Piranha 3D (Alexandre Aja, 2010): chronique cinéma

PIRANHA 3D
Un film de Alexandre Aja
Avec Elisabeth Shue, Adam Scott, Jerry O’Connell, Kelly Brook, Ving Rhames, Christopher Lloyd, Jessica Szohr, Richard Dreyfuss
Genre : horreur
Pays : USA
Durée : 1h29
Date de sortie : 1er septembre 2010

Les fêtes de Pâques vont voir déferler sur le lac Victoria en Arizona la semaine du Spring Break, une semaine pendant laquelle les étudiants font de la débauche un véritable style de vie. Jake Forester, en dernière année de lycée, doit de nouveau renoncer à cette fête pour surveiller ses deux jeunes frère et sœur, sa mère étant occupée par ses fonctions de shérif du comté. Pourtant sous le soleil plombant et un ciel sans nuage un tremblement de terre va ouvrir une faille sous le lac pour libérer les eaux d’une cavité souterraine gigantesque datant de l’ère préhistorique. Très vite s’y échappe des milliers de piranhas voraces. Jake, lui, a décidé de payer les deux bambins pour enfin assister aux bacchanales en accompagnant en bateau une équipe de tournage profitant de l’occasion pour réaliser un film pornographique. Non loin de là, les deux enfants vont briser leur promesse et s’offrir un tour en canoë pour aller pêcher. Tout ce petit monde va très vite se retrouver à la merci des poissons antédiluviens.

Alexandre Aja a le vent en poupe de l’autre côté de l’Atlantique. Après un premier succès mérité dans l’hexagone avec Haute tension, le fils d’Alexandre Arcady compte bien ne pas suivre les traces de son père. Elevé et influencé au lait hollywoodien des années soixante-dix et quatre-vingt, le jeune réalisateur français est entrain de faire son trou dans l’entertainment business. Première étape après la très bonne réception de Haute tension aux USA, la réalisation d’un remake de La colline a des yeux en 2006 chapoté par Wes Craven en personne. Au final un film certes visuellement relooké mais qui délaisse l’atmosphère malsaine de l’original pour un paquet cadeau plus propret. Deuxième étape le remake d’un film sud-coréen (Into the mirror de Kim Seong-ho) réécrit pour la sensibilité américaine las des fantômes silencieux d’Hideo Nakata et consort. En débouche en 2008 Mirrors, une version simpliste et inégale qui peine à exploiter le ressort fantastique et surnaturel de l’objet mentionné. Enfin, troisième étape, le (vague) remake d’un petit film jouissif de 1978 réalisé par Joe Dante, Piranha.

Les aficionados des films d’horreur d’antan s’en lèche les babines, le petit français promet du sexe et des tripes, tout cela en 3D bien sûr ! On crie déjà au chef d’œuvre du genre. Et pourtant… Si le film commence avec un joli clin d’œil au seul film marin véritablement angoissant, Les dents de la mer premier du nom, par la présence de Richard Dreyfuss himself dans la peau d’un pêcheur à la retraite, le reste du film ne dépasse pas le niveau du petit bain. La 3D tout d’abord, tout simplement abominable donc fatalement futile. Ici pas de conception de l’espace ni de la profondeur pour vraiment exploiter le procédé, juste l’utilisation du gimmick superflu, de l’objet lancé à la figure du spectateur. Alexandre Aja voulait rendre hommage à la 3D d’époque ? Il ne pouvait mieux réussir seulement voilà, Avatar et Toy Story 3 sont passés par là et ont redéfini les modalités d’un tel choix artistique aussi bien que l’exigence des spectateurs. Au contraire ici, la sensation de volume tombe à plat et les nombreux contours floutés en énerveront plus d’un.

Le fond du film ensuite, inversement proportionnel à la profondeur de la faille évoquée. Les poissons carnassiers mangent tout ce qui bouge, nage ou flotte, surtout tous ces étudiants écervelés qui font de l’usage de l’alcool et du sexe l’aboutissement d’une philosophie hédoniste. Les bimbos aux gros seins sont des victimes de choix avec leurs chairs bien développées. Alexandre Aja, sauveur de la morale ? Nous n’irons pas jusque là mais en effet, la petite famille finira saine et sauve bien que le fils fut soumis à la tentation et que les deux bambins aient désobéi. Mais bon, ces pêchés sont évoqués dans la Bible et n’attendent qu’une bonne confession pour être lavés, à l’eau du lac bien sûr. Le réalisateur exploite à fond l’imagerie des corps policés, bodybuildés, huilés et gonflés mais délaisse sans vergogne quelques pistes intéressantes comme le plaisir coupable (la mère qui entre sans frapper dans la chambre du fils entrain de regarder un site pornographique sur Internet), la scission du noyau familial (la mère, le fils, les deux enfants chacun de leur côté) ou encore la pollution atroce des vacanciers qui prennent le superbe paysage pour une énorme décharge publique. Alexandre Aja n’a certes jamais été un cinéaste politique mais sa dénonciation d’une jeunesse dépravée punie pour ses méfaits a juste trente ans de retard. En terminant son film par une réplique pas si insignifiante (« Où sont les parents ? »), le cinéaste en conclurait-il à la défection des parents dans l’éducation de leurs enfants ? En effet Alexandre Arcady a dû oublier d’amener son fils au cinéma voir autre chose que des popcorn movies, tout simplement.

La dernière maison sur la gauche (Dennis Iliadis, 2009): chronique cinéma

LA DERNIERE MAISON SUR LA GAUCHE
(The last house on the left)
Un film de Dennis Iliadis
Avec Tony Goldwyn, Monica Potter, Garret Dillahunt, Aaron Paul, Spencer Treat Clark, Riki Lindhome, Martha Macisaac, Michael Bowen, Sara Paxton
Genre: horreur
Pays: USA
Année: 2009
Durée: 1h40
Date de sortie: 22 avril 2009

La famille Collinwood arrive dans leur maison de vacances au bord d’un lac pour passer un moment agréable et reposant. Le père, John, est un chirurgien qualifié qui aime son travail et Mari, sa fille, est une athlète de natation en devenir. Ayant perdu un fils l’année précédente, Emma, la mère est de nature plus inquiète, observant sa fille devenir une femme. A peine arrivée dans la résidence d’été, Mari décide de rejoindre Paige, sa meilleure amie des environs. Les deux filles rencontreront Justin, un jeune homme singulier qui leur propose une après midi fumette jusqu’au moment où son père, Krug, et son oncle, Francis, deux dangereux criminels débarquent. Alors que Krug vient tout juste de s’évader, la famille meurtrière décide de prendre les deux jeunes adolescentes en otages. Les choses se compliquent quand Mari tente de s’évader, provoquant un accident de voiture en plein milieu de la forêt. En représailles, Krug et Francis poignarde son amie avant de violer Mari qui parvient néanmoins à s’enfuir. Krug et les siens se réfugient dans la maison des Collinwood, sans savoir les liens qui unissent le couple à la jeune femme qu’ils viennent de torturer…

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Depuis peu les classiques du cinéma d’horreur américain font systématiquement l’objet de remake à la sauce hollywoodienne des blockbusters. La dernière maison sur la gauche, originellement tourné par Wes Craven en 1972 et dont c’était le premier long-métrage (excepté un film pornographique depuis oublié), n’échappe pas à la règle et témoigne du vide abyssale dont les scénaristes américains font preuve en matière d’originalité. Après Massacre à la tronçonneuse, Vendredi 13 et bien sûr La colline à des yeux (dont le remake d’Alexandre Aja d’après Wes Craven en 2006 avait justement lancé cette mode du relooking inutile), c’est donc l’un des films les plus forts et les plus controversés des années soixante-dix qui refait surface. Seulement voilà, Dennis Iliadis n’est pas Wes craven et les années 2000 n’ont plus rien à voir avec le climat subversif de la fin des années soixante et du début des années soixante-dix. Le fait que Wes Craven soit lui-même à l’origine de ce projet n’y change rien à l’affaire, la nouvelle mouture de cette histoire radicale n’atteint à aucun moment l’hystérie et la violence de l’original.

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Alors pourquoi ce remake? Ne cherchez pas vers les considérations cinématographiques ou cinéphiliques, non le film n’est qu’une galerie des nouvelles têtes de comédiens issus pour la plupart du petit écran. Oui le filon films cultes des années 70′ + acteurs à succès de la télévision semble le nouveau credo de la grosse machine hollywoodienne pour s’assurer une bonne rentabilité. Le dossier de presse est révélateur à ce sujet dont je vous laisse admirer quelques extraits:

Wes Craven: « Le premier Last House était fait avec tellement peu de moyens que j’avais dû renoncer à en développer certains aspects. Sa nouvelle version, dotée d’un budget confortable, est beaucoup plus ample et plus soignée. »

Dennis Iliadis: « J’ai vu tous les films de Wes et je les adore. Son Last House repose sur une idée toute simple, un véritable archétype. J’ai cherche à en préserver l’impact primal, tout en développant l’histoire à ma façon. […] J’ai voulu que ce film vous accroche du début à la fin tout en vous amenant à réfléchir un peu sur la nature humaine. Qui est civilisé, qui est sauvage? Qui est violent, qui est normal? Nous sommes vraiment une espèce intéressante… »

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Que l’on vous rassure, cette nouvelle version de La dernière maison sur la gauche n’a aucune amplitude et, quand à l’impact primal, mieux vaut passer son chemin. L’original avait à voir avec la folie meutrière, la saleté et les tripes (au sens propre comme au sens figuré), cette version 2009 est beaucoup plus propre dans son propos comme dans ses séquences gore, trop rares et pas assez jusqu’au-boutisme. Public de multiplex oblige, le film ratisse large là où la radicalité de la version de 1972 n’avait cure de la bienséance. Pour notre plus grand bonheur, celle-ci est depuis peu disponible en DVD.