur la chaîne les 7 et 12 avril prochain.

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