Solomon Kane (Michael J. Bassett, 2008): chronique cinéma

SOLOMON KANE
Un film de Michael J. Bassett
Avec James Purefoy, Max Von Sydow, Pete Postlethwaite, Rachel Hurd-Wood, Alice Krige, Mackenzie Crook
Genre: fantastique, action, aventures
Pays: USA
Durée: 1h44
Date de sortie: 23 décembre 2009

Dans les années sombres du XVIè siècle, les guerres ravages la surface de la Terre. Solomon Kane, capitaine et pirate d’un navire au service de l’Angleterre pille et massacre ceux qui se mettent au travers de son chemin. Sans scrupule ni pitié, il verse le sang de ses ennemis qu’il embroche de sa rapière. Un jour, conquérant une forteresse, ses hommes finissent emportés par des démons, Solomon Kane doit alors faire face au diable qui lui réclame son âme pour toutes ses victimes passées. Echappant de peu à la mort, l’ancien mercenaire doit dorénavant trouver la paix pour échapper à la Faucheuse. Retiré dans un cloître monacal, il doit cependant reprendre la route et faire face au nouveau danger qui menace le pays. Un étrange seigneur doté de pouvoirs diaboliques décime les populations. Kane doit renoncé à sa promesse et reprendre les armes pour échapper à ces bourreaux et retrouver la fille d’un homme qui lui est venu en aide. Par instinct il retrouve sa soif de sang intacte.

Adapté des romans pulp de l’écrivain américain Robert E. Howard, le fameux père d’un autre héros antédiluvien nommé Conan, Solomon Kane n’a pourtant pas grand-chose à voir avec son alter-ego littéraire mais bien davantage avec ses compatriotes cinématographiques de la dark fantasy tels que Van Hellsing ou Beowulf. Les ingrédients habituels sont au rendez-vous, brutalité, obscurantisme, mysticisme, magie noir, créatures diaboliques et geysers de sang. Des ingrédients malheureusement mal exploités comme il est de coutume dans le genre. L’ambiance matinée d’horreur ne prend pas, et la mise en scène frôle souvent le ridicule tant les situations et les péripéties manquent d’épaisseur narrative. Solomon Kane l’anti-héros fut un adolescent rebelle qui a osé défier son père, un seigneur qui voulait faire de son fils aîné, le frère de Kane donc, le seul héritier de son trône et par là même obliger le malheureux adolescent à entrer dans les ordres. Facilité de l’histoire, Solomon Kane sauve son âme par sa bonne action.

La théologie de bas étage fricote donc avec le mysticisme le plus primaire et malgré quelques bonnes idées visuelles trop vite expédiées (les démons se dissimulant dans les miroirs, le visuel audacieux du sorcier noir quasi absent du métrage), le film sombre dans les abysses de la série Z, non pas que le film manque de moyens (costumes, décors et effets spéciaux le prouvent) mais plutôt d’un manque de subtilité et de pertinence dans la construction des personnages (caricaturaux) et des péripéties (loin d’être originales). Kane est assimilé à un Christ dans la scène de crucifixion mais la comparaison s’arrête là, en se sacrifiant le protagoniste comprend très bien qu’il se sauve lui-même là où le fils de Dieu s’est sacrifié pour sauver toute la race humaine sans récompense aucune. Récit ennuyeux et convenu, seule la violence de quelques scènes séparent le film de ses congénères comme Le seigneur des anneaux (entre autre le démon de la scène finale fait de métaux incandescents ressemblant étrangement au Balrog du film de Peter Jackson) ou encore au plus lointain Willow, dont l’armée des ombres et ses costumes ont largement influencés les films de dark fantasy à venir.

Pas grand-chose à sauver du film donc, pas même le jeu des acteurs, de James Purefoy qui avait davantage convaincu dans la série télévisée Rome, jusqu’à la présence surprenante mais insuffisante de Max Van Sydow, l’acteur d’origine suédoise qui a tourné avec les plus grands (Ingmar Bergman, John Huston, Sydney Pollack, William Friedkin ou encore John Millius dans Conan le barbare justement) mais qui depuis quelques années collectionne les navets (en pagaille Judge Dredd, Vercingétorix : la légende du druide roi, L’anneau sacré ou plus récemment Rush hour 3). Le réalisateur, Michael J. Basset, n’avait réalisé qu’un seul long-métrage avant celui-ci, Wilderness, une histoire d’adolescents violents isolés sur une île en proie à une meute de chiens voraces. Solomon Kane cependant est son premier film en tant que scénariste, une première expérience peu concluante donc qui rappelle combien l’adaptation d’œuvres littéraires, aussi populaires soient-elles, ne consistent pas juste à aligner les séquences les unes après les autres mais à réfléchir avant tout sur la nature du personnage et sa signification intrinsèque. Là où John Millius a tout a fait cerné le côté épique du personnage cimmérien d’Howard, Michael J. Basset n’a pas su trouver les justes raisons pour faire vivre le personnage du flibustier sur les écrans.

Avatar (James Cameron, 2009): chronique cinéma

AVATAR
Un film de James Cameron
Avec Sam Worthington, Zoe Saldana, Sigourney Weaver, Stephen Lang, Michelle Rodriguez, Giovanni Ribisi, Joel Moore, Wes Studi, Laz Alonso
Genre: science-fiction, aventures
Pays: USA
Durée: 2h41
Date de sortie: 16 décembre 2009

Ancien marine désormais tétraplégique, Jake Sully est choisi par un important consortium pour remplacer son frère jumeau défunt pour une mission sur la planète Pandora, une planète hostile recouverte d’une épaisse jungle imprévisible dont le consortium souhaite exploiter les sols pour le minerai rare qu’il contient. Pandora est cependant habitée par une race, les Na’vi, qui vivent en harmonie avec leur environnement et dont les relations avec les humains ont été difficiles. Chargé de prendre place dans le corps de son avatar, un être génétiquement créé à partir d’un mélange de l’ADN Na’vi et humain contrôlé par liaison nerveuse, Jake va devoir s’infiltrer parmi la peuplade aborigène pour gagner leur confiance et ainsi révéler de précieuses informations à l’armée, bien déterminée à chasser ces autochtones des terres que le consortium convoite. Au fur et à mesure que l’avatar partage la culture Na’vi, Jake réalise l’importance de leur lien avec la nature qui les entoure, un équilibre fragile que les terriens n’auront pas de scrupules à détruire. A l’heure où les bulldozers débarquent sur Pandora, Jake devra choisir son camp…

Le dernier film tant attendu de James Cameron se promettait d’être une petite révolution, il débarque enfin sur nos écrans dans pas moins de trois versions différentes : la version standard 2D sur la majorité des écrans, une version 3D pour les salles équipées et enfin une version 3D IMAX pour quelques heureux qui auront la joie de se rendre dans les salles appropriées. James Cameron n’avait pas tourné de films de fiction depuis près de treize ans et son colossal succès Titanic, un film que l’on qualifiait déjà à l’époque de bigger than life, le cinéaste récidive avec ce somptueux Avatar, un projet qu’il porte depuis quinze ans mais relégué au placard pour causes de technologies pas suffisamment avancées pour concrétiser ses visions les plus folles. Sans être le chef d’œuvre que certains attendaient, Avatar nourrit cependant largement les fantasmes en terme de beauté visuelle. Mis à part une musique peu convaincante et sans audace signée James Horner et un scénario loin d’être original, James Cameron plonge pourtant son spectateur dans un univers d’une richesse plastique sans précédent, dépassant de loin tous ce que George Lucas a pu nous concocter pour sa double trilogie Star Wars ou même Peter Jackson pour son adaptation du livre de Tolkien, Le seigneur des anneaux.

En effet, non content de nous livrer des images à la pointe des effets spéciaux, le cinéaste nous plonge au cœur d’un monde hypnotique, pure et fantasmatique. A la fois film de science-fiction et récit d’aventures mâtiné d’une romance convenue, l’on suit avec ferveur les péripéties de ce héros privé de jambes qui trouve dans son avatar une seconde chance d’accomplir son destin. Récit initiatique puis véritable drame épique, Avatar cède certes parfois à la simplicité et au manichéisme mais avec une honnêteté sans faille. Visuellement le cinéaste atteint la perfection avec un rendu des textures et des couleurs qui frôle la création divine. Les mouvements, l’animation, l’intégration des divers éléments numériques font du film un spectacle permanent pour les yeux que la 3D accentue avec un sens de la profondeur et des cadrages qui évite le sempiternel effet de surprise de l’objet jeté à la figure. Ici au contraire, James Cameron utilise la troisième dimension pour faire ressortir le gigantisme des décors et magnifier cette planète en danger.

Car en effet Pandora est l’un des personnages clé du film, une véritable planète vivante où grouilles des végétaux et des créatures à la fois surprenantes, dangereuses et magnifiques. Le récit déploie un véritable écosystème qui trouve sa raison de vivre dans une sorte de réseau biochimique intégral qui connecte l’ensemble des êtres vivants entre eux, écosystème bien entendu fragile et que défendent bec et ongles les Na’vis. Critique d’une armée d’invasion aussi destructrice que mercantile, alerte angoissante contre la destruction d’une nature pourtant généreuse et féconde, découverte de l’Autre via sa culture et ses croyances, Avatar se présente comme un plaidoyer pour une humanité plus consciente et respectueuse de ce qui l’entoure. A l’instar des films poétiques d’Hayao Miyazaki tels que Nausicaa de la vallée du vent ou Princesse Mononoké et proche de films à grand spectacle comme Danse avec les loups et Waterworld, Avatar fait également écho à une bande-dessinée française qui développe la même trame pour la défense d’une planète contre l’avidité d’une multinationale prête à détruire tout un écosystème pour exploiter une nouvelle énergie, Aquablue. James Cameron n’oublie pas cependant d’approfondir son propos sur les technologies naissantes, notamment celle qui offre à l’homme de créer son avatar. Après Clones il y a peu, le protagoniste développe ici une dépendance toute particulière à son double qui est capable, lui, de marcher et de courir. Haine de sa propre race et fascination pour la vie des Na’vis, Jake désire plus que tout renoncer à son enveloppe humaine, une enveloppe qu’il juge faible et qui l’empêche d’être lui-même, c’est-à-dire un guerrier.

James Cameron signe donc encore un film mémorable qui repousse les limites du réalisme, continuant ainsi le fil rouge entamé par Méliès, celui d’un cinéma animé par le désir d’illusion. Avatar pose la dernière pierre à l’édifice d’un cinéma qui se veut totalement artificiel après quelques séquences inoubliables de Jurassic park de Steven Spielberg, le monde intergalactique développé par George Lucas dans Star Wars ou encore l’atmosphère éminemment graphique de films tels que Sin city de Frank Miller et Robert Rodriguez ou encore 300 de Zack Snyder. James Cameron nous prouve ici que toutes les images sont désormais possibles et trouve dans la réalisation d’Avatar une sorte de conclusion à ses recherches sur les techniques d’effets spéciaux entamées dès les débuts de sa carrière sur les films de Roger Corman et, bien sûr, sur ses propres films tels que Abyss en 1989, Terminator 2 : le jugement dernier en 1991 et enfin Titanic en 1997. Après l’expérience éprouvante que fut le tournage de ce dernier, le cinéaste semble au meilleur de sa forme pour éblouir de nouveau un public de plus en plus exigeant. Sans être un film révolutionnaire en soi, ni thématiquement ni techniquement, Avatar est cependant une expérience visuelle hors du commun.

La légende du grand judo (Akira Kurosawa, 1943): chronique rétro

LA LEGENDE DU GRAND JUDO
(Sugata Sanshiro)
Un film de Akira Kurosawa
Avec Denjirô Okôchi, Susumu Fujita, Yukiko Todoroki, Ryunosuke Tsukigata, Takeshi Shimura
Genre: aventures, drame
Pays: Japon
Durée: 1h20
Date de sortie: 25 mars 1943
Date de sortie reprise: 11 janvier 2006

Sugata est un apprenti dans l’art du jûjutsu, un art développé depuis les temps féodaux pour se défendre à mains nues. Il est à la recherche de Saburo, maître de l’école Shinmei et de ses disciples. Le soir de son admission, ses camarades se moque d’une nouvelle forme de pratique du jiu-jitsu appelée le judo. Enseignée par Yano Shogoro cette nouvelle pratique n’est plus littéralement un art, mais une voie, celle de l’agilité. Motivés par le poste d’instructeur de la préfecture de police, les disciples de l’école Shinmei craignent que cette nouvelle technique ne séduise les autorités et décident d’attaquer Shogoro le soir même. Témoin de la rixe qui oppose ses camarades au professeur tant redouté, sa technique du judo lui permet de maîtriser tous ces adversaires. Impressionné par un tel niveau d’excellence, Sugata désire lui-même se convertir au judo.

Film sorti une première fois en mars 1943, il connaît une ressortie l’année suivante dans une version amputée, seule copie visible de nos jours. En effet pour cause de censure du gouvernement militaire japonais de l’époque, la production cinématographique était étroitement surveillée et les sujets qui ne respectaient pas les standards définis par les autorités ne pouvaient pas être filmés ou être amputés de séquences jugées néfastes. Akira Kurosawa avait déjà une expérience de ces limitations car trois de ses scénarios écrits au début des années quarante, quoique récompensés dans différentes catégories, ne furent pas tournés pour cause d’influence occidentale trop patente. La légende du grand judo, au contraire, exploitait les ressources de l’une des plus vieilles techniques de combat japonaises, celles du jûjutsu qui deviendra, à force de modernisation nécessaire à sa survie, le judo au début du XXème siècle. L’anecdote veut que le cinéaste ait voulu acheter les droits du livre de Tsuneo Tomita dont le film est l’adaptation avant même d’en avoir lu une ligne, sachant pertinemment que le sujet était pour lui l’occasion de réaliser son premier long métrage.

Car en matière de cinéma Akira Kurosawa est loin d’être un novice. En 1936, à la suite d’un concours passé pour entrer au studio P.C.L. (qui sera absorbée dès l’année suivante par la Toho) il entame sa longue initiation en tant qu’assistant-réalisateur pendant près de huit années. Si La légende du grand judo est sa première réalisation en titre, Kurosawa connaît déjà la mise en scène pour avoir diriger de nombreuses séquences lors d’un long métrage précédant, Le cheval, mis en scène en 1941 par Kajiro Yamamoto. Yamamoto est en quelque sorte le mentor de celui qui deviendra quelques années après « l’empereur du cinéma japonais ». Entre 1936 et 1941, Kurosawa a contribué à pas moins de dix-huit films de son maître.

Bien que très attiré par les arts de combat japonais tout au long de sa carrière, que ce soient les combats au sabre ou à l’arc, ce n’est pas ici la dimension martiale que Kurosawa désire exprimer mais bien l’éducation de l’homme qui conduit le novice vers la maîtrise parfaite non seulement de son corps mais surtout de son esprit. Car Sugata, magnifiquement interprété par Susumu Fujita, est au début du film un rustre, un ours capable de prouesses techniques mais sans véritable contrôle conscient de ses gestes et de son mental. Devenu disciple du grand Shogoro, Sugata ne met pas longtemps à maîtriser les gestes et les réflexes nécessaires à la lutte et, un soir de beuverie, il s’attache à démontrer au peuple son savoir-faire et sa force. Revenant avec les vêtements déchirés, son attitude incontrôlable est pour son maître le signe d’un échec. Cet échec l’élève désirera l’expurger en se lançant dans la mare au lotus, une mare en contre-bas de la maison de son maître. Il y passe la nuit pour trouver l’éveil sous la bienveillance de la pleine lune, tout en contemplant la fleur de lotus. Bien que frêle et fragile, il émane de la fleur une aura sans pareille qui permet à Sugata de trouver humilité et constance.

Peu après, alors que Sugata est suspendu de pratique, un homme se présente au dôjô pour affronter l’école et son style. Habillé à l’occidentale, apprêté et dédaigneux, Higaki Gennosuke de l’école Ryoi-Shinto ridiculise le seul disciple présent. Sugata, n’étant pas autorisé à pratiquer, ronge son frein devant celui qui prétend la supériorité du jûjutsu sur le judo. Un tournoi est finalement organisé par la préfecture de police pour départager toutes les écoles de combat. Commence alors pour Sugata une longue route vers la discipline, la dévotion mais aussi le doute lorsque qu’il tombe sous le charme de Sayo, la fille de l’un des maîtres de jûjutsu et maître de Higaki. Mais contrairement à son élève, celui-ci est respectueux et sage et inspire l’admiration.

Kurosawa, même si il n’est pas avare de scènes de luttes tout au long du film, s’intéresse davantage au chemin que choisit de prendre Sugata. Un chemin de loyauté, d’amour et de respect aux antipodes de certains adversaires prêts à tout pour remporter la victoire. Sugata le comprend bien, ce n’est pas le résultat qui compte mais bien la voie empruntée pour y arriver. Dans la filiation des arts anciens, arts respectueux des ancêtres et de leurs enseignements, l’on comprend comment une technique peut évoluer sans se pervertir et comment, surtout, sans vouloir évoluer elle peut finir par se corrompre. La filiation n’est pas seulement que dans la technique, elle est aussi dans la passation du savoir et des valeurs, celle d’un maître pour son élève, celle d’un père pour sa fille. Le père, ici un vénérable maître de jûjutsu interprété par l’un des acteurs fétiches de Kurosawa, Takeshi Shimura, que l’on reverra bien sûr dans Les sept samouraïs ou encore dans Vivre, incarne la figure du rival de celui qui deviendra son beau-fils. Une rivalité nécessaire mais saine, la fille Sayo (Yukiko Todoroki), passant de l’amour paternel à celui plus charnel de la passion amoureuse avec Sugata.

Avec ce premier film, Akira Kurosawa pose déjà tous les éléments d’une maîtrise de la mise en scène. Direction d’acteurs, choix de cadrages, subtilités de l’éclairage, audace du montage, il nous délivre ici un film magnifique sur des valeurs saines qui paradoxalement sont évoquées durant une période particulièrement trouble de l’histoire japonaise. Si le gouvernement japonais de l’époque voyait surtout dans ce film une évocation de l’héritage ancestral d’un art martial japonais, l’on peut y voir également l’émanation des valeurs spirituelles de la méditation de la vie et de l’importance cruciale des choix que chacun est amené à prendre tout au long de l’existence. Face à soi-même, le maître est tel un guide et non comme un général, il éveille la conscience, il ne l‘ordonne pas.

Dororo (Akihiko Shiota, 2007): chronique DVD

DORORO
Un film de Akihiko Shiota
Avec Satoshi Tsumaboki, Kô Shibasaki, Kiichi Nakai, Eita, Yoshio Harada, Anna Tsuchiya
Genre: aventures, fantastique, arts martiaux
Pays: Japon
Durée: 2h19
Editeur DVD: Kaze
Date de sortie DVD: 4 mars 2009

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Blessé dans les conflits qui opposent les clans, le seigneur Daigo Kagemitsu revient dans son fief, ivre de rage. Dans le pavillon des ancêtres il passe un pacte avec les quarante-huit démons pour s’assurer la victoire. En échange il sacrifie le corps de son enfant à naître. Ce dernier, privé de quarante-huit partie de son corps, est abandonné le long d’un fleuve avant d’être recueilli par un médecin qui lui sauve la vie. Spécialiste de la chirurgie reconstructrice, son père d’adoption lui confectionne de nouveaux membres afin que l’enfant puisse vivre dans le monde des hommes. Devenu adulte il entreprend de combattre ces quarante-huit démons pour récupérer l’intégralité de son corps. Il prend alors le nom de Hyakkimaru, du nom du sabre que son père lui a installé en lieu et place de son bras droit. En chemin il rencontre un jeune voleur qui se surnomme Dororo qui cherche à venger la mort de sa famille, assassinée par le seigneur Daigo, devenu tyran. Par haine, Dororo jure de tuer tous les proches du seigneur Daigo…

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Adapté du manga éponyme du célèbre Osamu Tezuka, Dororo fut un énorme succès au Japon. Avec des chorégraphies de combat signées par le fameux Ching Siu-tung, l’histoire prend place dans une sorte de Japon historique fantastique mêlé de dramaturgie shakespearienne, l’enfant difforme cherchant à se faire une place dans le monde sans savoir qui est véritablement son père. Dans la lignée des films de monstres et de fantômes propre à la culture nippone, Hyakkimaru croise des démons tous plus étonnant les uns que les autres, aidé dans sa quête par le comique Dororo, en fait une jeune femme qui dissimule sa féminité pour ne pas paraître faible. Dororo est le premier volet d’une série de films qui verront le jeune homme récupérer peut à peu son corps d’origine mais qui, par cela, perdra sa faculté de ne pas ressentir la douleur.

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Grosse production oblige, le film enchaîne les morceaux de bravoure avec régularité mais la mise en scène est loin d’apporter une quelconque originalité à cette histoire fantastique. Si les costumes sont une indéniable réussite, les décors étonnent moins si ce n’est quelques plans de paysage véritablement somptueux. Les effets spéciaux ne sont pas toujours du meilleur calibre mais échappent toutefois au côté cheap des productions calamiteuses dont le cinéma japonais a parfois le secret. Côté interprétation, nous sommes loin d’être bluffé par le jeu des acteurs principaux Satoshi Tsumabuki (Hyakkimaru), vu dans Dragonhead (2003) et Fast and furious : Tokyo drift (2006), et Kô Shibasaki (Dororo), dont on a pu apercevoir le joli minois dans son rôle de tueuse à la faucille dans Battle royale mais aussi dans Go (2001), Yomigaeri (2002) ou encore La maison de Himiko (2005). Sans être un film impressionnant, Dororo se laisse néanmoins regarder grâce à ses quelques moments d’humour et la relation ambigüe que Hyakkimaru et Dororo entretiennent.

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Milarepa, la voie du bonheur (Neten Chokling, 2005): chronique cinéma

MILAREPA, LA VOIE DU BONHEUR
(Milarepa)
Un film de Neten Chokling
Avec Jamyang Lodro, Orgyen Tobgyal, Kelsang Chukie Tethtong
Genre: Aventures, drame
Pays: Bhoutan
Durée: 1h30
Date de sortie: 7 octobre 2009

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Dans les montagnes inaccessibles du Tibet, le père de Milarepa, riche marchand, laisse sa fortune à son frère en attendant la majorité du garçon. Pourtant ces richesses lui seront refusées lorsqu’il atteint l’âge d’homme. Sa mère, à la merci de sa belle-famille promet la vengeance et envoi son fils étudier les arts occultes auprès d’un maître. Devenu sorcier, Milarepa revient quelques années plus tard dans son village natal et punit les coupables. Chassé, traqué par les survivants, Milarepa est très vite rongé par la culpabilité et lorsqu’il rencontre un vieux moine bouddhiste sur sa route, un nouveau chemin, fait de compassion et de sagesse, s’ouvre à lui. Désormais il enseignera la bonté aux hommes.

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Au cœur du Tibet du XIè siècle, le récit initiatique de Milarepa, le sorcier qui devint moine bouddhiste par compassion envers ceux auxquels il fit du mal. Véritable légende incontournable de la sagesse tibétaine aujourd’hui, l’histoire de Milarepa enseigne que toute cupidité ou vengeance n’engendrent que souffrance supplémentaire. Pour avoir étudier la magie noire et fait tomber la foudre et le fléau sur ceux qu’il côtoyait, Milarepa va cultiver dans son être une culpabilité sans limite. Ce récit d’un autre temps est magnifié par des paysages rares, sublimes mais tout aussi hostiles le long de la chaîne himalayenne. A une époque où la magie s’entremêle aux croyances mystiques et aux superstitions, la philosophie bouddhique n’a pas encore atteint les populations laïques et reste l’apanage de moines isolés, retirés du monde.

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Réalisé par Neten Chokling, acteur dans La coupe et assistant-réalisateur sur Voyageurs et magiciens, deux films de Khyentse Norbu, Milarepa, la voie du bonheur est ainsi le troisième long-métrage réalisé au Bhoutan depuis l’ouverture du pays aux images de technologies occidentales en 1999. Tout comme son confrère, Neten Chokling explore la sagesse d’un enseignement ancien dans une vie faite de surprise et de contradictions. En devenant sorcier Milarepa exauce le souhait de vengeance de sa mère mais attire à lui les démons de la culpabilité. Ces démons l’obligeront à emprunter un autre chemin, tout aussi énigmatique et semé d’embûches. Le film ne condamne pas les arts occultes vecteurs de croyances ancestrales mais leur mauvaise utilisation. Les forces de la nature peuvent être des alliées très puissante mais ne sont pas le remède au bonheur et à la sagesse.

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L’ascèse, la contemplation, la méditation et l’isolement sont des voies possibles à une meilleur connaissance de soi-même et par-là, des autres. Le cinéaste déploie ainsi un récit simple mais pas simpliste et nous invite à un voyage spirituel d’une grande beauté et d’une profonde pertinence à l’heure où l’individualisme et le repli communautaire menacent la compréhension mutuelles des peuples. Loin d’être un film fermé sur lui-même, le destin légendaire de ce jeune homme dépassé par son propre destin agite la curiosité du spectateur. Poète et auteur des Cents mille chants vers la fin de sa vie, Milarepa est aujourd’hui considéré comme l’un des maîtres essentiels du bouddhisme tibétain. Cette figure essentielle a par ailleurs fait l’objet d’une première adaptation cinématographique en 1974 par la réalisatrice Liliana Cavani et également d’une bande-dessinée écrite par Alejandro Jodorowski et Georges Bess, Le lama blanc. Neten Chokling entame déjà une suite au film avec l’enseignement que Marpa, le grand moine, apporte au jeune sorcier.