4 ème Festival Franco-Coréen du film du 4 au 17 novembre

affiche festival du film coréen 2009

affiche festival franco-coréen du film 2009

Pour la quatrième année consécutive, le Festival Franco-Coréen du film se tient à Paris au cinéma Action Christine du 4 au 17 novembre. Initié par l’association 1886 qui tient à promouvoir les échanges et les activités cinématographiques entre la Corée et la France, ce festival est l’occasion de découvrir de nombreux films coréens inédits, aussi bien longs que courts métrages, mais aussi des films plus anciens qui constituent un patrimoine culturel riche et singulier.

Cette année encore sera donc l’occasion de découvrir quelques perles rares

Children in the firing range (Kim Soo-yong, 1967)
Parade of wives (Im Kwon-taek, 1974)
Six daughters (Bae Seok-in, 1967)
Testimony (Im Kwon-taek, 1973)

3xFTM affiche

3xFTM affiche

Mais surtout un beau panel de films récents :

3xFTM (Kim Il-rhan, 2008) documentaire
A.U.D.I.T.I.O.N. (Kim Seong-jun et Lee Je-cheol, 2009)
My friend & his wife (Shin Dong-il, 2006)
Norwegian woods (No Zin-soo, 2009)
Portrait de famille (Kim Young-jo, 2007) documentaire
Potato symphony (Jeon Taek, 2008)
Punchlady (Kang Hyo-jin, 2007)
Rough cut (Jang Hoon, 2008)
The mountain in the front (Kim Jee-hyun, 2009) documentaire
Viva! love (Oh Jeoum-kyun, 2007)

my friend and his wife affiche

my friend and his wife affiche

Dans la catégorie des courts métrages, le public ne sera pas en reste avec une sélection de dix films :

Balcon à part (Gwak Mi-sung, 2008)
Coldblood (Park Mi-hee, 2008)
Dust kid (Jung Yumi, 2009) animation
Fish (Byun Byung-jun, 2008)
Hybrid (Saino Kim, 2008)
Stop (park Jae-ok, 2008) animation
Suicidal variations (Kim Gok et Kim Sun, 2007) expérimental
Too bitter to love (Gone, 2008)
Unfamiliar dreams (Kim Ji-gon, 2008) documentaire
Untitled (Park Junyeong, 2007)

punchlady affiche

punchlady affiche

Dans la section Regards Croisés, le festival propose cinq courts métrages coréens accompagnés de cinq courts métrages français :

Auld lang syne (So Joon-moon, 2007)
Boy meets boys (Kim Jho Gwang-soo, 2008)
I am (Kim Hea-in, 2008)
Run, vino (Hong Dong-myung, 2007)
Within (Lee Hye-in, 2008)

Le baiser (Julien Eger, 2007)
Les filles de feu (Jean-Sébastien Chauvin, 2008)
Tel père, telle fille (Sylvie Ballyot, 2007)
Un peu de soleil dans les yeux (Stéphane Botti, 2009)
Une si petite distance (Caroline Fournier, 2008)

De quoi donc s’abreuver de films coréens sans restriction avec, cerise sur le gâteau, un film d’ouverture qui n’est autre que le génialissime Breathless (chroniqué dans nos pages) par le réalisateur Yang Ik-june et le film de clôture, Robot Taekwon V, film d’animation de 1976 réalisé par Kim Chung-gi. Deux must à ne manquer sous aucun prétexte.

rough cut affiche

viva love affiche

viva love affiche

Wild card (Kim Yoo-jin, 2003): chronique preview

WILD CARD
Un film de Kim Yoo-jin
Avec Yang Dong-kun, Jeong Jin-yeong, Han Chae-young, Gi Ju-bong, Hwang Jun-yeong, Yu Ha-bok
Genre: policier
Pays: Corée du Sud
Durée : 1h57
Date de sortie : indéterminée

wild card affiche

Jay-soo est un détective jeune, dynamique et volontaire qui ne jure que par l’efficacité. Avec Yeong-dal, son coéquipier surnommé le bulldozer, plus âgé et lus expérimenté, ils se lancent sur une enquête de meurtre. Quatre jeunes parcourent en effet les rues de la ville en recherche d’argent, tuant leurs victimes à coup de boule d’acier. Alors que l’enquête piétine, les quatre jeunes violent une serveuse de bar. Les victimes s’enchaînent et au commissariat, il y a urgence. Jay-soo se voit comme un héros des temps modernes alors Yeong-dal a su prendre de la distance avec sa profession. Par ailleurs le jeune détective se met à draguer une jeune femme, chaque semaine lorsqu’elle sort de son club de gym. Une jeune femme que Yeong-dal connaît bien. Il attend que Jay-soo apprenne la surprise.

wild card 1

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Kim Yoo-jin n’est pas tout à fait un inconnu car on lui doit entre autre le très récent The divine weapon, vu au dernier Festival du Films Asiatique de Deauville mais aussi A promise, le film coréen le plus rentable de l’année 1998. Le cinéaste s’attaque avec Wild card au genre policier tendance portrait de flics en mêlant avec habileté et humour les sempiternelles courses poursuites à pied et moments plus intimes. Kim Yoo-jin est loin de renouveler le genre, voir même il pompe allègrement dans les clichés du duo de flics quelque peu antinomique, cependant la qualité d’interprétation et un montage serré font du film un agréable moment cinématographique. Principal qualité du métrage, le développement des personnages, surtout cette famille de policiers qui doivent se soutenir dans les méandres d’une affaire de meurtre difficile. Certes le film se place dans la catégorie « valorisation des forces de l’ordre » mais les différents policiers sont suffisamment nuancés et développés pour éviter toute caricature. Les tensions comme l’unité règnent à la fois au sein d’une équipe qui mêle officiers expérimentés et jeunes loups prêts à en découdre.

wild card 4

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Dans ce monde masculin, les femmes n’en sont pas absente. Même si elles n’ont pas le beau rôle, il faut noter la causticité de la femme de Yeong-dal, fleuriste de son état, qui reçoit les appels rageurs d’anciens détenus arrêtés par son flic de mari avant de les envoyer paître en leur donnant le numéro de portable de ce dernier, histoire qu’il reçoive lui-même les invectives mal placées. Autre personnage féminin fort, cette fameuse créature que Jay-soo n’arrête pas d’importuner à sa sortie de ses séances de fitness interprétée par la sublime Han Chae-young, une habituée des dramas télévisuels mais aussi déjà vue dans Changing partners, une romance signée Jeon Yun-su en 2007. Côté casting masculin, notons la présence de Yang Dong-kun dans le rôle principal du jeune détective et déjà aperçu dans Adresse inconnue de Kim Ki-duk et Jeong Jin-yeong, acteur reconnu pour ses rôles dans des films aussi différents que Green fish (Lee Chang-dong, 1997), Guns & talks (Jin Jang, 2001) ou plus récemment Le roi et le clown (Lee Jun-ik, 2005).

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Wild card reste somme toute davantage un film anecdotique qu’une véritable entrée en matière sur le thème du combat contre la délinquance avec un arrière fond de réflexion sur les violences policières. Paradoxe du film, Yeong-dal tente de faire comprendre à son jeune coéquipier qu’il n’est pas préférable d’user de son arme à tout bout de champ alors que les passages à tabac contre les malfrats sont monnaie courante tout au long du film. Loin d’atteindre la tension et la violence des films d’un Park chan-wook par exemple, il faut noter la récurrence des combats à mains nues ou avec des objets tranchants et contendants (poignards, couteaux, batte de baseball, barre d’acier, etc.) dans le cinéma coréen. Nécessité d’une démonstration de virilité ? Simple ressorts narratifs et dramatiques ? Cette violence s’explique certes dans des films tels que Breathless, qui laisse littéralement le spectateur sur le carreau, mais dans ce film policier plus léger, la tendance à la complaisance violente a de quoi interroger. Le film se laisse regarder avec un petit plaisir sans pour autant convaincre totalement.

wild card affiche 2

Breathless (2008, Yang Ik-june)

Man-sik et Sang-hoon ont monté une petite affaire de recouvrement de dettes et autres spécialités sur mesure pour les voyous. Man-sik, l’aîné, gère les missions avec calme et sérénité, Sang-hoon, lui, s’occupe du sale boulot. Impatient et hyper-violent, il tape sur tout ce qui bouge, y compris ses propres hommes. Un jour il croise le chemin d’une lycéenne, Yeon-hee, et sans vraiment savoir pourquoi, lui crache dessus. Loin de se laisser impressionner, la jeune fille réplique et finit même par l’extorquer. Le père de Sang-hoon vient juste de sortir de prison pour le meurtre de sa femme et de sa fille survenu quinze ans plus tôt. Témoin du double meurtre, Sang-hoon ressent un profond ressentiment envers son géniteur. Il ne lui reste plus que sa grande sœur et son neveu, qu’il gâte sans trop montrer ses sentiments. Yeon-hee, elle-même, subit les pressions d’un climat familial pesant. Son jeune frère se prend pour un caïd et la frappe. Son père, victime d’une blessure de guerre, perd la tête depuis le décès de sa femme. Sang-hoon et Yeon-lee, les deux éclopés de la vie, vous se rapprocher à travers leurs cicatrices affectives.

Véritable film coup de poing, Breathless sidère autant qu’il révolte. Première œuvre de Yang Ik-june, qui incarne le rôle principal et signe également le scénario, le film est un coup de maître sans faute. Cette plongée vertigineuse dans les affres de la violence quotidienne d’un petit malfrat casseur de corps a de quoi perturber. Insultes incessantes, coups de poings et matraquages à répétitions, humiliations constantes, le film ne ménage pas son public, jusqu’à la nausée. Pourtant, à mesure que les personnages et leurs relations s’installent, à l’indignation et à la répulsion succèdent la compréhension et même l’attachement. Sang-hoon est incontrôlable et si il domine les autres par la force, il devient lui-même victime de son propre comportement. Complètement asocial, il ne peut véritablement approcher sa sœur aînée. Plus grave, à chaque fois qu’il voit son père, il ne peut réfréner ses envies de bastonnades. Seule Yeon-lee, qui a su lui tenir tête, sait s’attirer ses faveurs tout en le provoquant.

Le film est sec comme un coup de trique et frappe là où ça fait mal. Indéniablement le jeune acteur-réalisateur fait penser au Takeshi Kitano de Violent cop ou encore de Sonatine. Même frontalité de la violence, même personnage apathique et repoussant. On pense également au personnage coréen de Kim Joon-pyong dans le film japonais de Yoichi Sai, Blood bones, là encore incarné par Kakeshi Kitano. Cependant le film ne tient pas seulement à ces scènes de coups et blessures, au contraire les moments ménagés où les personnages échangent une conversation ou s’ignorent, permettent au film de respirer et au public de reprendre confiance dans la conclusion à venir. Yang Ik-june parsème même le film de moments cocasses et salvateurs, introduisant l’humour au compte goutte, dans quelques dialogues, histoire de ne pas sombrer dans le nihilisme le plus total.

Breathless, comme son titre l’indique, est un film qui s’encaisse jusqu’à bout de souffle. Si le film de Jean-Luc Godard n’a rien à voir là-dedans, on peut tout de même noter une même énergie qui ne faiblit jamais tout au long du métrage et un montage constamment percutant sans jamais tomber dans le sur-découpage. Film savamment équilibré entre les tensions internes des personnages et celles qui s’installent à travers les éléments dramatiques, la nervosité et l’anxiété glissent peu à peu de l’image vers le spectateur. Le film contamine au sens propre, jusqu’au dernier plan, magistral de simplicité et de sens. Yang Ik-june, un cinéaste sur lequel il va falloir compter à l’avenir et dont la qualité de cette première œuvre surpasse largement la majorité des films présentés en compétition au festival du Film Asiatique de Deauville.

BREATHLESS
(Ddongpari)
Un film de Yang Ik-june
Avec Yang Ik-june, Kim Kkobbi, Lee Hwan
Genre : drame
Durée : 2h10
Pays : Corée du Sud
Année : 2008
Date de sortie en Corée du Sud : 16 avril 2009
Date de sortie en France : 14 avril 2010
Société de distribution française : Tadrart Films