La Tôei, histoire des grands studios japonais: rétrospective à la Maison de la Culture du Japon à Paris du 21 janvier au 20 mars 2010

Ce 21 janvier 2010 a démarré à la Maison de la Culture du Japon à Paris une rétrospective des films du célèbre studio Tôei. Après donc la Nikkatsu en 2007 et la Shochiku en 2008, la MCJP s’attaque à « l’usine à films » comme certains surnomment l’entreprise fondée en 1951 d’une fusion de trois petites compagnies de distribution et de production (Tôkyu Densetsu, Oizumi Eiga et Tôyoko Eiga). La Tôei devient très vite l’une des six majors japonaises et la seule a naître après le Seconde Guerre Mondiale. Le cinéma japonais vient de connaître les purges des autorités américaines, constituant alors une armée d’occupation, contre les adhérents et les sympathisants du mouvement communiste sur fond de Guerre de Corée qui témoigne de la naissance de la Guerre Froide. De peur de froisser les Américains, les responsables des grands studios préfèrent se séparer des éléments subversifs, qui plus est après les grèves soutenues qui ont lieu à la Toho quelques temps auparavant. La Tôei récupèrent ainsi nombres de professionnels à qui l’ont refuse tout contrat de travail.

Ainsi en est-il de Tadashi Imai, cinéaste qui ne s’est jamais caché de ses sympathies de gauche et qui réalise l’un des premiers succès du studio avec La tour des lys (Himeyuri no to) en 1953. Le cinéaste y aborde le sacrifice des étudiantes et des professeurs de l’île d’Okinawa dans les derniers mois du conflit en 1945 alors que les troupes américaines s’apprêtent à débarquer sans que la population en soit informée. Irréalisable seulement deux ans auparavant, le film ne met pas tant l’accent sur l’ennemi, que l’on ne voit jamais, que sur la pression des militaires pour ne pas abandonner l’île et au contraire émuler la population pour l’effort de guerre. Quelques années plus tard, Imai réalisera un film d’inspiration néo-réaliste, Le riz (Kome) sur l’urbanisation inéluctable de terres situées au nord du Japon, menaçant d’extinction la communauté paysanne qui s’y trouve.

La même année le réalisateur tourne pour le studio Un amour pur (Jun’ai monogatari) un mélodrame sur la destinée contrariée de deux jeunes adolescents délinquants amoureux l’un de l’autre avant qu’une maladie ne révèle l’irradiation de la jeune fille quelques années plus tôt lorsqu’elle se rendit à Hiroshima quelques jours seulement après la déflagration. Enfin, en 1963, Tadashi Imai réalise un film ambitieux sur les malheurs d’un homme dont la fiancée tente de suicider, Contes cruels du bushidô (Bushidô zankoku monogatari). Il se remémore alors la tragique destinée de ces ancêtres depuis le XVIIè siècle. Principal caractéristique du film, l’acteur principal, Kinnosuke Nakamura, y interprète sept rôles différents.

Autre réalisateur influent et vétéran, il a commencé sa carrière dans les années vingt, Tomu Uchida rejoint les studio de la Toei après un séjour prolongé en Mandchourie, alors province du Japon. Fervent nationaliste avant la guerre, il découvrira en Chine les écrits communistes qui l’influenceront dans le traitement de ses films futurs, davantage tournés vers la psychologie et la dimension sociale que sur le spectaculaire et le divertissement. Ainsi il tourne en 1955 Le mont Fuji et la lance ensanglantée (Chiyari Fuji), l’histoire d’un samouraï qui se rend à Edo (le nom féodal de Tokyo) avec ses deux serviteurs. Ayant l’alcool mauvais, sa propension à la boisson témoigne d’un mal de vivre face à sa condition de guerrier. Il s’attaque ensuite à une trilogie audacieuse, l’adaptation du roman de Kazan Nakazato Le col du grand Bouddha (Daibosatsu toge) tournée entre 1957 et 1959, histoire maintes fois portées à l’écran et véritable récit national qui suit le destin inexorable d’un samouraï profondément mauvais qui suit ses instincts meurtriers plutôt que le code d’honneur des siens. Ces films d’époque (jidaigeki) portent déjà la marque d’un nihilisme qui se développera dans la décennie suivante.

En 1965 Tomu Uchida réalise pour la firme Le détroit de la faim (Kiga kaikyo) d’après le roman à succès de Tsutomu Minakami. Le film raconte l’histoire de trois meurtriers dont deux meurent dans un typhon qui emporte le ferry entre l’île d’Hokkaido et le Japon. Le troisième, sauvé du cataclysme pour avoir passé la nuit avec une prostituée, fera de nouveau sa rencontre dix années plus tard alors qu’il est devenu une personnalité puissante, ce qui le convainc de se débarrasser d’elle pour effacer toutes traces de sa vie passée avant d’être poursuivi par un enquêteur obstiné. Tomu Uchida y explore les codes du film policier et procure au film un cachet réaliste qui contraste avec l’emphase des films de samouraïs prônée par la Tôei quelques années auparavant. Le film sera par ailleurs élu parmi les dix meilleurs films japonais de l’année.

En effet la Tôei avait remis le jidaigeki au goût du jour, rappelant les productions populaires qui fleurissaient dans les années vingt et les années trente avant l’interdiction des films d’époque par la censure exigée par l’occupant américain. En 1957 Sadatsugu Matsuda, pilier du studio, tourne L’épouse du château des Otori (Otori no hanayome). Autre superproduction historique de prestige, Le conspirateur (Hangyakuji) de Daisuke Itô en 1961. Ancien acteur de kabuki spécialisé dans les rôles de jeunes premiers plutôt faibles (nimaime), Itô est devenu dès les années vingt l’un des plus grands cinéastes de chanbara (film de sabre). Le film prend pour cadre les intrigues politiques entre les deux grands familles Oda et Tokugawa qui se querellent pour l’accession au pouvoir.

Autre cinéaste qui se frotte avec brio au jidaigeki, Eiichi Kudô, né en 1929, est l’un des plus jeunes réalisateurs de la firme. En 1963 il porte à l’écran une sombre histoire d’assassinat, Les treize tueurs (Jûsannin no shikaku). Face à la terreur que fait régner le frère cadet du Shogun, un ministre du gouvernement central donne en secret l’ordre de son élimination. Complot politique, désabusement d’une caste qui se pense au-dessus des lois, le Japon féodal y est décrit comme une période trouble et pessimiste. Avec son film suivant, Le grand attentat (Dai satsujin), le cinéaste confirme son penchant pour ces films d’époque nihilistes et sombres qui enterrent peu à peu le genre dans une contestation allégorique (celle de la société japonaise des années cinquante plongée dans les mouvements radicaux de gauche) qui échappe de plus en plus au grand public.

Le jidaigeki perd donc de son importance dès le début des années soixante au profit d’un autre genre lucratif, le film de yakuza (yakuza-eiga) qui plonge dans les méandres de la mafia japonaise pour raconter l’histoire fantasmée de ces gangsters au grand cœur. L’un des grands cinéastes du genre et accessoirement le fils de l’un des premiers réalisateurs japonais Shozo Makino, Masahiro Makino conte dans La légende des yakuzas (Nihon kyokakuden) la confrontation entre un clan respectueux du code d’honneur des yakuzas et un autre clan qui n’a cure de tels archaïsmes pour prendre possession d’un quartier de la ville. Shozo Makino, le propre père du cinéaste, fréquentait les gangsters et son fils a pu être témoin du style de vie qu’ils menaient encore dans les années vingt et trente. Par ailleurs le film sera le premier d’une série de onze longs métrages réalisés entre 1964 et 1971.

Deux autres cinéastes seront les maîtres artisans du film de yakuzas, Tai Kato et Kinji Fukasaku. Le premier explorera davantage une veine traditionaliste du genre quand le second s’évertuera à en dynamiter les codes. En 1962, Tai Kato redonne avec Ma mère dans les paupières (Mabuta no haha) un second souffle au film de vagabonds (matatabi mono), malfrats nomades s’adonnant aux jeux illégaux de la fin du XIXè siècle et dont le cinéma s’était emparé dès le milieu des années vingt. Sorte de préfiguration des films de gangsters des années soixante, l’on suit l’errance de l’un de ces marginaux qui tente de retrouver sa mère perdue alors qu’il est lui-même la cible d’une bande de malfrats à ses trousses. Le ton mélodramatique ne doit pas faire oublier le cadre de l’histoire, celle d’un Japon qui connaît la fin d’une époque pour s’ouvrir vers l’extérieur, quitte a abandonner au passage quelques éléments de son identité.

Le réalisateur poursuit en 1965 avec Le sang de la vengeance (Meiji kyokyakuden – sandaime shumei), davantage ancré dans le film de voyous tel que le studio désirait l’exploiter dans ces années là. Du matatabi mono, le genre va vite glisser vers le ninkyo-eiga (film de chevalerie) qui met en valeur le respect du code coûte que coûte. Véritable figure emblématique, le yakuza défend une conception honorable et sans défaillance de sa loyauté envers son clan alors que le système commence à corrompre et soudoyer toute une frange de la pègre. Redresseur de torts et justicier de l’underground, sa rectitude est souvent récompensé par une mort prestigieuse ou bien encore la reconnaissance de ses pairs. Il y est question ici d’une guerre de succession qui éclate lorsque survient la mort d’un parrain. Les jeunes loups comptent bien prendre la suite sans respecter les règles, ce qui bien sûr déclenche la punition des justes.

Tai Katô poursuivra sur ce chemin avec notamment l’une des séries les plus emblématiques du genre, La pivoine rouge/ la joueuse à la pivoine (Hibotan bakuto). Le réalisateur en a réalisé deux opus en 1969 et 1970, La pivoine rouge : les jeux sont faits (Hibotan bakuto : hanafuda shobu), troisième du nom puis La pivoine rouge : le retour d’Oryû (Hibotan bakuto : Oryû sanjô), cinquième film de la série. Junko Fuji, l’actrice principale, sublime ce personnage d’Oryü, femme vengeresse initiée à l’art du jeu de cartes si typique des yakuzas, sachant manier le sabre court avec une dextérité pleine de grâce. Le genre s’ouvre donc à la représentation féminine non sans oublier les sempiternels acteurs habitués à ce type de production tels que Ken Takakura, Tomisaburô Wakayama ou encore Bunta Sugawara. Le film de yakuza ne serait pas tel qu’il est sans sa dose de machisme, de testostérone et de tatouages qui ont fait sa renommé.

Kinji Fukasaku sera moins respectueux de cet esthétique faisant l’éloge des malfrats. Bien au contraire dès son premier film sur les yakuzas en 1964, Hommes, porcs et loups (Okami to buta to ningen), tout est déjà dit. Le cinéaste insiste sur la nature fortement égoïste de ces voyous qui décidément n’ont pas intérêt à respecter les règles qui régissent leur communauté. Plus proche du polar à l’américaine avec une mise en scène plus sèche et surtout plus instinctive, Kinji Fukasaku préfère dresser un portrait plus réaliste de cette caste de l’ombre loin de défendre la veuve et l’orphelin. Le cinéaste affirmera ses positions et son style avec des films tels que Combat sans code d’honneur (Jingi naki tatakai) en 1973 et Police contre syndicat du crime (Kenkei tai soshiki boryoku) en 1975, des films qui ont sa réputation et surtout le succès de la Tôei alors que le films de yakuza de type ninkyo perdait de sa verve.

Plus discret mais néanmoins très original dans sa façon d’aborder le genre, le cinéaste Hideo Gosha est sorti de l’ombre notamment grâce aux éditions vidéos de ses films, tant au Japon qu’en France. Bien que les années quatre-vingt furent pour les grands studios japonais une époque difficile, ce dernier n’a pas manqué d’offrir à son public quelques œuvres singulières telles que Dans l’ombre du loup (Kiruin anako no shagai) en 1982 et Femmes de yakuza (Gokudo no onnatachi) en 1986. Parrain charismatique, milieu de la prostitution, contrôle du clan dans les mains d’une femme fin stratège, telles sont les éléments audacieux de ces deux films qui tentent de raviver la flamme du film de mafia à l’heure où la fréquentation des salles connaît une déchéance inexorable. Plus que l’action, c’est la peinture de ce milieu fermé, et donc fantasmatique, qui guide Hideo Gosha loin de la furie et du chaos des films de Kinji Fukasaku. Comme pour marquer la renaissance perpétuelle des genres, la rétrospective ne manque pas de projeter un film plus récent qui fait suite à la série si célèbre de Fukasaku. Réalisé par Haijime Hashimoto en 2002, Nouveau combat sans code d’honneur (Shin jingi naki tatakai), creuse encore davantage le sillon de l’épopée mafieuse qui se poursuit au fil des décennies.

Enfin deux autres films viennent conclurent la rétrospective, deux films plus inclassables dans leur thématique, celle des maisons de prostitution. Le premier, Zegen, le seigneur des bordels (Zegen), réalisé par Shohei Imamura en 1987, affronte de face sous les dehors de la comédie le sujet si épineux de la traite des femmes dans l’Asie du XXè siècle. Dans une toute autre perspective, Kinji Fukasaku aborde dans La maison de geishas (Omocha) les conséquences d’après-guerre des lois anti-prostitution et des mouvements féministes sur la vie des geishas d’un quartier de Kyôto. Deux attitudes différentes face à la condition de la femme mais qui éclaire d’une certaine façon l’histoire des mœurs au Japon. La Töei, « l’usine à films » certes, mais qui a tout de même permis l’émergence ou la confirmation de cinéastes de talents qui ont su souvent transcender les contraintes des productions de studios pour offrir bien plus qu’un divertissement vite oublier. Si l’on peut émettre quelques réserves sur la projection de films déjà disponible en vidéo (et donc dispensables) et sur l’absence totale des films d’animation issus de la célèbre branche Tôei Animation, cette rétrospective est l’occasion rêvée de découvrir quelques raretés souvent inédites en France.

Sous les drapeaux, l’enfer (Kinji Fukasaku, 1972): chronique rétro

SOUS LES DRAPEAUX, L’ENFER
(Gunki hatameku motoni)
Un film de Kinji Fukasaku
Avec Tetsurô Tamba, Sachiko Hidari, Shinjiro Ebara, Isao Natsuyagi, Sanae Nakahara, Yumiko Fujita, Noboru Mitani, Taketoshi Naitô, Kanemon Nakamura
Genre: Guerre, drame
Pays: Japon
Durée: 1h36

Une veuve de guerre se rend chaque année auprès du Ministère de la Santé et de la Sécurité Sociale pour demander sa pension de veuvage, pension que les autorités lui refusent systématiquement sous le motif que son mari a été traduit à la cour martiale et jugé coupable de désertion. Persuadée que son mari n’est pas coupable, elle recherche quatre survivants de sa garnison. Chaque vétéran lui raconte leur histoire, se remémorant les faits différemment. Confiante sur l’honneur de son époux, ces quatre histoires vont remettre en cause sa vision des choses.

Tourné une année après Guerre des gangs à Okinawa et la même année que Yakuza moderne : Okita le pourfendeur, Sous les drapeaux, l’enfer (en anglais Under the flag of the rising sun) présente un aspect inconnu de l’œuvre de Kinji Fukasaku si l’on se réfère seulement aux titres du cinéaste disponibles à ce jour en français. Surtout connu ici pour ses films ultra-violents sur les gangs de yakuza, Sous les drapeaux, l’enfer est certainement l’un de ses films les plus personnels. A l’origine un roman écrit par Shoji Yuki, Fukasaku en acheta les droits avec son propre argent et le film fut produit loin de la tutelle des grands studios, en l’occurrence de la Toei, firme dans laquelle Fukasaku a passé l’essentielle de sa carrière. Le réalisateur aborde ici ses thèmes les plus chers, les conséquences de la deuxième guerre mondiale, la croissance et le développement du Japon, l’occupation américaine et le traumatisme des bombes nucléaires.

Ici cependant, Fukasaku délaisse le milieu de la mafia et les codes inhérents au genre pour s’exprimer différemment. Essentiellement traité en flash-back, le film raconte l’histoire de l’épouse du sergent Togashi qui rencontre quatre personnes qui ont personnellement connu son mari sur le front de la Nouvelle-Guinée pour lui raconter chacune son histoire, suivant un traitement similaire au film d’Akira Kurosawa, Rashomon. Alors que les autorités ne lui concède pas le droit d’obtenir la pension militaire allouée aux soldats morts au combat parce que son mari fut exécuté par une cour martiale, aucune preuve concrète ne vient établir cette vérité officielle. A travers le récit de ceux qui l’ont connu et entouré dans les derniers moments de sa mort, l’épouse du sergent pense pouvoir rétablir l’honneur de son mari. Mais ces récits s’opposent et divergent.

A mesure que les récits se succèdent, l’on comprend vite que certaines vérités restent cachées, que certains évènements n’ont jamais été éclaircis et que de terribles choses se sont passées les derniers jours et les mois suivant la défaite du Japon. Au cœur de la jungle, loin de leur pays, affamés, malades et épuisés, de nombreux soldats sont restés longtemps sans nouvelles de la fin de la guerre. Fukasaku convoque le passé dans de longues séquences en noir et blanc mais le film ne s’attarde pas sur l’évolution du conflit, sur la gestion tactique ni sur les contingences du combat. Ce qui intéresse le cinéaste, c’est comment ce passé, volontairement oublié, recouvert d’un voile, masqué du sceau du secret et du mensonge, pèse lourdement sur les individus, que se soit de façon physique (l’un des survivants est aveugle, un autre est vieillissant dans son bidonville, etc.) ou de façon plus insidieuse (l’épouse qui ne peut dormir tranquille sachant que l’honneur de son mari est bafoué, les survivants qui ne supportent pas leurs actes passés, etc.).

Fukasaku aborde de front la problématique de la mémoire historique, une mémoire nécessaire pour faire le deuil, nécessaire pour permettre aux nouvelles générations de passer à autre chose. Hors le Japon est présenté ici comme une nation qui n’en pas fini avec cette guerre, une nation qui, parce qu’elle a été vaincue, ne peut oublier mais en même temps qui fait tout pour passer sous silence cette période douloureuse. Sinon une commémoration annuelle en l’honneur des soldats tombés, les vétérans et les familles qui ont perdu des proches ne veulent évoquer ouvertement ces mauvais souvenirs, des souvenirs trop entachés de honte, de frustration et de ressentiment.

Contre cette tendance à l’oubli, Fukasaku fait de son personnage principal, l’épouse du sergent calomnié, une héroïne qui ne baisse pas les bras devant l’attitude passéiste des autorités et des qu’en-dira-t-on du village. Contre vents et marais, elle se bat pour découvrir la vérité, une vérité qu’elle n’est peut être pas prête à entendre. Les blessures sont profondes et la plaie encore à vif. Les massacres, les destructions, l’holocauste nucléaire et la défaite planent dans chaque plan du film. Si Sakie Togashi se bat malgré ses faibles moyens, vingt-six ans plus tôt son mari s’est battu, aux côtés de ses hommes pour survivre dans une jungle hostile, tachant de préserver les dernières parcelles d’humanité qui restaient en lui. Sur ce point Fukasaku est formel, la guerre ne fait que des victimes…

Le sens du devoir (David Chung, 1986): chronique DVD

LE SENS DU DEVOIR
(Wong ga jin si/ Royal warriors/ In the line of duty)
Un film de David Chung
Avec Michele Yeoh, Michael Wong, Hiroyuki Sanada, Eddie Maher, Bai Ying, Dennis Chan
Genre: policier, polar, action, arts martiaux
Pays: Hong Kong
Durée: 1h32
Editeur DVD: HK vidéo/ Metropolitan
Date de sortie DVD: 16 septembre 2008

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De retour à Hong Kong après un séjour au Japon, l’inspectrice Michelle Yip déjoue, avec la complicité de Michael Wong et de Yamamoto, respectivement agent de sécurité et ancien policier d’Interpol, un détournement d’avion ayant pour but de libérer un dangeureux criminel sur le point d’être extradél. Congratulés et félicités par les médias, le trio héroïque va vite devenir la cible des représailles du groupe terroriste dont deux des membres sont morts lors de l’attentat dans l’avion. La police hongkongaise met tout en œuvre pour retrouver les malfaiteurs et protéger ses trois personnalités médiatiques mais très vite l’inspectrice Yip met la main à la pâte pour palier à l’inefficacité de ses collègues, discrètement rejointe par l’ancien policier japonais. En plein cœur de Hong Kong la poursuite va faire rage.

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La série Le sens du devoir fut un tremplin pour la carrière de Michelle Yeoh pourtant c’est bien Yes Madam !, titré Le sens du devoir 2 en France, qui sorti le premier l’année précédente en 1985 juste après Le flic de Hong-Kong 2, réalisé par Sammo Hung et qui présentait l’actrice dans un second rôle. Cet opus dont le titre international original est Royal warriors (titre fallacieux s’il en est) révèle donc que cette série n’en est pas véritablement une  puisque dans le second volet Le sens du devoir 2 (Yes Madam ! donc) Michelle Yeoh n’incarne pas le personnage de la policière Michelle Yip mais celui de l’inspectrice Ng. Vous suivez ?  Tout ça pour pointer du doigt les pratiques commerciales de l’époque qui mélangeait allégrement les titres originaux et les titres à l’exportation sans véritable logique cinématographique.

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Les trois années, de 1985 à 1987, consacre l’actrice dans le domaine de l’action musclée et Michelle Yeoh s’impose à l’époque comme l’alter ego féminine de Jackie Chan. Le sens du devoir est en cela éloquent, les bastons sont véritablement impressionnantes et violentes. La contribution de l’acteur Hiroyuki Sanada y est aussi peut être pour quelque chose lorsque l’on sait qu’il était lui-même à l’époque le disciple de Sonny Chiba, le roi du film d’action nippon à la fin des années soixante-dix et quatre-vingt. Contrairement à Michelle Yeoh, Sanada a déjà une décennie de carrière derrière lui, principalement des rôles à la télévision dans San Ku Kai par exemple, mais pas seulement. Il a tourné pour Kinji Fukasaku dans Shogun samourai et Les évadés de l’espace en 1978 ou encore pour Norifumi Suzuki dans Shogun ninja en 1980. En 1982 il avait déjà tourné dans un film hong-kongais de Corey Yuen, Ninja in the dragon’s den. En France il est bien sûr plus connu pour ses rôles dans Ring et Ring 2 de Hideo Nakata, Le samouraï du crépuscule de Yoji Yamada ou encore la super-production américaine Le dernier samouraï d’Edward Zwick avec Tom Cruise en 2003. Sa carrière internationale continue aujourd’hui avec des films tels que Sunshine et Speed racer.

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Dans la grande tradition du film d’action hong-kongais, Le sens du devoir 2 alterne la mise en place de l’intrigue avec des séquences de poursuites et de bagarres toutes plus impressionnantes les unes que les autres, par exemple une chute vertigineuse de l’un des protagonistes d’un immeuble, séquence filmée à plusieurs caméras donnant des points de vue incroyables sur le cascadeur en chute libre. Les chorégraphies des combats sont de hautes volées avec des retombées dangereuses et des figures complexes très maîtrisées. Michelle Yeoh révèle ses capacités physiques. Séduite par la danse et la natation dès son enfance, sa pratique des arts martiaux est cependant récente puisqu’elle a débuté avec son premier film en 1984, The owl & Bumbo, réalisé par Sammo Hung. Ici elle semble à son aise et donne de sa personne dans de nombreuses scènes très risquées. Avec les séries Police story et Le flic de Hong-kong, celle du Sens du devoir semble parmi les plus abouties.

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Hakkenden (Takashi Anno, 1993): chronique DVD

HAKKENDEN
(Hakkenden shin shô)
Une série de Takashi Anno
Genre: animation
Episodes: 13
Pays: Japon
Année: 1990 – 1993
Editeur DVD: Kaze
Date de sortie DVD: 7 mai 2004

En l’an 1457, les deux clans Satomi et Anzai s’affrontent dans une lutte de pouvoir. L’armée plus nombreuse d’Anzai conduit sa rivale vers la famine et l’agonie. Le chef des Satomi, Yoshizane Satomi Matataro, tente une dernière attaque pour renverser la tendance mais le plan échoue et le contingent envoyé dans la nuit fait face au démon qui a pris possession du chef des Anzai. Désespéré, Yoshizane propose à son chien Yatsufusa un pacte insolite: la tête de l’ennemi contre la main de sa fille, Fuse. A l’aube, avec surprise, l’animal revient avec la tête tranchée tant convoitée. Pour ne pas faire tomber la honte sur le clan, Fuse accepte le mariage avec le chien. Daisuke, le fiancé de Fuse, qui revient miraculeusement de l’attaque qui a échoué, ne peut accepter la situation. Il tue le chien d’un coup de fusil mais blesse du même coup Fuse qui meurt peu après. L’esprit de l’animal et de son épouse s’élève dans les cieux et se disperse aux quatre coins du Japon. Huit perles sont ainsi disséminées dans le but de faire naître huit guerriers dont le destin sera de réhausser l’honneur du clan Satomi. Hakkenden, la légende des huit guerriers chiens.

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Adaptation animée du célèbre conte japonais écrit au XIXè siècle par Bakin Takizawa (1767-1848), Hakkenden est malheureusement beaucoup moins connu en Occident. Avec le film de Kinji Fukasaku, La légende des huit samouraïs, réalisé en 1983, la série animée  est la seule adaptation de ce récit parvenu jusqu’ici malgré la très grande popularité de l’histoire au Japon.  La série fut produite par les studios Pionneer, Geneon et AIC  et conçu en deux temps; les six premiers épisodes réalisés en 1990 – 1991  et les sept épisodes suivant  réalisés entre 1993 et 1995. La série combine à la fois un certain respect des clichés du chanbara (film de sabre japonais) avec un ton résolument contemplatif et même parfois totalement onirique. Les frontières entre la réalité, les souvenirs, les illusions et le monde démoniaque sont souvent très ténues et laissent parfois le spectateur dans l’incompréhension. Une histoire et une mise en scène avec ses défauts et ses qualités. Si en effet l’abondance des personnages, des lieux et des situations qui prennent place dans le Japon féodal peuvent prêter à confusion pour les moins familiers des histoires de samouraïs (sans compter une narration parsemée de flashes-back et de visions étranges), Hakkenden prend le temps de découvrir chaque personnage dans sa première moitié, avant d’être plus obscure dans les premiers épisodes de la seconde saison. Le gra^phisme lui tire le meilleur comme le pire de l’animation, la constance et la rigueur ne faisant pas partie des qualités de l’animé.

Pour ceux qui surmonteront cette approche difficile, c’est à une véritable légende épique qu’ils seront confrontés. Un récit ambiguë et riche d’enseignement sur la confrontation des clans à cette époque reculée de l’histoire du Japon. Le réalisme de la féodalité se mêle à l’ambiance proprement folklorique des démons japonais et des malédictions hériditaires qui touchent le clan Satomi. Loin de toute dichotomie facile, les épisodes plongent peu à peu dans une réalité changeante, énigmatique, derrière laquelle se cachent des secrets et des faux-semblants. Si la réalisation technique n’est pas toujours au rendez-vous, les scènes de combats aux sabres sont souvent étonnantes et suffisamment stylisées pour emporter l’adhésion. Hakkenden est une série animée à découvrir de toute urgence, tant elle s’éloigne d’une production de masse souvent tape à l’oeil. Ici le ton sombre et mélancolique n’est pas fait pour le tout venant, au contraire la série séduira celles et ceux curieux de découvrir un récit à la portée plus adulte.  En attendant de pouvoir découvrir le récit littéraire en France (dont la traduction des 106 volumes originaux risquent fort de ne jamais voir le jour), les treize épisodes de la série permettent déjà de se plonger dans ce conte si tragique et séduisant à la fois.