Solutions locales pour un désordre global (Coline Serreau, 2009): chronique cinéma

SOLUTIONS LOCALES POUR UN DESORDRE GLOBAL
Un film de Coline Serreau
Genre: documentaire
Pays: France
Durée: 1h53
Date de sortie: 7 avril 2010

Entre le Brésil, l’Inde et la France, la réalisatrice Coline Serreau pose sa caméra pour interroger les militants et les spécialistes d’une agriculture alternative devenue nécessaire à l’heure où la plupart des richesses sont possédées par quelques uns au détriment du plus grand nombre. Tout en dénonçant une industrie agroalimentaire verrouillée par les brevets et les lois absurdes qui interdisent les paysans de nombreux pays à cultiver leurs terres de façon naturelle débarrassée de l’utilisation des produits chimiques, le documentaire s’attarde surtout sur les solutions que certains militants apportent pour échapper à une économie de marché défavorables aux plus pauvres. Au-delà de l’agriculture, c’est tout un système de santé et de préoccupations écologiques qu’il faut repenser. Là où les grands groupes pétro-chimiques essayent d’imposer leurs vues, certains se battent pour un partage des savoirs et des techniques qui permettent la démocratisation de la nourriture.

Dans la lignée des documentaires tels que Food Inc., We feed the world, Nos enfants nous accuseront ou encore Le temps des grâces, Solutions locales pour un désordre global pointe du doigt les dérives de la globalisation et des lois qui régissent le commerce international et les industries agricoles du monde entier. Alors que l’agriculture intense s’impose comme le seul modèle valable aux yeux des industriels, cette pratique agressive appauvrit les sols et nécessitent l’utilisation lourde des engrais et des pesticides rendant les terres, à long termes, inutilisables ou au pire stériles. Autre phénomène dénoncé par le film, le recours à la génétique pour breveter le vivant. Là où depuis des milliers d’années les hommes sélectionnent et utilisent leurs semences d’une année à l’autre, l’industrie agroalimentaire a réussi à imposer des lois qui obligent les agriculteurs a payer pour ces semences chaque année, semences rendues stériles pour interdire l’autonomie des agriculteurs. On le voit les grands groupes industriels mettent en place une stratégie qui ne sert que leurs intérêts voraces aux dépends d’une pratique agraire plus naturelle et respectueuse des cycles naturels.

En interrogeant des spécialistes, la cinéaste soulève plusieurs problématiques et apportent des précisions sur les solutions possibles. Ingénieurs agronomes, économistes, physiciens, microbiologistes, agriculteurs et militants d’association pour une agriculture écologique et organique, se succèdent pour dénoncer mais surtout pour éclairer le profane sur les solutions à apporter tant dans les pratiques de culture que celles de la consommation à proprement parler. De certains choix de consommation découleront en effet une certaine prise de conscience et des modifications des politiques agricoles. Sans donner dans le catastrophisme primaire, Solutions locales pour un désordre global sensibilise le spectateur à la nécessité d’une agriculture repensée vers la qualité des pratiques plutôt que vers la rentabilité économique. Car se nourrir est un acte vital et si l’humanité peut se passer de certains biens de consommation, la culture des aliments doit de placer au centre des préoccupations actuelles. L’agriculture intensive moderne est un leurre et les pouvoirs publics doivent désormais changer de cap. Ces changements ne seront possibles que si une large part de la communauté se mobilise pour obliger les groupes industriels à respecter l’environnement, et en particuliers les sols, pour permettre une agriculture souveraine et pérenne.

Tourné de manière totalement indépendante, le film souffre d’un manque de moyens chronique. Certes le point de vue international des interventions font comprendre l’ampleur des dégâts et la pluralité des expériences menées tout autour du globe pour trouver des solutions alternatives mais l’image du film n’est pas à la hauteur de son propos. La terre nourricière célébrée dans le film n’a pas droit aux égards d’une image cinématographique mais plutôt celle d’un film familial à la qualité très sommaire. Pour le reste le documentaire remplit sa fonction éducative et nous renseigne avec précision sur l’urgence de la situation et le combat inégal entre David, les agriculteurs du monde entier, et Goliath, les entreprises multinationales de l’industrie pétrochimique. Un combat titanesque qui a déjà pour conséquences la pauvre qualité des produits alimentaires actuels, une situation qui pourrait encore s’aggraver vers une crise nutritionnelle et, dans certaines régions, à une famine pure et simple.

C’est parti (Camille de Casabianca, 2009): chronique cinéma

C’EST PARTI
Un film de Camille de Casabianca
Avec Olivier Besancenot, François Sabadot, Abdel Zahiri
Genre: documentaire
Pays: France
Durée: 1h32
Date de sortie: 10 février 2010


Le jour est arrivé, il est temps pour la LCR (Ligue Communiste Révolutionnaire) de se dissoudre. Les permanents et les militants sont là pour faire place nette, pour mettre à la benne près de quarante ans d’archives. Pour créer un nouveau parti plus large et plus fort, les leaders du mouvement ont décidé de repartir à zéro, d’effectuer une refonte totale, non seulement de leurs locaux, mais surtout de leur structure et de leur organisation. Ce projet de Nouveau Parti-Anticapitaliste (qui n’en a pas encore le nom) doit se construire par et avec les militants. Une année de travail et de meetings sera nécessaire pour mettre en place ce nouveau parti d’extrême-gauche pour rassurer les anciens militants de la LCR et pour gagner de nouvelles adhésions, principalement chez les jeunes dont l’évocation du communisme révolutionnaire était devenue une idée stérile voir handicapante. Ce nouveau parti pourtant n’accouchera pas sans douleurs et déjà des voix discordantes se font entendre, mais le rendez-vous est lancé.

Si l’on est habitué depuis l’âge d’or de la télévision à suivre quelques personnalités politiques majeures (on se rappelle les portraits de Jacques Chirac, Charles de Gaulle, Valéry Giscard d’Estaing et bientôt Lionel Jospin), le témoignage de la vie d’un parti et même de sa création est lui beaucoup plus inhabituel. La réalisatrice, Camille de Casabianca, qui a connu le militantisme de gauche dès les années lycée, se livre donc ici à un exercice original en plaçant sa caméra sur deux points de vue parallèle : la rénovation des locaux de l’ex LCR d’un côté, la poursuite de la campagne de création du NPA de l’autre. Ainsi la mise au rebut de quatre décennies de militantisme pour rafraîchir l’aile de l’extrême-gauche qui en avait bien besoin. Le fil conducteur de ces deux regards, la mise en avant de son principal leader, Olivier Besancenot, l’un des plus jeunes visages du paysage politique français actuel.

Portrait tendre et courtois, Camille de Casabianca a choisi de ne pas jouer la carte de la houle politique, si ce n’est une petite confrontation verbale lors du week-end de l’Huma entre l’un des fondateurs de la LCR et un autre ancien de la ligue aujourd’hui au Parti Socialiste. Confrontation complice, le documentaire révèle là sa faille. Le film s’attache davantage à la forme de ce nouveau parti qu’au fond des problèmes que sa création questionne. D’un côté la mémoire et la trace de celles et ceux qui ont été les acteurs d’un militantisme dur et radical depuis les années soixante, de l’autre les doutes et la méfiance d’une nouvelle génération d’adhérents qui refuse cet héritage révolutionnaire. Cette nouvelle génération, qui tente de se persuader d’un espoir futur, porte un regard circonspect voir hostile à ce passé trouble de la LCR. Les uns doivent donc laisser leur radicalité au vestiaire pour permettre à ce nouveau parti de s’ouvrir davantage vers une population moins concernée par la lutte des classes que par le délitement de la classe moyenne.

Mais cette faiblesse, celle de ne pas intellectualiser le débat de la création de la LCR, procure cependant au documentaire un cachet de familiarité salvateur. Le spectateur est le témoin privilégié des réunions, des prises de paroles, des positions de chacun, et laisse à voir le fonctionnement d’un parti de taille modeste dans son évolution et ses contradictions. Loin de la toute puissance d’un leader qui se voudrait la tête de proue d’une machine politicienne, C’est parti met à jour la mécanique d’une campagne qui se construit à plusieurs et dont toutes les voix comptent en toute égalité, principe que défend becs et ongles Olivier Besancenot, constamment mis au centre de l’opération par les médias qui ont besoin d’un leader bien identifié pour faire leurs choux gras. Davantage témoignage qu’essai politique, C’est parti marque un moment fort dans la vie d’un parti, celui de la remise en question et du renouveau, sans s’attacher au prix à payer pour franchir cette étape.