Wolfman (Joe Johnston, 2008): chronique cinéma

WOLFMAN
(The wolfman)
Un film de Joe Johnston
Avec Anthony Hopkins, Benicio del Toro, Emily Blunt, Hugo Weaving, Géraldine Chaplin, Art Malik
Genre: fantastique, horreur
Pays: USA
Durée: 1h39
Date de sortie: 10 février 2010

Dans les landes brumeuses de l’Angleterre victorienne, dans le hameau de Blackmoor, un aristocrate est déclaré disparu. Sa fiancée, Gwen Conliffe, fait appel au frère de celui-ci pour le retrouver. Mais pour Lawrence Talbot, acteur shakespearien renommé, revenir dans la demeure familiale n’est pas aisé. Trop de mauvais souvenirs et des relations conflictuelles avec son père, Sir John Talbot, lui ont laissé un goût amer. A peine revenu, il découvre que son frère est retrouvé le corps déchiqueté par une créature inconnue. Alors que la populace du village voisin accuse les gitans installés depuis peu dans la forêt, leur campement est soudainement attaqué un soir de pleine lune. Lawrence, venu chercher quelques indices sur la mort de son frère est attaqué par la bête. Violemment lacéré au niveau de l’épaule, il retrouve cependant très vite ses forces et la blessure semble guérir de façon surnaturelle en quelques jours. D’étranges sensations commencent à assaillir son corps, un besoin de faire sortir ses pulsions se fait jour. Craignant pour la vie de son fils, Sir John Talbot n’hésite pas à faire interner son fils dans un hôpital psychiatrique comme il l’avait déjà fait quand Lawrence était enfant…

Remake tourmenté du classique des studios Universal réalisé en 1941 par George Waggner avec Lon Chaney Jr. dans le rôle principal, Wolfman n’a pas, semble t-il, connu une production facile avec des changements incessants au poste de réalisateur. C’est finalement Joe Johnston, célèbre superviseur des effets spéciaux qui a notamment travaillé dur la trilogie initiale de Star Wars, qui s’y colle. Et c’est là que le bas blesse. Certes le bonhomme est un honnête artisan mais son manque de personnalité artistique est davantage un poids pour un film qui, sur le papier, semble vouloir aller au-delà de son prédécesseur. Excepté son premier film, The rocketeer, réalisé en 1991, le metteur en scène a depuis enchaîné des films aussi oubliables les uns que les autres ; Jumanji, Jurassic Park 3 ou encore Hidalgo en 2004. Insuffisant pour s’attaquer à l’un des mythes du cinéma fantastique. Kenneth Branagh s’était également cassé les dents avant lui sur son remake de Frankenstein là où Francis Ford Coppola avait réussi son pari de ressusciter Dracula.

Certes le film respecte le ton éminemment gothique de l’original et le casting était des plus prometteur (Benicio des Toro, Anthony Hopkins, Emily Blunt et Hugo Weaving tout de même) mais le long métrage peine à trouver son sujet et n’approfondit à aucun moment les points clefs du récit. L’histoire d’amour est mielleuse, l’aspect psychiatrique du récit est trop vite abandonné pour une surenchère d’effets fantastiques et la relation filiale, essentielle dans le film, n’est qu’effleurée. Les pulsions sexuelles et cannibales sont également presque totalement absentes, l’assimilation mystique de la figure du loup-garou à celle du diable n’est pas exploité et, enfin, la dimension shakespearienne du personnage de Lawrence, héros fatalement tourmenté, disparaît bien vite dans une proposition bien superficielle d’un mythe qui a besoin de davantage de considération. Le lycanthrope n’a jamais réellement eu de films à sa hauteur, excepté peut-être La compagnie des loups de Neil Jordan en 1984 ou encore la relecture moderne du mythe dans Wolf de Mike Nichols dix ans plus tard.

Bref, on s’ennuie ferme sur cette version victorienne et même les acteurs semblent absents. Benicio des Toro est écrasé par le charisme imposant d’Anthony Hopkins qui paraît pourtant très paresseux dans son rôle de père hautain mais indigne. Emily Blunt, que le visage angélique décerne comme principale victime, ne dépasse jamais le statut de figure féminine inutile. Seul Hugo Weaving s’en tire avec son aisance naturelle et son phrasé si distingué dans le rôle de l’inspecteur de Scotland Yard. Déception donc pour un film qui aurait mérité un réalisateur avec davantage de trempe et d’orgueil vis à vis d’un thème qui permet d’ausculter la délicate nature humaine par l’entremise de la bestialité. Les classiques fantastiques d’Universal continueront encore d’inspirer les cinéastes actuels, gageons que la prochaine fois l’audace et l’originalité soient au rendez-vous.

La nuit du loup-garou (Terence Fisher, 1961): chronique rétro

LA NUIT DU LOUP-GAROU
(The curse of the werewolf)
Un film de Terence Fisher
Avec Oliver Reed, Clifford Evans, Yvonne Romain, Catherine Feller, Anthony Dawson, Joséphine Llewellyn, Richard Wordsworth
Genre: fantastique, horreur
Pays: Grande-Bretagne
Durée: 1h31
Date de sortie: 7 juin 1961

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Fruit d’un viol d’une servante sourde-muette par un mendiant retombé à l’état sauvage à cause du sadisme d’un marquis, qui a lui-même voulu profiter des charmes de la domestique, Leon Corledo est à jamais marqué du sceau de la marginalité, image même de l’être différent et écarté de la société. Cette différence se dévoilera tardivement lorsque, chérie par une famille adoptive, aimante et compatissante, l’enfant est pris de violents cauchemars récurrents. La bête qui sommeille en lui se réveille et prend le contrôle. Combien même l’amour et la tendresse du père remettront en sommeil cette bestialité, la découverte de l’amour et des pulsions sexuelles, que la société lui interdira d’assouvir, vont déchaîner une fois pour toutes ces forces maléfiques. Amoureux de la fille d’un viticulteur bourgeois désireux de la marier à un aristocrate, le jeune Leon ne pourra consommer cet amour à cause de son appartenance sociale. Sans le savoir, le monstre gronde et effraie la population locale. Tiraillé entre sa nature humaine, ses sentiments délicats et tendres qu’il éprouve envers sa famille et sa bien-aimée, et sa part d’ombre, incontrôlable et haineuse, Leon ne peut que rechercher la mort afin de mettre un terme à ses souffrances.

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Maître incontesté du film fantastique britannique, Terence Fisher s’est frotté à tous les mythes du répertoire de l’épouvante pour la société de production Hammer. Pour elle, le metteur en scène a ressuscité les plus célèbres monstres et créatures du fantastique gothique. Frankenstein s’est échappé (1956), Le cauchemar de Dracula (1957), Le chien des Baskerville (1959), La malédiction des pharaons (1959), Dracula, prince des ténèbres (1965) ou encore Frankenstein créa la femme (1965) sont parmi ses films les plus connus. Ici le réalisateur s’attaque à la légende du loup-garou qu’il resitue en Espagne au XVIII ème siècle. Esthétique très marquée british, La nuit du loup-garou possède ce charme quelque peu suranné des productions horrifiques de l’époque avec un imposant oliver Reed dans le rôle de la bête maudite.

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Plaisir coupable, ce film se laisse regarder avec nostalgie. La lenteur de la narration et les choix parfois faciles de la mise en scène rebuteront les habitués du film d’horreur contemporain, habitués à l’exposition frontale de l’horreur plutôt qu’à sa suggestion. Bien sûr le propos du réalisateur est ailleurs. Le véritable monstre n’apparaissant qu’après une bonne moitié du film, Terence Fisher s’attarde tout d’abord sur les origines sociales de la bête et son développement dans la période de l’enfance. Bébé innocent mais maudit, la nature tremble au moment de son baptême: l’eau du bénitier commence à bouillir, l’orage éclate, les éclairs percent les ténèbres de la nuit… Sans être un chef d’oeuvre du genre, le film possède ses moments envoûtants. Très belle scène finale où le père se résigne à tuer son fils pour le libérer de ses tourments, la bête meure ainsi sous les tintements des cloches de l’église à l’image de Quasimodo dans Notre-Dame de Paris de Wallace Worlsey quarante ans plus tôt.

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