Rétrospective du cinéma en 3D à la Cinémathèque Française

Du 16 décembre au 3 janvier 2010, la Cinémathèque Française nous a fait le beau cadeau d’une rétrospective du cinéma en 3D avec la programmation d’une quarantaine de films des années cinquante à nos jours avec l’ajout d’une séance spéciale Retour de flamme composée d’un échantillon des premiers essais de la troisième dimension dès les premières années du cinéma. Après les expérimentations de la stéréoscopie dans le champ photographique en 1849 par le physicien anglais Charles Wheatstone, le cinéma profite de ces avancées techniques avec la première caméra stéréoscopique en 1890. Louis Lumière réalisera lui-même un remake anaglyphique de L’arrivée du train en gare en 1935 avant l’arrivée en masse de films en 3D sur les écrans américains dès 1953 avec L’homme au masque de cire (House of wax) d’André de Toth. Produit par les studios Warner, le film lancera la carrière de son interprète principale Vincent Price.

Le western et le cinéma fantastique seront les genres de prédilections pour le cinéma stéréoscopique, Fort Ti de William Castle, Bataille sans merci (Gun fury) de Raoul Walsh et L’homme du Nebraska (The Nebraskan) de Fred S. Sears sortent ainsi la même année, en 1953. L’étrange créature du lac noir (Creature from the black lagoon) de Jack Arnold et Le fantôme de la rue Morgue (Phantom of the rue Morgue) de Roy del Ruth sortent l’année suivante. Mais la production de films en 3D s’étendra rapidement à tous les genres, que ce soit le thriller avec le film d’Alfred Hitchock Le crime était presque parfait (Dial M for murder), la comédie musicale avec Embrassez-moi, chérie (Kiss me, Kate) de George Sidney, le drame conjugal avec Inferno de Roy Baker ou encore le film historique avec Intrigue sous les tropiques (Drums of Tahiti) de William Castle. C’est le premier âge d’or du cinéma stéréoscopique, un âge d’or rendu possible grâce à un investissement massif des grands studios américains.

Ainsi cette rétrospective nous permettra d’apprécier des films aussi différents que La belle du Pacifique (Miss Sadie Thompson) de Curtis Bernhardt avec la sublime Rita Hayworth dans le rôle titre, Jesse James vs. The Daltons de William Castle, Le labyrinthe (The maze) de William Cameron Menzies, The mad magician de John Brahm, Les massacreurs du Kansas (The stranger whore a gun) d’André de Toth, Le météore de la nuit (It came from outer space) de Jack Arnold, Panique sur la ville (Gorilla at large) d’Hermon Jones, Those redheads from Seattle de Lewis R. Foster ou encore Sangaree d’Edward Ludwig. Peu connus pour certains, ces films démontrent que la technologie 3D est loin d’être révolutionnaire aujourd’hui même si de nombreux progrès en termes de qualité ont été effectués depuis.

La décennie suivante ne sera pas en reste même si l’engouement pour la troisième dimension n’a pas totalement convaincu le public, notamment à cause de l’inconfort que procure la vision d’un film en 3D nécessitant un travail fatiguant des yeux pour s’adapter à la stéréoscopie. Le masque (Eyes of hell/ The mask) de Julian Roffman ou Invasion fantastique sur la planète Terre (The bubble/ Fantastic invasion of planet Earth) continuent ainsi d’explorer les possibilités du médium respectivement en 1961 et 1966. Dans les années soixante-dix, c’est même le cinéma asiatique qui se calera sur la mode du film à effets avec notamment deux films d’arts martiaux, Dynasty (Qian dao wan li zhu) et Revenge of the shogun women (Shi shan nu ni), deux films de 1977 du réalisateur hongkongais Mei Cheung Chang. Quelques années plus tôt, c’est le film de Paul Morrissey et Anthony Dawson, Chair pour Frankenstein (Flesh for Frankenstein), qui avait fait sensation, un film aussi sulfureux que The stewardesses de Alf Silliman Jr. tourné deux ans plus tôt en 1971 (film finalement déprogrammé au dernier moment).

Après une perte de vitesse très nette, le cinéma en 3D revient en force dans les années quatre-vingt et son cortège de films d’horreur, véhicule privilégié pour ce type de cinéma qui accentue la peur du spectateur avec des effets qui « sautent au visage ». Parmi les plus connus, Amityville 3D – le démon (Amityville 3D) de Richard Fleischer et Les dents de la mer 3 (Jaws 3), qui sortent sur les écrans en 1983, témoignent du regain d’intérêt de l’industrie du cinéma pour cette technologie. De nombreuses série Z envahissent ainsi les cinémas avec des films tels que Dogs of hell (Rottweiler) de Worth Keefer, Les guerriers de l’espace : aventures en zone interdite (Space hunter : adventures of the forbidden zone) de Lamont Johnson, Parasite de Carles Band avec Demi Moore dans l’un de ses tous premiers films, Silent madness de Simon Nuchtern, Le trésor des quatre couronnes (Il tesoro della quattro corone) et Western de Ferdinando Baldi, ce dernier marquant les débuts de l’actrice espagnole Victoria Abril.

Le cinéma d’animation tentera même l’aventure de la 3D avec le film de science-fiction Starchaser – the legend of Orin de Steven Hahn. En France le procédé de la stéréoscopie sera utilisé par l’industrie du film pornographique, notamment par Pierre B. Bernhard sur son film de 1982 Le pensionnat des petites salopes ou sur le film plus soft de Francis Leroi et Iris Letans Emmanuelle 4 en 1984. Tout comme dans les années cinquante le procédé n’est employé que sur quelques titres et l’ensemble de la profession cinématographique cessera vite de croire aux possibilités réelles de la troisième dimension, achevant pour le seconde fois un investissement durable en terme d’équipement de projection spécifique.

Le développement et l’installation du parc numérique dans les salles américaines vont changer la donne et modifier les rapports des professionnels face au cinéma en relief. Les avancées techniques en termes de tournage et de projection vont de nouveau offrir la chance au cinéma 3D de s’exprimer, principalement dans le cadre du film à grand spectacle venu d’Hollywood. Ces dernières années un nombre de films impressionnant nous sont alors proposés en version 3D, une offre abondante qui relance le débat sur le futur de la salle de cinéma avec la sortie récente du film de James Cameron Avatar, film fleuve qui instaure la 3D comme le spectacle ultime du cinéma de demain. Déjà quelques films ont su jouer sur cette mode, tels que Meurtre à la Saint-Valentin (My bloody Valentine) de Patrick Lussier ou encore Voyage au centre de la terre (A journey to the center of the Earth) d’Eric Brevig qui remettait au goût du jour le récit célèbre de Jules Verne. Même le film d’Henry Selick datant de 1993, L’étrange noël de Mr. Jack (The nightmare before christmas), a profité d’un lifting 3D à l’occasion de sa ressortie en octobre 2008.

Pour conclure cette large exploration du cinéma en relief, la Cinémathèque a agrémenté son programme de courts-métrages et de films rares anciens lors de séances spéciales. Y seront projetés le film Meurtre en 3D (three dimensional murder) de George Sidney datant de 1941, L’ami de monsieur de Pierre Cuvier de 1935, Riviera de charme de Nice de George Clerc datant de 1936, Pardon my backfire et Spooks ! de Jules White, tous deux réalisés en 1953. Lors de la séance Retour de flamme seront proposés les films d’animation Musical memories de Dave Fleischer, Working for peanuts des studios Disney, Parade for attraction, un court film russe des années soixante, Motor rythm de Charley Bowers, Animateur stéréo de René Bunzli réalisé en 1900, Falling in love again de Munro Ferguson et Knick knack de John Lasseter et Eben Ostby de 1989. Cerise sur le gâteau, huit essais des Frères Lumières sur les procédés en relief tournés dans les années trente (des problèmes techniques ont réduit le nombre à trois essais projetés). De quoi découvrir donc un large spectre du cinéma en 3D depuis les origines du cinéma jusqu’à aujourd’hui et comprendre un peu mieux l’émulation de ces procédés qui projettent le spectacle des images en mouvements vers de nouveaux horizons.

Michael Jackson’s This is it (Kenny Ortega, 2009): chronique cinéma

MICHAEL JACKSON’S THIS IS IT
Un film de Kenny Ortega
Avec Michael Jackson
Genre: documentaire, concert, musical
Pays: USA
Durée: 1h52
Date de sortie: 28 octobre 2009

This is it affiche

Dernières images tournées en mai et juin 2009, This is it s’offre comme le concert qui n’a pas eu lieu suite au décès de la star. Lors des répétitions au Staples Center de Los Angeles, Michael Jackson et sa troupe préparent un show exceptionnel que le chanteur conçoit comme une ultime révérence à son public. Parsemé d’images making of et d’entretiens hagiographiques avec les danseurs et les musiciens, This is it est bien entendu un film « bricolé » à partir de sources de qualité variable, n’étant pas destiné au départ à être diffusé en public mais conçu au contraire pour les archives personnelles du chanteur. Hommage posthume d’une des plus grandes célébrités de la chanson qui s’était auto-proclamé le Roi de la Pop, This is it achève une carrière longue de près de quarante-cinq ans.

This is it photo 1

This is it photo 2

Ce qui frappe à la vision de ce film qui n’en est pas un sur un concert qui n’aura jamais lieu, c’est sa dimension fantomatique justement. Le montage comme principe divin qui permet d’assembler des pièces disparates pour faire vivre un homme qui n’est plus. Les images quittent leur statut d’archives pour insuffler pour la dernière fois la vie à celui qu’elles filment. Etonnament Michael Jackson est celui qui reste le plus à distance de la caméra, toujours en retrait, le visage dissimulé derrière ses lunettes noirs, derrière une mèche tombante ou sous un chapeau, là où le reste de la troupe s’offre en interview. Le film semble ne pas vouloir écorcher ce mythe de la représentation même si, à plusieurs reprises, l’on sent la fragilité, au sens physique du terme, du chanteur. Maigreur du corps, visage émacié, vocalises parfois tremblantes, finalement Michael Jackson révèle dans ces quelques instants toute son humanité, loin d’une image consacrée, presque obsessionnelle et paranoïaque, construite au fil de sa carrière.

This is it photo 3

This is it photo 4

Parmi ses danseurs et ses musiciens, Michael Jackson cherche le ton juste, le tempo juste témoignant d’une acuité musicale que le public ne lui connaissait pas. C’est lui qui trouve le rythme, qui trouve la hauteur juste d’une note, donnant en cela une leçon de musique assez incroyable. Pourtant à chaque instant sa figure reste humble, presque minuscule face au gigantisme du show en préparation. Volonté de magnifier oblige, le grand écran et la nacelle qui transporte le chanteur parmi son public se conçoivent comme des procédés illusoires. Car l’imaginaire du chanteur n’est rien d’autre qu’un voyage dans la fiction comme nous le rappelle les mini-films tournés spécialement pour le concert, entre Moonwalker qui plonge la star dans Gilda, un film noir des années quarante avec Humphrey Bogart et Rita Hayworth, et bien sûr Thriller, écho du film d’horreur pour adolescents des années quatre-vingt, ici retourné en 3D. Michael Jackson s’offre des rôles sur mesure pour satisfaire son appétit de fiction, entraînant son public avec lui. This is it se garde bien de mettre à mal cette fiction, de révéler une vérité trop prosaïque à ses yeux. Michael Jackson est mort d’avoir trop donner, mais cela il faut le deviner derrière ces images façades qui ne manquent pourtant pas d’émotions. Succédané d’un concert attendu par tous, This is it ne peut pas être autre chose qu’un pansement sur la plaie que la mort du chanteur a ouverte dans le cœur de son public.

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