Fleur secrète (Masaru Konuma, 1974): chronique cinéma

FLEUR SECRETE
(Hana to hebi)
Un film de Masaru Konuma
Avec Naomi Tani, Natagoshi Sakamoto, Yasuhiko Ishizu, Hiroko Fuji et Hijiri Abe
Genre: érotique
Pays: Japon
Durée: 1h14
Date de sortie: 30 juillet 2008

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Makoto est un jeune homme soumis à sa mère, une professionnelle des techniques bondage et sado-masochisme. Devenu impotent après avoir vu sa mère faire l’amour avec l’un de ses clients quand il était enfant, il fantasme sur les photographies qu’elle produit. Un jour Senzo Toyama, patron de Makoto et pervers sexuel insatisfait par la frigidité de sa femme, tombe sur les photographies en question et demande à Makoto d’initier sa femme Shizuko aux plaisirs de la douleur et de l’entrave. Devenue prisonnière et objet sexuel de Makoto, celle-ci prend cependant très vite goût à cette initiation poussée. Pour sa part, Makoto profite de son ascendant sur Shizuko pour échapper au contrôle maternel.

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Adaptation du roman d’Oniroku Dan qui a pour titre original Fleur et serpent, le film connaît enfin une exploitation cinématographique après avoir été montré dans différents festivals et rétrospectives sous différents titres, Vices et sévices à L’Etrange Festival ou encore Flower and snake lors de la rétrospective du studio Nikkatsu il y a peu à la Maison de la Culture du Japon à Paris. Oniroku Dan est réputé au Japon pour ses nouvelles prenant comme cadre le milieu fétichiste et SM et, sous le pseudonyme de Matsugoro Kuroiwa, écrit des scénarios érotiques pour le compte de petites firmes telles que la Dorikitsu Productions. Le studio Nikkatsu, après quelques années de négociations réussit enfin à porter à l’écran en 1974 cette fameuse adaptation du livre de l’écrivain. Le film, succès majeur dans l’archipel nippon, lancera la fameuse époque des roman porno de la firme et de nombreux titres issus de l’univers d’Oniroku Dan suivront, notamment le célèbre Une femme à sacrifier, du même Masaru Konuma, réalisé la même année.

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Autre atout majeur du film, la célèbre actrice Naomi Tani. Véritable égérie du cinéma pinku, autrement dit du cinéma érotique japonais, cette dernière connaît bien l’univers de l’écrivain pour avoir jouer dans de nombreux films produits par de petites sociétés de production depuis la fin des années soixante. Surnommée « la reine du SM », l’actrice était en effet réputée pour soutenir les longues séquences douloureuses de bondage, son corps attaché par des cordes et suspendu dans le vide. Car si le film de Konuma n’est en rien un film pornographique, les séquences de séquestrations, de flagellations, d’humiliations et de sévices sont à peine feintes. En ce sens Fleur secrète fait partie des meilleurs films du genre parce qu’il associe à la fois l’érotisme torride de l’actrice, qui sait parfaitement jouer de son regard langoureux et pervers, et l’audace de la représentation sadomasochiste, une audace du corps-objet qui explore l’éventail des possibles jusqu’à pousser dans la radicalisme de l’urophilie et de la coprophilie.

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Avec L’embryon part braconner et La véritable histoire d’Abe Sada, il semble que le genre bénéficie aujourd’hui en France d’un éclairage nouveau. Bien que Fleur secrète soit probablement le titre le plus commercial des trois, il permet d’appréhender une dimension essentielle de la culture japonaise qui sait marier les éléments les plus subtils de l’art (l’art de la dissimulation, l’art des fleurs, l’art du kimono) au contexte le plus intime, l’érotisme et le fétichisme n’étant pas perçu de la même manière en Orient et en Occident. Visionner Fleur secrète prolonge sans difficulté le plaisir de la contemplation des estampes érotiques appelées shunga. Derrière les cloisons et autres portes coulissantes se cachent les plaisirs interdits et les fantasmes les plus inavouables…

L’Etrange Festival XVème édition

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L’Etrange Festival revient au Forum des Images à Paris après trois ans d’absence. Festival pointu, riche, à la programmation étonnante s’adresse à celles et ceux qui désirent découvrir un autre cinéma, différent, marginal, parfois provocateur et déroutant mais toujours de manière passionnée. Cette année s’annonce haute en couleurs avec près de 74 films programmés, longs et courts, sans compter la compétition de courts-métrages et la rétrospective Oskar Fischinger, il y en aura donc pour tous les goûts. Ainsi le festival a ouvert ses portes hier avec deux séances spéciales, Panique au village, film d’animation de Vincent Patar et Stéphane Aubier qui sortira sur nos écrans le 28 octobre prochain et Macabre, film d’horreur indonéso-singaporien réalisé par les Mo Brothers qui ne sortira en Asie que courant novembre.

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Le reste de la programmation est très alléchante, raison suffisante pour déplorer l’agenda serré des séances qui oblige à faire des sacrifices. Le festival ne se déroulant qu’en fin d’après-midi et le soir avec une seule projection pour la quasi totalité des films, impossible en effet d’assister à l’intégralité de la sélection contrairement aux années précédentes où les films bénéficiaient d’une double projection sur une plus grande fourchette horaire. Point noir qui néanmoins ne doit pas dissimuler la qualité des films présentés.

Pour les nouveautés, jugez-en plutôt:

Goemon (Kazuaki Kiriya, 2009, Japon)
First Squad (Yoshinaru Ashino, 2009, Russie, Japon, Canada – animation)
Left Bank (Pieter Van Hees, 2007, Belgique)
Dirty Mind (Pieter Van Hees, 2009, Belgique)
Echo (Anders Morgenthaler, 2007, Danemark)

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The Children (Tom Shankland, 2009, Royaume-Uni)
Canine (Yorgos Lanthimos, 2009, Grèce)
Film Ist. a Girl & a Gun (Gustav Deutsch, 2009, Autriche – expérimental)
Embodiment of Evil (José Mojica Marins, 2008, Brésil)

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Clive Barker’s Book of Blood (John Harrison, 2009, USA)
Dread (Anthony Bilasi, 2009, USA)
District 9 (Neill Blomkamp, 2009, USA)
Ghosts of the Civil Dead (John Hillcoat, 1990, Australie)
The Proposition (John Hillcoat, 2005, Australie)
Vampyres (Laurent Coureau, 2009, France)

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Villemolle 81 – Version 3 (Winshluss, 2009, France)
We Don’t Care About Music Anyway (Cédric Dupire et Gaspard Kuentz, 2009, France – documentaire)
Moon (Duncan James, 2009, Royaume-Uni)
Heavy Metal in Bagdad (Eddy Moretti et Suroosh Alvi, 2007, USA – documentaire)
Breathless (Yang Ik-june, 2008, Corée du Sud)
Marvel 14: les Super-Héros Contre la Censure (Philippe Roure et Jean Depelley, 2009, France – documentaire)

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Renaissances: Portrait de Joël-Peter Witkin (Catherine Peix, 2009, France – documentaire)
Le Mystère du Snaefellsokull (Jean-Michel Roux, 2009, France – documentaire)
Histoire Trouble (Jérôme Lefoup, 2009, France – expérimental)
Capucine (Luis Neto, 2009, France – documentaire)
Otto; or, up With Dead People (Bruce LaBruce, 2008, Allemagne)
Mum & Dad (Stven Sheil, 2009, Grande-Bretagne)

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Côté rétrospective, L’Etrange Festival fait un focus sur trois personnalités du cinéma qui gagneraient à être enfin reconnu, Mario Mercier le réalisateur français des années soixante-dix qui se plaisait à explorer le domaine de l’occulte, Franco Nero, le célèbre acteur italien de films bis et enfin Uwe Boll, le cinéaste allemand déjanté. Peu de films proposés mais des films cultes à coup sûr:

Mario Mercier:
La Goulve (Mario Mercier, 1972, France)
La Papesse (Mario Mercier, 1975, France)
Les Dieux en colère (Mario Mercier, 1970, France)

Franco Nero:
Querelle (R.W. Fassbinder, 1982, Allemagne)
Le Temps du Massacre (Lucio Fulci, 1966, Italie)
La Proie de l’Autostop (Pasquale Festa Campanile, 1977, Italie)

Uwe Boll:
Amoklauf (Uwe Boll, 1994, Allemagne)
Postal (Uwe Boll, 2007, Allemagne)
Rampage (Uwe Boll, 2009, Canada)

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Comme à chaque édition, le festoval donne la parole aux films érotiques japonais avec cette année sept films produits par le studio Nikkatsu. Sept pinku eiga qui raviront les sens des amateurs (et amatrices) de courbes sensuelles et de jeux pervers:

Harcelée! (Yasuharu Hasebe, 1978, Japon)
L’Homme-Femme (Tatsumi Kumashiro, 1977, Japon)
Le Violeur à la Rose (Yasuharu Hasebe, 1977, Japon)
Osen la Maudite (Noboru Tanaka, 1973, Japon)
Dans l’Arène du Vice (Masaru Konuma, 1977, Japon)
La Femme aux Seins Percés (Shogoro Nishimura, 1983, Japon)
La Chambre Noire (Kirio Urayama, 1983, Japon)

Osen la maudite

Un programme très chargé donc que nous complèterons avec un prochain post.