Island etude (En Chen, 2006): chronique preview

ISLAND ETUDE
(Lian xi qu)
Un film de En Cheng
Avec Chiang Ming-hsiang, Saya, Yang Li-yin, Wu Nien-chen, Darren Chiang
Genre: comédie dramatique
Pays: Taïwan
Durée: 1h48
Date de sortie: indéterminée


L’histoire d’un jeune homme, Ming, qui décide, avant de terminer ses études universitaires, de faire le tour de l’île à vélo en sept jours. Malentendant et quelque peu introverti, il va cependant rencontrer une multitude de gens sur son chemin, depuis une équipe de tournage qui se ballade telle une troupe de cirque, jusqu’à une Lithuanienne qui cherche son chemin et avec qui il passera quelques moments sur la plage. Un voyage qui se transforme en quelque sorte en regard sur son pays et sur lui-même qui le mène entre autre dans la maison de ses grands-parents où il profitera de la célébration d’une grande fête religieuse pour accompagner son grand-père en pèlerinage. Sept jours libéré de toute contrainte loin d’une vie urbaine monotone et sans surprise.

Plus connu pour son travail de directeur de la photographie sur les films de Hou Hsiao Hsien (La fille du Nil, La cité des douleurs, Good men, good women, Goodbye, south, goodbye), En Chen signe là son premier long-métrage en tant que cinéaste. Carte postale tendre mais sincère sur ce petit bout de terre qu’est Taïwan, l’on suit le personnage à travers une sorte de journal intime tenu par le malentendant, un handicap qui ne gêne sensiblement pas le jeune homme qui aime à se retrouver seul en débranchant son appareil auditif afin de se couper du monde, pour retrouver une quiétude intérieure qui s’exprime par ses dessins et son amour de la guitare. Ce tour de l’île à vélo est une sorte de tradition, les Taïwanais se plaisent à profiter des charmes de leur pays en le parcourant à bicyclette pour des trajets plus ou moins longs. Au-delà de l’aspect touristique et anecdotique du film, le vaste océan entourant l’île et le handicap du personnage principal mettent en avant un farouche esprit d’indépendance vis à vis du continent et un désir de liberté qui plane à chaque moment. Sur son vélo, Ming se sent libre et ses choix détermineront des rencontres insolites, chaleureuses et émouvantes.

Présenté en France lors du dernier Festival du Film Asiatique de Deauville, Island etude parle tout autant des superbes paysages côtiers de l’île que de ses habitants ; Tsun, le cycliste pressé, Reta, la Lithuanienne adorable, le mari bavard accompagné de sa femme silencieuse et de ses deux enfants, la vieille institutrice pour qui il joue de la guitare, deux jeunes graffitistes qui se jouent de la police, un vieux sculpteur sur bois qui lui montre ses meilleures pièces, etc. Ming, attentif et serviable, s’ouvre aux autres comme pour braver son audition limitée, un handicap qui n’aura pas empêcher ses grands-parents de l’aimer davantage. Ce lien familial très fort s’exprime avec beaucoup de délicatesse lors de la procession en hommage à la déesse Mazu où Ming accompagne son grand-père âgé mais encore capable pour une absolution de groupe, moment irréel comme suspendu dans le cour tranquille du film. Island etude est une ballade au sens musicale et romantique du terme, où un homme qui va bientôt passer à une autre étape de sa vie choisit de faire le point sur lui-même, de découvrir qui il est vraiment. Film sans prétention mais pas sans qualité, la mise en scène sobre et l’appréhension immédiate du sujet plongent le spectateur dans un voyage lyrique et serein. Un film sans naïveté qui transmet une agréable sensation de vivre tout en échappant à tout moralisme coupable. En bref un film charmant qui mériterait une sortie en salle digne de ce nom.

Le roi et le clown (Lee Jun-ik, 2005): chronique DVD

LE ROI ET LE CLOWN
(Wang-ui namja)
Un film de Lee Jun-ik
Avec Kam Woo-seong, Jeong Jin-yeong, Kang Sung-yeon, Lee Jun-gi, Jang Hang-seon, Yu Hae-jin
Genre: drame historique
Pays: Corée du sud
Durée: 1h59
Date de sortie: 23 janvier 2008
Editeur DVD: Swift Productions
Date de sortie DVD: 4 décembre 2008

En corée au XVIè siècle, le roi Yon-San, de la dynastie Chosun, fait régner la terreur. Jang-Seng et Gong-Gil, deux comédiens ambulants se produisent dans les villages et les routes du pays dans des spectacles qui font hurler de rire les gens du peuple. Fort du succés de leurs satires sociales, Jang-Seng rêve de fortune et persuade Gong-Gil de se rendre dans la capitale dans l’espoir de devenir riche. Très vite arrêtés lors d’une représentation pour avoir moqué et insulté la personne du roi, Jang-Seng propose un pari insensé pour obtenir la grâce de sa majesté. Si sa troupe arrive à faire rire le souverain ils seront libérés. Echappant de peu à la mort en provocant le fou rire royal, la troupe est assignée à résidence pour le plaisir de Yon-San. Peu à peu les représentations satiriques, très critiques envers les ministres et la cour, vont faire basculer les fondements du gouvernement.

Prix du jury au IXème Festival du Film Asiatique de Deauville, Le roi et le clown a eu un succès phénoménale en Corée du Sud lors de sa sortie en 2005 avec plus de douze millions de spectateurs, record historique du box office national. Le film de Lee Jun-ik est un projet ambitieux qui même avec brio le drame historique, la satire sociale et la tragédie humaine. Essentiellement composé de longues scènes théâtrales de style satirique le film risque de sembler austère aux yeux des profanes de la culture coréenne. Supporté par des acteurs au talents indéniables mais peu ou pas connu dans nos contrées, le film s’éloigne notablement des derniers succès que les films coréens ont pu connaître en France tels que Memories of murder ou The host de Bong Joon-ho, et la trilogie de la vengeance de Park Chan-wook.

En effet après ces succès internationaux incontestables, il est heureux de constater que certains distributeurs français accordent à des films jugés plus difficiles une chance de sortir sur nos écrans. Qu’il s’agisse de Je suis un cyborg (qui compte bien entendu sur la popularité particulière dont joui le réalisateur Park Chan-wook en ce moment en France), tout comme des deux derniers films de Kim Ki-duk, Time puis Souffle ou Secret sunshine de Lee Chang-dong il y a peu, force est de constater que la palette des films coréens distribués en France s’élargit pour notre plus grand plaisir. Mais au contraire des drames historiques chinois, sortis ces derniers temps, qui se veulent universalistes et plus aisés à comprendre pour un public non asiatique, donc plus facile à distribuer à l’étranger (dont La cité interdite ou Les secrets des poignards volants de Zhang Yimou sont les exemples le plus criant), le film de Lee Jun-ik ne s’abaisse pas à la simplification ni aux gommages des traits culturels spécifiques, ici merveilleusement mis en scène dans les représentations des arts du spectacles traditionnels coréens. Satires bouffonnes, numéros d’équilibristes, spectacles de marionnettes, la troupe des troubadours déploîe ses compétences pour impressionner et faire rire les gens du peuple. Méprisés pour leur statut social de saltimbanques, de vagabonds, d’acteurs, ces troubadours sont auréolés pour leurs prouesses physiques et actorales.

Dans la confrontation de deux mondes sociaux totalement opposés, celui de la famille royale et des nobles face à l’univers marginal et instable des acteurs ambulants se joue le coeur du film. Complètement coupé du monde extérieur par les codes restrictifs et les lois pesantes de la cour controlée par les ministres, le roi ne peut avoir connaissance des réalités du monde quotidien ni avoir conscience de la raillerie dont le gouvernement est le sujet de la part des gens du peuple. Filtrée par tout un système ministériel nobiliaire, aucune communication n’est possible entre la personne du roi et le peuple qu’il gouverne. La troupe va ici jouer le rôle de perturbateur et remettre en question cette incommunicabilité, notamment à travers le personnage de Gong-gil (Lee Joon-gi), acteur aux traits spécialisé dans les rôles féminins. Séduit par son talent et son charme, une relation ambiguë va naître entre le souverain et le comédien. Paradoxalement c’est à travers des représentations théâtrales que le roi goûtera à une vision différente de son gouvernement, de ses proches, de sa fonction et du passé familial, passé qui ressurgira par la révélation d’une pièce maudite interdite dont les ressorts dramatiques ébranleront les bases du pouvoir.

Les représentations théâtrales, essentiellement sous la forme de la satire, offrent un reflet bien moins déformé que l’on ne pense de la décadence de la noblesse et du gouvernement. La vie de cours, les complots et le passé de la famille royale y sont dévoilés, décortiqués, analysés, révélés, critiqués et dénoncés sans détours. Si la toute puissance du roi lui permet d’exercer en tyran, les responsabilités écrasantes de sa charge lui interdisent de se sentir libre. Au contraire, le statut de paria qu’éprouve Jang-seng, le leader de la troupe, lui offre la chance de goûter quotidiennement aux délices de la liberté d’être. Liberté qui ne saura pas permise sans en payer le prix.

My dear enemy (Lee Yoon-ki, 2008): chronique preview

MY DEAR ENEMY
(Meozzin haru)
Un film de Lee Yoon-ki
Avec Jeon Do-youn, Ha Jung-woo, Kim Hye-ookk, Kim Joong-ki, Kim Young-min
Genre: comédie dramatique
Durée: 2h03
Pays: Corée du Sud
Année: 2008
Date de sortie en France: indéterminée

Trentenaire, célibataire et sans travail, Hee-so redébarque un jour dans la vie de son ex-petit ami, Byoung-woon, un jeune homme désinvolte mais débrouillard et surtout charmeur, pour lui réclamer une somme d’argent qu’elle lui avait prêté un an auparavant. Hee-so est tout le contraire de son ex, elle est prévoyante, refermée et grincheuse, Byoung-woo, lui, croque la vie à pleines dents sans vraiment se soucier du lendemain. Pour pouvoir la payer il va faire le tour de la ville et emprunter des petites sommes à quelques uns de ses amis, Hee-so va donc être obligée de le conduire à tous ses lieux de rendez-vous et rencontrer les personnes qu’il côtoie. Durant cette journée, son regard sur celui qu’elle avait finit par détester va peu à peu changer.

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Présenté au dernier Festival de Berlin et au Festival du Film Asiatique de Deauville, My dear enemy est le quatrième long-métrage de Lee Yoon-ki qui avait préalablement réalisé This charming girl (2004), Love talk (2005) et Ab lib night (2007). Comédie romantique sobre mais admirablement interprétée, le film explore les relations intimes d’un ancien couple qui joue au « je t’aime moi non plus ». Evitant toute séquence larmoyante et les niaiseries habituelles du genre, le cinéaste occupe plutôt le terrain d’un humour sincère et subtil, largement apporté par le personnage de Byoung-woo, face à la détermination pécuniaire de la jeune femme, qui se dissimule derrière une façade froide pour ne pas entrer dans le jeu de séduction que son ex lui ressert tout aussitôt. Si le fil rouge du scénario est mince, le film développe une série de rencontres toutes aussi originales les unes que les autres, depuis celle d’une prostituée de luxe jusqu’à celle d’une amie proche, une femme sérieuse qui élève sa fille seule, en passant par le milieu familial du cousin, motard invétéré qui ne cesse d’inviter sa bande à faire la fête chez lui.

Si le film échappe à l’ennui, c’est surtout par la grâce du jeu de ses deux principaux interprètes, Jeon Do-youn dans celui de Hee-su et Ha Jung-woo dans le rôle de Byoung-woo. L’on avait pu déjà remarquer le talent de la charmante Jeon Do-youn dans le dernier film de Lee Chang-dong, Secret sunshine, film pour lequel elle reçut la palme de la meilleure actrice au Festival de Cannes en 2007. Auparavant on avait pu la contempler dans diverses productions coréennes telles que Untold scandal de Lee Je-yong ou encore You are my sunshine de Park Jin-pyo. Une actrice lumineuse malheureusement trop rare à l’écran. Face à elle le beaucoup plus prolifique Ha Jung-woo dont on a pu mesurer les performances dans pas moins de deux autres films présentés cette année au Festival du Film Asiatique de Deauville, tout d’abord dans le sublime et terrible The chaser, où il incarne pas moins que le tueur lui-même, mais également dans le plus discret Beastie boys de Yoon Jong-bin, dans lequel il se glisse dans la peau d’un gigolo arriviste et égocentrique. Précédemment il été apparu dans le premier long-métrage de Yoon Jong-bin, The unforgiven mais surtout dans le poétique Time de Kim Ki-duk en 2006.

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De petites contrariétés en sourires de façade, le couple va traverser la ville à la recherche d’une somme d’argent prétexte qui va, malgré le désir de Hee-su, la rapprocher de celui qu’elle aura voulut à tout prix rayer de sa vie. Deux caractères antinomiques qui à diverses reprises provoquent des étincelles mais aussi des rayons de lumières amoureux, certes gênés mais qui vont modifier la donne. Vivre le quotidien de l’autre, ne serait-ce qu’une journée, c’est déjà se rapprocher de lui, immanquablement. Bien que Hee-su ne rate pas une occasion d’humilier Byoung-woo, celui-ci ne se départit jamais de sa bonne humeur et de sa générosité naturelle, à tel point que cela en devient horripilant, tout du moins aux yeux de Hee-su qui dès lors n’arrive plus à suffisamment trouver de défauts à celle qu’elle aimait. Comédie charmante et légère, on ressort comme revigoré de ce film qui traite avec justesse d’une relation fichue à cause d’une incompatibilité d’humeur. Loin de la violence habituelle de nombreux films coréens récents, ici au contraire les sentiments sont rois, combien même on essaye de les enfouir pour ne pas les exprimer.

Departures (2008, Yojiro Takita)

Après la dissolution de son orchestre, un jeune violoncelliste de Tokyo, Daigo, décide de revenir à son village natal avec sa femme, Mika. Recherchant un nouveau travail, il répond à une petite annonce énigmatique. Le patron l’engage sur le champ sans poser de question. Il comprend très vite qu’il vient d’être embauché comme croque-mort pour une entreprise de pompes funèbres. N’osant pas l’avouer à sa femme, il découvre les dessous de ce métier détesté par tous. Très vite pourtant, Daigo se découvre des dons pour s’occuper des morts. Dans cette région provinciale, la mise en bière s’effectue en effet devant la présence de la famille, et c’est tout un art que de s’occuper du défunt pour le préparer vers un nouveau voyage. Mais un jour Mika découvre l’activité de son mari et ne supporte pas l’idée qu’il soit souillé.

Produit par le studio Shochiku, Departures se place dans la lignée des mélodrames populaires qui ont fait les succès de la firme depuis ses origines. Evocation du retour à la terre natale et célébration des traditions du passé, le film échappe pourtant au sentiment du conservatisme et à la dramaturgie lacrymale dont ces productions sont parfois la victime. Certes le pathos joue à fond ici mais la réalisation sobre et soignée ainsi qu’une interprétation retenue permettent au film de saisir le spectateur par sa sincérité. Le sujet du film s’attarde non seulement sur la nécessité du métier de croque-mort mais surtout sur la finesse et la beauté qu’un tel art peut recéler. Par des gestes minutieux et un profond respect du corps, le professionnel nettoie et habille le défunt afin de laisser, dans la mémoire des proches, le meilleur souvenir possible.

La mémoire est justement l’autre thème majeur du film. Daigo, dans sa volonté de réussir sa vie, a jusqu’ici occulté le souvenir de son père, qui les a abandonné lui et sa mère lorsqu’il avait six ans, au point qu’il ne se souvient plus de son visage. Respect des ancêtres, amour filial, tous les aspects des relations proches sont mises en perspective, comme la vieille femme qui tient toujours les bains publics malgré son âge avancé et son fils qui la pousse à vendre, ou encore le propre patron de Daigo devenu croque-mort lorsqu’il dû s’occuper de la dépouille de sa femme. Le croque-mort est parfois témoin des tensions qui déchirent les familles en deuil. Pourtant la présentation du corps est un moment solennel où ces blessures se doivent être refermées.

Le film n’évite pas quelques maladresses cependant, les sempiternels violons venant alourdir parfois les moments touchants, de même que certains plans too much nous présentent le protagoniste jouant du violoncelle au milieu de la nature avec les montagnes en arrière-plan. Des défauts qui ne doivent cependant pas gâcher le plaisir de ce mélodrame original et sensible sur un sujet que l’on pourrait considérer comme tabou ou, du moins, non-cinématographique. Le cinéaste aborde le thème de la mort avec beaucoup de délicatesse et d’humour, comme dans cette séquence initiale ou le jeune croque-mort découvre avec embarras que le corps féminin qu’il est entrain de purifier est en fait celui d’un homme, le tout devant une famille imperturbable qui observe le processus en silence. Ayant remporté le prix du meilleur film au Japan Academy Prize, l’équivalent des Oscars au Japon mais également l’Oscar du meilleur film étranger 2008, Departures est à la fois un long-métrage très japonais dans sa confection mais également un film universel dans sa thématique et mériterait aussi une véritable exportation à l’étranger. Présenté dans la section Panorama de ce Festival du Film Asiatique de Deauville 2009, par ailleurs pauvre en sélections nippones, Departures est la petite pépite qui nous redonne confiance en une production japonaise actuelle très malmenée.

DEPARTURES
(Okuribito)
Un film de Yojiro Takita
Avec Masahiro Motoki, Tsutomu Yamazaki, Ryoko Hirosue, Kimiko Yo, Takashi Sasano, Kazuko Yoshiyuki
Genre : drame
Durée : 2h11
Pays : Japon
Année : 2008
Date de sortie au Japon : 13 septembre 2008
Date de sortie en France : 3 juin 2009
Société de distribution française : Metropolitan Filmexport