Un enfant pas comme les autres (Menno Meyjes, 2007): chronique cinéma

UN ENFANT PAS COMME LES AUTRES
(Martian child)
Un film de Menno Meyjes
Avec John Cusack, Amanda Peet, Olivier Platt, Sophie Okonedo, Bobby Coleman, Richard Schiff, Howard Hesseman, Joan Cusack
Genre: comédie dramatique
Pays: USA
Durée : 1h45
Date de sortie : 15 juillet 2009

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David Gordon est un écrivain de romans de science-fiction tout juste veuf. A cause du manque qu’il éprouve à travers l’absence de sa femme, il décide d’adopter un enfant. Très vite il rencontre Dennis, un enfant solitaire et marginal d’un orphelinat. Prétendant venir de Mars, il se réfugie dans un carton pour se protéger des rayons nocifs du soleil. Attiré par l’originalité du petit garçon, David décide de franchir le pas et de devenir un père responsable. Alors que Dennis cherche ses repères dans sa nouvelle maison, l’excentricité de ses comportements et de ces propos poussent David à vouloir le comprendre, de comprendre pourquoi ce petit garçon se dissimule derrière cette attitude. L’autorité n’étant pas le fort de l’écrivain, le petit Dennis n’arrive toujours pas à s’insérer parmi les autres. Les responsables du foyer commencent à vouloir renoncer à l’adoption alors que David s’attache de plus en plus à l’enfant.

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Adaptation du livre à succès L’enfant de Mars de David Gerrold, Un enfant pas comme les autres est une fable généreuse sur le droit à la différence. Un brin mélodramatique, l’intérêt du film repose essentiellement sur la performance du très jeune Bobby Coleman dans le rôle de Dennis, cet enfant solitaire qui refuse sa place dans la société mais qui en définitive ne cherche rien d’autre que l’amour d’un père ou d’une mère. Autant par son apparence que par son jeu audacieux, le jeune comédien habite son personnage avec une aisance folle, donner sans mal la réplique à un John Cusack sobre mais touchant dans le rôle de cet écrivain lui aussi en mal d’amour. Le couple père-fils s’élabore peu à peu, tout autant dans les scènes de complicité que dans les disputes. Le père, écrivain de profession qui fait de l’imaginaire son pain quotidien, ne peut refuser à l’enfant d’utiliser ce même imaginaire pour se construire, s’accepter et se protéger d’un monde adulte qu’il ne comprend pas et le terrifie. Par le comportement de Dennis, David Gordon doit remettre tous ses repères en question, son rapport aux objets, aux personnes mais aussi ses propre rapports aux souvenirs de sa femme, Dennis ne cessant de voler des photos intimes auxquelles il tient beaucoup.

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D’un homme dépossédé de l’amour de l’être cher, il doit de nouveau élaborer une relation particulière, unique et sans limite pour un enfant qui risque de lui être enlevé à tout instant. Autour de ce duo filial gravite une galerie de personnages secondaires, de Harlee la meilleure amie à la fois rassurante et confidente à Jeff, l’éditeur amical mais parfois envahissant en passant par sa propre sœur, Liz, elle-même mère de deux enfants, qui perçoit dans cette adoption un succédané à la perte de sa femme. Chacun adopte sa propre attitude vis à vis de l’enfant, Harlee acceptant sans difficulté les excentricités du garçon alors que Liz perçoit tout de suite les difficultés d’élever un enfant si étrange et déstructuré. Pour sa part, David voit en lui le propre garçon qu’il était lui-même, enfant, et désire ardemment croire en Dennis, en ses capacités et son inventivité. Mais très vite David se heurte à ses propres prérogatives de père, non pas seulement celui d’aimer cet enfant très spécial, mais aussi celui de construire pour son fils adoptif un environnent sain et cadré qui lui permettrait d’intégrer les normes sociales.

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Outre l’énorme carton qui lui sert de refuge, Dennis aime s’approprier les objets des autres dans le cadre de sa mission, celle de comprendre la race humaine. Il vit la tête en bas, pratique une langue inconnue et bricoles des objets étonnants et déroutants à partir de choses hétéroclites, il s’approprie le monde à travers le tuyau d’un aspirateur, etc. Sous l’aspect de rites apparemment dépourvus de sens, Dennis appréhende ce qui l’entoure, non sans quelques anicroches et situations embarrassantes. Film sensible qui confronte le point de vue d’un enfant face aux normes des relations humaines, Un enfant pas comme les autres traite son sujet avec intelligence et subtilité, sans dogmatisme et moralité. L’imaginaire débridé d’un enfant peut être à la fois un atout pour son développement personnel ou un piège cruel si cet imaginaire lui interdit d’atteindre les autres. Il ne s’agit pas tant pour David d’aller vers Dennis que le contraire, l’enfant faisant preuve parfois d’une véritable pertinence pour tenter de se rapprocher de ce père adoptif lui même très original.

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Ma vie pour la tienne (Nick Cassavetes, 2008): chronique cinéma

MA VIE POUR LA TIENNE

(My sister’s keeper)

Un film de Nick Cassavetes

Avec Cameron Diaz, Abigail Breslin, Alec Baldwin, Jason Patric, Sofia Vassilieva, Joan Cusack

Genre: drame

Durée: 1h47

Date de sortie: 9 septembre 2009

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Anna, onze ans, est la benjamine de la famille Fitzgerald. Née pour être génétiquement compatible avec sa grande sœur Kate, atteinte d’une leucémie, Anna ose refuser le don de son rein pour sauver sa sœur et fait appel à un avocat pour être médicalement indépendante de ses parents. Si Brian, son père, commence à comprendre l’autonomie dont sa fille fait preuve, Sara, la mère, ne cesse de proclamer combien la vie de Kate est plus importante. Entre séjours dans les hôpitaux, traitements médicaux interminables et désirs de vivre pleinement la vie, l’union familiale se craquèle, Sara s’éloignant peu à peu de sa plus jeune fille au profit de l’aînée. Pourtant Kate a également son mot à dire, des mots que Sara ne semble pas prête à entendre.

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Après une excursion dans le drame adolescent avec Alpha dog, Nick Cassavetes revient à ses premières amours mélodramatiques qu’il explora dans Décroche les étoiles, N’oublie jamais ou encore dans She’s so lovely. Le cinéaste sait parfaitement installer un casting solide aux traits qui épousent le récit, ici les trois enfants d’une part et de l’autre un couple unit qui pourtant parle parfois d’une voix discordante. Dans le rôle de Kate, atteinte d’une leucémie au stade finale, la jeune actrice venue de la télévision Sofia Vassilieva et dans celui d’Anna sa jeune soeur, Abigail Breslin, déjà vue dans L’île de Nim. Les deux actrices marquent leur place, leur individualité, leur sensibilité pourtant la vraie performance est ailleurs, c’est celle de Cameron Diaz dans le rôle d’une mère qui refuse d’abdiquer devant la maladie de sa fille. Plus habituée au registre léger des comédies telles que Mary à tout prix, Allumeuses ! ou encore dernièrement Jackpot, on retrouve ici l’actrice de L’enfer du dimanche d’Oliver Stone avec une détermination et un ton beaucoup plus adulte et nuancé. Un rôle de composition qui la sied à merveille tant l’on oublie ses délires assumés dans la série des Charlie’s angels.

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Face à ce jeu tout en force et en affect, une idée originale de mise en scène malheureusement mal exploitée qui manque de pertinence, celle de la succession des points de vue de chacun des membres de la famille. Plutôt que de faire confiance aux spectateurs pour saisir ces différences de point de vue, véritable sujet du film car justement il est question de se mettre dans la peau de l’autre pour comprendre ses sentiments, Nick Cassavetes préfère assurer ses arrières avec l’utilisation de voix off systématiques, au final bien trop encombrantes car explicatives. Certes la mise en scène du cinéaste n’a jamais fait preuve d’autant de subtilités que celle de son père, John Cassavetes, mais ici le dispositif nuit carrément à une véritable appréciation du drame qui se noue. En particulier celui qui se joue dans la vie de Jesse, le grand frère, quelque peu négligé au regard du roman dont le film est issu. Ame errante et incertaine, dans le texte il se rebellait contre les siens et la communauté pour tenter d’exister. Ici il ne reste que quelques traces de ce mal de vivre dans la scène où il déchire un portrait de sa sœur malade qu’il a lui-même peint.

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Le cinéaste évite toutefois les écueils et les pièges d’un tel sujet en limitant les scènes de pathos et en construisant son récit dans une structure en flashback intelligemment composée. Le résumé du film pourrait faire croire à une confrontation des deux sœurs pourtant il n’en est rien. Sous les yeux de Kate, Anna grandit et acquiert une indépendance qui n’affecte en rien leur complicité. Etonamment aveugle à cette complicité, Sara ne considère ce rapport fraternelle que sous l’angle de la dépendance médicale, une dépendance qui pose aussi bien des questions éthique et morale que sentimentale. Quand la maladie vient creuser une faille dans le noyau familial, quels sont les moyens pour riposter ? Comme le dit Kate elle-même : « la maladie me tue mais elle tue aussi ma famille ». De façon parfois maladroite, Ma vie pour la tienne témoigne pourtant de quelques scènes véritablement poignantes et tente quelques éléments de réponse.

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