57000 km entre nous (Delphine Kreuter, 2008): chronique cinéma

57000 KM ENTRE NOUS
Un film de Delphine Kreuter
Avec Florence Thomassin, Pascal Bongard, Marie Burgun, Hadrien Bouvier, Mathieu Almaric
Genre: comédie dramatique
Pays: France
Durée: 1h22
Date de sortie: 23 janvier 2008


Nat, 14 ans, est une jeune fille dont la mère et le beau-père sont des maniaques du caméscope et du blog familial, et dont le beau-père est transsexuel. Recroquevillée dans son monde, c’est-à-dire sa chambre, elle se construit son propre univers par la grâce de son ordinateur, en communiquant avec des inconnus, en particulier avec un jeune garçon qui tombe amoureux d’elle par webcan interposée. Musiques, fringues, rencontres virtuelles avec des gens très bizarres (un homme d’âge mûr qui aime retomber à l’état de nouveau-né notamment), tout est bon pour Nat pour échapper à la pesanteur de cette vie familiale dysfonctionnelle, à l’oeil scrutateur du caméscope parental. Derrière son ordinateur, Nat se construit sa propre perception de la réalité, une perception qui ne résistera pas lorsqu’elle rencontrera pour de vrai le jeune garçon qui l’aime…

Le film traite de l’influence croissante des nouveaux médias dans nos vies quotidiennes, en particuliers de l’influence qu’ils opèrent sur les liens sociaux et familiaux. S’exposer en permanence, c’est risquer de détruire une donnée essentielle de la construction de soi, l’intimité. C’est également le risque de construire sa propre identité uniquement vis-à-vis du regard de l’autre, sans prendre le temps de se regarder soi-même. Nat use et abuse d’internet, pas seulement parce que c’est fun, ou parce que le web est par nature l’outil de la jeune génération, mais surtout parce que c’est le moyen d’évasion le plus incroyable, un moyen qui abolit l’espace et le temps entre les êtres.

Sur la toile, Nat est Natsoky, c’est à dire pas tout à fait elle-même ni tout à fait une autre. Elle est alors un pseudo dans un monde où tout est permis, où rien n’a plus de véritable valeur. En un seul clic, Nat et le jeune garçon marient leur personnage de jeu virtuel avant de parler avec frivolité de divorcer tout aussi sec. Dans ce monde qui échappe à la physique quantique, tout se passe ici et maintenant. La logique des causes et des effets éclate en mille morceaux, plus personne n’est responsable de rien.

A cause de sujet même, le film manque singulièrement de chaleur humaine. La jeune fille est une adolescente effrontée et sûr d’elle, les parents, omniprésents à l’image sont étrangement absents. Seuls les personnages du père transsexuel et du jeune garçon attisent notre curiosité mais sont sous-exploités dans une histoire qui traîne en longueur, une histoire qui coule lentement sans péripétie ni rebondissement. L’ennui nous gagne d’autant plus vite que le tournage du film au caméscope laisse transparaître un manque de rigueur et de réflexion sur le statut même de l’image, pourtant au coeur de la thématique du film. Un sujet à priori riche de possibilités mais décevant par son traitement trop relâché.

Vent mauvais (Stéphane Allagnon, 2007): chronique DVD

VENT MAUVAIS
Un film de Stéphane Allagnon
Avec Jonathan Zaccaï, Aure Attika, Bernard Le Coq, Florence Thomassin, Guillaume Viry, Saïd Serrari, Jo Prestia
Genre: drame
Pays: France
Durée: 1h27
Date de sortie: 13 juin 2007
Editeur DVD: Gaumont
Date de sortie DVD: 6 mars 2008

Vent mauvais DVD

Franck, jeune informaticien intérimaire, débarque un jour dans une petite ville de bord de mer où la vie semble s’écouler lentement et paisiblement. Chargé de réparer un ordinateur qui s’occupe de la gestion des caisses dans un supermarché, il découvre rapidement avec incrédulité que le patron détourne de fortes sommes d’argent. Alors que l’intrigue se détourne subitement sur la disparition du précédent informaticien, le doute va s’installer dans l’imaginaire de Franck qui, du statut de petit rouage dans l’ignorance va peu à peu imposer sa présence et ses volontés. Face à lui, Hopquin en gérant avide mais patient tente maladroitement de cacher le fonctionnement de son arnaque. Rattrapés par un ancien magasinier qui désire sa part du gâteau, Franck et le gérant devront jongler avec ces nouveaux profiteurs.

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Vent mauvais est un petit bijoux de cynisme et de film hybride. Entre le drame et le polar, le ton forcé de certaines répliques lorgne du côté de la comédie. Stéphane Allagnon joue avec les effets, les moments de coupe, les ambiances et le jeu des acteurs avec une maîtrise saisissante et enjouée. Tout sonne juste dans le film, depuis les accessoires à peine visibles, jusqu’aux dialogues empreints de réalisme. Le film arbore une fausse sobriété, sobriété d’autant plus subtile qu’elle est amenée par une maîtrise technique indéniable. Jonathan Zaccaï, quasi omniprésent à l’image sort son épingle du jeu.

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On peut également voir dans Vent mauvais un film social tout comme Le couperet de Costa-Gavras. Si ce dernier film relate la déchéance d’un cadre prêt à tout pour s’assurer un poste au sein d’une entreprise, ici le point de vue est inverse, c’est le gérant qui est prêt à tout pour sauver son train de vie et sa malicieuse combine. Le rapport à l’argent est devenu le seul et unique moyen de communication entre le patron et ses « employés ». Source de convoitise, l’argent caractérise socialement les individus lorsque, durant une courte scène, la femme rétorque à Franck qu’elle désire bien plus qu’un intérimaire. L’argent trompe et aliène à tous les niveaux et le leçon finale du patron à Franck est saisissante: ton tour viendra, comme si la logique de l’arnaque vivait de façon cyclique, irrémédiable, inévitable.

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