Une nuit (Philippe Lefebvre, 2011): chronique cinéma

UNE NUIT
Un film de Philippe Lefebvre
Avec Roschdy Zem, Sara Forestier, Samuel Le Bihan, Grégory Fitoussi, Jean-Pierre Martins, Jean-Paul Muel, Sophie Broustal, Gérald Laroche, Richard Bohringer
Genre : Policier
Pays : France
Durée : 1h40
Date de sortie : 4 janvier 2012

Le commandant Simon Weiss, flic de la Brigade Mondaine, parcourt chaque nuit les rues parisiennes en évoluant à découvert dans les différentes boîtes de nuit et cabarets de la capitale. L’expérience lui a appris les ficelles du métier et surtout un sang froid qui lui permet d’approcher les malfrats, même parfois de partager certains secrets avec eux. Cette nuit-là une jeune recrue, Laurence, lui est adjointe comme chauffeur. Mais l’IGS est après lui pour une sombre affaire de corruption. Comme chaque soir, Weiss fera le tour des établissements de nuit et croisera le chemin de Tony Garcia, un ancien du monde de la nuit tout comme lui, puis Jo Linder, un homme fiché au grand banditisme qui souhaite ouvrir prochainement un nouvel établissement. Pris entre le feu de la police des polices et celui des criminels des bas-fonds, Weiss devra ruser pour tirer sa carte du jeu.

Le cinéma français aime le polar et celui-ci, de temps en temps, le lui rend bien. La nuit est l’un de ces films réalistes dans la lignée de Le petit lieutenant de Xavier Beauvois ou encore plus récemment Polisse de Maïwenn. Le cinéaste écarte donc la veine du spectaculaire pour s’attacher davantage à ses personnages et surtout au contexte du métier de flic de la Mondaine, un véritable monde à part avec ses secrets, ses habitudes et surtout ses travers inavoués. Le monde de la nuit est un monde où la loi ne prévaut pas et surtout où la morale est rancardée aux vestiaires. L’alcool, la drogue, la prostitution et la pornographie sont les ingrédients d’un cocktail nocturne qui font des membres de la pègre des gens influents, incontournables, maîtres de leurs secteurs. Mais une certaine nostalgie se cramponne, celle des spectacles de cabarets, des figures anthologiques à l’emballage travesti poussant la chansonnette avec une honnêteté touchante. Le film parle de tout cela sans en avoir l’air. Roschy Zem, d’une classe proprement séduisante, traverse tout ce capharnaüm avec une maîtrise de soi confondante. Face à lui Sara Forestier, qui a fait bien du chemin depuis L’esquive qui l’a révélé au grand public en 2004, ne démérite pas. Discrète, curieuse d’un monde qu’elle découvre peu à peu, elle est sagement à l’écoute de celui qui la guide dans les ruelles obscures de la capitale. Non pas un grand rôle de composition mais bien plutôt un rôle de soutien, qui s’offre comme un contrepoint à celui de Roschdy Zem.

La mise en scène est, elle, précise, efficace, dénuée de plans futiles. Une certaine nervosité s’en dégage, nervosité volontairement accentuée lors de la confrontation du flic avec les différents protagonistes peu scrupuleux de la loi française. Samuel Le Bihan, Grégory Fitoussi, Jean-Pierre Martins, Gérald Laroche tirent leur épingle du jeu mais c’est étonnement Richard Bohringer, dans un tout petit rôle, qui retient l’attention. Puissance de la « gueule d’acteur », on retrouve ici un hommage succinct mais vibrant aux visages du cinéma policier français des années cinquante et soixante, celui où les truands et les flics n’étaient, en fin de compte, pas si différents. Mais justement si hommage il y a, Philippe Lefebvre évite consciencieusement cette contemplation béate du cinéma envers ces truands violents et peu honorables. La veine réaliste lui imposant une certaine objectivité du propos. Reste l’histoire de l’amitié virile, petit cliché du genre remise en question dans la conclusion du film. Là où le film impressionne encore davantage, c’est dans son écriture. Unité de lieu (Paris) et de temps (une seule nuit) sont scrupuleusement respectés, animant ainsi le film d’une densité rare. Une petite pépite du cinéma français qu’il serait dommage de manquer.

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Banlieue 13: ultimatum (Patrick Alessandrin, 2008): chronique cinéma

BANLIEUE 13 ULTIMATUM
Un film de Patrick Alessandrin
avec Cyril Raffaelli, David Belle, Philippe Torreton, Daniel Duval, Elodie Yung, MC Jean Gab’1, La Fouine, James Deano, Pierre-Marie Mosconi, Moussa Maaskri, Sophie Ducasse, Patrick Steitzer
Genre: action
Pays: France
Durée: 1h41
Date de sortie: 18 février 2009


Trois ans après ses premières aventures au sein de la fameuse banlieue 13, le capitaine Damien est mystérieusement piégé pour possession de drogue. A l’extérieur un incident embrase l’opinion de la population contre les banlieues, zones de non-droit que certains aimeraient raser. Leito de son côté espère toujours voir la fin de ce mur de béton qui scinde le peuple en continuant ses petites attaques à la bombe. Alors qu’un gamin a été témoin de l’assassinat de policiers par de mystérieux agents du gouvernement en utilisant l’enregistrement vidéo de son télèphone, Leito se retrouve en possession du film accusateur. Le même jour, il doit se rendre au quoi des orfèvres afin de libérer Damien des mains des forces de l’ordre. Pour contrecarrer le plan d’évacuation des banlieues, ils vont devoir fédérer les différents gangs qui règnent sur ces territoires où une seule loi prévaut, celle du plus fort.

Suite direct du premier opus, Luc Besson reprend les mêmes et recommence. Si possible en inversant l’histoire précédente pour pas trop se casser les doigts (et les méninges) à l’écriture du scénario, car après avoir infiltrer la banlieue pour prévenir un attentat, le capitaine Damien doit ici infiltrer, accompagné des gangs de banlieues,  les arcanes du pouvoir militaire pour déjouer une affaire de corruption et de manipulation. L’intrigue aurait dans le fond un intérêt si elle n’était sans cesse phagocytée par des péripéties téléphonées, des invraisemblances constantes et des contradictions qui feraient hurler le plus hargneux des schizophrènes. Banlieue 13 ultimatum dit tout et son contraire, à la fois chant idéaliste pour la diversité culturelle alors que la première séquence démontre le replis communautaire, importance du respect du petit peuple alors que ce dernier tape et tire sur tout ce qui bouge, etc. Un joyeux foutoir qui n’a qu’un seul but, celui de divertir, si possible sans trop se poser de questions.

Critique des forces polices bêtes et méchantes (sauf le capitaine bien sûr qui est plus fort, plus malin et plus serein) et éloge d’une soi-disant culture des banlieues (musique, cool attitude, solidarité gratuite, autrement dit tout un référentiel de clichés), Banlieue 13 ultimatum tente de s’approprier l’image de zones de non-droit pour justifier tout un déluge d’effets pyrotechniques sans pour autant offrir une histoire de fond. Certes l’on attendait pas une réflexion profonde sur le malaise des banlieues à l’image d’un film social comme La haine mais ici le tableau dressé frise le ridicule. Les noirs, les Arabes, Les asiatiques, les néo-nazis et les Gitans se partagent les territoires et trafiquent, prétextant qu’ils préfèrent être les rois d’un petit royaume emmuré plutôt que des quidams dans un monde libre et égalitaire. Armes aux poings affichant des codes vestimentaires bien distincts, le portrait de ces groupuscules ne dépassent pas la caricature puérile : les Noirs sont rastas, les Arabes barbus, les Chinois tatoués, etc. L’imagination, de fait, ne semble pas être le fort ni du scénariste, ni du réalisateur.

Si le scénario n’est pas un modèle de lumière, reste le spectacle des cascades et des chorégraphies des combats. Ici l’acteur et cascadeur Cyril Raffaelli, responsable également des chorégraphies, étonne et détonne. Par un soupçon d’influence hollywoodienne (montage nerveux et serré) et un zest de films d’arts martiaux hongkongais (combats physiques, acrobaties, utilisation des décors pour les chorégraphies), le film fonctionne davantage sur les corps à corps que sur les explosions ou les gunfights. Nos héros courent, sautent, font les équilibristes, et s’imposent dans des faces à faces musclés. La première séquence, celle dite de la pêche aux gros poissons, offre son lot de surprises et de numéros. Si l’interprétation physique est impressionnante, l’interprétation dramatique est, elle, très superficielle. Mis à part Philippe Torreton et Daniel Duval, deux solides acteurs par ailleurs peu habitués à ce type de grosse production commerciale, le reste du casting se fonde essentiellement sur les faciès et les silhouettes, telle que la meneuse des triades, Tao, interprétée par Elodie Yung (Les bleus : premiers pas dans la police), qui mériterait à elle seule un spin-off pour son look et sa coupe de cheveux dévastatrice.  Banlieue 13 ultimatum ou quand le décompte et la dialectique banlieusarde ne peuvent pas casser des briques.

Les loups (Hideo Gosha, 1971): chronique rétro

LES LOUPS
(Shusso iwai)
Un film de Hideo Gosha
Avec Tatsuya Nakadai, Isao Natsuyagi, Tetsuro Tanba, Noboru Ando, Komaki Kurihara, Kyôko Enami
Genre: action, drame, yakuza
Pays: Japon
Durée: 2h11
Date de sortie: 30 octobre 1971

En 1926, un nouvel empereur prend place sur le trône et avec lui un nouveau gouvernement se forme. Pour marquer cette nouvelle ère pour la nation japonaise, certains prisonniers sont exceptionnellement graciés, dont trois yakuzas, Iwahashi et Tsutomu du clan Enokiya et Ozeki du clan rival Kannon. Le ressentiment nourrissait leur rivalité pourtant, à l’heure de leur sortie de prison, la situation a beaucoup évoluée. Le boss du clan Enokiya est mort et Sasaki, le cadet d’Iwahashi lui succède. Un médiateur, le puissant industriel Asakura, rapproche Sasaki et Igarashi, le boss du clan Kannon, en favorisant le mariage de ce dernier avec la fille de l’ancien boss du clan Enokiya. La paix entre les factions est cependant fragile et la sortie de deux des plus influents yakuzas, Iwahashi et Ozeki, n’aide pas à favoriser l’entente cordiale. Ce sont deux anciens qui ne vivent que par le code d’honneur des yakuzas. Ils sont loin d’appeler à la guerre, au contraire ils suivent les instructions à la lettre, jusqu’au jour où certains secrets refont surfaces et mettent en péril l’autorité et la hiérarchie.

Réalisé deux ans seulement après Goyokin et Hitokiri en 1969, Hideo Gosha aligne donc un troisième chef d’œuvre d’affilé. Si ces deux derniers films sont des trésors du chanbara nihiliste, autrement dit du film de sabre crépusculaire, Les loups en est quelque sorte un reflet dans le genre du film de yakuza. Le début des années soixante-dix marquent en effet la fin d’un genre tout particulier, celui du ninkyô eiga, le film de chevalerie qui présente les yakuzas comme des héros des temps modernes avec un sens du code de l’honneur infaillible. Généralement situés dans la période du Japon d’avant-guerre, ces films témoignent des changements dont le pays est l’objet, celui de la montée en puissance du capitalisme et de l’influence durable de l’Occident dans le monde des affaires.

Sur le modèle du yakuza fidèle au code qui ronge son frein devant les trahisons impunies avant de tirer le sabre au clair pour rétablir un semblant d’ordre et de respect, Hideo Gosha apporte sa propre touche personnelle au genre, celle d’une évocation désespérée d’un monde en pleine déliquescence, qui se heurte aux exigences d’un monde en pleine transformation. Le monde ancien des yakuzas, statique et dépassé, ne peut juguler les nouveaux désirs de puissance que certains éprouvent devant les possibilités de la nouvelle économie du pays. En cela les choses changent, le politique et le financier font leur entrée fracassante dans un univers précédemment cantonné aux salles de jeux et autres lieux de plaisirs et de perdition. Ici, les dirigeants voient plus loin et plus grand, au grand dam d’un équilibre des forces fragiles.

On retrouve dans Les loups un casting prestigieux très habitué au genre ; Tatsuya Nakadai, l’un des acteurs fétiches du réalisateur dans le rôle principal d’Iwahashi, Tetsuro Tanba dans celui du médiateur, Noboru Ando et sa large cicatrice au visage dans celui d’Ozeki et enfin la très belle et vénéneuse Kyôko Enami dans celui de l’artiste tatoueuse aux talents cachés révélée par la célèbre série de films La pivoine rouge.  Casting de rêve pour une histoire de trahison, de revanche mais aussi pour une histoire d’amour impossible, celui de la fille du boss désormais fiancée au clan rival alors qu’elle n’éprouve des sentiments que pour un second couteau de son clan. Amitiés viriles, serments profanés, code d’honneur bafoué, hiérarchie biaisée, c’est tout l’univers des clans mafieux qui tremblent à l’aune de la nouvelle ère impériale du pays.

Esthète de l’image, Hideo Gosha nous offre encore ici un spectacle funèbre magnifique. La composition très travaillée se confronte à l’audace de la bande-sonore tout simplement audacieuse, certains combats se déroulant dans un silence d’autant plus terrifiant qu’ils sont brutaux et sanguinaires. Gosha ne détourne jamais la caméra devant la violence de ces gangsters avides de sang, la palme à ce couple de tueuses qui oeuvrent délicatement et gracieusement, dans un ballet de mort fascinant. L’évocation de certaines pratiques folkloriques n’en marquent que davantage le fossé qui s’est installé entre l’ancienne génération de yakuzas et la nouvelle, la première pratiquant encore le respect des coutumes, la seconde n’hésitant pas à user du mensonge, de la corruption et de la lâcheté. Un grand film japonais qui ne connaît pas encore une sortie en vidéo en France mais qui mériterait, tout comme Hitokiri, les honneurs d’une exploitation en salles.

The red riding trilogy – 1980 (James Marsch, 2009): chronique cinéma

THE RED RIDING TRILOGY – 1980
Un film de James Marsch
Avec Paddy Considine, Maxine Payne, David Morrissey, Robert Sheehan
Genre: thriller, policier
Pays: Grande-Bretagne
Durée: 1h33
Date de sortie: 11 novembre 2009

The red riding trilogy affiche

1980, un assassin surnommé « l’éventreur » terrorise depuis près de six ans la région du Yorkshire, dans le nord de l’Angleterre. Dans l’impasse la police locale se voit obliger de faire intervenir un inspecteur de Manchester, Peter Hunter. Celui-ci avait déjà collaboré avec les policiers du Yorkshire quelques années auparavant à la suite d’une fusillade inexpliquée dans un pub avant d’être rappelé chez lui pour des raisons personnelles. Cette fois-ci l’inspecteur compte bien mené son enquête jusqu’au bout, quitte à faire du bruit auprès de sa hiérarchie lorsqu’il vient à contredire la thèse officielle autour de l’assassin. Une fois encore il découvre que certains policiers sont mêlés de près ou de loin à la dissimulation ou à la fabrication de fausses preuves ou d’aveux extorqués.

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Second opus de The red riding trilogy d’après les romans de David Pearce, 1980 explore la quête d’un homme seul contre le système, un homme pris en étau entre la corruption qui règne dans sa profession et une situation conjugale fragile. Entre les flashes-back de cette fameuse première enquête sur une fusillade suspecte dont les rapports d’experts contredisait la version officielle et cette nouvelle mission tout aussi dénuée de rigueur et de savoir-faire, Peter Hunter sait déjà qu’il ne pourra compter que sur ses deux agents choisis par ses soins pour faire avancer l’investigation. En opposition directe avec les policiers locaux qu’ils l’accusent de vouloir les faire plonger, l’inspecteur marche sur le fil du rasoir, la hiérarchie n’attendant qu’un seul pas de sa part pour le révoquer.

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Après 1974 donc, qui reprenait le point de vue d’un jeune journaliste remontant le chemin sinueux d’une sombre histoire de petites filles violées et torturées, 1980 nous plonge dans l’Angleterre du thatchérisme, d’une institution à la poigne de fer dans un gant de soie qui tente de faire bonne figure devant ses échecs répétés mais qui n’oublie pas de sacquer discrètement celles et ceux qui ne rentrent pas dans le rang. Ici les victimes ne sont plus des fillettes innocentes mais des prostituées ou des femmes jugées faciles dont les meurtres gênent davantage la police parce que l’assassin se gargarise auprès de la presse de ses sombres exploits que de toutes considérations morales du geste meurtrier lui-même. Rangé du côté de la raison et de l’analyse, Peter Hunter va très vite mettre à jour les manques de l’enquête, les anicroches d’une procédure, et par là même le côté erronés des résultats, pointant du doigt l’incompétence des policiers incriminés.

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Couleurs sombres et froides, moiteur de l’atmosphère, crasse omniprésente, les paysages et les décors intérieurs du Yorkshire sont tel un labyrinthe dont Peter Hunter doit trouver la sortie. Le seul fil d’Ariane à sa disposition, un homosexuel travesti et apeuré qui se souvient de cette fameuse nuit. Pour Peter Hunter l’exploration de l’enfer commence et le film n’oubli pas d’entraîner son spectateur avec lui. Si ce second opus est peut-être un peu plus faible que les deux autres, il dépasse cependant la plupart des polars américains de ces dernières années dans sa représentation obscure d’une société damnée. Village quasi laissé à l’abandon, ruelles sombres, entrailles d’un commissariat qui cache un passé douteux, chambre d’hôtel miteuse, petit garage à l’écart et oublié de tous, il ne fait pas bon vivre dans le Yorkshire des années quatre-vingt, à l’heure où l’éventreur officie loin des regards. Mais la défaite de la police devant ces meurtres non résolus cachent bien plus en réalité.

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The red riding trilogy – 1974 (Julian Jarrold, 2009): chronique cinéma

THE RED RIDING TRILOGY – 1974
Un film de Julian Jarrold
Avec Andrew Garfield, Sean Bean, Warren Clarke, Rebecca Hall
Genre: thriller, policier
Pays: Grande-Bretagne
Durée: 1h41
Date de sortie: 11 novembre 2009

The red riding trilogy affiche

En 1974 dans la région du Yorkshire dans le nord de l’Angleterre, une petite fille disparaît. Eddie Dunford, natif de la région mais revenant du sud après une courte carrière insatisfaisante, embauche pour le poste de journaliste enquêteur au Yorkshire Post. Très vite le jeune reporter fait le rapprochement de cet enlèvement avec d’autres disparitions de petites filles dans les entourages quelques années auparavant. L’un de ses collègues, plus expérimenté, travaille sur la corruption qui règne parmi les notables de la ville, impliquant certains officiers des forces de police et un richissime homme d’affaire sous une affaire de projet immobilier à venir. Mais lorsque Eddie Dunford commence à réveiller les histoires du passé, il met le doigt dans un engrenage qui le conduira dans les recoins sombres de cette communauté qui n’a cure des idéalistes.

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Adapté de la série littéraire policière Le quatuor du Yorkshire écrite par David Peace aux débuts des années 2000, 1974 est le premier film d’une trilogie, nommée The red riding trilogy, qui reprend un ensemble d’affaires macabres se déroulant dans cette région reculée de l’Angleterre. David Peace est le James Ellroy anglais, véritable thanatologue littéraire des crimes les plus abjects qui prennent pour cadre une société en putréfaction, entre prostitution, viol, meurtre, pédophilie et autres crimes sadiques dont la lecture a de quoi effrayer. Ce premier opus prend comme point de vue celui d’un nouveau venu, jeune, qui désire pour une fois dans sa vie mériter le respect à travers ses efforts au travail. Ce jeune journaliste, Eddie Dunford, est le fils d’un tailleur estimé, mort il y a peu.

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Pourtant les évènements criminels ne lui laisseront que peu de répit pour prendre ses marques et, à peine arrivé, il est lâché dans la fosse au lions face aux vieux briscards de son propre journal et les relations tendues que la police porte au canard. Dissimulation, mensonge, ignorance, malversation, chantage, le récit explore les fanges de l’âme humaine alors que la vie d’une petite fille est en jeu. Doutes vites balayés, celle-ci est peu après retrouvée morte dans un chantier, des ailes d’ange cousues à même la peau dans son dos. Entre des flics corrompus, des culs terreux peu loquaces et une femme victime qui se jette dans les bras du premier venu, Eddie Dunford va vite mûrir à cette école de la vie peu soucieuse d’être indulgente.

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Julian Jarrold signe cette première partie qui fixe le cadre : tout est sale, impur, froid comme la mort. Le réalisme brut des images se dispute à une bande son souvent hypnotique et abstraite, on entre peu à peu dans le mental confus du jeune personnage, plongé dans le chaos d’une enquête qui le dépasse. Histoire à tiroirs où le moindre détail peut devenir un indice (y compris pour les films suivants), le montage du film peut paraître parfois complexe au spectateur sans pour autant jamais le désarçonner ou le décevoir. La maîtrise du film est totale, l’interprétation sans fausse note et l’intrigue tout simplement captivante. Un récit mené de mains de maître par le scénariste Tony Grisoni qui a su, à partie des quatre livres originaux, tirer une trilogie qui capte sans fard ni faux fuyant la cruauté des évènements. 1974 est un coup de poing qui entraînera le spectateur dans une spirale effroyable de la barbarie humaine, barbarie qui se déploiera avec machiavélisme dans ses deux suites, 1980 et 1983.

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