Aide-toi le ciel t’aidera (François Dupeyron, 2008): chronique cinéma

AIDE-TOI LE CIEL T’AIDERA
Un film de François Dupeyron
Avec Félicité Wouassi, Claude Rich, Elisabeth Oppong, Ralph Amoussou, Charles Etienne N’Diaye, Jean-Jacques Ido, Mata Gabin
Genre: comédie dramatique
Pays: France
Durée: 1h32
Date de sortie: 26 novembre 2008


Sonia marie sa fille aînée. Le même jour Son fils aîné se fait arrêter pour possession de drogue et son autre fille lui révèle qu’elle est enceinte de sept mois. Le petit monde de Sonia achève de s’effondrer lorsque quelques heures avant la cérémonie nuptiale son époux meurt d’une crise cardiaque. Pour autant Sonia ne se laisse pas démonter, elle tient absolument à ce mariage et va tout mettre en œuvre pour que tout se passe bien. Elle fait alors appel à son vieux voisin, Robert, pour cacher le corps et continuer à toucher la retraite de son époux. En prétendant que son mari a quitter le domicile, la vie de la petite famille se poursuit malgré les problèmes.

Le nouveau film de François Dupeyron, Aide-toi le ciel t’aidera, ose la comédie dramatique à contre-courant, celle d’une famille noire vivant dans une cité sans pour autant avoir pour sujet les problèmes sociaux habituels. Non ici il s’agit plutôt des petites contrariétés (voir de très gros problèmes) qui ont tendance à s’accumuler toujours au mauvais endroit au mauvais moment. La vie d’épouse et de mère pousse parfois Sonia à adopter des solutions radicales voire incongrues, procurant à cette comédie une fraîcheur et une audace bienvenues. Pour couronner ce portrait familial, le réalisateur pousse même le bouchon jusqu’à l’évocation de la canicule qui fit succomber plusieurs milliers de personnes âgées un fameux été 2003. Car les personnes âgées sont représentées ici par le personnage du voisin, incarné par Claude Rich, un vieux monsieur qui a laissé sa vie défiler sans agir et qui découvre aux côtés de Sonia, qui l’aide chaque jour dans ses tâches ménagères, une nouvelle raison de vivre.

C’est donc dans le décor d’une cité bercée par la chaleur estivale que prend vie le quotidien de cette famille quelque peu déséquilibrée ; le mari est à la retraite et dépense aveuglément l’argent longuement économisé pour le mariage de la fille aînée, le fils aîné lui est un délinquant sans grande envergure, la fille cadette cache soigneusement sa grossesse et enfin le fils cadet est un petit garçon qui joue dangereusement avec les scooter sur le toit de l’immeuble. Sonia dans tout ça se retrouve seule ou presque, avec sa copine frivole Marijo qui la pousse à refaire sa vie et à profiter des plaisirs qu’elle peut offrir. Donc plutôt que de décrire une communauté minée par la vie dans les cités et leur place dans la société, François Dupeyron se concentre davantage sur ces personnages et leurs relations. Une comédie privée qui ne manque pas cependant d’évoquer certains travers comme la mise en marge des personnes âgées, la façon dont on les laisse de côté au point de ne pas contrôler les versements de retraites ou encore comment ces personnes tombent comme des mouches par la chaleur sans que cela n’éveille plus que ça la conscience nationale.

Loin de ses précédents films tels que La chambre des officiers ou encore Inguélézi, le cinéaste opte ici pour la gravité enrobée de légèreté plutôt que la tragédie classique développé par le film sur les gueules cassées de la première guerre mondiale et l’intimité minimaliste évoquée dans Inguélézi. Une bouffée d’oxygène originale avec une actrice, Félicité Wouassi, étonnante et impressionnante dans le rôle de cette mère courage qui tente de prévenir le naufrage du bateau familial. Claude Rich de même procure au personnage du vieux Robert une certaine tendresse et une fragilité toute en nuance. Aide-toi le ciel t’aidera est une sorte de conte moderne politiquement incorrecte mais à la fraîcheur salutaire, qui laisse un petit goût sucré et plaisant.

Banlieue 13: ultimatum (Patrick Alessandrin, 2008): chronique cinéma

BANLIEUE 13 ULTIMATUM
Un film de Patrick Alessandrin
avec Cyril Raffaelli, David Belle, Philippe Torreton, Daniel Duval, Elodie Yung, MC Jean Gab’1, La Fouine, James Deano, Pierre-Marie Mosconi, Moussa Maaskri, Sophie Ducasse, Patrick Steitzer
Genre: action
Pays: France
Durée: 1h41
Date de sortie: 18 février 2009


Trois ans après ses premières aventures au sein de la fameuse banlieue 13, le capitaine Damien est mystérieusement piégé pour possession de drogue. A l’extérieur un incident embrase l’opinion de la population contre les banlieues, zones de non-droit que certains aimeraient raser. Leito de son côté espère toujours voir la fin de ce mur de béton qui scinde le peuple en continuant ses petites attaques à la bombe. Alors qu’un gamin a été témoin de l’assassinat de policiers par de mystérieux agents du gouvernement en utilisant l’enregistrement vidéo de son télèphone, Leito se retrouve en possession du film accusateur. Le même jour, il doit se rendre au quoi des orfèvres afin de libérer Damien des mains des forces de l’ordre. Pour contrecarrer le plan d’évacuation des banlieues, ils vont devoir fédérer les différents gangs qui règnent sur ces territoires où une seule loi prévaut, celle du plus fort.

Suite direct du premier opus, Luc Besson reprend les mêmes et recommence. Si possible en inversant l’histoire précédente pour pas trop se casser les doigts (et les méninges) à l’écriture du scénario, car après avoir infiltrer la banlieue pour prévenir un attentat, le capitaine Damien doit ici infiltrer, accompagné des gangs de banlieues,  les arcanes du pouvoir militaire pour déjouer une affaire de corruption et de manipulation. L’intrigue aurait dans le fond un intérêt si elle n’était sans cesse phagocytée par des péripéties téléphonées, des invraisemblances constantes et des contradictions qui feraient hurler le plus hargneux des schizophrènes. Banlieue 13 ultimatum dit tout et son contraire, à la fois chant idéaliste pour la diversité culturelle alors que la première séquence démontre le replis communautaire, importance du respect du petit peuple alors que ce dernier tape et tire sur tout ce qui bouge, etc. Un joyeux foutoir qui n’a qu’un seul but, celui de divertir, si possible sans trop se poser de questions.

Critique des forces polices bêtes et méchantes (sauf le capitaine bien sûr qui est plus fort, plus malin et plus serein) et éloge d’une soi-disant culture des banlieues (musique, cool attitude, solidarité gratuite, autrement dit tout un référentiel de clichés), Banlieue 13 ultimatum tente de s’approprier l’image de zones de non-droit pour justifier tout un déluge d’effets pyrotechniques sans pour autant offrir une histoire de fond. Certes l’on attendait pas une réflexion profonde sur le malaise des banlieues à l’image d’un film social comme La haine mais ici le tableau dressé frise le ridicule. Les noirs, les Arabes, Les asiatiques, les néo-nazis et les Gitans se partagent les territoires et trafiquent, prétextant qu’ils préfèrent être les rois d’un petit royaume emmuré plutôt que des quidams dans un monde libre et égalitaire. Armes aux poings affichant des codes vestimentaires bien distincts, le portrait de ces groupuscules ne dépassent pas la caricature puérile : les Noirs sont rastas, les Arabes barbus, les Chinois tatoués, etc. L’imagination, de fait, ne semble pas être le fort ni du scénariste, ni du réalisateur.

Si le scénario n’est pas un modèle de lumière, reste le spectacle des cascades et des chorégraphies des combats. Ici l’acteur et cascadeur Cyril Raffaelli, responsable également des chorégraphies, étonne et détonne. Par un soupçon d’influence hollywoodienne (montage nerveux et serré) et un zest de films d’arts martiaux hongkongais (combats physiques, acrobaties, utilisation des décors pour les chorégraphies), le film fonctionne davantage sur les corps à corps que sur les explosions ou les gunfights. Nos héros courent, sautent, font les équilibristes, et s’imposent dans des faces à faces musclés. La première séquence, celle dite de la pêche aux gros poissons, offre son lot de surprises et de numéros. Si l’interprétation physique est impressionnante, l’interprétation dramatique est, elle, très superficielle. Mis à part Philippe Torreton et Daniel Duval, deux solides acteurs par ailleurs peu habitués à ce type de grosse production commerciale, le reste du casting se fonde essentiellement sur les faciès et les silhouettes, telle que la meneuse des triades, Tao, interprétée par Elodie Yung (Les bleus : premiers pas dans la police), qui mériterait à elle seule un spin-off pour son look et sa coupe de cheveux dévastatrice.  Banlieue 13 ultimatum ou quand le décompte et la dialectique banlieusarde ne peuvent pas casser des briques.

Slingshot (Brillante Mendoza, 2007): chronique preview

SLINGSHOT
(Tirador)
Un film de Brillante Mendoza
Avec Jiro Manio, Kristofer King, Coco Martin, Nathan Lopez, Jaclyn Jose
Genre: drame
Pays: Philippines
Durée: 1h26
Date de sortie: indéterminée

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Dans le quartier des affaires très fréquentés de Quiapo à Manilles, la vie au jour le jour d’une communauté de voleurs à la tire, les tirador du titre original. Entre les expulsions, les descentes et la répression des policiers, les problèmes d’hygiène du bidonville, ils se faufilent parmi les touristes et les passants pour les détrousser de leurs biens avec leurs mains agiles. Un monde où règne la drogue et la prostitution, où la moindre rixe peut dégénérer en lutte fratricide. Lors de la semaine sainte, les politiciens achètent les voix des habitants pour s’assurer la victoire.

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Cinquième film du cinéaste philippin Brillante Mendoza, Tirador est tourné en vidéo en quelques jours lors de la semaine sainte 2007 avec des acteurs professionnels dont l’interprétation est tout simplement exceptionnelle. Héritage d’un cinéma-vérité qui se pose la question du réel à travers la fiction, la réalité des bidonvilles, des passants et des évènements publiques insèrent la narration et les personnages dans un présent palpable et tragique. Dans une cité bouillonnante d’activité, une communauté située au bas de l’échelle sociale tente de survivre et de s’organiser pour vaincre les difficultés. En pleine lumière ou à contre-jour, dans les allées étroites du bidonville comme dans les artères principales de la ville, le cinéaste suit ses personnages au plus près. Pas de devancement ni de mise en scène des mouvements de caméra, juste une poursuite perpétuelle des protagonistes qui semblent à chaque instant s’évanouir dans la foule.

Tout d’abord pressenti pour être présenté au Festival de Toronto, le film est également projeté lors de la Biennale du Festival de Berlin en février 2008. En France il aura fallu attendre le Festival du Film Asiatique de Deauville en mars 2008 pour le découvrir avant une rétrospective du cinéaste au Festival Paris-Cinéma durant l’été. Outre le sujet passionnant d’un film qui sort des plate-bandes des films philippins habituels, Brillante Mendoza fait paradoxalement preuve d’une maîtrise de l’image à travers des situations de tournage improvisées. Sur le qui-vive, toujours en alerte, la caméra fait découvrir aux spectateurs le monde souterrain des laissés-pour-compte dans un dédale de ruelles et de couloirs qui donne une sensation de porosité de la cité. Constamment poursuivis par les policiers, les tirador n’ont d’autres choix que de courir à travers ce labyrinthe pour échapper à la répression.

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Par moments le cinéaste délaisse ce jeu du chat et de la souris pour s’attarder sur certains personnages en particulier, pour démontrer la rudesse des conditions de vie et d’éducation des enfants nés dans un milieu tellement pauvre que le moindre fil de fer peut leur servir de jouet. Aux bras des dealers et des alcooliques, ils s’imprègnent des réflexes nécessaires pour subsister par leurs propres moyens. Un film dur et beau à la fois, désespérant par sa noirceur mais salvateur pour les possibilités du cinéma contemporain en attendant son prochain film, Kinatay, qui sort le 18 novembre prochain sur nos écrans.

Le sens du devoir 4 (Yuen Woo-ping, 1989): chronique DVD

LE SENS DU DEVOIR 4
(Wong ga si je ji IV: jik gik jing yan/ In the line of duty 4)
Un film de Yuen Woo-ping
Avec Cynthia Khan, Donnie Yen, Michael Wong, Yuen Yat Chor, Stephen Berwick, Chiao Chiao, Wing Cho
Genre: policier, polar, action, arts martiaux
Pays: Hong Kong
Durée: 1h21
Editeur DVD: HK Vidéo/ Metropolitan
Date de sortie DVD: 1er octobre 2008

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L’inspectrice Yeung reprend du service en étant chargée ici de retrouver un suspect de meurtre émigré aux Etats-Unis et de retour à Hong-Kong pour se réfugier. Derrière cette histoire, un trafic de drogue douteux et une pellicule photographique perdue dans la nature qui en gêne plus d’un. La CIA sur le coup, il faudra la meilleure fliquette de Hong Kong et l’aide de son partenaire expert en arts martiaux pour déjouer les plans machiavéliques des agents corrompus.

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Le troisième volet avait déçu par son manque de mise en scène rythmé et par l’absence de véritable caractérisation des personnages. Ici Yuen Woo-ping reprend les rennes et impose les combats et les cascades toutes les trois minutes, conférant au film une certaine dose de séquences d’action ne laissant aucun temps mort. Néanmoins il n’évite pas l’écueil des personnages trop vite esquissés, d’une intrigue somme toute assez mince et de la relégation au second plan du personnage principal, la fliquette justement, pour imposer un jeune et très athlétique inspecteur incarné par Donnie Yen (la série des Tiger Cage, Dragon inn, Iron monkey, Hero ou encore Ip Man). Sur ce point Yuen Woo-ping trahit le concept de la série puisque l’inspectrice, même si elle conserve son penchant pour la baston, ne s’en sort jamais véritablement seule. Contrairement au deux premiers opus (Royal warriors et Yes Madam avec Michelle Yeoh), l’inspectrice est plus commandée que commandante…

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Sans être tout à fait une suite au troisième opus, Cynthia Khan reprend néanmoins le rôle de L’inspectrice Yeung, le film faisant plutôt la part belle aux acteurs masculins avec tout de même son lot de bagarres. Ici les cascades spectaculaires et dangereuses laissent la place à des chorégraphies de combats plus rapides et plus complexes. Le contingent occidental est à son maximum, un blanc qui fait le singe (coup d’œil grotesque à la technique de boxe du même nom) et un black qui joue les gros bras sans oublié la femme occidentale type, c’est-à-dire blonde et sur-maquillée, tous les poncifs sur l’ennemi de l’ouest sont véhiculés assez bêtement. De ce point de vue, on avait connu Yuen Woo-ping plus inspiré, la faute peut-être à un cahier des charges contraignant où il s’agissait ici de plaire à la fois au public local mais aussi à l’exportation, la série ayant connu un très bon succès outre-Atlantique.

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Cynthia Khan quant à elle se laisse bercer par le film et ne brille pas par son volontarisme ni par la qualité de son jeu. La série, qui amorce sa descente avec les opus III et IV, tombera finalement dans l’impasse avec In the line of duty 5 : middle man en 1990, où l’actrice joue le rôle d’un boss à la tête d’une triade menacée par un autre clan avant de revenir à son rôle de Mlle Yeung dans In the line of duty 6 et 7 l’année suivante. Des films visiblement oubliés de la mémoire des cinéphiles. Cynthia Khan n’aura jamais vraiment réussi à s’imposer même si l’on peut lui concéder quelques réussites comme Blade of fury de Sammo Hung en 1993 ou encore Only the strong survive de Phillip Ko et Jim Gaines en 1995. A noter que plusieurs autres films portent comme prête-nom le titre de Yes, Madam !, histoire d’en rajouter encore un peu plus à la confusion…

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Rio ligne 174 (Bruno Barreto, 2008): chronique cinéma

RIO LIGNE 174
(Ultima parada 174)
Un film de Bruno Barreto
Avec Michel Gomes, Cris Vianna, Marcello Melo Jr., Gabriela Luiz, Anna Cotrim, Tay Lopez, Vitor Carvalho, Jana Guinoud
Genre: drame
Pays: Brésil
Durée : 1h48
Date de sortie : 22 juillet 2009

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1983, dans une favela de la capitale brésilienne, une mère toxicomane, Marisa, est chassé du quartier pour avoir consommé les produits de son petit ami dealer, laissant derrière elle son bébé Alessandro. Dix ans plus tard Marisa est devenue une autre femme. Très croyante et désormais rangée de la drogue, elle n’a qu’une seule obsession, retrouver son fils. De l’autre côté de la baie, Sandro, dix ans, voit sa mère abattue par deux voleurs. Fuyant le foyer de sa tante, il entame une existence misérable avec d’autres enfants orphelins, volant les passants pour pouvoir s’offrir leurs doses de colle à sniffer. Alessandro, lui, est devenu dealer et ne tardera pas à croiser le chemin de Sandro avec qui il nouera une amitié solide. Ce dernier ne tardera pas à finir en prison et Marisa, apprenant par hasard qu’un enfant du même âge que son fils est incarcéré, se persuade qu’il est bel et bien celui qu’elle recherche depuis tant d’années. Sandro décide de jouer le jeu pour se permettre une nouvelle vie avec sa copine, une jeune prostituée noire mais celle-ci ne désira pas arrêter son activité, Sandro perd totalement le contrôle de sa vie.

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Ecrit par le scénariste de La cité de Dieu, Braulio Mantovani, Rio ligne 174 est inspiré d’un fait réel qui vit la prise d’otage d’un bus en juin 2000 à Rio de Janeira par un jeune délinquant du nom de Sandro do Nascimento. Un événement tragique retransmis à la télévision et suivi par des millions de télespectateurs. Sur ce fil rouge du drame irrévocable mené par un enfant de la rue, Bruno Barreto construit un récit qui entremêle les destinées, celles des gamins prêts à tout pour se procurer leurs doses et celles de bénévoles tentant de stopper l’hémorragie et de recueillir ces enfants délaissés, non seulement par leurs parents, mais aussi et surtout par un gouvernement qui a laissé s’installer un climat de peur et de violence dans les rues de la capitale. Crimes impunis, main mise de la pègre, conditions pénitentiaires difficiles, pauvreté latente, rien ne s’offre à cette jeunesse désabusée pour qui le crime est devenu la seule alternative. Même le refuge dans la foi religieuse devient un aveu d’impuissance.

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La récit explore le passé fictif d’un personnage factuel pour mieux dépeindre la condition humaine, celle d’un fils qui a perdu sa mère et celle d’une mère qui recherche son fils. Deux destins intimement liés par la violence et la drogue, le premier s’engouffrant peu à peu et irrémédiablement dans les abysses de l’enfer, la seconde ayant échappée à la mort blanche et aux griffes des favelas. Deux destins croisés qui, l’espace de quelques jours, se mélangeront avant de se séparer à nouveau. Beaucoup plus que la description d’un monde urbain brésilien au bord du chaos, c’est davantage au ressenti des personnages que le cinéaste s’intéresse. Que ce soit l’amour aveugle que la mère porte à ce fils qu’elle ne connaît plus ou le manque de repère qui entraîne Sandro a constamment choisir la mauvaise solution, Bruno Barreto insiste sur leur nature humaine, sensible et faillible, sans aucun jugement moral. En quelque sorte Sandro n’est pas coupable, il est tout simplement broyé par une machine sociale qui le dépasse.

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Dans la séquence finale de a prise d’otage, la fiction rejoint la réalité, les images de télévision se mêlent à celles, reconstituées, tournées à l’intérieur du bus. Image marquante d’un adolescent encerclé par les forces de police et qui, parce qu’il est sans éducation et qu’il ne peut évaluer la situation, s’enferme encore davantage dans une conclusion fatale. S’amassant inconsciemment autour du bus, la population regarde l’un de ses fils comme le loup coupable de tous les maux, prêt à le lyncher telle une bête prise au piège. Pour Sandro il n’y aura pas de seconde chance et son coup d’éclat involontaire lui offrira davantage l’oubli que le fameux quart d’heure de gloire. Sandro meurt sans raison et presque sans personne pour le pleurer.

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