Amorosa soledad (Martin Carranza et Victoria Galardi, 2009): chronique cinéma

AMOROSA SOLEDAD
Un film de Martin Carranza et Victoria Galardi
Avec Inès Efron, Fabian Vena
Genre: comédie romantique
Pays: Argentine
Durée: 1h16
Date de sortie: 8 juillet 2009

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Après une rupture sentimentale, Soledad se promet de rester à l’écart des hommes pendant deux ou trois ans. Vendeuse dans un magasin de décoration intérieur, Soledad est une hypocondriaque convaincue toujours à la recherche d’un petit truc qui ne va pas et dans sa vie en effet, beaucoup de choses ne tournant pas rond. De petits tracas quotidiens en remise en question perpétuelle, Soledad cherche l’autre et se cherche elle-même. Lorsqu’elle rencontre Nicolas, un architecte, elle reste sur ses gardes. Malgré ses nombreux petits défauts, Soledad est une jeune femme séduisante et romantique avec le cœur sur la main. Bientôt son ex-petit ami revient vers elle et elle apprend que sa mère désire se refaire les seins. Pas facile de se faire une place dans un monde qui ne vous fait pas de cadeau.

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Comédie romantique très légère et rafraîchissante, Amorosa Soledad souligne encore la vitalité du cinéma argentin actuel dont l’actrice principale, Inès Efron, semble être l’égérie (XXY, Les enfants sont partis, El nino pez, La femme sans tête). D’une simplicité touchante, le film aligne les scènettes de tous les jours sans grande envolée lacrymale mais au contraire avec un humour fin et plaisant. Soledad, c’est à elle seule toute une histoire. Anxieuse et névrosée, son petit univers semble s’écrouler à chaque tremblement de sa vie (les toilettes qui se bouchent, une douleur musculaire, la porte qui se ferme et la laisse sur le palier, etc.) et pourtant l’on a qu’une seule envie, la prendre dans ses bras tant cette fragilité est séduisante. Nicolas ne s’y trompe pas lui qui, au contraire, est d’une stabilité architecturale. Loin de ses rôles beaucoup plus complexe et difficile, Inès Efron joue ici la carte d’un naturel et d’une aisance stupéfiants. Son regard toujours aussi bleu fait vite oublier son allure peu féminine (elle a notamment jouer sur ce côté androgyne dans XXY). Loin des stéréotypes de la beauté sur papier glacé, Soledad est avant tout une femme un peu perdue, très mal habillée lorsqu’elle est triste.

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Victoria Galardi et Martin Carranza signent leur premier long-métrage même si leur expérience cinématographique les avaient porté, pour la première, vers l’écriture de scénarios, pour le second, l’assistanat à la mise en scène. Très dépouillée dans sa réalisation, Amorosa Soledad cultive la sobriété des décors et du découpage pour mieux mettre en valeur ses personnages parfois pittoresques (l’ex-petit ami bohème, le collègue homosexuel, le gardien d’immeuble serviable). Aucun excès, aucune faute de goût, la romance se mêle d’un petit ton tragique avec l’obsession de l’héroïne pour les hôpitaux. Un coeur à fleur de peau qui semble à tout moment pouvoir lâcher. Le film en surprendra peut-être quelques uns par sa pudeur en péripéties mais son naturalisme en convaincra plus d’un. Loin des comédies romantiques très dialoguées très french touch, Amorosa Soledad sa pare davantage d’une patine sobre pour mieux faire oublier la fiction. Petite chronique de cœur, le film et son personnage peu faire penser à Ally McBeal pour le côté fragile et charmeur de l’héroïne sans pour autant posséder le côté brin de folie de la série américaine. Le film se déguste comme une petit sucrerie qui laisse sur la langue une saveur non pas inoubliable mais pour le moins agréable.

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La femme sans tête (Lucrécia Martel, 2008): chronique cinéma

LA FEMME SANS TETE
(La mujer sin cabeza)
Un film de Lucrécia Martel
Avec Maria Onetto, Claudia Cantero, Ines Efron, Cesar Bordon, Daniel Genoud, Guillermo Arengo, Maria Vaner
Genre: drame
Pays: Argentine
Année: 2008
Durée: 1h27
Date de sortie: 29 avril 2009

Après une fête familiale et en l’absence de son mari parti à la chasse, Véonica rentre seule sur la route. Dans un moment de distraction, sa voiture heurte quelque chose et, quelque peu perturbée par l’incident, elle ne prend pas le temps de descendre de la voiture. Les jours suivant, Véronica semble ailleurs, au point d’ignorer les choses et les êtres qui l’entoure. Visiblement déstabilisée, elle avoue quelques jours plus tard à son mari avoir renversé quelqu’un sur la route ce jour-là. De retour sur les lieux, Véronica et son mari ne trouvent que le cadavre d’un chien. Tout semble rentrer dans l’ordre peu à peu jusqu’au jour où le corps d’un petit garçon est retrouvé non loin de là…

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Présenté au dernier Festival de Cannes, La femme sans tête est le troisième long-métrage de la cinéaste argentine Lucrécia Martel. Après La Ciénaga et La nina santa, la cinéaste continue de prospecter sur les thèmes de la femme bouleversée par une tragédie. Toujours avec subtilité et retenue, Lucrécia Martel aborde son sujet de façon biaisée, non immédiate, pour laisser à chaque instant au spectateur son choix d’interprétation. Le hors-champ dialogue avec les surfaces réfléchissantes et la faible profondeur de champ et, peu à peu, c’est la perte de repère qu’éprouve Véronica qui se formalise sous nos yeux. Etrange sensation en effet de la contempler entrain de regarder vers un ailleurs, un vide, qui nous restera à jamais hors de portée. A l’image du personnage, nous nous retrouvons nous mêmes désespérément seuls.

Cette solitude éprouvée est d’autant plus surprenante que tout un monde familial et amical gravite autour de la belle madone car aux yeux de tous, Véronica a réussi sa vie et malgré les années de mariage, elle est toujours aussi séduisante. Maria Onetto est étonnante de justesse dans ce rôle de femme totalement désemparée à l’idée d’avoir tué, un désarroi que pourtant elle tient à dissimuler envers et contre tout. Mais le film ne parle pas seulement de doute, de façon beaucoup plus implicite La femme sans tête aborde la difficile problématique des couches sociales, celle des propriétaires bourgeois jouissant de privilèges auxquels la classe pauvre ne peuvent prétendre, comme l’immunité.

Car à travers l’aveuglement des premiers jours face à l’incident, c’est tout une complicité qui s’installe. Chacun refuse d’envisager le pire et la cadavre du chien est bel et bien là pour dédramatiser l’événement. Une distance s’installe entre ceux qui possèdent de grandes villas et les populations démunies aux abords des routes, frappant à toutes les portes pour réclamer du travail. Cette distance est consommée lorsque la propre nièce de Véronica est alitée pour une hépatite quand tous les petits garçons pauvres du coin triment pour gagner quelques sous ou bien de quoi manger et s’habiller. Si les nantis peuvent échapper aux responsabilités de leurs actes, ils peuvent cependant souffrir du sentiment de culpabilité. Le doute qui ronge Véronica est si fort, qu’elle même se comporte différemment. Sur un sujet morbide qui rejoint la thématique de son premier long-métrage, La Ciénaga, Lucrécia Martel signe ici encore un superbe film totalement maîtrisé de bout en bout.

El nino pez (2008, Lucia Puenzo)

Dans la banlieue cossue de Buenos Aires, la fille d’un juge, Lala, vit une expérience amoureuse intense avec Guayl, la jeune domestique paraguayenne que la famille a recueilli lorsqu’elle avait treize ans. Celle-ci, qui a quitté son village natal de Ypoà pour des raisons qu’elle garde secrète, est en effet une jeune femme séduisante et très charmeuse. Cet amour que Lala lui porte, très profond, est naît d’une relation privilégiée que les deux jeunes femmes ont développé au fil des années. Toutes deux rêvent d’échapper au contexte familial difficile d’un père dépressif et d’un frère toxicomane. Pour cela elles planifient le moindre détail et attendent avec impatience le jour du départ. Mais un drame va venir bouleverser leurs désirs et les séparer…

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Dix ans après avoir écrit son roman, Lucia Puenzo porte le récit de El nino pez à l’écran. Si la cinéaste-romancière en conserve la trame et les nœuds dramatiques, elle en modifie pourtant le point de vue ; de celui du chien dans le livre à celui de l’adolescente Lala dans le film. Un changement salvateur tant le long-métrage gagne en intensité mais aussi en noirceur, des modifications certainement dues à une maturation plus aigüe des enjeux narratifs. Récit d’un premier amour et drame d’une sexualité qui doit se taire, non pas seulement pour son aspect homosexuel mais surtout pour sa dimension sociale, celle d’une relation taboue entre une domestique et une jeune bourgeoise dont le corps se découvre peu à peu, autant sur le plan charnel que sentimental.

Cette découverte, cette exploration de son être, Lala la traverse de façon chaotique et interrogative. Pétrie de questions et d’incertitudes que les changements de l’adolescence lui imposent, le spectateur partage ses angoisses à travers un récit éclaté et une confrontation directe avec la mort : le décès du père de Lala au début du récit puis celle, plus métaphorique, que développe un conte que Guayl partage avec elle, l’histoire du lac de son enfance qui porterait en son sein un petit enfant mort noyé mais qui continuerait à nager dans ses eaux. Face aux interrogations de Lala, Guayl est, elle, l’objet constant du désir de la part des hommes. Elle maîtrise les codes du jeu de séduction alors que le regard de Lala est lui, beaucoup plus pur, beaucoup plus sincère mais par là, beaucoup plus jaloux aussi. Dans les bras des hommes, Guayl est pulpeuse et manipulatrice, témoignant d’un caractère trempé et revenchard. Dans ceux de Lala au contraire, elle se trouve comme dénudée, plus fragile, mais avant tout plus touchante. Au contact de Lala, c’est une blessure profonde qui transparaît, qui refait surface, une blessure que Guayl n’aura de cesse de repousser en reculant le jour de leur départ.

Lucia Puenzo nous offre un film très sobre mais très intense dans le mélange de ces deux corps féminins. Les deux actrices, Inès Efron et Emme, sont tout simplement lumineuses, gracieuses, et justes. Peu de mots mais d’intenses jeux de regards, les sentiments se taisent mais se vivent à l’écran. Des sentiments qui se manifestent dans la peau et dans les tripes pour Lala. L’innocence de ses rêves va laisser place au réalisme de ses actes. Amour et drame vont inextricablement se lier, balançant le récit de la grâce à la noirceur. Après XXY réalisé en 2007, El nino pez confirme le talent de Lucia Puenzo, cinéaste qui pratique non pas un cinéma du spectaculaire mais bien plutôt un cinéma passionnel, charnel, un cinéma incarné qui trouve dans le cadre de la caméra matière à s’exprimer.

EL NINO PEZ
Un film de Lucia Puenzo
Avec Inès Efron, Emme, Pep Munné, Amaldo André, Carlos Bardem, Diego Velasquez, Sandra Guida, Julian Doregger
Genre : drame
Durée : 1h36
Pays : Argentine, Espagne, Paraguay, France
Année :2009
Date de sortie en Argentine : 9 avril 2009
Date de sortie en France : 6 mai 2009
Société de distribution française : MK2 Diffusion