Max et les maximonstres (Spike Jonze, 2009)

MAX ET LES MAXIMONSTRES
(Where the wild things are)
Un film de Spike Jonze
Avec Max Records, Catherine Keener, Mark Ruffalo, Vincent Crowley, Sonny Gerasinowicz, Nick Farnell, Sam Longley, John Leary, Alice Parkinson
Genre: fantastique, comédie dramatique, conte
Pays: USA
Durée: 1h42
Date de sortie: 16 décembre 2009

Max est un petit garçon de neuf ans qui vit seul aux côtés de sa mère et de sa grande soeur adolescente. Doté d’une imagination débordante et d’une énergie qu’il a du mal à canaliser, Max n’arrive pas à se faire une place dans ce monde trop adulte à ses yeux. Un soir, alors qu’il provoque une dispute avec sa mère qui tente de refaire sa vie avec un nouvel homme, le jeune garçon fuit de sa maison pour se réfugier dans un petit bois où il finit par trouver une barque qui le mènera sur une île étrange peuplée d’étranges créatures. Ces monstres vivent leurs émotions à fleur de peau mais très vite Max s’impose à leur communauté et devient leur roi. Entre jeux innocents et colères instinctives, Max trouve enfin une place à occuper. Mais les réactions de ces « maximonstres » sont parfois imprévisibles.

Plus connu pour ses clips inventifs et originaux (dans le désordre Björk, Beastie Boys, Daft Punk, The Chemical Brothers, etc.) que son premier et fort réussi long métrage Dans la peau de John Malkovitch (Being John Malkovitch, 1999), Spike Jonze adapte sur grand écran le récit pour enfants de Maurice Sendak. Le cinéaste aime les univers atypiques et étranges et le prouve. Max et les maximonstres est davantage un conte initiatique qu’un film fantastique, la poésie du propos détrônant largement le peu d’intérêt du réalisateur pour les péripéties. Max est un enfant qui se sent mal dans sa peau mais trouve systématiquement refuge dans son imaginaire, un imaginaire étonnement débridé mais qui trouve sa cohérence dans le propre regard de l’enfant. Impulsif et hyperactif, il ne sait plus comment communiquer avec sa soeur et sa mère qui ont, toutes deux, leur propre vie à vivre. A l’image de l’igloo qu’il se fabrique, Max ressent la solitude d’un trappeur sur la banquise.

Rêveur au point au point de nier la réalité, il s’invente un monde dont il devient roi. Roi fantoche car illégitime, il ment à ces maximonstres prétendant qu’il possède des pouvoirs magiques, Max n’a d’autres désirs que de se faire aimer. Il trouve auprès de Carol son alter-ego lunatique qui n’hésite pas à détruire les maisons de la communauté à la moindre contrariété. Mais la vie de ces créatures d’un autre monde n’est pas dénuée de problèmes, entre autre la fâcheuse tendance de Carol de se fâcher avec KW, sorte de couple improbable qui ne cesse de se dire « je t’aime moi non plus ». Tout comme Max, ces créatures désirent un monde idéal et l’enfant n’hésite pas à leur promettre un endroit où ils seront toujours heureux. Vaine promesse car le bonheur absolu, même dans les rêves, n’existe pas et Max l’apprend à ses dépends. S’il perd ses illusions, le petit garçon y gagne en maturité et cette plongée au coeur d’un monde inconnu où tout est différent lui ouvrira paradoxalement les yeux sur la réalité et ses contraintes.

Spike Jonze joue la carte de la sensibilité en ayant un profond respect pour cette période de l’enfance où chacun doit se construire contre un monde parfois agressif. Formellement le cinéaste déjoue les attentes et offre aux spectateurs une vision sobre mais profonde de cet autre monde. Ile vierge, paysages désertiques, cabanes bricolées, grottes rassurantes, l’imagination de Max est peuplée de visions les plus éloignées possibles de son quotidien urbain. Si la féérie et la gaîeté sont les premiers sentiments qu’il ressent, l’angoisse, la peur et le doute ne sont pourtant pas loin. La composition actorale du jeune Max Records force l’admiration et l’aspect des créatures fonctionne admirablement tout en respectant le matériau d’origine. Spike Jonze nous offre un film au ton très mélancolique mais jamais dénué de justesse. En chacun de nous peut sommeiller un enfant tel que Max, et chacun peut faire de son imagination un terrain fertile pour sa créativité. Un film rare et touchant.

La nuit du loup-garou (Terence Fisher, 1961): chronique rétro

LA NUIT DU LOUP-GAROU
(The curse of the werewolf)
Un film de Terence Fisher
Avec Oliver Reed, Clifford Evans, Yvonne Romain, Catherine Feller, Anthony Dawson, Joséphine Llewellyn, Richard Wordsworth
Genre: fantastique, horreur
Pays: Grande-Bretagne
Durée: 1h31
Date de sortie: 7 juin 1961

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Fruit d’un viol d’une servante sourde-muette par un mendiant retombé à l’état sauvage à cause du sadisme d’un marquis, qui a lui-même voulu profiter des charmes de la domestique, Leon Corledo est à jamais marqué du sceau de la marginalité, image même de l’être différent et écarté de la société. Cette différence se dévoilera tardivement lorsque, chérie par une famille adoptive, aimante et compatissante, l’enfant est pris de violents cauchemars récurrents. La bête qui sommeille en lui se réveille et prend le contrôle. Combien même l’amour et la tendresse du père remettront en sommeil cette bestialité, la découverte de l’amour et des pulsions sexuelles, que la société lui interdira d’assouvir, vont déchaîner une fois pour toutes ces forces maléfiques. Amoureux de la fille d’un viticulteur bourgeois désireux de la marier à un aristocrate, le jeune Leon ne pourra consommer cet amour à cause de son appartenance sociale. Sans le savoir, le monstre gronde et effraie la population locale. Tiraillé entre sa nature humaine, ses sentiments délicats et tendres qu’il éprouve envers sa famille et sa bien-aimée, et sa part d’ombre, incontrôlable et haineuse, Leon ne peut que rechercher la mort afin de mettre un terme à ses souffrances.

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Maître incontesté du film fantastique britannique, Terence Fisher s’est frotté à tous les mythes du répertoire de l’épouvante pour la société de production Hammer. Pour elle, le metteur en scène a ressuscité les plus célèbres monstres et créatures du fantastique gothique. Frankenstein s’est échappé (1956), Le cauchemar de Dracula (1957), Le chien des Baskerville (1959), La malédiction des pharaons (1959), Dracula, prince des ténèbres (1965) ou encore Frankenstein créa la femme (1965) sont parmi ses films les plus connus. Ici le réalisateur s’attaque à la légende du loup-garou qu’il resitue en Espagne au XVIII ème siècle. Esthétique très marquée british, La nuit du loup-garou possède ce charme quelque peu suranné des productions horrifiques de l’époque avec un imposant oliver Reed dans le rôle de la bête maudite.

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Plaisir coupable, ce film se laisse regarder avec nostalgie. La lenteur de la narration et les choix parfois faciles de la mise en scène rebuteront les habitués du film d’horreur contemporain, habitués à l’exposition frontale de l’horreur plutôt qu’à sa suggestion. Bien sûr le propos du réalisateur est ailleurs. Le véritable monstre n’apparaissant qu’après une bonne moitié du film, Terence Fisher s’attarde tout d’abord sur les origines sociales de la bête et son développement dans la période de l’enfance. Bébé innocent mais maudit, la nature tremble au moment de son baptême: l’eau du bénitier commence à bouillir, l’orage éclate, les éclairs percent les ténèbres de la nuit… Sans être un chef d’oeuvre du genre, le film possède ses moments envoûtants. Très belle scène finale où le père se résigne à tuer son fils pour le libérer de ses tourments, la bête meure ainsi sous les tintements des cloches de l’église à l’image de Quasimodo dans Notre-Dame de Paris de Wallace Worlsey quarante ans plus tôt.

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Dororo (Akihiko Shiota, 2007): chronique DVD

DORORO
Un film de Akihiko Shiota
Avec Satoshi Tsumaboki, Kô Shibasaki, Kiichi Nakai, Eita, Yoshio Harada, Anna Tsuchiya
Genre: aventures, fantastique, arts martiaux
Pays: Japon
Durée: 2h19
Editeur DVD: Kaze
Date de sortie DVD: 4 mars 2009

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Blessé dans les conflits qui opposent les clans, le seigneur Daigo Kagemitsu revient dans son fief, ivre de rage. Dans le pavillon des ancêtres il passe un pacte avec les quarante-huit démons pour s’assurer la victoire. En échange il sacrifie le corps de son enfant à naître. Ce dernier, privé de quarante-huit partie de son corps, est abandonné le long d’un fleuve avant d’être recueilli par un médecin qui lui sauve la vie. Spécialiste de la chirurgie reconstructrice, son père d’adoption lui confectionne de nouveaux membres afin que l’enfant puisse vivre dans le monde des hommes. Devenu adulte il entreprend de combattre ces quarante-huit démons pour récupérer l’intégralité de son corps. Il prend alors le nom de Hyakkimaru, du nom du sabre que son père lui a installé en lieu et place de son bras droit. En chemin il rencontre un jeune voleur qui se surnomme Dororo qui cherche à venger la mort de sa famille, assassinée par le seigneur Daigo, devenu tyran. Par haine, Dororo jure de tuer tous les proches du seigneur Daigo…

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Adapté du manga éponyme du célèbre Osamu Tezuka, Dororo fut un énorme succès au Japon. Avec des chorégraphies de combat signées par le fameux Ching Siu-tung, l’histoire prend place dans une sorte de Japon historique fantastique mêlé de dramaturgie shakespearienne, l’enfant difforme cherchant à se faire une place dans le monde sans savoir qui est véritablement son père. Dans la lignée des films de monstres et de fantômes propre à la culture nippone, Hyakkimaru croise des démons tous plus étonnant les uns que les autres, aidé dans sa quête par le comique Dororo, en fait une jeune femme qui dissimule sa féminité pour ne pas paraître faible. Dororo est le premier volet d’une série de films qui verront le jeune homme récupérer peut à peu son corps d’origine mais qui, par cela, perdra sa faculté de ne pas ressentir la douleur.

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Grosse production oblige, le film enchaîne les morceaux de bravoure avec régularité mais la mise en scène est loin d’apporter une quelconque originalité à cette histoire fantastique. Si les costumes sont une indéniable réussite, les décors étonnent moins si ce n’est quelques plans de paysage véritablement somptueux. Les effets spéciaux ne sont pas toujours du meilleur calibre mais échappent toutefois au côté cheap des productions calamiteuses dont le cinéma japonais a parfois le secret. Côté interprétation, nous sommes loin d’être bluffé par le jeu des acteurs principaux Satoshi Tsumabuki (Hyakkimaru), vu dans Dragonhead (2003) et Fast and furious : Tokyo drift (2006), et Kô Shibasaki (Dororo), dont on a pu apercevoir le joli minois dans son rôle de tueuse à la faucille dans Battle royale mais aussi dans Go (2001), Yomigaeri (2002) ou encore La maison de Himiko (2005). Sans être un film impressionnant, Dororo se laisse néanmoins regarder grâce à ses quelques moments d’humour et la relation ambigüe que Hyakkimaru et Dororo entretiennent.

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Godzilla (Ishiro Honda, 1954): chronique rétro

GODZILLA
(Gojira)
Un film de Ishiro Honda
Avec Akira Takarada, Momoko Kôchi, Akihiko Hirata, Takashi Shimura, Fuyuki Murakami, Sachio Sakai
Genre: science-fiction
Année: 1954
Pays: Japon
Studio: Toho
Durée: 1h36

Au large des îles Odo, au Japon, des navires disparaissent mystérieusement. Une nuit une sorte d’ouragan dévaste un village. La population locale, superstitieuse, se rappelle l’ancien temps où l’on sacrifié des jeunes filles lors de rituels ancestraux pour apaiser la colère d’un monstre marin surnommé Godzilla. Le gouvernement nomme une commission d’enquête chargée d’étudier les circonstances de la disparition des bateaux et des ravages sur l’île. Le professeur Yamane, paléontologue, accompagné de sa fille Emiko, y participent et bientôt les preuves s’accumulent, des empreintes géantes et des signes de radioactivité attestent de l’existence d’une créature préhistorique. L’après-midi même le monstre fait son apparition, sa taille et son pouvoir de destruction sont sans commune mesure avec ce que les spécialistes connaissent. Bientôt la créature apparaît dans la baie de Tokyo, menaçant la capitale. Le professeur Yamane souhaiterait étudier ce cas biologique unique quand la population ne pense qu’à la détruire. Alors que Godzilla sème la terreur dans la ville en flammes, le Dr Serizawa, autrefois l’étudiant du professeur Yamane, travaille sur un projet secret plus terrible encore que la bombe atomique.

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Sorti au Japon en 1954 puis Outre-Atlantique dans sa version américaine plus longue de dix minutes en 1956 (à l’époque il n’était pas rare d’ajouter des scènes inédites filmées aux Etats-Unis pour faciliter la commercialisation des films), Godzilla reste le film de monstre par excellence au Japon. Aux côtés du mythe de King Kong et autres créatures géantes, Godzilla mérite amplement sa place au panthéon des monstres sacrés du cinéma. Tourné la même année que La guerre des mondes, La créature du lac noir ou encore Vingt mille lieux sous les mers, Godzilla a certes un peu vieilli par l’utilisation massive des maquettes que le lézard géant piétine sans scrupule mais l’ambiance de terreur ancestrale (Godzilla serait pour certains une sorte de démon ressurgit du passé pour punir les hommes) mêlé à l’horreur du développement scientifique et militaire d’armes toujours plus destructrices font du film une œuvre toujours pertinente.

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Aidé en cela par l’interprétation solide des acteurs tels que Takashi Shimura dans le rôle du professeur Yamane ou encore de Akihito Hirata dans celui de son successeur, c’est à une réflexion sur le progrès scientifique à laquelle le film se livre. L’un désire étudier ce phénomène zoologique unique sorti de la nuit des temps quand l’autre appréhende le résultat de ses propres recherches, paralysé à l’idée que des âmes malveillantes s’emparent de ses trouvailles. Shimura, l’un des acteurs fétiche d’Akira Kurosawa qui a notamment démontré tout son talent de jeu dans le rôle principal d’un homme condamné par la maladie dans Vivre, observe, dépité, les hommes déployer tout un arsenal armé pour vaincre la bête. Autre élément participant au succès du film, la musique incroyable d’Akira Ifukube, un mélange de partition pour cuivre et corde menaçants et de cris stridents de la bête. Dès le générique initial, cette partition gronde et officie tel un message d’alerte, la créature rôde et ne tardera pas à se manifester.

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Aux commandes de ce chef d’œuvre de science-fiction, Ishirô Honda (ou parfois Inoshirô Honda), un solide artisan des studios de la Toho. Déjà réalisateur de films dramatiques (The man who came to port en 1952 avec Toshirô Mifune) ou de films de guerre (Les aigles du Pacifique en 1953 avec déjà Takashi Shimura qui continuera à faire des apparitions dans une grande majorité de films réalisés par le cinéaste), Godzilla est le film qui le spécialisera dans le genre de monstres géants, Kaiju-eiga en japonais, avec un peu plus tard des titres tels que Rodan (1956), Varan, the unbelievable (1958) ou encore Mothra (1961), quelques exemples d’une longue galerie de monstres dont l’engeance sera nombreuse tout au long de l’histoire du cinéma japonais. Avec près de trente films au compteur, la série du lézard radioactif ne chôme pas, le dernier opus datant de 2004 sous le nom de Godzilla : final wars réalisé par Ryûhei Kitamura. Godzilla peut même se vanter d’une adaptation américaine, très médiocre cela dit, en 1998 réalisé par Roland Emmerich avec Jean Reno au casting.

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